Banu Qurayza

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Détail d'une miniature du XIXe siècle représentant Mahomet et `Ali pendant l'exécution des Banu Qurayza.

Les Banu Qurayza (arabe : بنو قريظة, banū Qurayẓa ; quelquefois transcrit : "Banu Quraydhah") étaient une tribu juive de Médine massacrée par les premiers musulmans après la bataille de la Tranchée.

Récit[modifier | modifier le code]

Tous les mâles de la tribu juive des Banu Qurayzah (plus de six cents) furent mis à mort par Sa'd b. Mu'âd suite à la trahison de guerre[réf. nécessaire] dont ils auraient fait preuve.

Selon Ibn Ishaq, les Banu Qurayza auraient envisagé de combattre du côté des Quraych et des Ghatafân, agresseurs de leur ville, mais renoncent finalement. Cependant, le récit d'Al-Zubayr, un vieillard juif qui fut fait prisonnier après la bataille du fossé, dit au contraire qu'ils auraient attaqué les musulmans[1], mais les versions anglaises et arabes de la Sira d'Ibn Hisham (textes de Ibn Ishaq) ne mentionnent ni cette attaque ni ce récit d'Al-Zubayr. Selon le récit, l'"ange Gabriel", l'assurant de son appui actif dans la bataille, aurait donné l'ordre à Mahomet de marcher contre les Banu Qurayza :

« Il dit à l'Envoyé de Dieu : « As-tu déposé les armes? » L'Envoyé de Dieu lui répondit « Oui » Gabriel dit : « Mais les anges n'ont pas encore déposé les armes. Je reviens maintenant après avoir poursuivi ces gens (Quraysh et Ghatafân). Dieu — Très haut —, t'ordonne, Ô Muhammad, de marcher contre Banû Qurayzah. Moi, je me dirige vers eux et je secouerai leurs fortins. »[2] »

Après le retrait des Ghatafân, les Banu Qurayza se rendirent et se soumirent au jugement de Sa'd b. Mu'âd, des Banu Aws, allié des Banu Qurayza. Dans la liste des trois cent quatorze musulmans[3] qui ont participé à la bataille de Badr, liste qui distingue les Émigrés ayant participé à l'Hégire, les Ansars et les Khazraj, Sa'd est le premier nommé des Ansars[4]. Sa'd, gravement blessé durant la bataille du fossé (il serait mort peu après), après réflexion, serait venu rendre le verdict solennellement : « Lorsque Sa'd arriva chez l'Envoyé d'Allâh et les musulmans, l'Envoyé de Dieu dit[5] : « Levez-vous pour accueillir votre chef. » À la demande de Sa'd, tous les présents (Mahomet, les Émigrés qurayshites et les Ansars) se seraient engagés à accepter le verdict.

Sa'd aurait dit alors : « Mon jugement est qu'on tue les hommes mâles, qu'on partage les biens, et qu'on mène en captivité les femmes et les enfants[6]. »

Les récit du massacre ont pour fondements les textes des hadiths et de la Sira (biographie) de Mahomet.

« Ibn Ishaq dit : Puis on les fit descendre. L'Envoyé de Dieu les a enfermés dans le quartier de Bint al-Hârith à al-Madînah ; Bint al-Hârith est une femme de Banû al-Najjar[7]. Puis l'Envoyé d'Allâh alla au marché d'al-Madînah qui est encore aujourd'hui son marché, et a fait creuser des fossés. Il les fit venir, et les fit décapiter dans ces fossés, on les fit venir à lui par groupes. Parmi eux se trouvèrent l'ennemi de Dieu Huyayy Ibn 'Akhtab, et Ka'b b. 'Asad leur chef. Ils étaient au nombre de six cents, ou de sept cents ; celui qui multiplie leur nombre dit qu'ils étaient entre huit cents et neuf cents. Pendant qu'on les amenait à l'Envoyé d'Allâh par groupes, ils dirent à Ka'b b. Asad : « Ô Ka'b! Qu'est-ce qu'on fera de nous? » Il répondit : « Est-ce que vous êtes incapables de réfléchir?! Ne voyez-vous pas que le crieur ne cesse pas de crier[8], et que celui d'entre nous qu'on envoie ne retourne pas?! C'est bien sûr le massacre. »
Cela continua jusqu'à ce que l'Envoyé de Dieu en finît avec eux[9]. »

