Théorie du complot

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Élément du billet de 1 dollar américain figurant l'Œil de la Providence, ce symbole a pu être invoqué comme preuve d'un complot mondial maçonnique ou Illuminati par les partisans de ces théories.
Dessin conspirationniste antisémite et antimaçonnique, montrant la France catholique conduite par les Juifs et les francs-maçons (Achille Lemot pour Le Pèlerin, n° du 31 août 1902).

L'expression théorie du complot, également désignée, de façon plus récente, par les néologismes conspirationnisme ou théorie conspirationniste[1], désigne une interprétation spéculative d'événements suivant un plan concerté et orchestré secrètement par un groupe, généralement considéré comme malveillant par les tenants de ces théories. La conspiration secrète civile, criminelle ou politique, visée par la théorie du complot, agirait généralement dans l'objectif de détenir ou conserver une forme absolue de pouvoir (politique, économique ou religieux).

Du point de vue majoritaire des observateurs en sciences sociales, la théorie du complot tend à se soustraire à la réfutation, toute démonstration contraire pouvant être interprétée comme un faux réalisé par les conspirateurs, et discrédite donc les explications dites officielles, établies par les pouvoirs publics et relayées par les grands médias d'information. Pour certains philosophes et sociologues[Qui ?], c'est un concept aux limites floues, dont l'usage abusif viserait parfois à déconsidérer une thèse.

Histoire[modifier | modifier le code]

Genèse historique[modifier | modifier le code]

L'abbé Augustin Barruel, auteur des Mémoires pour servir à l'histoire du Jacobinisme dans lesquels il affirme que la Révolution française a été organisée par la franc-maçonnerie française et les Illuminés de Bavière.

Si les complots sont aussi anciens que la vie politique, la notion de « théorie du complot » se serait développée pour la première fois dans l'opposition parlementaire à la Couronne britannique au XVIIe siècle : l'opposition menée par Henri Bolingbroke développe l'idée que leurs adversaires politiques, au lieu de préserver les intérêts des sujets en préservant le principe de représentation, augmenteraient les impôts car, payés par la Couronne, ils s'en retrouveraient ainsi mieux payés. Cette culture de l'opposition et de la théorie du complot s'est transmise aux États-Unis, où les colons américains étaient convaincus que la Couronne, mais également la classe dirigeante britannique souhaitaient renverser leur pouvoir. [réf. nécessaire]

Toutefois, les historiens s'accordent à considérer que la première théorie du complot proprement dite fut celle, répandue à la fin du XVIIIe siècle, portant sur la Révolution française. Pour Frédéric Charpier, ce sont les Mémoires pour servir à l'histoire du Jacobinisme, écrites en 1798 par l'abbé Augustin Barruel, qui constituent l'acte de naissance de « la première théorie du complot » : la Révolution française ne serait pas un mouvement populaire spontané, mais le fruit d'une conspiration antichrétienne. De manière indépendante, l'Écossais John Robison fait paraître Les preuves d’une conspiration contre l’ensemble des religions et du peuple mené de toute main par l’ensemble des gouvernements du monde, où il prétend montrer l'existence d’une conspiration des Lumières œuvrant au remplacement de toutes les religions par l’humanisme et de toutes les nations par un gouvernement mondial unique. Charpier y voit le prototype contenant l'essentiel des ingrédients des futurs récits conspirationnistes : une « idéologie réactionnaire », une « subjectivité camouflée dans une fausse objectivité », un « langage haineux »[2], etc. Concernant le caractère réactionnaire de la théorie du complot, on peut toutefois relever que les analyses de l'abbé Barruel ont été contredites par Joseph de Maistre[3]. De son côté, Marcel Gauchet déclare que c'est en réaction à Augustin Cochin, dont l'œuvre relaie la même interprétation conspirationniste de la Révolution, que l'expression « théorie du complot » est apparue en France[4].

S'il est vrai que les Constitutions d'Anderson, texte fondateur de franc-maçonnerie, ont exercé « une influence profonde sur les écrits que produisirent nombre d’initiés ayant appartenu au monde littéraire du siècle des Lumières »[réf. nécessaire], leur existence n'implique aucunement l'existence d'une conspiration. Ainsi, « l’influence prêtée abusivement aux maçons est avant tout à rechercher dans le rôle exercé par la formation maçonnique sur les mentalités des initiés », aux idées qui circulaient au XVIIIe siècle et non à quelques conspirateurs spécifiques[5].

La Révolution française peut être ainsi vue comme le premier grand événement de l'histoire du conspirationnisme, dans la mesure où ce bouleversement a suscité des théories de tous bords. Car si l'idée fantasmatique de la Révolution comme coup d'État planifié était relativement partagée, il y avait à l'inverse une très grande diversité des interprétations quant à l'identité des supposés conspirateurs : clubs, loges et autres « sociétés de pensée » passant pour avoir prévu et organisé leur prise de pouvoir, régiments de la guerre d'Amérique, financiers et négociants gravitant autour du Club des Jacobins ou du Club Massiac, etc. La conspiration dénoncée par l'abbé Barruel dans Mémoires pour l'histoire du Jacobinisme implique même des groupes beaucoup plus anciens, comme les Rosicruciens et les Templiers, qui auraient selon lui perduré. D'autres accusaient les nations étrangères : l'Angleterre, la Prusse... Réciproquement, des révolutionnaires ont accusé les girondins, les modérantistes, les Vendéens, les Autrichiens ou encore les fédéralistes, de comploter « contre » la Révolution.

Selon François Furet, l'idée d'égalité « ne fabrique pas directement de l'énergie révolutionnaire; celle-ci passe par un relais, directement couplé avec elle, puisqu'il est le principe contraire, qui fait naître le conflit et justifie la violence: c'est le complot aristocratique. On n'en finirait pas de recenser les usages et les acceptions de l'idée de complot dans l'idéologie révolutionnaire : c'est véritablement une notion centrale et polymorphe, par rapport à laquelle s'organise et se pense l'action; c'est elle qui dynamise l'ensemble de convictions et de croyances caractéristique des hommes de cette époque, et c'est elle aussi qui permet à tout coup l'interprétation-justification de ce qui s'est passé »[6].

Évolution historique des théories du complot[modifier | modifier le code]

Sergueï Nilus, un des premiers éditeurs des Protocoles des Sages de Sion, faux document véhiculant la théorie du complot juif.

Les théories du complot du XIXe siècle prennent comme responsables récurrents des sociétés secrètes apparues au siècle précédent, notamment les Francs-maçons et les Illuminati, mais aussi des groupes plus anciens comme les Jésuites. Au milieu du XIXe siècle, au milieu de la controverse entre marxistes et anarchistes, Bakounine profère sa théorie du complot juif[7] : « Tout ce monde juif, constituant une secte unique exploitante, une sorte de peuple suceur de sang, une sorte de parasite organique collectif et destructeur, s'étendant non seulement au-delà des frontières des États, mais de l'opinion politique, ce monde est maintenant, au moins en grande partie, à la disposition de Marx, d'une part, et de Rothschild de l'autre [...] Le fait est que le socialisme autoritaire, le communisme marxiste, exige une forte centralisation de l'État. Et là où il y a centralisation de l'État, il doit nécessairement y avoir une banque centrale, et là où existe une telle banque, est la nation juive parasitaire, spéculant sur le travail des peuples. »[8]

À la charnière du XXe siècle, on voit réapparaître les Juifs, cette fois complotant avec les Francs-maçons, avec le célèbre Protocoles des Sages de Sion, faux document mis au service de l'antisémitisme russe pour justifier et encourager les pogroms et utilisés par la suite par les antisémites européens (dont Adolf Hitler, qui s'y réfère explicitement dans Mein Kampf).

Au XX siècle, les théories du complot deviennent un élément important de la culture anglo-saxonne. L'assassinat de John F. Kennedy en 1963, considéré comme le fruit d'une conspiration par le Comité HSCA en 1979, a suscité un grand nombre d'élucubrations. De même, les attentats du 11 septembre 2001 ont généré un flot de contestation conspirationniste contre le gouvernement des États-Unis.

À l'aube du XXIe siècle, le filon du conspirationnisme est exploité dans de grands succès populaires comme X-Files ou Da Vinci Code. Certains sociologues considèrent, en outre, la généralisation de l'explication par le complot comme un aspect clé de la mentalité postmoderne (voir plus bas).

Enjeux et problèmes[modifier | modifier le code]

Première conceptualisation[modifier | modifier le code]

Karl Popper.

C'est probablement au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, dans La Société ouverte et ses ennemis[9] (1945), qu'est formulée, sous la plume du philosophe des sciences Karl Popper, la première définition de la théorie conspirationniste de la société (Conspiracy Theory of Society) :

« C'est l'opinion selon laquelle l'explication d'un phénomène social consiste en la découverte des hommes ou des groupes qui ont intérêt à ce qu'un phénomène se produise (parfois il s'agit d'un intérêt caché qui doit être révélé au préalable) et qui ont planifié et conspiré pour qu'il se produise[10]. »

Popper remarque par ailleurs que les personnes les plus désireuses d'amener le paradis sur terre sont les plus enclines, une fois au pouvoir, à adopter des théories du complot pour y expliquer leur échec[9].

Le philosophe Charles Pigden fait remarquer que cette première définition de la théorie conspirationniste de la société pourrait être sans objet. Pigden remet en question l'idée de Popper selon laquelle la croyance en l'existence de conspirations doit toujours tout expliquer, pour la personne qui y croit[11].

Paranoïa[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Délire paranoïaque.
Affiche de l’exposition Le Bolchevisme contre l'Europe, présentée en 1942 en France occupée, et dénonçant l'existence d'une conspiration mondiale judéo-maçonnico-bolchévique (Comité d’action antibolchévique).

En 2008, Jack Z. Bratich propose la première analyse du discours sur les théoriciens des théories du complot. Dans Conspiracy Panics: Political Rationality and Popular Culture[12], Bratich date l'apparition du discours actuel sur le conspirationnisme à la parution de l'ouvrage de Richard Hofstadter, The Paranoid Style in American Politics and Other Essays, en 1965 (publié en français sous le titre Le style paranoïaque. Théories du complot et droite radicale en Amérique)[13]. La notion de « style paranoïaque » renvoie à la psychiatrie, mais s'en distingue radicalement : « En employant l’expression « style paranoïaque », je ne m’inscris pas dans le champ clinique ; ma démarche consiste plutôt à emprunter un terme clinique à d’autres fins. Je n’ai ni la compétence, ni le désir de me pencher sur le cas de telle ou telle figure du passé ou du présent pour tenter ensuite de diagnostiquer chez elle la folie (...) C’est l’usage même de modes d’expression paranoïaques par des individus plus ou moins équilibrés qui donne toute son importance au phénomène. »[14]

Dès lors apparaît un « changement dans la problématisation (du conspirationnisme). La problématisation ne cherche plus à catégoriser différents « acteurs », mais à établir une manière de penser qui pourraient être adoptée par n'importe quel acteur politique. [...] Il s'agit d'une imitation de raison, qui demande donc une vigilance constante. [...] Le style paranoïaque dans sa forme intérieure populiste n'est pas simplement exilée à l'extérieur du discours politique normal, c'est un danger qui menace constamment de l'intérieur. Bien qu'il soit relégué à la marge de la pensée officielle, il est également parmi nous, tapi au sein de la nation, dans son cœur, au sein la population. Ce n'est pas « nous », mais cela pourrait être n'importe qui. » (Bratich, 2008, p. 32–33)[15].

Pierre-André Taguieff a identifié quatre grands principes de base des croyances conspirationnistes : « rien n'arrive par accident ; tout ce qui arrive est le résultat d'intentions ou de volontés cachées ; rien n'est tel qu'il parait être ; tout est lié, mais de façon occulte[16]. » Taguieff expose d'autres aspects de la théorie du complot : postulat du complot comme force motrice de l'histoire, illusion de découvrir ses secrets, hyper-rationalisation, importance du soupçon, explication totale et donc rassurante, véhicule de la haine populiste des élites[3]. Les croyances identifiées par Taguieff concordent[réf. nécessaire] avec la sémiologie du délire paranoïaque qui est généralement fondé sur une intuition délirante, faisant ensuite appel au mécanisme interprétatif ; centré sur un seul thème (la jalousie, le préjudice, le complot, l'érotomanie, etc.) ; hautement systématisé : les prémisses sont délirantes; ensuite, le délire se déploie de manière parfaitement organisée, logique, claire, cohérente, pouvant même emporter l'adhésion d'auditeurs.

