Guerres de Syrie

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Les guerres de Syrie correspondent à une série de six conflits qui opposèrent les royaumes lagides et séleucides durant la période hellénistique pour la domination de la région appelée Cœlé-Syrie, une des voies permettant l'accès à l'Égypte.

Les royaumes des Diadoques vers -301.

Après la bataille d'Ipsos en -301, Ptolémée Ier d'Égypte établit sa domination sur la Cœlé-Syrie. Séleucos Ier domine la partie orientale de l'Asie Mineure et de la Syrie. Ces conflits ont épuisé humainement et en ressources les deux empires et ont conduit à leur destruction finale et leur conquête par Rome et la Parthie.

Première guerre de Syrie (-274, -271)[modifier | modifier le code]

Après dix ans de règne le roi Séleucide Antiochos Ier, fils de Séleucos Ier, tente d'étendre son empire en Syrie et en Anatolie, territoires appartenant au roi Ptolémée II. Or, Ptolémée s'est avéré être un dirigeant énergique et un général qualifié. De plus, son récent mariage avec sa sœur Arsinoé II permit de stabiliser l'Égypte, ce qui lui permet de mener à bien la campagne, étendant ses lois de Caria à une grande partie du territoire de La Cilicie.

La Première Guerre syrienne a été une grande victoire pour les Ptolémée. Antiochos a pris le contrôle de zones ptolémaïque sur la côte de la Syrie et au sud de l'Anatolie lors de son attaque initiale. Mais Ptolémée reconquiert ces territoires en -271. Occupé à l'Est, son demi-frère Magas, est le roi autoproclamé de la Cyrénaïque. Elle sera indépendante jusqu'en -250 quand elle redeviendra une partie intégrante du royaume ptolémaïque.

Deuxième guerre de Syrie (-260, -253)[modifier | modifier le code]

Antiochos II succède à son père en -261, et adopte très rapidement une politique agressive. Il parvient à un accord avec le roi antigonide en Macédoine, Antigone II Gonatas, qui souhaite également repousser Ptolémée II hors de la mer Égée. C'est donc avec le soutien de la Macédoine qu'Antiochos II lance une attaque sur les avant-postes de Ptolémée en Asie mineure. La plupart des informations relatives à cette deuxième guerre de Syrie ont été perdues. Il apparaît toutefois que la flotte d'Antigone Gonatas remporte une victoire importante à la bataille de Cos face à la flotte de Ptolémée II, probablement en -258, diminuant ainsi son pouvoir maritime.

Les causes de cette deuxième guerre de Syrie sont encore débattues aujourd'hui. En effet, certains ont considéré que c'était peut-être une alliance entre le roi de Pergame et le roi lagide Ptolémée II qui aurait entraîné ce deuxième conflit, mais cette hypothèse ne peut être justifiée. Beaucoup ont tendance à penser que c'est plutôt la mort de son père qui nourrit une volonté d'expansion égéenne.

Ptolémée semble avoir dû abandonner ses terres en Cilicie, en Pamphylie et en Ionie, tandis qu'Antiochos recouvrait Milet et Éphèse. La participation de la Macédoine cesse quand Antigone se trouve préoccupé par une rébellion à Corinthe et à Chalcis en -253, sans doute sur l'instigation de Ptolémée, mais aussi à la suite de troubles le long de la frontière septentrionale de la Macédoine. Pour sceller la paix, Antiochos II épouse Bérénice, la fille de Ptolémée II, et répudie pour cela sa première femme, Laodicé Ire. Il meurt à Éphèse en -246, empoisonné par Laodicé selon certaines sources. Ptolémée II meurt dans la même année.

Troisième guerre de Syrie ou guerre de Laodicé (-246, -241)[modifier | modifier le code]

Le conflit est déclenché par une crise de succession qui tourmente les états helléniques. Antiochos II mort, il laisse deux mères ambitieuses : son épouse répudiée Laodicé Ire et Bérénice Syra, fille de Ptolémée II et sœur de Ptolémée III, qui veulent placer sur le trône leur fils respectif. Laodicé affirmait que Antiochos avait désigné son fils comme héritier sur son lit de mort, mais Bérénice fait valoir que son fils nouveau-né était l'héritier légitime. Bérénice demanda à son frère Ptolémée III, le nouveau roi ptolémaïque, de venir à Antioche pour l'aider à placer son fils sur le trône. À l'arrivée de Ptolémée, Bérénice et son enfant avaient été assassinés.

