Ptolémée Ier

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Ptolémée (homonymie).
Ptolémée Ier
Πτολεμα
Buste de Ptolémée Ier Sôter, musée du Louvre.
Buste de Ptolémée Ier Sôter, musée du Louvre.
Fonctions
Roi d'Égypte
305283 avant notre ère
(22 ans)
Prédécesseur Alexandre IV
Successeur Ptolémée II
Biographie
Dynastie Dynastie des Ptolémées
Date de naissance v. 368/366 avant notre ère
Lieu de naissance Eordaea (Macédoine)
Date de décès 283 avant notre ère
Père Lagos
Mère Arsinoé
Grand-père maternel Méléagre
Conjoint Thaïs
Enfant(s) Lagos
Léontiscus
Deuxième conjoint Artacama, fille d'Artabase
Troisième conjoint Eurydice, fille d'Antipater
Enfant(s) avec le 3e conjoint Ptolémée Kéraunos
Méléagre
Ptolémaïs
Lysandra
Argées
Quatrième conjoint Bérénice Ire, suivante d'Eurydice
Enfant(s) avec le 4e conjoint Ptolémée Philadelphe
Arsinoé
Philatéra

Ptolémée Ier Sôter (en grec ancien Πτολεμαος / Ptolemaios), né vers 368/366 à Eordaea en Macédoine et mort en -283, est un général d'Alexandre le Grand et l'un des principaux diadoques. Désigné Satrape d'Égypte au partage de l'empire d'Alexandre, il en devient roi, et non pharaon, en -305 ; c'est son fils Ptolémée II qui le premier aurait reçu ce titre des prêtres égyptiens. Il est le fondateur de la dynastie ptolémaïque (ou lagide) qui règne sur l'Égypte jusqu'en -30.

Biographie[modifier | modifier le code]

Carrière sous Alexandre[modifier | modifier le code]

Ptolémée naît en Macédoine vers -367. Fils déclaré légitime de Lagos, il pourrait être selon Pausanias[1], un enfant bâtard de Philippe II ; Lagos n'aurait fait qu'assumer la paternité pour son roi. Ami d'enfance d'Alexandre, dont il est peut-être le demi-frère, il en devient l'un des sômatophylaques (gardes du corps) et des plus proches lieutenants. Son ascension est autant due à ses valeurs militaires qu'à son amitié avec Alexandre. Il s'occupe du siège d'Halicarnasse en l'absence d'Alexandre, parti à la conquête de l’Égypte. Au partage de Babylone qui suit la mort d'Alexandre en -323, il reçoit la satrapie d'Égypte au nom des rois Philippe III et Alexandre IV. Lors du conseil de Babylone, Ptolémée aurait proposé que les délibérations soient conduites autour du trône et des attributs royaux d’Alexandre[2].

Satrape d'Égypte[modifier | modifier le code]

Dès -323, il s'empare de la Cyrénaïque au mépris des accords de Babylone. Surtout, vers -322, il détourne le convoi funéraire qui doit conduire la dépouille sacrée d'Alexandre de Babylone jusqu'en Macédoine[3]. Ce qui suscite la réaction immédiate de Perdiccas, chiliarque de l'empire, qui porte son armée contre l'Égypte tandis que son allié, Eumène de Cardia, lutte en Asie Mineure contre la coalition menée par Antipater, Cratère et Antigone. Mais en -321, Perdiccas échoue à envahir l'Égypte dont la frontière orientale est bien défendue par Ptolémée. Perdiccas échoue devant Péluse, puis tente en vain de faire passer le Nil à son armée, ce qui sonne le glas de son offensive. Après l'assassinat de Perdiccas en Égypte, Ptolémée refuse intelligemment la régence de l'empire. Entre -319 et -318, il s'empare de la Syrie puis se retire face à l'avancée d'Antigone. En -312, il reprend la Syrie avant de se replier en Égypte en -311. En -308, il mène une campagne mitigée en Grèce continentale contre les possessions de Cassandre. Il comprend alors que l'Égypte doit devenir une thalassocratie ; mais en -306 il subit au large de Chypre une cuisante défaite maritime face à Démétrios, fils d'Antigone.

