Plan de partage de la Palestine mandataire

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Plan de partage de 1947 - Voir aussi carte détaillée (ONU).

Le , le plan de partage de la Palestine mandataire élaboré par l’UNSCOP est approuvé par l’Assemblée générale de l’ONU, à New York par le vote de la résolution 181.

Ce plan prévoit la partition de la Palestine mandataire en trois entités, avec la création d’un État juif et d’un État arabe, Jérusalem et sa proche banlieue étant placées sous contrôle international en tant que corpus separatum.

La partie I du plan prévoyait les dispositions vis-à-vis de la fin du mandat, du partage et de l’indépendance des entités et que le mandat se terminerait aussi vite que possible. Les Britanniques devaient se retirer de la Palestine mandataire jusqu’au 1er août 1948, le partage devant être officialisé jusqu'au 1er octobre 1948. Il visait à régler le conflit et satisfaire les revendications du nationalisme arabe palestinien et du nationalisme juif palestinien, le sionisme. La partie II du plan incluait une description détaillée des frontières proposées pour chaque État[1].

Le plan a été accepté par les dirigeants de la communauté juive en Palestine mandataire, par le biais de l'Agence juive. Le plan a été rejeté par les dirigeants de la communauté arabe, y compris le Haut Comité arabe, qui fut appuyé dans son rejet du plan par les États de la Ligue arabe[2],[3],[4]. Les dirigeants arabes qui s’opposaient au plan de partage revendiquaient l’ensemble du territoire et soutenaient qu'il était une violation du droit de la majorité des habitants de la Palestine mandataire, qui à l’époque était composée selon les historiens défendant la thèse du mouvement arabe palestinien, de 65% d'arabes (1 200 000) et 35% de juifs (650 000) principalement immigrés d’Europe depuis la fin du XIXe siècle et première moitié du XXe siècle[5],[6]. Le rejet du plan de partage voté par l'ONU le 29 novembre 1947 a mené à la Guerre de Palestine de 1948 qui a débuté au lendemain du vote.

En 2011, Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, a déclaré que le refus arabe d'accepter la décision de partition était « une erreur qu'il essaie de corriger »[7].

Contexte historique[modifier | modifier le code]

À la fin du XIXe siècle, se structure un nationalisme juif, le sionisme, qui soutient la création d'un État-nation juif en Palestine qu'il définit comme « Terre d'Israël »[8]. En 1917, les Britanniques, par l’intermédiaire de la Déclaration Balfour, se déclarent en faveur de l'établissement d'un foyer national pour le peuple juif. En 1920 la Société des Nations donne aux Britanniques mandat en Palestine. En 1919 est signé l'Accord Fayçal-Weizmann en tant qu'élément de la Conférence de paix de Paris. Cet accord prévoyait l’établissement d'une coopération judéo-arabe pour le développement d'une patrie juive et d'une nation arabe en Palestine[9]. Dans la même année se tient à Jérusalem le Congrès de la Palestine arabe qui exige l'annulation de la déclaration de Balfour et l'inclusion de la Palestine comme partie intégrante du gouvernement arabe indépendant de la Syrie et rejette le sionisme tout en acceptant l'aide britannique sous condition de ne pas empiéter sur la souveraineté arabe en Palestine envisagée en tant qu'élément d'un État syrien indépendant[10]. Une organisation arabe palestinienne, Al-Fida’iyya (les auto-sacrifiés), dont la mission était de provoquer des émeutes et d'appeler à la révolte contre les britanniques et les juifs voit le jour[11],[12].

La population arabe du pays s’oppose au projet. Des émeutes sont régulièrement organisées dans toute la Palestine dès 1919. En avril 1920, des émeutes à Jérusalem font une dizaine de morts et près de 250 blessés à la veille de la Conférence de San Remo qui doit avaliser le mandat. Le roi Fayçal tente, sans succès, de prendre le contrôle de la Syrie pour y intégrer la Palestine comme province.

Des émeutes se propagent dans plusieurs agglomérations juives, les plus meurtrières éclatent à Jérusalem en 1920 et à Jaffa en 1921, ce qui amène au durcissement des dispositions de la déclaration Balfour sur l'immigration juive, afin d'apaiser la population arabe; elles sont ensuite suspendues par Herbert Samuel, le Haut-Commissaire britannique en Palestine qui décréta l’état d'urgence[13], et nomma Mohammed Amin al-Husseini comme Grand Mufti de Jérusalem (en)[14].