Sur fond de ces principes, se forme la dénonciation d'une « manipulation des masses », dont les croyances sont : l’existence d’un petit groupe, décidé à influer sur les événements, à en prendre le contrôle ou à les provoquer, de façon secrète, afin de prendre ou de conserver un pouvoir politique, et/ou économico-financier, et/ou culturel, etc. Le groupe conspirateur serait typiquement minoritaire, élitiste et/ou sectaire et utiliserait des moyens politiques, financiers, militaires, psychologiques et/ou scientifiques. Cela implique que cette communauté possède des grilles d'analyse pertinentes et fiables, mais cachées. À partir de cette analyse, elle pourrait développer une action occulte, mais surtout efficace permettant de parvenir à ses objectifs, lentement mais sûrement. Ce sont ces hommes « qui savent l'histoire qu'ils font »[4]. Selon l'historienne Ariane Chebel d'Appollonia : « La théorie du complot, en simplifiant l'espace politique, permet l'économie d'un examen attentif des réalités. »[17]

Défaut de réfutabilité[modifier | modifier le code]

Selon Pierre-André Taguieff, le raisonnement conspirationniste donne lieu à un débat inutile car la théorie du complot ne se prête pas à la réfutation : « l'imaginaire du complot est insatiable, et la thèse du complot, irréfutable : les preuves naïvement avancées qu'un complot n'existe pas se transforment en autant de preuves qu'il existe[3] ».

La théorie du complot peut se rapprocher de la méthode hypercritique : celui qui la pratique se fondera sur les points qui apparaissent valider sa théorie ou contredire l'explication adverse pour écarter toute contre-argumentation. On peut aussi assister à un renversement de la charge de la preuve : c'est au tenant de l'explication admise de montrer qu'il n'y a pas eu complot, et les arguments qu'il profère peuvent passer pour des manipulations supplémentaires. La certitude préalable de l'existence d'un complot implique l'analyse de toute information et de tout fait au travers du prisme de cette théorie du complot. Ce biais cognitif est nommé biais de confirmation d'hypothèse. En outre, à cause d'un défaut de distinction entre les données exploitées et leur mise en relation, le simple fait que des données authentiques soient « insérées dans la trame » de la théorie du complot peut valider à tort la trame elle-même. L'évocation d'un complot peut donc mener au rétrécissement de l'univers d'analyse d'un fait, puisque ce fait ne sera mis en relation qu'avec d'autres faits issus de la théorie. La théorie du complot se justifie ainsi par elle-même, discrédite l'adversaire ; elle n'est donc pas réfutable et n'a en cela rien de scientifique.

« Il y a plus faux que le faux, c'est le mélange du vrai et du faux. »
Paul Valéry

[réf. nécessaire] Le conspirationnisme est avant tout une logique particulière par laquelle on articule des données. Or, on peut traiter d'événements authentiques sans que cela garantisse la véracité de la logique par laquelle on les relie entre eux. De fait, hormis les sources a priori crédibles mais finalement non vérifiables, les données utilisées par les théories du complot peuvent être issues aussi bien de faux que de sources authentiques. Le conspirationnisme peut ainsi se réclamer d'une documentation « vérifiable » et ouverte au public, tout en livrant une interprétation fantaisiste des données.

Gérald Bronner considère que le tenants de la théorie du complot sont généralement plus motivés que les non-croyants pour défendre leur point de vue et lui consacrer temps et énergie[18]. Pour justifier son manque d'implication dans la démonstration de l'inanité du spiritisme, Thomas Henry Huxley écrivait en 1869 : « Je n'ai pas de temps pour une telle enquête, qui attire beaucoup de soucis et beaucoup d'ennuis »[19]. Selon le sociologue français, l'émergence d'Internet aurait amplifié ce déséquilibre.

Idéologie et politique[modifier | modifier le code]

La mort subite du pape Jean-Paul Ier, 33 jours après le début de son règne, a suscité de nombreuses théories du complot.

L’expression « théorie du complot » peut être utilisée de façon idéologique ou politique. Sous forme d'accusation, elle peut servir à discréditer une opinion ou une théorie qui, sans pour autant être conspirationniste, fait intervenir l'interprétation d'intentions humaines (ce qui, selon Wilhelm Dilthey, est le cas de toute théorie en sciences humaines et sociales). À ce propos, le sociologue Patrick Champagne et le politologue Henri Maler dénoncent les limites floues du concept de « théorie du complot » ; ils désapprouvent l'usage abusif de l'expression pour étiqueter une théorie ou une opinion, en particulier dans l'espace médiatique où cela peut avoir des conséquences diffamatoires : « [...] la théorie de « la théorie du complot » remplit des fonctions sociales et idéologiques relativement puissantes et cela d’autant mieux qu’il ne s’agit pas d’une véritable théorie, c’est-à-dire d’un ensemble de propositions cohérentes, discriminantes et falsifiables. Elle annexe à des critiques qui peuvent être fondées des imputations sans preuves qui fonctionnent alors comme de simples calomnies. Et la calomnie peut frapper d’autant plus largement que la théorie de « la théorie du complot » telle qu’elle est construite, est un vaste fourre-tout attrape-tout qui fonctionne par association de mots et mélange tous les genres : journalistiques et scientifiques, théoriques et polémiques, militants et politiques[20]. »

Lorsque le philosophe Noam Chomsky et le spécialiste des médias Edward Herman ont élaboré leur modélisation du fonctionnement des mass media américains, ils ont été accusés de « théorie du complot » par certains contradicteurs. Chomsky, qui est lui-même généralement critique envers les théories du complot[21],[22], rejette l'accusation et dit n'avoir produit qu'une simple « analyse institutionnelle ». Il avance : « à mon avis, « théorie du complot » est devenu l'équivalent intellectuel d'un mot de cinq lettres. C'est quelque chose que les gens disent quand ils ne veulent pas que vous réfléchissiez à ce qui se passe vraiment »[23]. Herman, quant à lui, voit dans l'accusation un « cliché superficiel » et une critique facile qui ne coûte rien[24].

Complots réels et conspirationnisme[modifier | modifier le code]

Des auteurs avancent que le phénomène de la conspiration est inhérent à la politique et à l'économie dès lors que des richesses et du pouvoir sont en jeu dans un cadre d'ambitions opposées. L'histoire présente le cas de complots avérés, comme l'opération Himmler organisée par le IIIe Reich pour déclarer la guerre à la Pologne, ou encore l'Opération Ajax destinée à renverser Mossadegh en Iran (l'article « conspiration » présente une liste de cas d'espèces). Il arrive qu'une institution juridique considère un « complot » comme étant à l'origine d'événements historiques d'une certaine ampleur : au procès de Nuremberg, le chef d'accusation no 1 contre les responsables nazis était « plan concerté ou complot » (tandis que « crime contre la paix », « crime de guerre » et « crime contre l'humanité » étaient les chefs d'accusation nos 2, 3 et 4).

Cependant, la théorie du complot, ou conspirationnisme, ne se contente pas de dire que les complots adviennent – une affirmation que personne ne conteste –, elle fait du complot la matrice interprétative de tout événement : le conspirationnisme est ainsi décrit par Pierre-André Taguieff comme « la vision du monde dominée par la croyance que tous les évènements, dans le monde humain, sont voulus, réalisés comme des projets et que, en tant que tels, ils révèlent des intentions cachées - cachées parce que mauvaises[3]. » Par ailleurs, le philosophe Karl Popper, qui développe une analyse de la théorie du complot dans le second volume de La Société ouverte et ses ennemis, remarque que les complots existent mais sont à peu près toujours des échecs et que, ainsi, « les conspirateurs profitent très rarement de leur conspiration »[25].

« [...] les conséquences de nos actes ne sont pas toutes prévisibles ; par conséquent la vision conspirationniste de la société ne peut pas être vraie car elle revient à supposer que tous les résultats, même ceux qui pourraient sembler spontanés à première vue, sont le résultat voulu des actions d'une personne intéressée à ces résultats. »[26]
Karl Popper

Pour Popper, recourir à la théorie du complot pour comprendre le monde est une erreur : cela revient à affirmer que tous les événements sont la résultante d'actions délibérées, effectuées par des personnes qui auraient des intérêts communs et non contradictoires à ces résultats, et qu'il leur est possible de prévoir avec certitude les conséquences futures d'actions données. Or, pour Popper, rien n'est plus contestable que ce présupposé de départ sur lequel est bâtie toute théorie du complot : il écrit ainsi qu'il est très rare que des actions provoquent exactement le résultat souhaité ou prévu, il y a toujours des effets secondaires imprévus. Popper donne l'exemple d'une personne voulant acheter une maison. Son intérêt est que son prix soit le plus bas possible. Mais du seul fait que cette personne se déclare comme acheteuse, cela fait monter les prix du fait d'un nouveau demandeur sur le marché, ce qui va manifestement à l'encontre de son intérêt. Là est un exemple typique de conséquences néfastes involontaires et inévitables d'une action.

Une utilité conceptuelle résiduelle ?[modifier | modifier le code]

Plus récemment, les études sur la notion d'émergence dans un milieu chaotique suggèrent que tout pourrait se passer comme s'il y avait complot sans que personne n'en tire forcément les ficelles de façon consciente[27]. C'est ainsi que sans souscrire eux-mêmes au conspirationnisme, les philosophes Antonio Negri et Michael Hardt soulignent, dans leur livre Empire sur la mondialisation, que les théories du complot ne doivent pas être rejetées par principe[28] :

« [...], nous n'entendons pas suggérer qu'il existe un petit opérateur derrière le rideau, un magicien d'Oz qui contrôlerait tout ce qui se voit, se pense ou se fait. Il n'y a pas un point de contrôle unique qui dicte le spectacle. Celui-ci, toutefois, fonctionne généralement « comme » s'il y avait effectivement un tel point de contrôle central [...], le spectacle est à la fois dispersé et intégré. [...], les théories de conspiration gouvernementale et extragouvernementale pour un contrôle mondial – qui ont proliféré ces dernières décennies – doivent être reconnues comme justes et fausses tout ensemble [...] : les théories de conspiration constituent un mécanisme grossier mais efficace pour approcher le fonctionnement de la totalité. Le spectacle de la politique fonctionne « comme si » les médias, l'armée, le gouvernement, les sociétés transnationales, les institutions financières mondiales, etc. étaient tous consciemment et explicitement dirigés par une puissance unique, même si, en réalité, ils ne le sont pas. »

— Hardt & Negri, Empire, partie III, chapitre 5, p. 392

Analyses psychologiques et sociologiques[modifier | modifier le code]

Les théories du complot et les croyances qu'elles suscitent sont devenues un sujet d'étude pour les sociologues, psychologues et experts en folklore[29],[30], qui les ont traitées scientifiquement et objectivement comme un fait social, sous l’angle de leurs différences et des caractéristiques communes permettant de les définir.

Typologie[modifier | modifier le code]

Par portée du complot[modifier | modifier le code]

Certaines théories du complot portent sur un élément précis de l’Histoire, d’autres donnent une explication globale à l’Histoire du monde ou au monde actuel.

Dans son livre A Culture of Conspiracy, le politologue Micharl Barkun a relevé trois degrés dans la place que peut prendre l'« explication par le complot » dans l'interprétation du monde[31] : le « conspirationnisme d'événement » (« Event conspiracy theory »), où un complot est considéré comme étant la cause d'un événement isolé et où les comploteurs sont censés s'être concentrés sur un objectif restreint (par exemple, la mort d'une personne) ; le « conspirationnisme systémique » (« systemic conspiracy theory »), où plusieurs événements sont rattachés à un vaste complot à plus long terme, imputé à une communauté qui chercherait à infiltrer progressivement les institutions en place (Juifs, Illuminati, etc.) ; et enfin le « super-conspirationnisme » (« superconspiracy theory »), qui consiste à croire que toutes les conspirations réelles ou supposées, dans le monde et à travers l'Histoire, procèdent d'un vaste plan global voire cosmique, ourdi à très long terme par une puissance ayant les attributs de Dieu (omniscience, éternité, toute-puissance…), plan à l'intérieur duquel les multiples complots opèreraient de façon hiérarchique ou en réseau.