Roi d'Égypte[modifier | modifier le code]

Les ambitions de Ptolémée[modifier | modifier le code]

Ptolémée reçoit l'épithète de « Sôter » (Σωτήρ (« le sauveur ») par les Rhodiens auxquels il porte secours en -305 alors qu'ils sont assiégés par la flotte de Démétrios. Puis il se fait proclamer roi (basileus) d'Égypte en -305 à la suite d'Antigone qui vient de se proclamer roi d'Asie après la victoire de Salamine de Chypre. Ptolémée n'a pas véritablement reçu le titre de pharaon, son fils Ptolémée II serait bien le premier souverain lagide à se faire couronner comme pharaon par les prêtres égyptiens[4].

Les autres diadoques, Séleucos, Cassandre et Lysimaque, réagissent en adoptant successivement le titre royal à partir de -305. Il s'agit bien pour eux de s'opposer aux prétentions impériales d'Antigone mais aussi d'assurer la légitimité de leur pouvoir. La prise du titre royal ne vise que les Macédoniens et les Grecs car vis-à-vis des autres peuples, les diadoques se comportent comme des souverains dès l'origine. La conséquence la plus directe est d'assurer le démembrement définitif de l'empire d'Alexandre qui marque l'acte de naissance des monarchies hellénistiques.

En -302 Ptolémée se joint à l'alliance réunissant Séleucos et Lysimaque contre Antigone qui cherche la domination impériale ; mais Ptolémée montre peu d'empressement à combattre et ses troupes n'opèrent pas de jonction avec les coalisés. Après la bataille d'Ipsos en -301, ses alliés refusent de lui donner la Cœlé-Syrie qui devient dès lors l'enjeu d'une dispute permanente entre Lagides et Séleucides au travers six guerres de Syrie. Grâce à sa puissante flotte, il conquiert Chypre aux dépens de Démétrios de manière définitive en -295.

Roi fondateur[modifier | modifier le code]

Représentation du phare d'Alexandrie par l'archéologue H. Thiersch (1909)

Il institue comme capitale Alexandrie dont il est le grand constructeur et fonde une colonie de vétérans à Ptolémaïs, au sud de Memphis. Vers -297 il lance la construction du phare d'Alexandrie qu'il fait relier à la terre. En -288, il lance la construction de la bibliothèque d'Alexandrie, qui fait partie du Museion, le temple des Muses, comprenant l'université d'Alexandrie, une des premières de l'histoire, et une Académie, où se donnent rendez-vous les poètes, scientifiques et artistes invités par les Ptolémées. Il accueille à sa cour des historiens, tels que Clitarque, afin de glorifier la mémoire d'Alexandre et d'asseoir son prestige. Il fait également construire le majestueux tombeau (sêmaa) d'Alexandre. C'est à sa demande que le prêtre Manéthon rédige en grec une Histoire de l'Égypte recensant le nom des pharaons antiques. Il met en place une administration efficace combinant le rationalisme grec et la tradition égyptienne. Enfin, Ptolémée fait restituer au clergé égyptien les statues des dieux, le mobilier et les livres précédemment volés dans les temples par Xerxès Ier et récupérés depuis la conquête macédonienne. Et pour marquer son appartenance aux coutumes égyptiennes, il fait célébrer sa fête-Sed et lance un programme de restauration et de constructions de temples de tradition égyptienne.

Vers -285, Ptolémée publie ses Mémoires, aujourd'hui perdus, où il narre avec précision les campagnes militaires menées par Alexandre. Ses Mémoires, bien que forcément partiaux, ainsi que ceux rédigés par Aristobule, inspirent l'Anabase d'Arrien qui offre le plus fiable des récits antiques (conservés à nos jours) de la conquête macédonienne. Arrien considère Ptolémée comme un témoin digne de foi puisqu'il a non seulement pris part à l’expédition, mais que, roi lui-même, il lui est déshonorant de mentir ; en outre, Ptolémée ayant transmis ses Mémoires longtemps après la mort d’Alexandre, déformer les faits ne représente pas pour lui une nécessité. Les Mémoires de Ptolémée sont aussi l'une des sources principales de Plutarque dans la Vie d'Alexandre. Ils représentent au final, via Arrien et Plutarque, une tradition historique différente de celle issue de Clitarque que Diodore de Sicile, Quinte-Curce et Trogue Pompée (auteurs de la Vulgate d'Alexandre) ont largement consultée.

Ptolémée apporte son soutien au grand mathématicien Euclide qu'il fait venir au mouseîon d'Alexandrie. Mais il juge néanmoins les Éléments d'Euclide comme trop difficiles à étudier ; de fait il lui demande s'il n'y a pas une voie plus facile pour accéder à son œuvre. Euclide aurait répondu en plaisantant : « Sire, il n'y a pas de voie royale vers la géométrie »[5].