En -246, Ptolémée déclare la guerre au fils Laodicé, Séleucos II, nouvellement couronné. Probablement commandée par Xanthippus de Sparte connu sous le nom de Xanthippus de Carthage, le mercenaire général responsable de la défaite de l'armée romaine à Tunis/Bagrades en -255. Son armée remporte d'importantes victoires contre Séleucos en Syrie et en Anatolie, occupe brièvement Antioche et, comme l'indique une découverte récente en écriture cunéiforme, atteint même Babylone. Mais ces victoires sont éclipsées par la perte des Cyclades au profit d'Antigone Gonatas après la bataille d'Andros. Séleucos avait ses propres difficultés : sa mère dominatrice lui demanda d'accorder la corégence à son frère cadet, Antiochos Hiérax, lui permettant de régner sur les territoires des Séleucides en Anatolie. Antiochos déclara rapidement son indépendance, brisant les efforts Séleucos dans sa lutte contre Ptolémée.

En échange d'une paix en -241, Ptolémée reçu de nouveaux territoires sur la côte nord de la Syrie, dont la Séleucie de Piérie, le port d'Antioche. La victoire de Ptolémée III face à Séleucos II le rend maître de toute une partie de l’Asie occidentale jusqu’à Babylone et porte le royaume lagide à l’apogée de sa puissance.

Quatrième guerre de Syrie (-219, -217)[modifier | modifier le code]

La Méditerranée en -220

Au moment de prendre le trône séleucide en -223, Antiochos III (-241 - -187) se donne pour tâche de restaurer l'Empire de Séleucos Ier, qui s'étendait du Royaume gréco-bactrien et l'Indus à l'est, l'Hellespont au nord et à l'ouest, et la Syrie au sud. En -221, il avait rétabli le pouvoir des Séleucides sur la Médie et la Perse, territoires perdus à la suite de la rébellion de son oncle Achaïos. L'ambitieux roi lorgna vers la Syrie et l'Égypte.

L'Égypte, pendant ce temps, était considérablement affaiblie par les intrigues de cour et par des troubles publics. Le règne du nouveau roi Ptolémée IV (qui régna de -221 à -204) commença avec l'assassinat de la reine-mère Bérénice II. Le jeune roi tomba rapidement sous l'influence absolue des courtisans impériaux. Ses ministres utilisèrent leur pouvoir dans leur propre intérêt, au grand dépit du peuple.

Antiochos chercha à tirer profit de cette situation chaotique. Après l'invasion ratée en -221, il commence une quatrième guerre de Syrie en -219. Il s'empare de nouveau de la Séleucie de Piérie ainsi que de nombreuses villes en Phénicie dont Tyr. Plutôt que d'envahir l'Égypte, Antiochos attendit en Israël pendant plus d'un an, consolidant ses nouveaux territoires et attendant les propositions diplomatiques du royaume ptolémaïque.

Durant ce temps, Sosibios ministre de Ptolémée commence le recrutement et la formation d'une armée composée de la population grecque locale, mais aussi de plus de trente mille Égyptiens d'origine comme phalangite. Cela se révéla payant mais eu de terribles conséquences sur la stabilité du royaume. Le 22 juin -217, les troupes de Ptolémée IV Philopator écrasent l'armée séleucide conduite par Antiochos III à la Bataille de Raphia, la plus importante bataille depuis celle d'Ipsos quatre-vingts ans plus tôt. La victoire de Ptolémée permet de conserver son emprise sur la Cœlé-Syrie mais il renonça à progresser dans l'empire d'Antiochos même pour reprendre Séleucie de Piérie. Son royaume continuant à s'affaiblir souffre de problèmes économiques et d'une rébellion. Un sentiment nationaliste s'était développé chez les Égyptiens autochtones qui avaient combattu à Raphia. Confiants et bien entraînés, ils participèrent à la révolte égyptienne et établirent leur propre royaume en Haute-Égypte qui ne fut reconquit par les Ptolémées que vers -185.

Cinquième guerre de Syrie (-202, -195)[modifier | modifier le code]

La mort de Ptolémée IV en -204 fut suivie d'un conflit sanglant à propos de la régence et de l'héritier Ptolémée V qui était encore enfant. Les troubles commencèrent avec l'assassinat de la veuve du roi défunt, également sa sœur, Arsinoé, par les ministres Agathoclès et Sosibios. Le sort de Sosibios est obscur, mais Agathoclès semble avoir tenu la régence pendant un certain temps jusqu'à ce qu'il soit lynché par la versatile population alexandrine. La régence passa d'un conseiller à un autre, le royaume étant dans un état proche de l'anarchie.

Cherchant à tirer parti de cette agitation, Antiochos III organisa une seconde invasion de la Cœlé-Syrie. Il s'allia avec Philippe V de Macédoine, pour conquérir et partager les territoires au-delà les mers de Ptolémée, bien que cette cupide alliance ne durât pas longtemps. Antiochos traverse rapidement la région et s’empare de la Cœlé-Syrie, y compris la Samarie et Jérusalem où les Juifs l’aident à s’emparer de la citadelle encore aux mains des troupes lagides. Après un bref revers à Gaza, il remporte une victoire décisive, près des sources du Jourdain, sur Ptolémée V en s'emparant de l'important port de Sidon.

En -200, des émissaires romains rencontrèrent Philippe et Antiochos, exigeant qu'ils s'abstiennent d'envahir l'Égypte afin de ne pas interrompre les importations de céréales, la clef pour subvenir aux besoins de la population de la république romaine. Comme les monarques n'avaient pas prévu d'envahir l'Égypte elle-même, ils acceptèrent volontiers la demande de Rome. Antiochos termina l'assujettissement de la Cœlé-Syrie en -198 et se tourna ensuite vers les forteresses côtières ptolémaïques de Carie et de Cilicie.

Les problèmes intérieurs poussèrent Ptolémée à chercher une conclusion rapide et désavantageuse. Le mouvement naissant qui avait débuté avant la guerre avec la révolte d'Égypte et qui s'était répandue grâce à l'aide des prêtres égyptiens, créa des troubles et la sédition partout dans le royaume. Les troubles économiques conduisent le gouvernement de Ptolémée à augmenter les taxes, ce qui alimente encore plus le feu nationaliste. Pour se concentrer sur le front intérieur, Ptolémée signe un traité de conciliation avec Antiochos en -195, laissant le roi séleucide en possession de la Cœlé-Syrie et accepte d'épouser la fille d'Antiochos, Cléopâtre Ire, en (-194/-193).

Sixième guerre de Syrie (-170, -168)[modifier | modifier le code]

Les causes de ce conflit sont obscures. En -170, Eulaeus et Lenaeus, les deux régents du jeune roi d'Égypte Ptolémée VI, déclarent la guerre au roi séleucide Antiochos IV. La même année, le frère et la sœur de Ptolémée, Ptolémée VIII et Cléopâtre II sont déclarés codirigeants afin de renforcer l'unité de l'Égypte. Les opérations militaires ne commencent pas avant -169 quand Antiochos s'empare rapidement de l'importante ville stratégique de Péluse. Ies Egyptiens par inconscience débutent la guerre. Eulaeus et Lenaeus sont renversés et remplacés par deux nouveaux régents Comane et Cinéas. Des émissaires sont envoyés pour négocier un traité de paix avec Antiochos. Ce dernier prend Ptolémée VI (qui était son neveu) sous sa tutelle, lui laissant un véritable contrôle de l'Égypte. Toutefois, cette situation était inacceptable pour le peuple d'Alexandrie, qui a réagi en proclamant Ptolémée Physcon comme unique roi. Antiochos IV assiège Alexandrie, mais demeure incapable de couper les communications vers la ville. Or, il doit réprimer la révolte des Macchabées en Judée. À la fin de -169, il retire son armée. En son absence, Ptolémée VI et son frère se sont réconciliés. Antiochos IV, furieux de cette perte de contrôle sur le roi, mène une deuxième campagne. Les Egyptiens demandent de l'aide à Rome et le Sénat dépêche l’ambassadeur Gaius Popilius Laenas à Alexandrie. Entre temps, Antiochos s'empare de Chypre et Memphis et marche sur Alexandrie.

A Eleusis, dans les environs de la capitale, il rencontre Popilius Laenasrace avec lequel il avait été ami durant son séjour à Rome. Mais au lieu d'une rencontre amicale, Popilius présente au roi un ultimatum venant du Sénat : quitter immédiatement Chypre et l'Égypte. Antiochos demande du temps pour y réfléchir mais Gaius Popilius Laenas trace autour de lui un cercle sur le sable avec sa canne et lui demande de se décider avant qu'il n'en sorte. Antiochos choisit d'obéir à l'ultimatum de Rome. Le “Jour d'Eleusis” conclut la sixième guerre de Syrie tout comme les espoirs d'Antiochos de conquérir le territoire égyptien.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Maurice Sartre, D'Alexandre à Zénobie : Histoire du Levant antique, IVe siècle av. J.-C.-IIIe siècle ap. J.-C., Paris, Fayard,‎ 2001 (ISBN 978 2213 609218)