Selon Raoul Girardet, l'explication par le complot est d'autant plus convaincante qu'elle se veut totale et d'une exemplaire clarté[32] ; une telle théorie « totale » postule qu'une seule entité exercerait un complot universel, agissant afin de se répartir des pouvoirs à travers le monde (politique, économie, culture, médias, science, religion, etc.). Cette définition est similaire à ce que Barkun appelle la « systemic conspiracy theory ». La sociologue Véronique Campion-Vincent distingue la catégorie, encore supérieure, des « mégacomplots », rejoignant ainsi la « superconspiracy theory » identitée par Barkun. Apparu dans les années 1990-2000 avec David Icke et repris dans des œuvres de fiction (comme la série X-Files ou le best-seller Da Vinci Code), le « super-conspirationnisme » donne une explication globale de l'Histoire ou du monde, y compris sous ses dimensions métaphysiques[33].

Par nature du complot[modifier | modifier le code]

Une autre forme de typologie peut être faite à partir de la nature du complot ou de ses auteurs. En se basant sur le cas des États-Unis, Véronique Campion-Vincent distingue « complot d'une élite » et « complot anti-individuel »[33],[34]. Concernant le « complot d'une élite », elle distingue :

Pour leur part, les « complots anti-individuels » viseraient au contrôle et à la répression discrète de l'individu (en particulier par le contrôle mental) par l'État et ses différentes agences, avec la complicité de la science. Certains auteurs, gourous et groupes pensent que ce nouvel ordre mondial est sous la gouvernance d'extraterrestres (mouvement raëlien, courants ufologiques, Z. Sitchin, M. Tsarion, J. Maxwell, etc.)

Aboutissant en 2007 à une typologie basée sur celle de Campion-Vincent, les psychologues suisses Pascal Wagner-Egger et Adrian Bangerter[35] ont mis en évidence, et de manière scientifique, qu'il existe bien deux sous-catégories de théories du complot :

  • celles accusant les autorités, les "élites maléfiques" telles que les services secrets, les industries pharmaceutiques etc. (théories du complot de type « Système »)
  • celles qui mettent en cause des minorités, comme les terroristes musulmans par exemple (théories du complot de type « Minorités »).

Ces deux types de catégories font elles-mêmes parti des théories générales du complot. La peur et la méfiance sont les deux principaux facteurs prédisant l'adhésion à un théorie du complot. Cependant, ce qui déterminera le choix de l'un ou l'autre type, sont les croyances et idéologies adoptées par les individus.

Si les théories du complot du type « Système » sont motivées par une peur et un scepticisme envers des phénomènes sociaux et environnementaux (par exemple la théorie selon laquelle l'assassinat de John F. Kennedy ne serait pas du à un individu isolé, mais impliquerait la CIA ou le KGB), celles du type « Minorités » sont motivées par la peur d'un chamboulement social, de perdre des acquis sociaux. Il faut noter que ces deux types de peurs ne dégénèrent pas toujours en croyances conspirationnistes. Wagner-Egger et Bangerter concluent : « Nous avons pu montrer que la peur et la méfiance prédisent les deux types de théories du complot, tandis que l'irrationalité prédit spécifiquement les théories du complot de type « Système ». Le conservatisme politique prédit spécifiquement les théories du complot de type Minorités »[35].

Image représentant la révolution d'Octobre comme un « complot judéo-bolchévique » (l'étoile autour du cou de Léon Trotski évoque à la fois l'étoile rouge et l'étoile de David).

Scénarios d'émergence[modifier | modifier le code]

« Les générations de l’après-guerre dans les sociétés occidentales sont plus portées que les précédentes à se méfier de leurs gouvernants. La société postmoderne, parce qu’elle n’offre plus un système stable de catégorisation du réel, ne peut que favoriser les idées négatrices et conspirationnistes. »[36]
Jean-Bruno Renard
« Les grandes mythologies élaborées en Occident depuis l'aube du XIXe siècle ne sont pas simplement des efforts pour combler le vide laissé par la décomposition de la théologie [...]. Elles sont elles-mêmes une sorte de « théologie de substitution ». »[37]
George Steiner
L'assassinat de Kennedy, un des attentats ayant le plus marqué l'Amérique moderne, a suscité et suscite encore de nombreuses théories du complot.
Les théories du complot sur les attentats du 11 septembre 2001 sont celles qui générèrent le plus de trafic sur Internet durant les années 2000.

Les théories du complot peuvent germer de plusieurs manières :

  • par un réflexe de doute de la part du public face aux explications officielles données à un événement. Elles se développent dans l’opinion lorsque celle-ci ne se trouve pas en situation de croire l’explication principale d’un événement donnée notamment :
    • à la suite d’un événement formant un choc moral important (pour la France, notamment la défaite de 1870 ou défaite de 1940),
    • dans des situations de conflit,
    • lorsque la confiance dans le gouvernement et les institutions est très faible. Aux États-Unis, la défiance d’une partie de la population face à l’État fédéral alimente ainsi des théories du complot quant à divers secrets cachés par le gouvernement américain à sa propre population, d’événements politiques (assassinat de Kennedy, attentats du 11 septembre 2001) à l’existence d’extra-terrestres (affaire de Roswell).
  • par la publication d’articles et d’ouvrages remettant en cause les versions officielles. Les personnes suscitant les théories du complot seraient souvent minoritaires et mal connues du grand public, que ce soit à cause de leur goût du secret, de l'entre-soi, ou du risque d'être attaqué en société pour avoir avancé une idée non politiquement correcte, car officiellement inavouable si la théorie était vraie.
  • par la propagande des autorités. En effet, il peut aussi s’agir de l’explication officielle donnée par un État ou une force en présence lors d’une crise ou d'un conflit (cas de la théorie du complot juif dans l'Allemagne nazie).

D'un point de vue plus psychologique, Van Prooijen et Jostmann[38] identifient plusieurs facteurs qui influencent le fait de croire ou de ne pas croire aux théories du complot, comme l'incertitude subjective et la moralité perçue des autorités. Selon eux, il faut que l'incertitude atteigne un certain niveau pour que les croyances au complot émergent en se basant sur cette moralité. Paradoxalement, les auteurs ont montré dans la même étude que l'incertitude ressentie peut aussi favoriser la non adhésion aux théories complotistes. Ainsi, ils concluent finalement que « l'incertitude conduit les gens à être plus attentifs à la moralité des actions des autorités, qui influe par la suite sur la croyance ou l'incroyance aux complots. »

Conséquences sociétales[modifier | modifier le code]

Jolley et Douglas en 2014 ont montré plusieurs conséquences sociétales des théories du complot. Les auteurs ont mené différentes études dans le domaine. La première concerne la volonté de s'engager dans la politique ainsi que l'intention de diminuer l'impact carbone sur l'environnement[39]. La seconde concerne la vaccination des enfants[40].

  • L'engagement dans la politique[39] : dans cette étude, les participants sont assignés aléatoirement à l'une des deux conditions expérimentales. Dans la première condition, que les auteurs nomment théorie pro-conspirationniste, les participants étaient exposés à un article mettant en avant l'implication du gouvernement dans la mort de Lady Diana et dans les attentats du sept juillet à Londres. La seconde condition, nommée théorie anti-conspirationniste par les auteurs, expose un article similaire au précédent mais dans lequel les arguments sont en faveur de la non implication du gouvernement dans les faits précités. Les auteurs montrent que la simple exposition à la théorie pro-conspirationniste diminue significativement l'intention de s'engager dans la politique. Ainsi, les individus expriment une plus faible intention de vote dans la condition où ils sont exposés à la théorie du complot, que dans la condition où ils sont exposés à une théorie réfutant la théorie du complot. Les auteurs ont montré que la simple connaissance des théories complotistes influence directement le sentiment d'impuissance des personnes face aux politiques et à leurs décisions: pourquoi voter puisque cela n'a aucune conséquence?
  • La diminution de l'impact carbone[39] : de même que pour l'engagement dans la politique, les individus exposés à une théorie mettant en cause un complot des scientifiques climatologues ont moins l'intention d'adopter des comportements pro-environnementaux comme utiliser les transports en communs par exemple. Les personnes ressentent de l'impuissance face aux changements climatiques, de l'incertitude par rapport à ceux-ci et une certaine désillusion. Un fait intéressant que révèle cette étude, c'est que cette théorie complotiste ne met pas en cause le gouvernement, mais seulement les climatologues, et malgré cela, les individus expriment aussi un sentiment d'impuissance politique. Ainsi, de manière générale, les théories du complot peuvent être associées à un cynisme politique.
  • La vaccination[40] : la croyance que les vaccins sont créés pour générer des profits et non pour soigner les personnes entraine chez les participants de l'étude une diminution de l'intention de vacciner leurs enfants. De même, la simple exposition à une théorie anti-vaccin affecte directement les intentions de vaccination. « Par conséquent, dans l'ensemble, les théories du complot anti-vaccins semblent introduire le doute sur la sécurité des vaccins, et accroître le sentiment d'impuissance et de désillusion, tout en diminuant la confiance dans les autorités, qui à leurs tours introduisent réticence à vacciner ».

Explications sociologiques[modifier | modifier le code]

Les explications sociologiques mettent prioritairement en avant les évolutions de la société pour expliquer l'apparition des théories du complot. Plusieurs interprétations existent :

  • Pour un premier courant, c'est l'« excès d'institution » qui provoque le développement des théories du complot. Timothy Melley (Université de Miami), spécialiste de la culture populaire, parle d'une « agency panic »[41] : il voit dans le conspirationnisme l'expression d'une crise de l'individu et de son autonomie, ainsi que son angoisse face au pouvoir croissant, technocratique et bureaucratique, des administrations. Il considère en outre la théorie du complot comme un élément essentiel de la culture populaire américaine de l'après-1945[42],[43].
  • Pour un autre courant, les théories du complot naissent, à l'inverse, de la « disparition des institutions structurantes ». Le juriste américain Mark Fenster[44] (Université de Floride) explique que le développement des théories du complot est le fruit du déclin de la société civile traditionnelle (l'encadrement par les corps intermédiaires classiques, les syndicats, les mouvements politiques) qui laisse désemparés les groupes les plus fragiles, notamment les personnes défavorisées (handicapés, familles défavorisées, personnes sans domiciles, afro-américains…). Les théories du complot, qui reflètent les insuffisances des institutions et la demande de plus de transparence de la part des citoyens, font partie intégrante du système politique démocratique et ne sont pas des phénomènes marginaux[45]. Pour Pierre-André Taguieff[46], les théories du complot, très médiatisées sur Internet, dans certains jeux (comme Illuminati, Deus Ex, Half-Life, Metal Gear) ou films (comme Ennemi d'État, X-Files, Prison Break), répondaient à un besoin de « réenchantement du monde », selon l'expression de Peter Berger : elles participeraient d'une reconfiguration des croyances et d'une sublimation du religieux sous une forme sécularisée. Insistant sur la déstructuration culturelle plutôt que politique ou religieuse, le sociologue français Jean-Bruno Renard (université Montpellier III) voit le terreau de développement des théories du complot dans la postmodernité : relativisme cognitif (Raymond Boudon), fragmentation en néotribus et en sous-cultures (Michel Maffesoli), dévalorisation des « canaux officiels de communication » (politiciens, médias), confusion accrue entre l'image et le réel[36].

La théorie du complot serait donc un palliatif face à l'annihilation de l'individu par des institutions trop présentes, ou à l'inverse face au vide provoqué par la vacance des institutions. Dans les deux cas, elle est une réaction à la perte du sens ordinairement assuré par un ordre social bien régulé.