À sa mort, Ptolémée laisse un État florissant. Son fils Ptolémée II Philadelphe lui succède sur le trône d'Égypte en -283. C'est à l'occasion de son enterrement que le corps d'Alexandre est rapatrié de Memphis à Alexandrie où la construction du tombeau a été achevée.

Généalogie[modifier | modifier le code]

Voir l’article annexe : Arbre généalogique des Lagides.

Avec la courtisane Thaïs, il a trois enfants : deux fils, Lagos et Léonticus ainsi qu'une fille Eireine, qui épouse le roi de Chypre Eunoste. Il se marie ensuite trois fois. D'abord avec Artacama, fille du satrape Artabase, épousée sur l'ordre d'Alexandre lors des noces de Suse en -324. Puis en -321 il épouse Eurydice, fille d'Antipater dont il a trois fils, Ptolémée Kéraunos (surnommé « la Foudre » à cause de son caractère violent), Méléagre et Argées, et deux filles, Ptolémaïs et Lysandra. Enfin, il épouse, entre -316 et -310, une suivante d'Eurydice, Bérénice, dont il a trois enfants : un fils, le futur Ptolémée II, et deux filles, Arsinoé et Philatéra[6].

Titulature[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Titulature dans l'Égypte antique.


Cliquez sur une vignette pour l’agrandir

Représentations fictives[modifier | modifier le code]

  • Ptolémée fut joué par Vergilio Teixeira dans le film Alexandre le Grand datant de 1956 mais également par Robert Earley, Elliot Cowan et Anthony Hopkins dans Alexandre d'Oliver Stone, film de 2004.
  • Le roman de Lyon Sprague de Camp, Le dieu en bronze de Rhodes présente Ptolémée en tant que personnage mineur. Il apparait également dans le livre d'Harry Turtledove, The Gryphon's Skull.
  • Le roman de Duncan Sprott, Les Ptolémées aborde Ptolémée comme un personnage central et le fondateur de la dynastie ptolémaïque.
  • Ptolémée apparait aussi dans les trois romans suivants de Mary Renault : Fire From Heaven, The Persian Boy et Funeral Games. On peut aussi le rencontrer dans son œuvre non romanesque The Nature of Alexander.
  • Ptolémée est l'un des personnages mineurs du roman historique Roxana Romance d'A.J. Cave avec l'appellation hellénique de Ptolemaios.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Description de la Grèce, 1.6.2
  2. Quinte-Curce, Histoire d'Alexandre, X, 6, 15. On remarque ici la trace d'une tradition favorable au lagide, lié à Alexandre même après sa mort.
  3. Sur cet épisode dont il faut bien saisir toute la portée symbolique et politique voir Diodore de Sicile, Bibliothèque historique [détail des éditions] [lire en ligne], XVIII, 28, 2-3 ; Photios, Bibliothèque, II, 92, 70 b.
  4. Une inscription du temple d’Edfou indique qu’Horus a livré à Ptolémée II la terre d’Égypte avec ses titres de propriété rédigés par le greffier divin Thot.
  5. Jane Muir, Of Men and Numbers: The Story of the Great Mathematicians, Dover Publications, 1961, page 15
  6. Dodson & Hilton, p. 266, 267.

Annexes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pierre Cabanes, Le Monde hellénistique de la mort d’Alexandre à la paix d’Apamée, Seuil, coll. « Points Histoire / Nouvelle histoire de l’Antiquité »,‎ 1995 (ISBN 2-02-013130-7) ;
  • Pierre Lévêque, Le Monde hellénistique, Pocket, coll. « Agora », 2003 (4e édition) (ISBN 2-266-10140-4) ;
  • Édouard Will, Histoire politique du monde hellénistique 323-30 av. J.-C., Paris, Seuil, coll. « Points Histoire »,‎ 2003 (ISBN 202060387X).
  • (en) Ellis, Walter M., Ptolemy of Egypt, Londres, 1993.
  • (de) Caroli, Christian A., Ptolemaios I. Soter, Herrscher zweier Kulturen, Konstanz, 2007.
  • Aidan Mark Dodson & Ryan Hilton, The Complete Royal Families of Ancient Egypt [détail des éditions]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :