Antisémitisme aux États-Unis

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L'antisémitisme aux États-Unis est moins développé que dans les pays d'Europe. Il a cependant sévi sur tout le territoire, au nord aussi bien qu'au sud, même s'il s'est surtout exprimé au départ dans le Sud des États-Unis. Après 1918, il est présent dans tout le pays.

Avant 1918[modifier | modifier le code]

Guerre de Sécession[modifier | modifier le code]

Le 17 décembre 1862, pendant la Guerre de Sécession, le général nordiste Ulysses Grant promulgua son ordre n°11 qui expulsait les juifs, considérés comme des colporteurs importunant les troupes et des contrebandiers, des régions qu'il avait conquises dans le Sud. Le président Abraham Lincoln révoqua l'ordre le 21 janvier 1863. L'ordre n°11 reste la seule décision officielle antisémite de l'histoire de l'administration américaine.

1913, Atlanta, le lynchage de Leo Frank[modifier | modifier le code]

Leo Frank était un juif américain directeur d'usine, qui fut faussement accusé du meurtre et du viol d'une de ses employées, une jeune fille chrétienne blanche de 13 ans à Atlanta, dans le sud des États-Unis. L'accusation se rapproche des leitmotiv de l'antisémitisme : le meurtre rituel d'enfant chrétiens, et la lubricité juive. L'accusation présenta le témoignage de Jim Conley, homme d'entretien à l'usine, qui reconnut avoir déplacé et s'être débarrassé du corps de la jeune fille sur les ordres de M. Frank. Ce fut le seul témoin cité au tribunal. Leo Frank fut condamné à mort. Le véritable meurtrier n'était autre que Jim Conley, qui avoua son crime à son propre avocat. Il y avait un autre témoin, mais qui ne parle qu'en 1982 : Alonzo Mann, employé de l'usine qui n'avait que 13 ans à l'époque des faits. Le gouverneur de Géorgie, sachant Léo Frank innocent, commua sa peine. C'est alors que se produisit un événement courant dans les États du Sud : une foule envahit la prison où était détenu Leo Frank, l'en sortit, le traîna dans la rue, le lyncha et le pendit. Comme il était alors habituel, on fit des cartes postales des photos prises lors du lynchage, qui se vendirent très bien.

Suite à cette «affaire», des juifs américains créèrent l'Anti-Defamation League (ADL) qui était censée empêcher la répétition de telles hoistoires et protéger les juifs américains.

Leo Frank, grâce à la déposition d'Alonzo Mann (1982), fut définitivement innocenté et réhabilité en 1986 par la justice géorgienne.

1918-1939[modifier | modifier le code]

L'entre-deux-guerres constitue aux États-Unis l'apogée de l'antisémitisme. Sans atteindre les niveaux européens, les discours antisémites sont assez courant et de grandes figures, comme Henry Ford ou le pasteur Charles Coughlin, peuvent se déclarer antisémites sans que cela soit considéré comme répréhensible.

Henry Ford[modifier | modifier le code]

Henry Ford fut un des principaux diffuseurs du Protocole des Sages de Sion aux États-Unis. Ce livre fut le plus vendu aux États-Unis entre 1918 et 1939, juste après la Bible. Henry Ford n'arrêta pas là sa politique de propagande antisémite. Il fit installer une pancarte géante sur le parking d'une de ses usines à Dearborn où il était inscrit : «Les juifs sont des traîtres à l’Amérique et ne méritent pas la confiance des gentils. Les juifs enseignent le communisme, les juifs enseignent l’athéisme, les juifs détruisent le christianisme, les juifs contrôlent la presse, les juifs produisent des films répugnants, les juifs contrôlent l’argent».

William Pelley et les «Chemises d'argent»[modifier | modifier le code]

WIlliam Pelley était un militant politique d'abord proche d'extrémistes chrétiens, puis admirateur d'Hitler. Son objectif était «d'extirper les juifs et le Diable des États-Unis». Il fonda les Chemises d'argent en 1933 (année d'accession au pouvoir de Hitler) sur le modèle des chemises brunes hitlériennes, elles-mêmes copiées des chemises noires de Mussolini. Il trouve sa motivation dans la religion chrétienne et dans l'anticommunisme. Durant la Révolution russe, William Pelley est correspondant de guerre en Russie, il associa les juifs aux communistes et inversement. Il fonda le "Parti chrétien" pour s'opposer à Rossevelt en 1936. En 1940 ses Chemises d'argent furent dissoutes et il fut arrêté en 1942 et emprisonné jusqu'en 1957.