Explications psychologiques[modifier | modifier le code]

Facteurs cognitifs[modifier | modifier le code]

Des analyses cognitives récentes montrent que les mécanismes d'adhésion aux théories du complot relèvent davantage de processus cognitifs ordinaires que de pathologies mentales[47],[48],[49],[50],[51]. Selon les psychologues sociaux O. Klein et N. Van der Linden[47], les trois processus de raisonnement ordinaires qui sont mobilisés dans l'adhésion à une théorie du complot sont ce qu'ils appellent la force des stéréotypes, l'intentionnalité et l'erreur de conjonction. Ils partent de la définition du philosophe B. L. Keeley suivante : « Une théorie du complot est une explication d’un évènement historique (ou d’évènements historiques) fondée sur le rôle causal d’un petit groupe d’individus agissant en secret. »[48]. Ainsi, cette définition révèle trois attributs d'une théorie du complot que sont le raisonnement causal, le processus de catégorisation sociale et l'intentionnalité. C'est à partir de ces trois attributs que les auteurs ont identifié trois processus cognitifs sous-jacents :

  • La force des stéréotypes : Cette force illustre le processus de catégorisation sociale, deuxième attribut de la définition d'une théorie du complot de B. L. Keeley citée plus haut. Le processus de catégorisation sociale est le mécanisme cognitif qui consiste à placer mentalement un individu dans un groupe social, sur base d'une information à propos de cet individu. Un exemple de catégorisation sociale serait de considérer qu'une personne fait partie du groupe social "les juifs" sur base de la kippa qu'elle porte sur la tête, ou sur base de sa personnalité. Dans le dernier cas, on se base sur un stéréotype (par exemple, "les juifs sont riches et radins") pour effectuer une catégorisation sociale. Selon O. Klein et N. Van der Linden[47], le petit groupe d'individu agissant en secret qui est mis en cause dans une théorie du complot doit faire l'objet d'une catégorisation sociale sur base de stéréotypes compatibles avec une personnalité complotiste. Ainsi, les groupes sociaux qui sont vus comme ayant à la fois les moyens et des raisons de mettre en place un complot font plus souvent l'objet de théories du complot. Le stéréotype des juifs en tant que groupe puissant, riche, ethnocentré et intelligent, est donc sans doute facteur de l’émergence de théories du complot orchestrées par les juifs.
  • Le biais d'intentionnalité : Selon la définition de B.L. Keeley citée plus haut, une théorie du complot met en scène des individus qui ont intentionnellement causé l'évènement cible de la théorie. Autrement dit il ne résulte pas du hasard, il a été voulu. L'intentionnalité est un type de cause particulier, qui se distingue d'une cause non-intentionnelle comme le fait qu'un rayon de soleil vienne brûler une forêt. Or, les psychologues sociaux D. McClure, D. J. Hilton et R. M. Sutton [49] ont montré que les antécédents d'un évènement sont davantage considérés en tant que causes s'ils impliquent des comportements intentionnels. Dans leur expérience[49], ils présentent aux participants des récits menant à un incident (par exemple, un incendie) dans lesquels ils font varier certains chaînons du mécanisme causal qui seront soit intentionnels soit pas. Les résultats montrent que lorsqu'on demande aux participants quel élément du récit est selon eux la cause de l'incident, ils choisissent préférentiellement les éléments à caractère intentionnel. De plus, selon la psychologue E. Rosset, une explication intentionnelle est même choisie par défaut[50]. Ainsi, ceci pourrait expliquer les préférences pour une explication causale émanant d'une théorie du complot (donc de type intentionnelle) lorsque l'explication officielle manque d'intentionnalité. Selon O. Klein et N. Van der Linden[47], cette préférence pourrait même relever d'un mécanisme cognitif automatique du au biais d'intentionnalité.
  • L'erreur de conjonction : La conjonction dont on parle ici est la conjonction de deux évènements distincts, c'est-à-dire de leur occurrence conjointes. Lorsqu'un évènement a lieu, nous avons fréquemment le réflexe d'attribuer un certain degré de probabilité d'occurrence à cet évènement. C'est une attribution du type : "il était certain que cela se passerait ainsi", ou bien "jamais je n'aurais cru que cela se passerait ainsi". Les psychologues A. Tversky et D. Kahneman ont montré que cette attribution de probabilité d'occurrence augmente lorsqu'il s'agit d'évaluer la probabilité de deux évènements conjoints[51]. L'erreur de conjonction concerne donc le fait d'évaluer la probabilité de l'apparition conjointe de deux évènements comme plus élevée que l'apparition d'un de ces deux évènements. Ceci défit les lois de la probabilité puisque la probabilité d'un fait est toujours plus élevée que la probabilité de la combinaison de ce fait et d'un second. De plus, ce phénomène est qualifié d'erreur car il est observé bien que l'occurrence des deux évènements soit totalement fortuite, c'est-à-dire due au hasard. Néanmoins, l'erreur de conjonction n'est présente que lorsqu'un récit dans lequel figure une potentielle cause commune à ces deux évènements est disponible dans l'esprit du sujet. Ainsi, l'exposition à une théorie du complot pouvant fournir un mécanisme explicatif en termes de cause commune de deux évènements distincts augmente l'erreur de conjonction, favorisant à son tour l'adhésion à la théorie qui apparait alors comme d'autant plus plausible. Pour illustrer l'erreur de conjonction, les auteurs[47] donnent l'exemple de la théorie du complot selon laquelle le président des États-Unis aurait lui-même organisé les attentats du 11 septembre 2001. Quelqu'un qui est exposé à cette théorie évaluera comme plus élevée la probabilité conjointe des évènements "trouver de l'acier fondu dans les débris des tours jumelles" et "absence de réaction du gouvernement Bush aux informations selon lesquelles les militants proches de Ben Laden s'entrainaient dans des écoles de pilotage", que la probabilité d'un seul de ces deux évènements considéré isolément.

Par ailleurs, d'autres psychologues sociaux[52],[53] ont mis en avant un quatrième biais cognitif facteur d'adhésion aux théories du complot. Il s'agit du biais de simple exposition à une théorie. Bien qu'il soit différent, il s'apparente à l'effet de simple exposition mis en avant par Robert Zajonc[54] qui augmente la probabilité d'avoir un sentiment positif envers quelqu'un ou quelque chose par la simple exposition répétée à cette personne ou cet objet. Le biais de simple exposition à une théorie, lui, augmente la probabilité d'adhérer à une théorie par la simple exposition à cette théorie :

  • Le biais de simple exposition : Les psychologues sociaux Daniel T. Gilbert et ses collaborateurs ont monté une expérience[52] dans laquelle des étudiants tenaient le rôle de juge et devaient attribuer une peine à un condamné fictif. Pour ce faire, chaque participant disposait d'une liste de faits sur laquelle se baser pour juger le condamné. Sur cette liste, certains faits étaient notés en rouge et il était demandé de ne pas tenir compte de ces informations car elles étaient erronées. Pour la moitié des participants, il s'agissait de circonstances atténuantes, et de circonstances aggravantes pour l'autre moitié. De plus, certains participants devaient effectuer simultanément une autre tâche (repérer un chiffre sur un écran), afin d'occuper leurs ressources cognitives. Dans cette condition, les résultats ont montré que les participants jugeaient plus sévèrement le condamné lorsque les fausses informations auxquelles ils étaient exposés étaient des circonstances aggravantes que lorsqu'elles étaient des circonstances atténuantes, bien qu'ils étaient conscients de l'inexactitude de ces informations. Les auteurs peuvent donc conclure qu'en dépit de ressources cognitives suffisantes (ou de volonté) pour se détacher d'informations que nous savons erronées, nous les intégrons de façon automatique dans notre raisonnement. Ainsi, lorsque nous sommes exposés à une théorie, elle nous apparait comme vraie en tout premier lieu (donc par défaut). Selon les psychologues sociaux Karen M. Sutton et Robbie M. Douglas, ce biais de simple exposition suffit à induire une adhésion à la théorie exposée[53]. Dans leur expérience, les sujets devaient indiquer leur degré d'adhésion à des théories du complot concernant l’assassinat de Lady Diana. Dans la moitié des cas, les auteurs exposaient les sujets à des informations étayant ces théories, puis leur demandaient leur degré d'adhésion initial à ces théories. C'est-à-dire qu'il leur était demandé de donner l'avis qu'ils avaient eu à priori, donc avant qu'on leur expose les informations étayant les théories. Les résultats montrent que dans cette condition, les sujets expriment un plus haut degré d'adhésion que les sujets qui n'ont pas été exposés aux informations supplémentaires. Ceci bien qu'il ait été demandé aux premiers de ne pas en tenir compte. Enfin, il est intéressant de noter que les sujets disaient ne pas avoir été influencés par ces informations, tandis que selon eux les autres participants l'avaient certainement été.

Concernant la persistance de l'adhésion à une théorie du complot, les psychologues sociaux Olivier Klein et Nicolas Van der Linden[47] ont mis en avant deux biais cognitifs pouvant favoriser la persistance de cette adhésion. Il s'agit de l'hyperphagie assimilatrice et de la persistance des croyances.

  • L'hyperphagie assimilatrice : Ce mécanisme cognitif consiste à intégrer dans la justification d'une théorie tout ce qui nous est présenté, que ce soit conforme ou non avec cette théorie. L'étude de Rhedelmeier et Tversky sur la croyance non fondée en une relation entre le temps qu'il fait et les rhumatismes illustre ce biais[55]. Ils ont présenté à leurs sujets des graphiques montrant l'évolution des rhumatismes d'une personne fictive en fonction du temps qu'il fait. Or, sous l'effet de la popularité de cette croyance, les sujets ont dit voir sur le graphique une relation entre les deux variables lorsqu'il n'y en avait aucune. Leur croyance est restée intacte et a même pu être renforcée. Ils ont donc assimilé cette nouvelle information empirique dans le schéma de leur croyance, bien qu'elle soit contraire à cette croyance. Ce biais est en effet observé dans le contexte des théories du complot, où chaque nouveau fait qu'un sceptique pourrait donner à un adhérent pour réfuter une théorie du complot est interprété par ce dernier dans le sens de cette théorie. L'exemple d'interprétation en termes de "tentative de camouflage" illustre bien le phénomène. Selon les auteurs[47], c'est ce qu'il s'est passé lorsque l'équipe du président américain Barack Obama a tenté de démentir la théorie selon laquelle il était Kényan et musulman en publiant une photo de sa carte d'identité. Ce type de tentative de réfutation n'a souvent pas pour effet d'affaiblir les croyances, mais au contraire d'alimenter les récits explicatifs des adhérents.
  • La persistance des croyances : Ce facteur cognitif concerne le fait que la croyance en une information persiste même lorsque celle-ci s'est avérée fausse. Les études comme celle des psychologues sociaux Craig A. Anderson et ses collaborateurs[56] utilisent le paradigme du débriefing pour mettre ce biais en lumière. Ici, les auteurs ont présenté à leurs sujets la personnalité d'un pompier censé être réel, associée à la réussite ou à l'échec de sa carrière. Les participants étaient répartis entre quatre conditions. Dans le cas où le pompier avait réussi sa carrière, soit il était du genre à prendre des risques soit il était prudent, et idem dans le cas où il avait échoué. Il leur était demandé d'expliquer en quoi la personnalité du pompier avait été la cause de l'échec ou de la réussite de sa carrière. Deux types d'explication ont donc été utilisés : soit prendre des risques était un atout, soit pas. Les auteurs ont ensuite débriefé les participants en leur avouant que le pompier était fictif, que deux récits contradictoires avaient été distribués, et que donc deux types d'explication causale avaient été donnés. Enfin, leurs croyances en l'influence de l'un ou l'autre type de personnalité d'un pompier sur la réussite de sa carrière ont été mesurées. Les résultats montrent que malgré le débriefing qu'ils avaient reçu, les croyances des participants correspondaient respectivement au type d'explication qu'ils avaient du fournir. Ainsi, l'acte d'explication du mécanisme causal d'une théorie fige la croyance en cette théorie, au delà de la réfutation des faits sur lesquels cette explication est basée.

D'autres biais cognitifs peuvent favoriser les interprétations conspirationnistes[réf. souhaitée] :

  • biais de confirmation d'hypothèse : accorder plus de poids aux preuves qui confirment les croyances de départ[57] ;
  • effet de récence : tendance à mieux se souvenir des dernières informations auxquelles on a été confronté ;
  • biais sur le négatif : tendance à prêter davantage attention aux éléments négatifs ;
  • illusion des séries : percevoir à tort des coïncidences dans des données au hasard ;
  • dissonance cognitive : réinterpréter et éliminer les faits en contradiction ;
  • effet de simple exposition : augmentation de la probabilité d'avoir un sentiment positif envers quelqu'un ou quelque chose par la simple exposition répétée à cette personne ou cet objet ;
  • biais de disponibilité : ne pas chercher d'autres informations que celles immédiatement disponibles ;
  • grégarisme : acceptation plus facile quand un grand nombre de personnes croient une information ou pratiquent un comportement donné ;
  • oubli de la fréquence de base : oublier de considérer la probabilité statistique lorsque survient un événement ;
  • effet focus : donner trop d'importance à l'aspect d'un événement modifie les perceptions suivantes ;

Une trentaine de biais cognitifs ont été répertoriés (Voir aussi liste de biais cognitifs (en)).

Pour ce qui est des théories du complot elles-mêmes, certains psychologues[Qui ?] en font le symptôme d'une forme de paranoïa, en particulier du délire d’interprétation de Sérieux et Capgras, trouble psychiatrique dont le thème délirant du complot est constitutif[réf. nécessaire]. Cependant, cette interprétation est majoritairement considérée comme insuffisante, dans la mesure où elle ne prend pas la peine de s'intéresser à la théorie du complot sur le plan de la finalité, de sa « fonction ».

Facteurs motivationnels[modifier | modifier le code]

« [Une théorie du complot] peut se définir minimalement comme un récit explicatif permettant à ceux qui y croient de donner un sens à tout ce qui arrive, en particulier à ce qui n'a été ni voulu ni prévu. »
Pierre-André Taguieff
« Lorsque l'imaginaire collectif s'affronte à l'ambitieuse opération de concevoir un système économique de dimension planétaire, le vieux motif de la conspiration connaît un souffle nouveau en tant que structure narrative apte à synthétiser les éléments fondamentaux : l'existence d'un réseau potentiellement infini en même temps qu'une explication plausible à sa partie invisible. »[58]
Fredric Jameson
« La croyance centrale de chaque crétin est qu'il est victime d'un mystérieux complot contre ses droits communs… Il attribue tous ses échecs dans le monde, toute son incapacité congénitale et sa stupidité, aux machinations de loups-garous réunis à Wall Street ou à quelque autre infamie. »[59]
H. L. Mencken

L'explication par la psychologie sociale repose notamment sur les travaux de la professeur de théorie politique Hannah Arendt[60], qui relie le conspirationnisme à un « besoin de cohérence », de l'historien américain Richard Hofstadter[13], qui évoque « un style paranoïde » de la politique, les travaux du politologue français Raoul Girardet[32] ou ceux des psychologues Carl F. Graumann et Serge Moscovici[61], qui parlent de « mentalité du complot ». D'après leurs travaux, la qualité persuasive des théories du complot repose sur les éléments suivants, qui ont en commun de compenser un sentiment d'impuissance :

  • Les théories du complot fournissent une logique unificatrice à des éléments apparemment disparates et non liés entre eux, ce qui est intellectuellement satisfaisant. Hannah Arendt écrit que les théories du complot répondent à un besoin des foules, qui « ne font confiance ni à leurs yeux ni à leurs oreilles, mais à leur seule imagination, qui se laissent séduire par tout ce qui est à la fois universel et cohérent en soi-même »[62]. Elle souligne que cette « fuite des masses devant la réalité est une condamnation du monde dans lequel elles sont contraintes de vivre et ne peuvent subsister, puisque la contingence en est devenue la loi suprême et que les êtres humains ont besoin de transformer constamment les conditions chaotiques et accidentelles en un schéma d'une relative cohérence »[63]. De même, l’historien Jean-Philippe Schreiber et la linguiste Emmanuelle Danblon (Université libre de Bruxelles) estiment que la théorie du complot « permet à l’individu de donner du sens à ce qui l’entoure, ce qui semblerait être une condition essentielle à son inscription dans le monde »[64]. La théorie du complot répondrait, dans cette perspective, aux besoins de compréhension des sociétés en crise en identifiant une causalité simple et unique à tous les bouleversements que l'individu ou les masses peuvent subir. Comme le souligne l'historien Raoul Girardet[32], cette utilité sociale en fait une variété du mythe. Le conspirationnisme établit une grille interprétative simple, fondée à la fois sur des préjugés et une certaine forme de bon sens populaire, et dans laquelle s'insère nombre d'événements du temps présent (en particulier les plus déroutants et angoissants). En identifiant des responsables, le monde est simplifié à une vision manichéenne ancestrale, avec un Bien et un Mal nettement définis.
  • Les théories du complot donnent accès à une vérité cachée, ce qui est valorisant pour celui qui reçoit le message. Le philosophe français Robert Redeker évoque dans Le Monde du 30 mars 2008 les « avantages narcissiques de la croyance en cette théorie : son adepte s’épanouit dans le sentiment de détenir un secret d’une extrême importance. Il jouit d’en savoir plus que les plus grands savants ! »[65]. Sur son site Web dédié à l'inexpliqué et aux subcultures qui gravitent autour, Jérôme Beau explique qu'une personne adhérant aux théories du complot « se positionne implicitement comme plus intelligente que celles qui se font avoir » ; face à son entourage, elle peut se sentir « supérieure » et potentiellement apte à sauver « ceux qui sont considérés « non informés », « naïfs » ou incapables de reconnaître les conspirations en question. »[66]
  • Les théories du complot identifient des coupables en tendant à interpréter tout événement ou conséquence d'un événement comme ayant été voulus ; cette interprétation découle d'une généralisation de l’« imputabilité » du mal, d'une attribution de tout événement malheureux à une volonté. À la fin du Moyen Âge et à la Renaissance, de nombreuses personnes issues de catégories sociales marginales étaient accusées d'être responsables des événements mettant la vie sociale en danger : maladies, catastrophes naturelles détruisant les récoltes, etc. Cela donnait lieu à des chasses aux sorcières, au cours desquelles on les accusait d'avoir provoqué le malheur de la communauté à l'aide de démons ou de maléfices. Aujourd'hui encore, lors d'événements dramatiques, la tendance des médias, du public à chercher les coupables plus que les solutions peut influencer le citoyen, en le conditionnant à percevoir tout événement négatif selon ce mode « imputabiliste »[67]. C'est le sens implicite de la question « À qui cela profite-t-il ? », soulevée lors d'événements bouleversants. Une imputation systématique du mal peut donner lieu à un phénomène de victime expiatoire, où le malheur est conçu comme ne pouvant être réparé que par l'élimination de ceux qui l'ont souhaité, et où une catégorie d'individus, même innocents, peut être identifiée comme celle de responsables à châtier. De nos jours, les moyens d'action qu'on imagine être ceux des fauteurs de catastrophes ne sont plus des rites ou des recettes magiques, mais des moyens techniques et en particulier militaires. Le concept du complot est capable de s'adapter aux groupes les plus divers (par exemple : le Juif devenant tour à tour le capitaliste ou le communiste). Les théories du complot les plus puissantes auraient ainsi la capacité de perdurer dans le temps tout en se renouvelant, voire en se combinant : les « vieilles » théories du complot, comme celles du complot juif ou communiste, ont ainsi été combinées entre elles lors de la Révolution russe pour donner naissance au complot « judéo-bolchévique ».
  • Les théories du complot peuvent expliquer d'éventuels échecs personnels. C’est, par exemple, l’explication classique donnée à l'antisémitisme d'Adolf Hitler dans le contexte de son parcours personnel. Le critique social H. L. Mencken, penseur individualiste et élitiste, voyait le conspirationnisme comme un symptôme de stupidité et une façon (qu'il dépréciait) d'éviter de se prendre en main et d'assumer ses failles. Le psychologue Julian Rotter distingue à ce titre deux profils psychologiques : les personnes croyant que leur sort est hors de leur influence, et celles croyant que les événements dépendent surtout d'elles-mêmes. Les premières ont un locus de contrôle dit « externe » : hasard, chance, fatalité, ou autre tout-puissant (dieu, société, autorités…), alors que les secondes ont un locus « interne ». Rotter relève qu'un locus de contrôle externe est en corrélation avec certains facteurs sociologiques, comme une catégorie socio-professionnelle défavorisée, un niveau d'éducation peu élevé, et/ou une culture communautaire (par opposition aux cultures individualistes, qui encouragent la responsabilité)[68]. Toutefois, le sociologue Cyril Lemieux estime que des théories du complot envers l'etablishment peuvent aussi émaner de citoyens diplômés ; il place l'origine du conspirationnisme dans un désir frustré de notoriété intellectuelle : « […] en raison de la massification de l'enseignement supérieur, notre société produit beaucoup de diplômés qui se sentent légitimement autorisés à penser qu'ils ont au moins autant de talent que les journalistes, les intellectuels, les artistes et les politiques les plus en vue médiatiquement, alors même qu'ils sont contraints, eux, [...] à l'invisibilité. Internet est un média qui leur permet de donner un début de visibilité publique à leurs productions et à leurs talents. Mais c'est aussi un média qui leur permet d'exprimer leurs sentiments d'injustice [...]. Le conspirationnisme, si en vogue sur Internet, n'est peut-être qu'une expression extrême de cette dénonciation [...]. »[69]
  • Les théories du complot donnent l'espoir de pouvoir changer les choses. Les psychologues humanistes font valoir que, pour les théoriciens de la conspiration, même si le complot est angoissant, il est consolant de croire que ces bouleversements seraient dus à une volonté, plutôt qu'à des facteurs échappant à toute volonté. C'est un dispositif rassurant de croire que des accidents n'arrivent pas au hasard, mais seraient ordonnés par l'homme : rendant de tels événements compréhensibles et potentiellement contrôlables, il y a l'espoir, même faible, de pouvoir briser cette conspiration (ou d'y adhérer pour faire partie du pouvoir)[70]. Toutefois, cet espoir ne prend pas nécessairement la forme d'actions : le journaliste Alexander Cockburn souligne qu'en dépit des effets positifs, la théorie du complot relève « de l’infantilisme politique » et « imaginer qu’elle puisse déboucher sur une énergie progressiste revient à croire qu’un illuminé qui s’époumone au coin d’une rue révélera forcément des talents de grand orateur »[71].

Facteurs psychologiques[modifier | modifier le code]

Il existe aussi des facteurs dans la psychologie de l'individu qui pourraient favoriser l'adhésion à une théorie du complot. Les facteurs les plus populaires sont les suivants :

  • Certains traits ou facteurs liés à la personnalité[35] : Wegnar-Egger et Bangerter mettent en avant plusieurs traits de personnalité pouvant faciliter l'adhésion aux théories du complot. Notamment, ils montrent que l'irrationalité est fortement corrélée avec l'adhésion aux complots de type "système". Ce que les auteurs qualifient ici d'irrationalité fait référence à la « croyance dans certains phénomènes ésotériques et le degré de croyance religieuse ». De plus, l'anxiété générée par les phénomènes sociaux actuels favorise également l'adhésion aux théories de type système. Par ailleurs, les TC de type "minorité" sont liées à une personnalité autoritaire qui se traduit selon les auteurs[35],[72] par de la discrimination envers les étrangers et une tendance à se positionner à droite politiquement parlant. Ceci fait référence au conservatisme politique qui se traduit également par une plus forte anxiété personnelle. De même, la paranoïa serait un trait de personnalité fréquemment associé aux théories du complot, mais les auteurs[35] ne trouvent cependant qu'un faible impact de celle-ci sur les croyances aux théories du complot.
  • La mentalité complotiste[73] : selon Taguieff, « il s’agirait d’une conséquence de la tentative rationaliste de la pensée des Lumières, qui a conduit à la suppression du mystère, à un désir de compréhension, au développement de l’esprit critique, attitude qui, si elle est trop systématisée, peut verser dans le soupçon et la mystification. On constate ainsi une tendance de ce courant démystificateur et visant au désenchantement du monde à se retourner en réenchantement »[74]. Ainsi, la mentalité complotiste permet à chacun de se retrouver dans ce nouvel ordre mondial, et de faire face à l'angoisse que celui-ci procure.
  • La cognition paranoïde[75] : elle se différencie de la paranoïa puisqu'elle n'est pas pathologique mais serait une forme de paranoïa "normale"[35]. Ainsi, pour défendre ses croyances aux théories du complot, l'individu utilise la cognition paranoïde[75] ou le style paranoïde[76], qui consiste à s'accrocher à certaines preuves qu'un complot pourrait exister et les défend coûte que coûte réfutant tout arguments contradictoires et s'appuyant sur ceux-ci pour valider ses croyances. Dans son modèle de cognition paranoïde, Kramer[75] explique qu'elle reposerait sur un sentiment de mal être et d'anxiété généré par diverses situations précédentes à cette cognition. Cette dysphorie entraine de l’hyper-vigilance et de la rumination qui vont à leur tour biaiser les jugements portés sur la situation pour aboutir finalement à une cognition paranoïde. La cognition paranoïde ne s'applique pas uniquement aux théories du complot mais à d'autres situations.

Communication et propagation[modifier | modifier le code]

Aux théories du complot sont associés des phénomènes de propagation de grande ampleur. Cette section concernera donc l'analyse psycho-sociale de la communication qui accompagne les théories du complot.