Dès 1920, Mohammed Amin al-Husseini devient l'un des principaux leaders du nationalisme palestinien ayant pour but la création d'un État arabe palestinien indépendant; il s'oppose activement au sionisme et est considéré comme l'instigateur de 1921 à 1937 des émeutes violentes en réaction au projet de l’établissement d'un « Foyer juif » en Palestine dont le massacre d'Hébron en 1929. Il est réputé antisémite[15],[16]. En 1937, alors qu'il est recherché par la police britannique pour son rôle dans ces émeutes il s'enfuit en Syrie[17],[18],[19],[20]. En 1941, il se réfugie en Allemagne nazie et demande à Hitler de lui apporter son soutien contre la création d'un Foyer juif[21],[22],[15].

En 1925, Izz al-Din al-Qassam, né en Syrie, prône la lutte armée comme action politique[23], en 1930 il fonde une organisation paramilitaire, La main noire qui se lance dans des attaques contre les juifs et les britanniques, prêchant la violence politique d'inspiration religieuse, le Jihad et l'anti-sionisme[24],[25]. En 1935 est fondé le Parti arabe palestinien créé par la famille Al-Husseini.

L'opposition arabe palestinienne culmine avec la Grande Révolte de 1936-1939. Menée par les nationalistes palestiniens, elle s’oppose à la fois à la présence juive et britannique en Palestine et aux hommes politiques palestiniens se revendiquant d’un nationalisme panarabe.

Le , les Britanniques annoncent l’abandon de leur mandat sur la région et transfèrent la responsabilité sur la Palestine mandataire à l’ONU.

Propositions antérieures de partition[modifier | modifier le code]

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En 1917, le ministre des Affaires étrangères Arthur James Balfour, fait une déclaration officielle et formelle, appelée Déclaration Balfour, dans laquelle le gouvernement britannique se déclare en faveur de l'établissement d'un foyer national pour le peuple juif sur la totalité du territoire sous mandat britannique. A. Balfour explique qu'il s'agit d'un signe de "sympathie avec les aspirations juives sionistes." Le mandat britannique sur le territoire appelé "Palestine" représentait 110.000 km2 et correspondrait aujourd'hui aux territoires d'Israel, plateau du Golan compris (20.000 km2 au total), et de la Jordanie (90.000 km2)[réf. nécessaire].

En 1937, la Commission Peel propose que la Palestine mandataire soit divisée en un petit État juif sur 15 % du territoire total , un grand État arabe et une zone internationale. Les dirigeants arabes rejettent ce plan, tandis que l'Agence Juive conteste les frontières établies par ce plan et propose la mise en place de dispositions visant à relocaliser la population arabe en dehors des frontières de ce petit État sur le modèle de l'échange de populations entre la Grèce et la Turquie du Traité de Lausanne , cette proposition est également rejetée par les dirigeants arabes[26].

En 1938 la Commission Woodhead examine plusieurs plans supplémentaires de partition sans succès, ce qui amène le gouvernement britannique à déclarer que « les difficultés politiques, administratives et financières résultantes de la proposition de créer deux États indépendants arabe et juif à l'intérieur de la Palestine mandataire sont si grandes qu'une solution du problème est impossible »[27].

En 1939 le gouvernement britannique dirigé par Neville Chamberlain abandonne les propositions de la Commission Peel en faveur d'un Livre blanc prônant la création d'une Palestine indépendante régie par les Arabes palestiniens et les Juifs en proportion de leur nombre dans la population en 1939 (section I). Une limite de 75 000 immigrants juifs a été fixée pour une période de cinq ans, 1940-1944. Après cette période, la poursuite de l'immigration juive devra être soumise à l'autorisation de la majorité arabe (section II). Des restrictions sont également mises en place concernant les droits des Juifs d'acheter des terres aux Arabes (section III)[28].

Création du plan[modifier | modifier le code]

Le , le gouvernement britannique de Clement Attlee, ne parvenant plus à maintenir l’ordre en Palestine et sortant ruiné de la Seconde Guerre mondiale, décide de remettre son mandat aux Nations-unies[29]. Ces dernières, qui ont succédé à la Société des Nations, vont tenter de résoudre le conflit entre Juifs et Arabes sur la « question de la Palestine ».

L’ONU désigne le les membres d’un comité, l’UNSCOP (United Nations Special Committee on Palestine), composé de représentants de 11 États (Australie, Canada, Guatemala, Inde, Iran, Pays-Bas, Pérou, Suède, Tchécoslovaquie, Uruguay, Yougoslavie). Dans un souci de neutralité, aucune des grandes puissances de l’époque ne fut représentée. Ces dernières ne sont pas pour autant indifférentes au débat qui s'ouvre et le 14 mai Andreï Gromyko, ministre des Affaires Étrangères de l'URSS, fait une déclaration qui prend au dépourvu les participants. Jusque là, les soviétiques sur la question de la Palestine soutenaient une position anti-britannique et pro-arabe. Là, le représentant soviétique reconnait le droit des juifs à l'autodétermination et suggère, au cas où la solution d'un État unifié serait impraticable, d'avoir recours à la partition[30].

Les travaux du comité, sous la présidence d'Emil Sandström, débutent durant l'été par un voyage de cinq semaines en Palestine. Ayant mis à sa disposition trois officiels de haut rang, dont Abba Eban, l'Agence juive s'assure qu'il soit chaudement accueillis lors de ses déplacements et que ses membres soient mis en contact avec des colons parlant leurs langues maternelles (suédois, espagnol, persan…). À l'inverse, le Haut Comité Arabe annonce qu'il boycottera le comité qui est accueilli par une journée de gréve générale. Sur le terrain, tout est fait pour faire obstacle à son travail d'enquête.

Positions des parties[modifier | modifier le code]

La position de l’Agence juive est qu’il faut établir un « État juif » en Palestine mandataire et y permettre l’émigration libre, en particulier pour les personnes déplacées juives de la Seconde Guerre mondiale. Elle est prête à accepter un partage du pays (comme proposé dans le Plan Peel de 1937) mais refuse le projet de cantonisation qui ferait du pays une fédération (comme proposé par le Plan Morrisson-Grady). L’Agence juive promet de respecter les droits de la minorité arabe. Elle ne réclame pas son transfert du futur « État juif » (comme proposé dans le Plan Peel, et défendu en coulisse par Chaim Weizmann [réf. nécessaire]) mais est consciente du problème qu’une trop forte minorité arabe ferait peser sur le caractère juif de l’État. L’Agence juive base ses revendications sur la Déclaration Balfour de 1917 et sur les termes du Mandat britannique.

Les représentants arabes palestiniens refusent de prendre part une fois de plus à des débats sur la question. Le retour d’Hajj Amin al-Husseini à la tête du Haut Comité arabe a radicalisé leur position et les modérés sont mis en minorité. Ils ne reconnaissent pas le droit aux Nations unies de trancher la question. Ils revendiquent la fin de l’immigration juive et l’indépendance de la Palestine en tant qu’État arabe tout en garantissant que la minorité juive sera protégée, du moins celle des descendants des Juifs établis avant le début de l’immigration sioniste. Ils se basent sur le Livre blanc de 1939 qui avait limité l’immigration juive et leur promettait l’indépendance dans un délai de dix ans.

Les Britanniques ont tout essayé pour concilier les points de vue et sont divisés sur la question. Ils veulent d’une solution qui tiennent à la fois compte des promesses faites aux parties (Déclaration Balfour ; Accord avec les Hachémites ; Livres blancs) et de leurs intérêts stratégiques dans la région (la montée nationaliste arabe accroit l’hostilité à leur égard dans une région qui est la première source d’approvisionnement en pétrole et qui se situe en première ligne face aux Soviétiques à l’aube de la Guerre froide ; ils ne peuvent se permettre d’augmenter les tensions avec ces derniers). Ils ne peuvent pas négliger non plus les pressions du gouvernement américain qui appelle à l’ouverture de la Palestine à l’immigration juive et qui soutient la relance de l’économie britannique endettée par la guerre. Mais ils ne peuvent plus assumer les coûts financiers et humains de la gestion de la situation (100 000 soldats britanniques sont stationnés en Palestine, soit 10 % de leurs effectifs totaux et les attentats de l’Irgoun et du Lehi font de nombreuses victimes parmi leurs hommes et ils ne peuvent, pour des raisons morales, les réprimer comme le demandent leurs militaires sur le terrain de la même manière qu’ils le firent envers les Arabes lors de leur révolte dix ans plus tôt). Ils ont remis le dossier à l’ONU dans l’espoir que les opinions publiques prennent conscience de l’impasse du dossier mais à la suite de l’échec de cette stratégie, ils annoncent qu’ils n’estiment pas devoir se soumettre à ses décisions et qu’ils n’approuveront qu’une solution qui soit acceptée par toutes les parties.

Rapport de l'UNSCOP[modifier | modifier le code]

Après étude du dossier, l’UNSCOP dégage deux options. La première est la création d’un État juif et d’un État arabe indépendants, avec la ville de Jérusalem placée sous contrôle international. La seconde consiste en la création d’un seul État fédéral, contenant à la fois un État juif et un État arabe.

À la majorité, l’UNSCOP adopta la première solution, bien que plusieurs membres se fussent prononcés en faveur de la seconde option ; l’Australie quant à elle, ne put se décider entre ces deux propositions. L’Assemblée générale des Nations unies accepta à une large majorité la proposition de l’UNSCOP, mais apporta quelques modifications au tracé des frontières séparant les deux États.

Partage des terres[modifier | modifier le code]

Zones juives en 1947. Le plan de partage de l’ONU essaie d’en intégrer un maximum dans le nouvel État juif projeté.

Selon le Plan de Partage, l’État juif comprenait la plaine côtière, qui s’étend de Haïfa à Rehovot, l’est de la Galilée et le désert du Negev, incluant l’avant-poste de Umm Rashrash au sud (maintenant appelé Eilat).

L’État arabe devait recevoir l’ouest de la Galilée, avec la ville d’Acre, les monts de Judée et Samarie (correspondants une zone plus large que ce qu’on appelle aujourd’hui Cisjordanie), et le sud de la côte, s’étendant du nord de Majdal (maintenant Ashkelon), et comprenant l’actuelle Bande de Gaza, avec une partie du désert le long de la frontière égyptienne. La ville de Jaffa à population majoritairement arabe, au sud de Tel Aviv, devait initialement faire partie de l’État juif. Elle fut finalement comprise dans l’État arabe avant que le Plan de partage ne soit adopté par l’ONU, formant ainsi une enclave.

Partage des populations[modifier | modifier le code]

Au moment du plan de partage, la population totale de Palestine est composée pour deux tiers d’Arabes et un tiers de Juifs. La population juive représentée par le Yishouv (mot hébreu désignant la population juive de Palestine avant 1948) possède 7 % de la propriété foncière.

L’État juif proposé regrouperait une majorité de Juifs (558 000 pour 405 000 Arabes). 10 000 Juifs seraient alors dans l’État arabe. Celui-ci serait par conséquent peuplé à 99 % d’Arabes, avec une communauté de 804 000 habitants.

La zone internationale centrée sur Jérusalem, compterait 100 000 Juifs pour 105 000 Arabes.

2 % des Juifs, soit 10 000 personnes, ne se retrouveraient ni dans l’État juif ni dans la zone internationale de Jérusalem. 31 % des Arabes, soit 405 000 personnes, ne seraient ni dans l’État arabe ni à Jérusalem.

L’État juif proposé est sensiblement plus grand (55 %) que l’État arabe, mais une très grande partie est occupée par le désert du Neguev (40 %).

Réactions[modifier | modifier le code]

Réactions arabes[modifier | modifier le code]

La très grande majorité des Arabes palestiniens et des États arabes furent opposés à ce plan qu’ils trouvèrent injuste car allant à l’encontre de la volonté des populations locales. Depuis 1920, ils réclamaient la fin de l’immigration juive et l’indépendance de la Palestine, au mieux en tant qu’État multi-confessionnel dans laquelle les populations juives jouiraient d’une autonomie plus ou moins importante et dont les droits seraient protégés. Ils estiment que les Arabes de Palestine n’ont pas à payer pour un crime commis à l’encontre des Juifs par les nations européennes. Ils estiment également cette décision illégale car allant à l’encontre du Livre blanc britannique de 1939. Ils craignent également que les sionistes chassent les populations arabes car le projet ne peut s’accommoder d’une minorité arabe trop importante dans un État juif. L’évocation de leur nécessaire transfert, volontaire ou forcé, a été faite à plusieurs reprises les années précédentes.

Si officiellement il rejette le plan de Partage, le roi Abdallah de Transjordanie le soutient et a œuvré en coulisse à sa mise en place. Il a notamment négocié avec les autorités sionistes de ne pas s’opposer à la mise en place de l’État juif et de ne pas intervenir militairement contre eux si en contre-partie ces derniers le soutiennent dans son plan d’annexion de l’État arabe, dans son combat contre leur ennemi commun, Hajj Amin al-Husseini et dans ses ambitions de former une Grande Syrie[31]

Le plan est cependant rejeté par les pays de la Ligue Arabe. Son secrétaire, Abd al-Rahman Azzam Pacha, affirme : « Le temps n’est plus aux discours et aux paroles. C’est une question de vie ou de mort. » Le monde arabe appelle à la guerre, comme en témoigne le quotidien nationaliste égyptien Balagh : « L’heure de la lutte a sonné. […] L’ONU ne saurait contraindre 80 millions d’Arabes et 400 millions de musulmans à accepter un projet qu’ils rejettent. » De plus, d’autres questions, telles celles de plusieurs décennies de domination et de colonisation, attisaient les foudres et le radicalisme du monde arabe face à la surdité et au manque de considération des Occidentaux dans les processus de décisions à caractère international. Le plan de partage était de trop. Ikhwan al-Mouslimoun (la confrérie des Frères Musulmans) ira jusqu’à prédire : « l’étincelle qui mettra le feu à la Troisième Guerre mondiale jaillira de Palestine ».

Le 28 octobre 2011, lors d'une interview télévisée accordée à une chaîne de télévision israélienne[32],[33], le Président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a déclaré que « le rejet du plan de partition de 1947 était une erreur, l'erreur du monde arabe dans son ensemble », ajoutant « mais est-ce qu'ils [les Israéliens] nous punissent de cette erreur soixante-quatre ans plus tard ? ».

Réactions juives[modifier | modifier le code]

L’Agence juive, organe politique officiel représentant les Juifs de Palestine, a fortement milité pour le Plan de Partage et le vote des Nations-unies est accueilli avec joie et réjouissances. Bien que conscients des menaces qui pèsent sur sa mise en place, l’établissement d’un État juif soutenu par la légitimité d’une reconnaissance internationale est une avancée majeure dans le projet sioniste. L’indépendance et l’autonomie vont de plus mettre fin aux quotas d’immigration imposés par le Livre blanc depuis 1939 et permettre l’explosion démographique indispensable à la viabilité de l’État et à sa défense.

Les mouvements sionistes de droite, l’Irgoun et le Lehi critiquent toutefois vigoureusement le partage. Ils revendiquent l’ensemble de la Palestine en ce y compris la Transjordanie pour y fonder un État juif. Ils refusent également que Jérusalem soit placée sous juridiction internationale. Depuis 1944, ils mènent une lutte armée sur fond d’attentats, d’assassinats et d’enlèvement contre les Britanniques et les Arabes et annoncent qu’ils vont continuer celle-ci.

Certains mouvements sionistes libéraux menés par Magnes ne s’opposent pas au partage mais lui auraient préféré le plan minoritaire visant à la mise en place d’un État binational fonctionnant sous la forme d’une fédération et où les droits de tous auraient pu être respectés.

La majorité des Juifs sionistes se réjouissent cependant d’obtenir enfin un État indépendant.

En France, le soutien de ce plan par l’Alliance israélite universelle, antisioniste avant-guerre, fut acquis de justesse, et non sans tergiversations[34].

Texte de la Résolution 181[modifier | modifier le code]

Résolution 181 sur le site de l’ONU

Article détaillé : Accord Sykes-Picot.

Adoption du texte[modifier | modifier le code]

L’UNSCOP remet officiellement ses conclusions à la mi-septembre. Tandis que l’Agence juive en accepte les conclusions comme base de discussion, l’Irgoun et le Haut Comité arabe les rejettent. Les Britanniques confirment leur volonté de remettre le mandat et les États-Unis et l’Union soviétique soutiennent le plan[35].

Un comité est créé à l’ONU pour continuer les travaux et des modifications sont apportées au projet initial : les villes arabes de Jaffa et Beersheba sont retirées de l’État juif pour diminuer l’ampleur de sa minorité arabe qui passe ainsi de 405 000 à 325 000 habitants et la date de fin du mandat est fixée à « au plus tard le 1er août[36] ».

Le 25 novembre 1947, la commission vote la mise à l’ordre du jour du plan avec 25 voix pour, 13 voix contre, 17 abstentions et 2 absents, le plan sera voté à l’Assemblée générale mais avec tel résultat, il manquerait une voix pour que la résolution soit acceptée[35]. La diplomatie, en particulier américaine, intervient. Des pressions sont exercées sur le Libéria et la France pour qu’ils votent en faveur du plan. D'après Dominique Vidal, on tente également de corrompre des délégués pour obtenir leur vote[35]. L’ONU passe au vote quatre jours plus tard, le  ; l’Assemblée générale de l’ONU adopte, par 33 voix pour, 13 contre et 10 abstentions[35],[37], le plan de partage de la Palestine[38] en deux États, l’un arabe, et l’autre juif — Jérusalem ayant un statut particulier sous l’égide de l’ONU.

La convergence entre les deux puissances (Russes et Américains) en conflit fait sensation. Les Arabes de Palestine et les gouvernements de tous les États arabes, refusent d’accepter les recommandations de la résolution 181, et font savoir qu’ils s’opposeront par la force à l’application de ces recommandations.

Positions soviétiques[modifier | modifier le code]

Discours du représentant soviétique Semyon Tsarapkin : « Les arguments historiques et juridiques ne peuvent pas et ne doivent pas être décisifs dans le règlement de la question palestinienne. Le problème a pour base essentielle le droit des populations juives et arabes de Palestine à décider de leur sort. Les souffrances subies par les Juifs au cours de la dernière guerre doivent constituer un élément important dans la décision de l’Assemblée. Les Juifs luttent pour un État qui leur soit propre, et il serait injuste de leur refuser le droit d’atteindre cet objectif[39].

L’URSS a appuyé la création d’Israël car elle « entrevoit une possibilité de pénétrer au Proche-Orient par la Palestine, à condition d’en chasser d’abord les Anglais[37] ». L’objectif est donc double : affaiblir les Britanniques dans la région, et essayer de faire basculer Israël dans le camp soviétique, en profitant de la domination de la gauche sur le mouvement sioniste, et de son alliance avec un parti « farouchement stalinien[40] », le Mapam, second parti du pays après les élections de 1949[40]. Pour Ilan Pappé, l’objectif de chasser les Britanniques de la région aurait d’ailleurs été nettement dominant[41].

De son côté, si le mouvement sioniste se réjouit du soutien inattendu des Soviétiques (historiquement très antisionistes), David Ben Gourion n’envisage nullement une alliance préférentielle avec Moscou. Avant même le début des tensions, David Ben Gourion déclarait à l’ambassadeur américain James Grover McDonald nommé par Truman : « Israël salue le soutien russe aux Nations unies, mais ne tolérera pas de domination russe. Non seulement Israël est occidental dans son orientation, mais notre peuple est démocrate et réalise qu’il ne peut devenir fort et rester libre qu’à travers la coopération avec les États-Unis. Seul l’Occident lui-même, en humiliant Israël et en l’abandonnant aux Nations unies et ailleurs, pourrait s’aliéner notre peuple[42]. »
De fait, dès l’automne 1950, les Soviétiques s’abstiennent dans une série de débats sur des incidents de frontières. Rapidement, « Israël est l’objet d’une violente campagne de presse », et les relations diplomatiques sont rompues, avant de reprendre, mais très froidement, après la mort de Staline (1953)[43].

Vote de la résolution[modifier | modifier le code]

Répartition des votes de la résolution 181 :
  •      pour
  •      a changé en pour
  •      abstention
  •      contre
  •      absent
  •      non membre de l’ONU

Le partage et la création des deux États (État juif, État arabe et zone de Jérusalem sous administration internationale), furent votés par 33 voix contre 13 avec 10 abstentions.

Ont voté pour : États-Unis d’Amérique, Australie, Belgique, Bolivie, Brésil, République socialiste soviétique de Biélorussie, Canada, Costa Rica, Danemark, République dominicaine, Équateur, France, Guatemala, Haïti, Islande, Libéria, Luxembourg, Pays-Bas, Nouvelle-Zélande, Nicaragua, Norvège, Panama, Paraguay, Pérou, Philippines, République populaire de Pologne, Suède, Tchécoslovaquie, République socialiste soviétique d’Ukraine, Union sud-africaine, URSS, Uruguay et Venezuela.

Ont voté contre : Afghanistan, Arabie saoudite, Cuba, Égypte, Grèce, Inde, Iran, Irak, Liban, Pakistan, Syrie, Turquie, et Yémen.