Gerald B. Winrod[modifier | modifier le code]

Gerald B. Winrod, appelé le «nazi du Kansas»[1], fonda un journal antisémite : The Defender qui connut plus de 100 000 abonnés (1937). C'était un pasteur antisémite et pronazi. Comme Pelley et d'autres il assimile juifs et communistes, et la peur (Redscare) suscitée par la révolution bolchévique justifie ses actes. Comme Pelley cependant il ne fut jamais élu.

Charles Coughlin[modifier | modifier le code]

Comme Winrod, Charles Coughlin est un pasteur évangéliste antisémite. De tous il est sans doute le plus connu des prêcheurs antisémites des années 1930. Il s'exprima à travers sa revue Social Justice, où il diffusa ses idéaux antisémites, copiant Goebbels, assimilant juifs et communistes et érigeant la révolution russe et l'athéisme européen comme sources de tous les maux. Il justifia la Nuit de Cristal et la relativisa en estimant que ce n'était rien au vu des persécutions chrétiennes de l'antiquité. Il anima le mouvement antisémite américain, faisant le salut nazi en public, organisant des marches de milliers de personnes pour empêcher le débarquement des juifs réfugiés d'Allemagne. En 1937 il rejoint le «Front chrétien» qui vise à expulser les juifs d'Amérique et à établir une dictature similaire à celle de Hitler. En 1940 le FBI dissout l'organisation au prétexte qu'elle s'armait et prévoyait un coup d'État dans lequel douze membres du Congrès devait être assassinés.

Après 1945[modifier | modifier le code]

L'antisémitisme connait une accalmie après la chute du nazisme. Mais il reste présent dans le Sud, à travers des organisations comme le KKK. Par la suite l'antisémitisme se répand chez des afro-américains qui cherchent à s'émanciper à travers la lutte pour les droits civiques et un mouvement de conversion vers l'Islam. La Nation of Islam de Louis Farrakhan est ainsi considéré comme antisémite. Selon l'ADL, le groupe ethnique le plus antisémite serait le groupe afro-américain (29 % en 2011), devant les hispaniques nés aux États-Unis (20 %) et derrière les hispaniques nés en-dehors des États-Unis (42 %), beaucoup plus que la moyenne américaine (15 %)[2]. Si les points de vues à caractère antisémites parmi les afro-américains reculent (29 % en 2011, contre 34 % en 1998 et 37 % en 1992), ce serait grâce à une meilleure éducation selon les chercheurs, en effet plus les afro-américains font des études moins ils sont antisémites, ainsi en 1998 43 % de ceux qui n'étaient pas allés en université étaient antisémites contre 27 % pour ceux qui y étaient allés et 18 % pour ceux qui en étaient sortis diplômes après quatre années d'étude[3].

Turner Diaries[modifier | modifier le code]

Il manquait à l'antisémitisme américain un ouvrage de référence. Le chef et fondateur de la National Alliance (un mouvement suprématiste blanc ouvertement raciste et adorateur d'Adolf Hitler), le lui donna en écrivant une nouvelle : les Turner Diaries (littéralement les Carnets de Turner). Le livre s'inscrit dans la plus pure tradition hitlérienne, en présentant les juifs comme le deus ex machina du monde cherchant à éradiquer la race blanche... pour l'auteur il convient donc de les tuer tous. Le livre est interdit en France. Écrit en 1978, le livre ne connait qu'une diffusion limitée aux cercles d'extrême-droite jusqu'en 1994 quand une petite maison d'édition le réimprime. Le livre est un succès de librairie, qui atteint les 500 000 ventes (en l'an 2000).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. «Jayhawk nazi», le Jayhawk est la mascotte de l'université du Kansas, synonyme de Kansan en américain, mais cet oiseau n'existe pas dans la nature.
  2. ADL Poll Finds Anti-Semitic Attitudes on Rise in America.
  3. Anti-Semitism and Prejudice in America: Highlights from an ADL Survey - November 1998

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Laurence Murawiec et Robert Greenberg, « L'antisémitisme aux États-Unis », in Léon Poliakov, Histoire de l'antisémitisme, Paris ,Seuil, 1994, p. 305-326.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]