À travers la littérature conspirationniste[modifier | modifier le code]

À travers la littérature conspirationniste serbe, les processus de représentation sociale (dont les concepts d'ancrage et de l'objectivation) ont favorisé la diffusion et la prolifération d'explications conspirationnistes en Serbie lors des bombardements de l'OTAN[77]. Il s'agit plus précisément de la théorie de la "neocortical warfare" selon laquelle l'OTAN aurait utilisé des méthodes chirurgicales sur les cerveaux de leurs adversaires.

L'exemple de la théorie de la "neocortical warfare"[77] : À l'origine, ce terme a été introduit dans les années 1990 dans la littérature américaine sur le thème de la guerre de l'information. Il s'agissait d'une métaphore pour désigner un nouvel ensemble de techniques visant à utiliser l'information comme une arme, afin de créer un nouveau concept de guerre sans violence physique (acquisition d'informations stratégiques, manipulation, persuasion et désinformation de l'adversaire).

Cependant, il existe un processus cognitif universel qui consiste à effectuer un glissement sémantique des expressions métaphoriques vers leur expression littérale, lorsque ces métaphores sont utilisées pour faciliter la compréhension d'un nouveau concept[78]. Et en effet, l'expression "neocortical warfare" s'est introduit dans la littérature conspirationniste serbe au sens littéral d'intervention chirurgicale sur les cerveaux des adversaires. Ce glissement sémantique à l'origine de la théorie du complot de la "neocortical warfare" peut s'expliquer par l'action du processus de représentation sociale. Il s'agit plus précisément de deux processus cognitifs : le processus d'ancrage et celui de l'objectivation, qui sont les outils du processus de représentation. Dans l'exemple de la Serbie, l'idée est que ce nouveau concept de "neocortical warfare" a été ancré dans la culture conspirationniste serbe, puis qu'il lui a été donné une réalité concrète. Par conséquent, cette métaphore a été représentée dans la culture conspirationniste serbe comme la description d'une méthode existante et effective de manipulation.

  • Le processus d'ancrage[77] : Le processus d'ancrage consiste à simplifier les choses nouvelles ou étranges en les ramenant dans une catégorie de choses ordinaires, donc dans un contexte familier[79]. L'évènement ayant induit ce processus d'ancrage de la métaphore de la "neocortical warfare" dans un contexte conspirationniste est la publication en 1995, dans le principal journal militaire yougoslave (Vojno Delo), d'un article sur les méthodes de "guerre de l'information" employées par l'armée américaine. Or, ce journal était connu pour avoir soutenu la diffusion de bon nombre de théories conspirationnistes ayant trait à la création du "Nouvel Ordre Mondial", il faisait donc partie de la culture conspirationniste serbe. Bien que la métaphore de la "neocortical warfare" n'ait pas été présentée dans ce journal en termes de réalité effective, elle a été représentée dans ces termes là par les lecteurs du journal. Cette représentation s'explique par le fait que la notion de "neocortical warfare" a été ancrée dans un contexte de culture conspirationniste où de tels faits sont considérés comme réels.
  • Le processus d'objectivation[77] : Le processus d'objectivation consiste à rendre concret ce qui est abstrait, donc à donner une réalité physique à un concept abstrait[79]. En 1999, le livre Neocortical war a été publié par le Military Publishing Institute, qui est la maison d'édition officielle de l'armée yougoslave. L'auteur semble ne s'être inspiré que de l'article paru dans Vojno Delo. A partir de cet article où le concept de "neocortical warfare" est ancré dans un contexte de littérature conspirationniste, l'auteur déduit qu'il s'agit de faits réels, non d'une métaphore. En effet, on trouve dans ce contexte des théories de type manipulation des masses par le biais de techniques secrètes et scandaleuses, ce qui correspondrait tout à fait à des pratiques comme la lobotomie. Le livre Neocortical war évoque donc une guerre où la métaphore de la "neocortical warfare" est objectivée, en décrivant des techniques dont le but est de procéder à de réelles lésions organiques cérébrales. Pour la première fois, le concept est décrit sans ambiguïté comme une réalité. De plus, les thèmes abordés dans ce livre présentent les caractéristiques mystiques et pseudo-scientifiques classiques des théories conspirationnistes, comme l'implantation de puces électroniques, le lavage de cerveau, l'utilisation de messages subliminaux ou les rituels sataniques. C'est ainsi que la métaphore de la "neocortical warfare" s'est objectivée, s'inscrivant clairement en tant que théorie du complot classique dans la littérature conspirationniste serbe.

Les rumeurs[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Rumeur.

La propagation des théories du complot fonctionne sur le mode de la rumeur. Lorsque l'information est diffusée, elle est transformée. Au fur et à mesure que la rumeur se diffuse, elle devient de plus en plus facilement compréhensible. De plus, plus l'information est accessible, plus elle se diffuse largement. La propagation exponentielle des rumeurs et des théories du complot relève donc d'une réciprocité entre diffusion et transformation. Par ailleurs, ce phénomène de propagation se situe toujours dans un contexte historique, politique et socio-économique bien précis. La transformation de l'information est donc une représentation culturelle partagée, c'est une construction de sens en lien avec le contexte dans lequel il émerge, et non une simple dégradation de l'information[80].

Culture conspirationniste[modifier | modifier le code]

Principaux exemples[modifier | modifier le code]

Il existe de nombreuses théories du complot, qui attribuent des intentions perverses et un pouvoir démesuré à des catégories particulières d'individus (communistes, francs-maçons, juifs, lépreux) ou à des institutions (Église catholique, gouvernements, organisations internationales).

Complot des lépreux[modifier | modifier le code]

Au XIVe siècle, dans certaines villes en Europe, se développe l'idée d'un complot des lépreux, qui vont être persécutés et isolés dans certaines villes en France. On leur reproche de chercher à prendre le pouvoir et d'empoisonner l'eau. Ces accusations vont s'étendre aux juifs, qui auraient passé une entente avec les lépreux et le souverain musulman du royaume de Grenade. Ces peurs finiront par atteindre les présumés sorciers et sorcières aux quinzième et seizième siècle[81].

Complot juif et complot sioniste[modifier | modifier le code]

Le roi Rothschild : caricature conspirationniste antisémite représentant un des Rothschild, famille de banquiers juifs, tenant le monde entre ses mains. Charles Lucien Léandre pour Le Rire, n° du 16 avril 1898.

Complots bolchéviques et antibolchéviques[modifier | modifier le code]

L'URSS a eu recours à la théorie du complot, invoquant des complots des Mencheviks, des socialistes-révolutionnaires, des anarchistes ou de députés de l'ex-Constituante. Plus tard suivront la théorie du complot des Trotskystes qui aboutira à l'assassinat de Trotsky, le complot de sabotage des Koulaks ukrainiens pour expliquer la famine ukrainienne ou le complot des Jdanovistes, dit aussi « complot des blouses blanches », visant des médecins juifs, sous Staline, en 1950. Dans les années 1930, d'autres « complots » virtuels furent dénoncés et punis avec les Grandes Purges.

Inversement, la révolution bolchévique a pu également être dénoncée comme un complot, mené en particulier par le « judéo-bolchevisme ». À l'époque de la décolonisation, certains ont développé que les guerres d'indépendance, comme celle de l'Algérie ou d'Indochine, ne seraient pas le fait des masses populaires, mais de factions d'opposition armées et financées par le Parti communiste soviétique ou d'autres pays étrangers pour s'approprier les ressources naturelles du pays.

Complots maçonniques et Illuminati[modifier | modifier le code]

Les francs-maçons et des sociétés secrètes analogues, comme les Illuminés de Bavière, ont souvent été la cible de théories du complot, accusés qu'ils sont d'être une force agissant dans l'ombre. L'affaire des fiches en 1904 – fichage secret et ségrégation politique et religieuse réalisés par l'obédience maçonnique Grand Orient de France contre les officiers catholiques – a ravivé l'imagination. En Turquie, la Révolution Kémaliste serait due à un complot de la loge Union et Progrès, qui a créé le parti Jeunes-Turcs[réf. nécessaire]. La propagande de Vichy attribue la défaite de la France en 1940 à l'influence pacifiste de la Franc-maçonnerie sur les gouvernements du Front Populaire[réf. nécessaire]. Un prétendu complot synarchique sera également dénoncé par le régime de Vichy.

Complots catholiques[modifier | modifier le code]

De nombreux ordres liés à l'Église ont été la cible de théories du complot à travers l'histoire, comme les Templiers[82]. L'Église elle-même a parfois été la cible du conspirationnisme : en 1678, le Popish Plot ou « Complot papiste », fausse accusation de conspiration portée envers les catholiques anglais, déclencha des persécutions, la promulgation de lois répressives, et des remaniements diplomatiques. Les Jésuites ont également été régulièrement visés dans de nombreux pays : au Portugal et en Espagne, en Chine et au Japon, en Pologne et en Allemagne. Dès le début du XVIIe siècle, le faux Monita secreta les montre complotant pour conquérir l'influence politique et économique. Ils sont plus tard visés par une théorie du complot politique par les jansénistes et de nombreux protestants. Au XIXe siècle, ils sont désignés comme l'« Ordre noir » par Jules Michelet et Edgar Quinet qui attribuent, dans leur livre Les Jésuites, la Restauration et la Monarchie de Juillet à un complot des jésuites. Les romans d'Eugène Sue (notamment Le Juif errant, publié sous forme de roman feuilleton dans le contexte difficile de la révolution de 1848) se sont largement fait l'écho de ces croyances. Plus tard, l'Opus Dei passe à son tour pour une société secrète et financière qui contrôle les États.

Plus récemment, à travers les nouveaux mouvements religieux de la nébuleuse New Age et les ouvrages d'auteurs néo-gnostiques, une théorie du complot se répand selon laquelle l'Église de Rome serait une puissance conspiratrice depuis l'investiture de l'apôtre Pierre comme souverain pontife, et que Jésus aurait été victime d'un complot politique : son enseignement aurait été maltraité et expurgé de sa dimension essentielle pour maintenir les individus dans l'ignorance, notamment lors du premier concile de Nicée. On voit alors la prétendue vérité cachée « réapparaître » dans des publications contemporaines qui se proposent de réécrire l’histoire du christianisme : The Jesus Conspiracy de Holger Kersten et Elmar R. Gruber en 1994, The Templar Revelation de Lynn Picknett et Clive Prince en 1997, ou encore The Jesus Papers: Exposing the Greatest Cover-Up in History de Michael Baigent en 2006. Ces thèses pseudo-historiques se fondent en fait sur des écrits apocryphes rédigés entre les IIe et Ve siècles de notre ère, comme l’Évangile de Nicodème ou l’Évangile de Philippe, mais aussi des ouvrages beaucoup plus récents, comme L'Évangile du Verseau. L'on peut aussi rajouter après le Complot catholique et le Complot juif le Complot sur les musulmans (eurabia) de 2005. Pour mieux comprendre, voir Critique de l'islam et Islamophobie. C'est donc le complot religieux le plus récent, très critique et certainement un des plus virulents.

Complots d'organisations internationales[modifier | modifier le code]

À travers l'histoire, des organisations et des fondations politiques internationales ont été accusées de vouloir dominer secrètement le monde, comme le Groupe de Bilderberg ou la Commission Trilatérale[réf. souhaitée]. Les déclarations suivantes de David Rockefeller sont couramment citées comme des indices du caractère secret et des ambitions mondialistes de la Commission qu'il a créée.

« As founder of the Trilateral Commission and its current North American chairman, I am usually singled out as the "cabalist-in-chief". [...] Is the commission secretive? Not at all. [...] The only part of our proceedings that is "off the record" are discussions at commission meetings, and we keep these private to encourage uninhibited criticism and debate. Is the commission exclusive? Yes, in that we try to select only the most able and outstanding citizens from the industrial democracies. In that context, it is gratifying and not at all surprising that many former members are now Administration officials. »[83]
« Quelques-uns croient même que nous (la famille Rockefeller) faisons partie d’une cabale secrète travaillant contre les meilleurs intérêts des É-U, caractérisant ma famille et moi en tant qu’internationalistes et conspirant avec d’autres autour de la Terre pour construire une politique globale plus intégrée ainsi qu’une structure économique – un seul monde si vous voulez. Si cela est l'accusation, je suis coupable et fier de l’être. »[84]

Complots américains[modifier | modifier le code]

Les États-Unis sont au cœur de nombreuses théories du complot. La question de l'intervention des multinationales américaines ou de la CIA dans les coups d'État de la seconde moitié du XXe siècle en Amérique latine (Bolivie, Panama) est controversée. Leur intervention est parfois historiquement documentée (l'opération PBSUCCESS ou le coup d'État chilien du 11 septembre 1973 par exemple) ; alors que dans certains cas seuls des soupçons alimentent l'idée d'un complot. L'assassinat de John F. Kennedy n'a jamais cessé de susciter diverses théories, dont certaines accusent les services secrets américains (film JFK d'Oliver Stone : assassinat présenté comme une sorte de coup d'État camouflé). Les attentats du 11 septembre 2001 sont actuellement l'objet de la théorie du complot la plus populaire selon le journal britannique The Economist[85]. On retrouve, par exemple, la mise en cause des services secrets américains pour réfuter l'implication des seuls pirates de l'air dans les attentats, résultant d'un complot intérieur aux États-Unis[86],[87].

La rumeur sur le programme Apollo selon laquelle l'engin ne se serait jamais posé sur la Lune et serait une mise en scène entre également, selon de nombreux commentateurs, dans le cadre d'une théorie du complot[88]. Une autre théorie interne aux États-Unis explique que la FEMA aurait en réalité pour objet de construire des camps de détention où seraient emprisonnés tous les opposants potentiels au gouvernement fédéral après que celui-ci eut décrété l'état d'urgence et instauré une dictature dans le pays[89],[90].

En 2010, le projet HAARP (High frequency active auroral research program) a été considéré par les adeptes de la théorie du complot[91] et par certains scientifiques[92] comme étant à l'origine des tempêtes de fin décembre 1999 en Europe, du séisme de 2010 à Haïti, des incendies de forêt en Russie de 2010, des inondations en Chine en 2010. Pour Nicole Bacharan, politologue franco-américaine, la théorie du complot accuse systématiquement les services secrets américains de vouloir contrôler secrètement le monde. Elle ironise en affirmant : « Dans les théories du complot, il faut poser une fois pour toutes que l'Amérique a toujours tort et qu'elle a toujours de mauvaises intentions »[93].

Les agitations politiques survenues dans le monde arabe à partir de la Tunisie, à partir de décembre 2010, ont aussi été expliquées, par certains penseurs et écrivains, comme étant une conséquence d'un complot américain organisé par les États-Unis[94].

Complots d'origine extra-terrestre[modifier | modifier le code]

Les principaux tenants de cette théorie sont Anton Parks et David Icke. Selon cette théorie, un nombre de preuves archéologiques important soutiendrait l'idée que toutes les théories du complot elles-mêmes auraient pour fonction de confondre les foules au sujet d'une vérité cachée, qui en fait masquerait une réalité plus grande et plus incroyable encore. Dans cette théorie, il est question d’extraterrestres (en général des reptiliens ou des petits-gris) dont le niveau de compréhension de la psychologie humaine permettrait depuis des millénaires d'inciter à des comportements préjudiciables pour soi et autrui, ceci dans le but de maintenir l'humanité dans des « vibrations basses », de manière à les détourner de toute forme de spiritualité, et donc de liberté. Cette domination invisible, dissimulée derrière une illusion démocratique, serait relayée par les gouvernements, consciemment ou non.

L'autre principal complot d'origine extra-terrestre est lié à l'existence supposée du Majestic 12. Ce groupe secret (ou le groupe qui lui aurait succédé sous d'autres noms) aurait selon certains (Jimmy Guieu, Paul Hellyer, Steven M. Greer, Edgar Mitchell, etc.) réalisé secrètement, pour son propre compte (avec ou sans l'accord du gouvernement des États-Unis, avec ou sans l'aide des extraterrestres eux-mêmes), une rétroingénierie de la technologie extraterrestre et empêché toute diffusion de ses découvertes (notamment l'énergie du vide). Pour le colonel Philip J. Corso, cette rétroingénierie a été pratiquée dès 1947 suite à l'affaire de Roswell et a conduit à l'élaboration de nombreuses technologies modernes, dont la fibre optique, le laser ou les circuits intégrés.

Rumeurs et canulars[modifier | modifier le code]

La théorie du complot doit être distinguée du canular et de la légende urbaine, même si elle s'en rapproche parfois. Les rumeurs selon lesquelles Adolf Hitler ou Elvis Presley seraient encore vivants, ou que Paul McCartney serait mort en 1966 et remplacé par un sosie, de même que certains canulars (notamment les canulars informatiques diffusés par chaîne de courriels), peuvent prendre la forme de théories du complot. La recherche sur certains sites de référence comme HoaxBuster ou Hoaxkiller permet d'infirmer ces canulars.

Dans la fiction[modifier | modifier le code]

Les œuvres de Philip K. Dick ont souvent pour thème des « visions du monde » imposées aux populations pour protéger des intérêts particuliers, ou bien pour effectuer une infiltration[95] - et dans tous les cas une difficulté à situer la réalité entre différentes interprétations possibles. Ces thèmes se retrouvent dans les romans précurseurs 1984 de George Orwell et Le Meilleur des mondes d'Aldous Huxley.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Articles nouveaux du Petit Larousse 2012 », sur orthogrenoble.net,‎ 25 juillet 2011 (consulté le 12 février 2013)
  2. Frédéric Charpier, L'obsession du complot, 2005, Bourin Éditeur, 232 p. (ISBN 2-8494-1025-X)
  3. a, b, c et d Pierre-André Taguieff, La foire aux illuminés : ésotérisme, théorie du complot, extrémisme, Paris, Mille et une nuits,‎ 2005 (ISBN 978-2-842-05925-5), p. 75-107 et 126-132
  4. a et b Marcel Gauchet, entretien paru dans les Collections de l'Histoire, no 33, octobre-décembre 2006, p. 60-67.
  5. Éric Saunier, « Le message maçonnique au XVIIIe siècle. Contribution à l’histoire des idées », Annales historiques de la Révolution française [En ligne], 345 | juillet-septembre 2006, mis en ligne le 8 juillet 2008, consulté le 18 janvier 2011. URL : http://ahrf.revues.org/7383
  6. François Furet, Penser la Révolution française, éditions, Gallimard, 1978, p. 90-91
  7. (en) Paul McLaughlin, Mikhail Bakunin the philosophical basis of his theory of anarchism, New York, Algora Pub,‎ 2002 (ISBN 1-892-94141-4), p. 4
  8. « This whole Jewish world, comprising a single exploiting sect, a kind of blood sucking people, a kind of organic destructive collective parasite, going beyond not only the frontiers of states, but of political opinion, this world is now, at least for the most part, at the disposal of Marx on the one hand, and of Rothschild on the other... This may seem strange. What can there be in common between socialism and a leading bank? The point is that authoritarian socialism, Marxist communism, demands a strong centralisation of the state. And where there is centralisation of the state, there must necessarily be a central bank, and where such a bank exists, the parasitic Jewish nation, speculating with the Labour of the people, will be found. » Judaica (1950), Historia judaica, Volumes 12-14, Verlag von Julius Kittls Nachfolger
  9. a et b La Société ouverte et ses ennemis (The Open Society and Its Enemies, 1945) ; la traduction française est un résumé. Routledge, 2003, volume 2, p. 104-106
  10. « It is the view that an explanation of a social phenomenon consists in the discovery of the men or groups who are interested in the occurrence of this phenomenon (sometimes it is a hidden interest which has to be revealed) and who have planned and conspired to bring it about. » - p. 94
  11. Charles Pigden, Popper Revisited, or What Is Wrong With Conspiracy Theories? - Philosophy of the Social Sciences, 1995 ; 25: 3-34 republié dans Conspiracy theories: the philosophical debate, David Coady (ed.). Ashgate Publishing, Ltd., 2006, 173 pages
  12. Jack Z. Bratich 2008
  13. a et b The Paranoid Style in American Politics (en) and Other Essays, 1965. Traduction en français Le Style paranoïaque. Théories du complot et droite radicale en Amérique, Bourin Éditeur, 2012-09-12.
  14. Richard Hofstadter, Le style paranoïaque théories du complot et droite radicale en Amérique, Paris, F. Bourin,‎ 2012 (ISBN 978-2-849-41293-0), p. 42
  15. « The turn from personality type to style is a shift in problematization. Problematization no longer seeks to categorize individual "actors", but to establish a manner of thinking that could be taken up by any political actor.... It is a mimic of reason and thus needs constant vigilance.... The paranoid style in its domestically populist form is not simply exiledto the outside of normal political discourse; it is a danger that constantly threatens from within. While it is banished to the fringes of official thought it is also among us, lurking within the nation, in the heartland, among the populace. It is not one of "us", but it could be anyone. »
  16. P. A. Taguieff, L'Imaginaire du complot mondial, pp. 57-60.
  17. Ariane Chebel d'Appollonia, L'extrême-droite en France : de Maurras à Le Pen, Bruxelles, Edition Complexe,‎ 1988 (ISBN 978-2-870-27240-4), p. 72.
  18. Gérald Bronner, La démocratie des crédules, PUF, 2013, p.76 à 78.
  19. Cité par Gérald Bronner, La démocratie des crédules, PUF, 2013, p.77.
  20. Patrick Champagne et Henri Maler, « « La théorie du complot » en version France Culture (par P.-A.Taguieff, savant) », Acrimed, 1er février 2010
  21. (en) Noam Chomsky, Rethinking Camelot : JFK, the Vietnam War, and U.S. political culture, Boston, MA, South End Press,‎ 1993 (ISBN 978-0-896-08459-9).
  22. « Et un jour ils se disent : Ah, voilà ce que je peux faire : devenir en une heure ingénieur qualifié en génie civil et prouver que c’est Bush qui a fait sauter les tours jumelles », Bakchich, 9 septembre 2008.
  23. Noam Chomsky, Peter R. Mitchell (éditeur) et John Schœffel (éditeur) (trad. Thierry Vanès), Comprendre le pouvoir : l'indispensable de Chomsky, t. 1 : Premier mouvement, Bruxelles, Editions Aden,‎ 2005 (ISBN 978-2-930-40203-1), p. 56-57.
  24. (en) Edward Herman, « The Propaganda Model Revisited », Monthly Review, juillet 1996.
  25. (en) Karl Popper, The open society and its enemies, vol. 2 : Hegel and Marx, London, Routledge & Kegan Paul,‎ 1966 (1re éd. 1973) (ISBN 0-710-04626-X), p. 95
  26. Popper, ibid., chapitre 14, p. 96
  27. Emergence: The Connected Lives of Ants, Brains, Cities and Software, Steven Johnson
  28. Timothy Melley 2000, p. 392
  29. Leman Patrick, Who shot the president? Why are conspiracy theories believed?, The British Psychological Society, mars 2003
  30. Douglas K.M. and Sutton R.M. The hidden impact of conspiracy theories: Perceived and actual impact of theories surrounding the death of Princess Diana. [20] Journal of Social Psychology (2008) [1].
  31. (en) Michael Barkun, A culture of conspiracy : apocalyptic visions in contemporary America, Berkeley, Calif, University of California Press,‎ 2003, 1e éd. (ISBN 0-520-23805-2)
  32. a, b et c Mythes et mythologies politiques, 1986.
  33. a et b Compte rendu de l'ouvrage de Véronique Campion-Vincent
  34. Le terme anti-individuel n'est pas d'elle, mais semble bien résumer sa pensée.
  35. a, b, c, d, e et f Compte rendu de l'étude dans la Revue internationale de psychologie sociale, 2007, volume 20, no 4
  36. a et b Jean-Bruno Renard, Les rumeurs négatrices, 2006 Revue Diogène, PUF
  37. George Steiner, Nostalgie de l'absolu, Paris, Éditions 10/18,‎ 2003, 88 p. (ISBN 978-2-264-03683-4)
  38. Van Prooijen, J.-W., & Jostmann, N. B. (2013). Belief in conspiracy theories: The influence of uncertainty and perceived morality. European Journal of Social Psychology , 43, 109-115.
  39. a, b et c Jolley, D. and Douglas, K.M. (2014) The social consequences of conspiracism: Exposure to conspiracy theories decreases the intention to engage in politics and to reduce one’s carbon footprint. En ligne: http://kar.kent.ac.uk/36251/1/Jolley%20%26%20Douglas%202014%20BJP.pdf.
  40. a et b Jolley, D., & Douglas, K.M. (2014). The effects of anti-vaccine conspiracy theories on vaccination intentions. En ligne:http://www.plosone.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pone.0089177
  41. (en) Timothy Melley, Empire of conspiracy : the culture of paranoia in postwar America, Ithaca, N.Y, Cornell University Press,‎ 2000, 239 p. (ISBN 978-0-801-43668-0 et 9780801486067, OCLC 42002750).
  42. Biographie de Timothy Melley, Miami University
  43. Présentation de Empire of Conspiracy, 2000
  44. Conspiracy theories (2008)
  45. Présentation de Conspiracy theories de Mark Fenster, University of Minnesota Press, 2008
  46. Philosophe, politologue et historien des idées français qui a écrit plusieurs ouvrages sur le conspirationnisme : Les Protocoles des Sages de Sion : faux et usage d'un faux (nouvelle éd. refondue, 2004) ; Prêcheurs de haine. Traversée de la judéophobie planétaire (2004) ; La Foire aux « Illuminés ». Ésotérisme, théorie du complot, extrémisme (2005) ; et L'Imaginaire du complot mondial. Aspects d'un mythe moderne (2006), qui offre une synthèse des précédents.
  47. a, b, c, d, e, f et g Klein, O. et Van der Linden, N., Lorsque la cognition sociale devient paranoïde ou les aléas du scepticisme face aux théories du complot, in Emmanuelle Danblon, Emmanuelde Jonge & Loïc Nicolas (dir.), Les rhétoriques de la conspiration, Représentations, Paris :CNRS, 2010.
  48. a et b Keeley, B. L., Of Conspiracy Theories, The Journal of Philosophy,1999, n°96, p. 116 (traduction de O. Klein et N. Van der Linden).
  49. a, b et c McClure D., Hilton J. & Sutton R. M., Judgments of voluntaryand physical causes in causal chains: Probabilistic and social functionalistcriteria for attributions, European Journal of Social Psychology, n° 37,2007, p. 879-901.
  50. a et b Rosset, E., It’s no accident: Our bias for intentional explanations, Cognition, n° 108, 2008, p. 771-780.
  51. a et b Tversky A. & Kahneman D., Probability, representativeness, and theconjunction fallacy, Psychological Review, n° 90, 1983, p. 293-315.
  52. a et b Gilbert Daniel. T., Tafarodi Romin. W. et Malone Patrick. S., You can’t not believe everything you read, Journal of Personality and SocialPsychology, n° 65, 1993, p. 221-233.
  53. a et b Douglas K. M. & Sutton R. M., The hidden impact of conspiracytheories: Perceived and actual influence of theories surrounding the death of Princess Diana, The Journal of Social Psychology, n° 148, 2008, p. 210-222
  54. Zajonc, Robert B., Attitudinal Effects of Mere Exposure, Journal of Personality and Social Psychology Monographs, 1968, vol. 9 (2, Part 2), 1-27.
  55. Redelmeier, D. A. & Tversky, A., On the belief that arthritis pain is related to the weather, Proceedings of the National Academy of Sciences, n° 93, 1996, p. 2895-2896.
  56. Anderson, Craig. A., Lepper, Mark. R. & Ross, Lee, Perseverance of social theories: The role of explanation in the persistence of discredited information, Journal of Personality and Social Psychology, n° 39, 1980, p.1037-1049.
  57. Wason, Peter C., On the failure to eliminate hypotheses in a conceptual task, Quarterly Journal of Experimental Psychology (Psychology Press) 12: 129–140 (1960) - Biais de confirmation
  58. Fredric Jameson, « Totality as conspiracy » in The Geopolitical Aesthetic Cinema and Space in the World System, Indiana University Press, 1992, pp. 8-84 (ISBN 0-2533-3093-9)
  59. Mencken, Baltimore Evening Sun, June 15, 1936
  60. Hannah Arendt évoque le conspirationnisme dans Le système totalitaire.
  61. Changing conceptions of conspiracy, New York-Berlin-Heidelbeg, Springer-Verlag, 1987
  62. Hannah Arendt, Le système totalitaire, Seuil, 2005, page 78
  63. Hannah Arendt et Hélène Frappat (trad. Jean-Loup Bourget et Robert Davreu), Le système totalitaire, Paris, Éditions du Seuil, coll. « essais »,‎ 2005, 380 p. (ISBN 978-2-020-79890-7), p. 79
  64. Colloque de l'Université libre de Bruxelles
  65. Article Agoravox copiant l'article du Monde du 30 mars 2008
  66. Conspirationnisme - rr0.org de Jérôme Beau
  67. (en) The Blame Game - BBC News, 6 septembre 2005
  68. Beauvois, J.-L., Le Poultier, F., 1986. Norme d’internalité et pouvoir social en psychologie quotidienne. Psychologie française 31, 100–108.
  69. Areopagitica. Pour la liberté d'imprimer sans autorisation ni censure, de John Milton (1644) vu par Cyril Lemieux, sociologue ; Le Monde des Livres du 3 janvier 2009, in la série d'articles Les livres qui ont changé le monde
  70. Michael Baigent, Richard Leigh, Henry Lincoln, The Messianic Legacy. Henry Holt & Co (1987) (ISBN 0-8050-0568-4)
  71. Le Monde diplomatique, décembre 2006 « Le complot du 11-Septembre n’aura pas lieu »
  72. Altemeyer, B. (1988). Ennemies of freedom: Understanding right-wing authoritarianism. San Francisco : Jossey-Bass.
  73. Tagieff P.-A.,La Foire aux « Illuminés ». Ésotérisme, théorie du complot, extrémisme. Paris, Éd. des Mille et Une Nuits, 2005.
  74. synthèse de Marie de Jerphanion sur le travail de Taguieff La Foire aux « Illuminés ». Ésotérisme, théorie du complot, extrémisme. En ligne : http://assr.revues.org/7272?lang=en
  75. a, b et c Kramer R. M., Paranoid cognition in social systems: Thinking andacting in the shadow of doubt. Personality and Social Psychology Review,n° 2, 1998, p. 251-275
  76. Hofstadter, R. (1965). The paranoid style in American politics. In R. Hofstadter (Ed.), The paranoid style in American politics and other essays (pp. 3-40), Harvard : Harvard University Press.
  77. a, b, c et d Byford J., Anchoring and objectifying “neocortical warfare”: re- presentation of a biological metaphor in Serbian conspiracy literature. Papers on Social Representations, n° 11, 2002, p. 1-14.
  78. Soyland, A.J., Psychology as metaphor. London: Sage, 1994.
  79. a et b Moscovici, S., The phenomenon of social Representations. In R. Farr & S. Moscovici (Ed.), Social Representations. Cambridge: CUP, 1984.
  80. Bangerter, A., La diffusion des croyances populaires. Le cas de l'effet Mozart.. Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 2008.
  81. Carlo Guinzburg, Le sabbat des sorcières, Gallimard NRF, 2006
  82. Voir par exemple (en) Sean Martin, The Knights Templar, Harpenden, Herts., UK, Pocket Essentials,‎ 2004 (ISBN 978-1-904-04828-2)
  83. Rockefeller, David. « The Reality of the Trilateral Commission ». New York Times. Lettres. 25 août 1980.
  84. « Some even believe we are part of a secret cabal working against the best interests of the United States, characterizing my family and me as "internationalists" and of conspiring with others around the world to build a more integrated global political and economic structure - one world, if you will. If that's the charge, I stand guilty, and I am proud of it. » (en) David Rockefeller, Memoirs, New York, Random House,‎ 2002, 1e éd. (ISBN 978-0-679-40588-7) p. 405
  85. (en) « Conspiracy theories ; The hidden hand » - The Economist, 19 février 2008
  86. Voir par exemple David Ray Griffin, Steven E. Jones ou encore Webster G. Tarpley
  87. Autres exemples détaillés sur Conspiracy Watch relatifs aux attentats du 11 septembre 2001 à New York
  88. (en) NASA debunks moon landing hoax conspiracy - CNN, 19 février 2001
  89. Fear of FEMA, Southern Poverty Law Center, Intelligence Report, Spring 2010, Issue Number: 137
  90. La folle rumeur des camps de concentration fédéraux, Courrier international, 18 mars 2010
  91. The American far-right's top 10 paranoid conspiracy theories
  92. Russian Scientists Accuse the U.S. of Provoking the Heatwaves Sweeping the Country Using Weather Weapons
  93. Antoine Vitkine et Barbara Necek, Le Grand Complot, Arte, voir en ligne
  94. http://nawaat.org/portail/2011/12/06/printemps-arabe-faut-il-croire-a-la-theorie-du-complot/
  95. We can remember it for you wholesale, qui inspira le film Total Recall

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Bibliographie critique et historique[modifier | modifier le code]

Aspect général
  • Richard Hofstadter, Le style paranoïaque théories du complot et droite radicale en Amérique, Paris, F. Bourin,‎ 2012 (ISBN 2-849-41293-7)
  • Pierre-André Taguieff, La foire aux illuminés : ésotérisme, théorie du complot, extrémisme, Paris, Mille et une nuits,‎ 2005 (ISBN 2-842-05925-5)
  • Pierre-André Taguieff, L'imaginaire du complot mondial : aspects d'un mythe moderne, Paris, Éd. Mille et une nuits,‎ 2006 (ISBN 2-842-05980-8)
  • Fredric Jameson, La totalité comme complot : conspiration et paranoïa dans l'imaginaire contemporain, Paris, Prairies ordinaires,‎ 2007 (ISBN 978-2-350-96006-7)
  • Jean Baudrillard, Simulacres et simulation, Paris, Galilée,‎ 1981 (ISBN 978-2-718-60210-3)
  • Raoul Girardet, Mythes et mythologies politiques, Paris, Seuil,‎ 1986 (ISBN 2-020-11484-4)
  • Antoine Vitkine, La tentation de la défaite, Paris, Éditions de la Martinière,‎ 2006 (ISBN 2-846-75201-X)
  • Frédéric Charpier, L'obsession du complot, Paris, Bourin éditeur,‎ 2005, 232 p. (ISBN 2-849-41025-X)
  • Véronique Campion-Vincent, La société parano : théories du complot, menaces et incertitudes, Paris, Payot,‎ 2005 (ISBN 2-228-90013-3)
  • (en) Jack Z. Bratich, Conspiracy panics: political rationality and popular culture, Albany, N.Y, State University of New York Press,‎ 2008, poche, 229 p. (ISBN 978-0-791-47334-4 et 9780791473337, LCCN 2007016960)
  • Collectif, « Le Complot », Politica Hermetica, no 6 , 1992. Actes du VIIe colloque international, les 23 et 24 novembre 1991 à la Sorbonne, dans le cadre de l’École pratique des Hautes Études, présidé par Émile Poulat, EHESS et CNRS.
  • Emmanuel Kreis, Les puissances de l'ombre : juifs, jésuites, francs-maçons, réactionnaires, la théorie du complot dans les textes, Paris, CNRS éd,‎ 2008 (ISBN 978-2-271-06786-9)
  • Lara Van Dievoet, « La grande conspiration? Quel traitement médiatique pour les théories du complot ? », dans Médiatiques. Récit et Société, no 45, Louvain-la-Neuve, 2009.
  • Luc Boltanski, Énigmes et complots : Une enquête à propos d'enquêtes, Paris, Gallimard, « NRF essais », 2012
  • Collectif, « Les théories du complot », in Agone no 47, Marseille, 2012 (ISBN 978-2-7489-0152-8)
  • Aurélie Ledoux, Frédérique Leichter-Flack et Philippe Zard (dir.), Complot et terreur imaginaires politiques de la peur, Rennes, Presses universitaires de Rennes (no 16),‎ juin 2012 (ISBN 978-2-753-52018-9)
  • Laurent Bazin et Pierre-Henri Tavoillot, Tous paranos ? : pourquoi nous aimons tant les complots, La Tour-d'Aigues, Éd. de l'Aube, coll. « Monde en cours »,‎ 2012 (ISBN 978-2-815-90482-7)
  • Nicolas Chevassus-au-Louis, Théories du complot. On nous cache tout, on nous dit rien, Paris, First Editions,‎ 2014 (ISBN 978-2-7540-5745-5)
Aspects particuliers

Faux documents alimentant des théories du complot[modifier | modifier le code]

Liste non exhaustive:

Documents alimentant parfois des théories du complot[modifier | modifier le code]

Liste non exhaustive:

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Conspiracy Watch / Observatoire du conspirationnisme
  • Conserveries Mémorielles -no 8 (2010)- L'imaginaire du complot: fonctions et archètypes -Philippe Münch La foule révolutionnaire, l’imaginaire du complot et la violence fondatrice : aux origines de la nation française (1789)[2]