Se sont abstenus : Argentine, Chili, Chine, Colombie, Salvador, Éthiopie, Honduras, Mexique, Royaume-Uni, Yougoslavie.

Un coup d’État au Siam empêcha la délégation de ce pays de prendre part au vote.

Eurent pour mission de veiller à la transition sur le terrain : Bolivie, Danemark, Panama, Philippines et Tchécoslovaquie.

La résolution 181 avait pour but la création de deux États :

  • un État juif de 14 000 km2 avec 558 000 Juifs et 405 000 Arabes ; formé de trois parties, la plaine côtière, le long de la frontière syrienne et le désert du Neguev.
  • un État arabe de 11 500 km2 avec 804 000 Arabes et 10 000 Juifs formé de quatre parties : une zone autour de la ville de Gaza, les montagnes de Judée et de Samarie, la majeure partie de la Galilée au Nord, ainsi que la ville de Jaffa ;
  • enfin, une zone sous régime international particulier comprenant les Lieux saints, Jérusalem et Bethléem avec 106 000 Arabes et 100 000 Juifs.

Malgré la volonté originale de créer deux États de taille semblable, l’ONU accorde aux sionistes 50 % de plus que le plan Peel de 1937 mais seuleument 10% des terres accordées dans le Livre blanc (Palestine) de Churchil. J

Conséquences du vote[modifier | modifier le code]

La population juive accepta sans condition le plan de partage tandis que la population arabe et les dirigeants des pays voisins le rejettent. La conséquence immédiate en fut le déclenchement de la guerre civile de 1947-1948 en Palestine mandataire David Ben Gourion proclame le 14 mai 1948 l’établissement d’un État juif en terre d’Israël, l’État d’Israël. Cette proclamation, fut suivie le lendemain part le déclenchement de la guerre israélo-arabe de 1948.

Critiques[modifier | modifier le code]

En novembre 2001, le mensuel Le Monde diplomatique publie un article de l'écrivain et journaliste néo-zélandais Nicky Hager, expliquant notamment comment les États-Unis exercèrent une pression extrême sur le Liberia, Haïti et les Philippines, pour les forcer à changer de position avant le vote. Il cite notamment James Forrestal, alors Secrétaire de la Défense des États-Unis, qui écrivit à l’époque dans son journal personnel que « les moyens de coercition exercés sur ces pays confinaient au scandale. »[44].

D'autres journalistes firent remarquer que même si les États-Unis n'avaient pas exercé de pression sur ces trois pays et qu'ils avaient voté contre, la résolution aurait tout de même été adoptée par une majorité écrasante de 30 voix contre 16 contre[réf. nécessaire].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Part II. – Boundaries recommended in UNGA Res 181 Molinaro, Enrico The Holy Places of Jerusalem in Middle East Peace Agreements Page 78
  2. Best, Antony (2004). International history of the twentieth century and beyond.London: Routledge. p. 120. (ISBN 0-4-5-20739)[à vérifier : La longueur du numéro ISBN devrait être 10 ou 13 et non 8, demandé le 19 avril 2014]
  3. Gilbert, Martin (1998). Israel: A History. UK: Doubleday. p. 149. ISBN 0-688-12362-7.
  4. Lenczowski, George (1962). The Middle East in World Affairs. Cornell University Press. p. 396. (ISBN 62-16343)[à vérifier : La longueur du numéro ISBN devrait être 10 ou 13 et non 7, demandé le 19 avril 2014].
  5. (en)Ilan Pappe, Ethnic Cleansing of Palestine, p. 29-30
  6. (en)Article "History of Palestine", Encyclopædia Britannica (2002 edition), article section written by Walid Ahmed Khalidi and Ian J. Bickerton
  7. (en) « Abbas should change his locks before next wave of Palestinian prisoners freed », Haaretz, 6 décembre 2011
  8. (en)Motyl, Alexander J. (2001). Encyclopedia of Nationalism, Volume II. Academic Press. p. 604, ISBN 0-12-227230-7.
  9. (en)http://domino.un.org/unispal.nsf/9a798adbf322aff38525617b006d88d7/5bff833964edb9bf85256ced00673d1f?OpenDocument&Highlight=2,faisal
  10. (en) Manuel Assassian, Palestine Factionalism in the National Movement (1919-1939), p. 33
  11. (en)http://www.oberlin.edu/stuorg/sfp/docs/morris.pdf
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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]