Affaire Beilis

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Menahem Mendel Beilis

Menahem Mendel Beilis[1] (en russe : Менахем Мендель Бейлис) ; (1874-1934) est un Juif ukrainien accusé d'avoir commis un crime rituel en 1911. Ce procès, à l'issue duquel il est acquitté, déclenche une vague de critiques contre la politique antisémite de l'Empire russe.

Contexte[modifier | modifier le code]

Menahem Beilis et sa famille

Menahem Mendel Beilis est né dans une famille juive pieuse, mais lui-même n'a que peu de connaissances religieuses et travaille régulièrement le Chabbat ainsi que les jours de fêtes à l'exception de Roch Hachana et de Yom Kippour. En 1911, Beilis, un ancien soldat et père de cinq enfants, est employé comme superintendant dans la fabrique de briques Zaitsev à Kiev.

Le 12 mars 1911, un jeune garçon ukrainien de treize ans, Andrei Yushchinsky disparaît sur le chemin de l'école. Huit jours plus tard, son corps mutilé est découvert dans une grotte près de la fabrique de briques.

Instruction du procès (1911-1913)[modifier | modifier le code]

Beilis arrêté par la police tsariste

Beilis est arrêté le 21 juillet 1911, après qu'un allumeur de réverbères a attesté que le garçon a été enlevé par un Juif. Un rapport soumis à l'empereur Nicolas II par les autorités judiciaires affirme que Beilis est le meurtrier de Yushchinsky. Menahem Beilis passe plus de deux ans en prison dans l'attente de son procès. Pendant ce temps, une campagne antisémite malveillante est lancée par la presse tsariste contre la communauté juive, avec accusation de crime rituel. De nombreux intellectuels russes écrivent pour dénoncer cette campagne et les fausses accusations contre les Juifs. Parmi eux : Maxime Gorki, Vladimir Korolenko, Alexandre Blok, Alexander Kuprin, Vladimir Vernadsky, Mykhaïlo Hrouchevsky, Pavel Milyukov, Alexander Koni.

Procès[modifier | modifier le code]

Le procès a lieu à Kiev du 25 septembre au 28 octobre 1913. Le procureur général A.I. Vipper fait une déclaration ouvertement antisémite dans son discours de clôture.

L'accusation est composée des meilleurs juristes du gouvernement. Un des témoins de l'accusation, présenté comme un expert religieux dans les rituels juifs est le prêtre catholique Justinas Pranaitis, venu spécialement de la ville lointaine de Tachkent. Il a dû être appelé en raison de son livre de 1892 Le Talmud démasqué, ouvrage fallacieux publié avec l'imprimatur de l'archevêque métropolitain de Moguilev, et dont les nombreuses inexactitudes sont toujours citées de nos jours par les antisémites. Pranaitis atteste que le meurtre de Yushchinsky est un rituel religieux, associant le meurtre de Yushchinsky à un sacrifice, une imposture admise par de nombreux Russes de cette époque. Un autre témoin, présenté comme expert, est le professeur Sikorski de l'université de Kiev, un psychologue médical qui considère aussi le cas comme un meurtre rituel.

Un tract antisémite distribué à Kiev avant le procès de Beilis, recommandant aux parents chrétiens de veiller sur leurs enfants durant la Pâque juive.

Grâce au concours de la communauté juive, Beilis est représenté par les plus fameux avocats de Moscou, de Saint-Pétersbourg, et de Kiev : Vasily Maklakov, Oscar Grusenberg, N. Karabchevsky, A. Zarundy, D. Grigorovitch-Barsky, Arnold Margolin. Deux éminents professeurs russes Troitsky et Kokovtzov, parlent au nom de la défense et font l'éloge des valeurs juives et démontent les contrevérités de l'accusation, tandis que le philosophe Alexander Glagolev, chrétien orthodoxe, professeur au séminaire théologique de Kiev, affirme que : « la loi de Moïse interdit de répandre du sang humain et l'usage du sang dans l'alimentation cacher ».

L'allumeur de réverbères, sur le témoignage duquel repose toute l'accusation de Beilis, avoue avoir été embrouillé par l'Okhrana, la police secrète. Après une délibération qui dure plusieurs heures, le jury, composé uniquement de chrétiens, acquitte Beilis. Parmi le jury, il n'y a aucun représentant de l'intelligentsia.

La presse libérale révèle alors que dès le début de l'enquête, la police avait réussi à déterminer que le matin de sa disparition, Andrei Yushchinsky avait décidé de sécher l'école et de rendre visite à son ami, Génia Tchébériak. La mère de Génia était connue de la police comme faisant partie d'une bande de voleurs en tant que receleuse et avait très rapidement été soupçonnée du meurtre.

Après le procès[modifier | modifier le code]

Le procès Beilis est suivi dans le monde entier et les polices russes sont sévèrement critiquées. L'affaire Beilis est souvent comparée à l'affaire Leo Frank, dans laquelle un Juif américain, directeur d'une fabrique de crayons d'Atlanta, est accusé du viol et de l'assassinat de la jeune Mary Phagan, âgée de 12 ans, et lynché en 1915 par la foule, après que sa sentence a été commuée en prison à vie.

Après son acquittement, Beilis quitte la Russie avec sa famille pour la Palestine, alors province de l'Empire ottoman. En 1920, il s'installe aux États-Unis, où il meurt en 1934.

Influence[modifier | modifier le code]

Bernard Malamud écrit un livre L'Homme de Kiev (en anglais : The Fixer) sur ces événements dont John Frankenheimer tire en 1968 le film L'Homme de Kiev, avec Alan Bates et Dirk Bogarde.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  1. La graphie BeYlis est également en usage