Quant aux femmes et aux enfants, voilà ce qui leur serait arrivé [10]:

« Ibn Ishaq dit : Puis l'Envoyé de Dieu fit le partage des biens des Banû Qurayzah, de leurs femmes et de leurs enfants entre les musulmans. [...] Puis, l'Envoyé d'Allâh envoya Sa'd b. Zayd al-'Ansârî, frère des Banû 'Abd al-'Ashhal, à Najd[11] avec des femmes captives, de Banû Qurayzah, pour les vendre et acheter en échange des chevaux et des armes. »


Les femmes et les enfants furent vendus pour beaucoup aux Juifs de Banu Nadir à Khaïbar[12].

Tabarî donne le récit suivant :

« Sa'd avait été blessé à la main par une flèche, et son sang ne cessait de couler. Les juifs allèrent le chercher, le firent monter sur un cheval et l'amenèrent. Étant en présence du Prophète, Sa'd dit : Il faut les égorger tous, partager leurs biens et réduire en esclavage leurs femmes et leurs enfants. Le Prophète, satisfait de cette sentence, dit à Sa'd : Tu as prononcé selon la volonté de Dieu. En entendant ces paroles, ceux d'entre les juifs qui pouvaient s'enfuir gagnèrent le désert ; les autres restèrent ; ils étaient huit cents hommes. Le Prophète leur fit lier les mains et fit saisir leurs biens. On rentra à Médine à la fin du mois de dsou'l-qa'da. Les juifs restèrent dans les liens pendant trois jours, jusqu'à ce que tous leurs biens fussent transportés à Médine. Ensuite, le Prophète fit creuser une fosse sur la place du marché, s'assit au bord, fit appeler 'Ali fils d'Abou-Tâlib, et Zobaïr fils d'Al-'Awwâm, et leur ordonna de prendre leurs sabres et d'égorger successivement tous les juifs, et de les jeter dans la fosse. Il fit grâce aux femmes et aux enfants ; mais il fit tuer également les jeunes garçons qui portaient les signes de la puberté[13]. »

Selon Daniel C. Peterson et Martin Lings, ce jugement tel que rapporté par les auteurs arabe, était en concordance avec la loi de Moïse telle que mentionnée dans le Deutéronome 20:10-14[14],[15]. Mais ni la loi juive ni Deutéronome ne sont évoqués dans les hadith ou par Ibn Ishaq.

Selon certaines personnes, le Coran ferait allusion à la mort de certains des Banu Qurayza et à la captivité des autres dans la sourate XXXIII (Les Coalisés/Les Factions/Les Confédérés[16].)

Critique historique[modifier | modifier le code]

Selon Hichem Djaït, l'affaire des Banu Qurayza est compliquée car elle pose plusieurs problèmes pour l'historien. Le Coran qui est source de première importance n'est pas prolixe à ce sujet, seul deux versets y font allusion. À la différence des Banu Qaynuqa et Banu Nadir qui furent seulement expulsés, les Banu Qurayza furent coupable d'avoir aidé, soutenu, pris le parti des assiégeants ; c'est ce que dit le terme zaharuhum dans le verset 26 sourate XXXIII cité dans le Coran. Dans le même verset, le Coran parle de asr, (faire prisonnier) et non sabiy (capture de femmes et enfants) ceci questionne sur la possibilité de se trouver parmi les prisonniers des hommes adultes. Pour l'historien peu d'éléments racontés par les siras sont plausibles, et l'examen du nombre de tués parmi les Banu Quarayza ne tient pas la critique comme presque tous les chiffres avancés par la Sira d'Ibn Ishaq. Cela concernait une centaine de personnes selon lui (estimation du nombre total des combattants pour 500 à 600 habitants) et non 600 à 900 tués. Par ailleurs, dans ce roman macabre seuls les noms des chefs sont cités. Quant aux exécutants, non seulement la Sira se contredit mais en plus certaines traditions rapportent que seuls Ali et Zubayr exécutèrent les condamnés, ce qui est invraisemblable[17].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ibn Ishaq, "Muhammad", éd. AlBouraq, 2001, TomeII, p. 194
  2. Sira de référence en arabe p. 684 (texte de Ibn Ishaq cité par Ibn Hicham), édition critique par Ferdinand Wüstenfeld, parue en 1858-1859 (tome 1 contenant le texte arabe) et 1860 (tome 2 contenant une introduction, des notes critiques et des indices). Ibn Ishaq, Muhammad, p. 185, traduction française de la Sira de référence par Abdurrahmân Badawî, introduction et notes par Abdurrahmân Badawî, éditions Al Bouraq (28 septembre 2001) : tome 1, 654 pages, (ISBN 2841611531) ; tome 2, 608 pages, (ISBN 284161154X)
  3. Sira édition de référence en arabe p. 485-506, traduction française t.1 p. 578-603.
  4. Sira édition de référence en arabe p. 492, traduction française t.1 p. 586. Il est précisé qu'il s'agit d'un musulman du clan des Aws.
  5. Sira édition de référence en arabe p. 689, traduction française t.2 p. 191.
  6. Sira édition de référence en arabe p. 681-689, traduction française t.2 p. 181-192.
  7. Selon Abdurrahmân Badawî, qui le précise ici en note, les commentateurs ne sont d'accord ni sur son nom ni sur sa généalogie.
  8. Ibn Ishaq ne cite pas la formule consacrée qu'un crieur crie en pareil cas.
  9. Sira édition de référence en arabe p. 689-690, traduction française t.2 p. 192.
  10. Sira édition de référence en arabe p. 692-693, traduction française t.2 p. 196.
  11. Le Nejd est une région du centre de l'Arabie, qui comprend plusieurs oasis.
  12. Martin Lings,"Le Prophète Muhammad, sa vie d'après les sources les plus anciennes", éd. Le Seuil, 1983,p. 385
  13. Tabarî, La Chronique t.2, traduit du persan par Hermann Zotenberg, 1260 pages, éditions Actes Sud, collection Thesaurus (24 mai 2001), p. 148. (ISBN 2-7427-3318-3 et 978-2-7427-3318-7). Autre édition : Histoire des Envoyés de Dieu et des rois (en un seul volume), 1186 pages, éditions Al-Bustane (1er septembre 2002), p. 534. (ISBN 2-910856-30-5 et 978-2-910856-30-4)
  14. Peterson, Muhammad: the prophet of God, p. 125-127.
  15. Lings, Muhammad: His Life Based on the Earliest Sources, p. 229-233
  16. « 26. Il a fait sortir de leurs forts ceux des gens des Écritures qui aidaient les confédérés ;
    Il a jeté dans leurs cœurs la terreur et le désespoir ;
    Vous en avez tué une partie, vous en avez réduit en captivité une autre.
    27. Dieu vous a rendus héritiers de leur pays, de leurs maisons et de leurs richesses,
    du pays que vous n’aviez jamais foulé jusqu’alors de vos pieds.
    Dieu est tout-puissant. »
    Le Coran (trad. Albin de Kazimirski Biberstein), « Les Confédérés », XXXIII, 26-27, (ar) الأحزاب
  17. Hichem Djaït, "La vie de Muhammad, Le parcours du Prophète à Médine et le triomphe de l'islam", éd. Cérès, p. 193-198

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]