Amharique

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Amharique
አማርኛ / āmariññā
Pays Éthiopie, Érythrée, Égypte, Israël, Djibouti, Yémen, Soudan, États-Unis
Nombre de locuteurs 27 millions[1],[Note 1]
Typologie SOV
Classification par famille
Statut officiel
Langue officielle Régions et ville-régions éthiopiennes suivantes :
Addis-Abeba
Dire Dawa
Région amhara
Benishangul-Gumaz
Gambela
Région des nations, nationalités et peuples du Sud
Codes de langue
ISO 639-1 am
ISO 639-2 amh
ISO 639-3 amh
IETF am
Linguasphère 12-ACB-a
Échantillon
Article premier de la Déclaration universelle des droits de l'homme (voir le texte en français)


የሰው ፡ ልጅ ፡ ሁሉ ፡ ሲወለድ ፡ ነጻና ፡ በክብርና ፡ በመብትም ፡ እኩልነት ፡ ያለው ፡ ነው ፡ የተፈፕሮ ፡ የማስተዋልና ፡ ሕሊናው ፡ ስላለው ፡ አንዱ ፡ ሌላውን ፡ በወንድማማችነት ፡ መንፍስ ፡ መመልከት ፡ የገባዋል ።

Translittération :

Yäsäw leje hulu siwäläd näts'ana bäkəbrəna bämäbtəm əkulenät yaläw näw yätäfäpro yämastäwalenna həlinaw səlaläw andu lelawn bäwändmamačənät mänfəs mämälekät yägäbawal.

L’amharique (አማርኛ, Prononciation du titre dans sa version originale Écouter) est une langue sémitique, une famille au sein de laquelle elle occupe, en termes de locuteurs, la deuxième place après l'arabe. En raison de la politique linguistique avant la chute du Derg, la langue est parlée en Éthiopie par une majorité de la population, soit comme langue maternelle — majoritairement par les Amharas —, soit comme langue seconde ou véhiculaire.

Depuis l'entrée en vigueur de la Constitution de 1994, l'amharique a perdu son statut de langue officielle, l'article 5-1 affirmant la reconnaissance par l'État du même statut pour toutes les langues éthiopiennes[2] ; toutefois, l'article 5-2 accorde à l'amharique le statut de langue de travail du gouvernement fédéral[2].

En dehors de l'Éthiopie, l'amharique est parlé par environ 2,7 millions de personnes vivant en Égypte, en Israël, à Djibouti, au Yémen, au Soudan, aux États-Unis, ainsi qu'en Érythrée par une partie de la population ayant connu la période antérieure à l'indépendance en 1993.

L'amharique s'écrit à l'aide de l'alphasyllabaire éthiopien.

Transcription[modifier | modifier le code]

Il n'existe pas de standard de romanisation pour l'amharique. Selon les ouvrages et les langues, les graphies utilisées varient sensiblement. Il existe cependant une transcription scientifique de l'amharique qui permet de rendre de façon non ambiguë les caractères ge'ez [Note 2]. Elle demande des caractères spéciaux, souvent non disponibles sur les systèmes informatiques. Elle est rarement utilisée en dehors des ouvrages de linguistique car elle est peu compréhensible pour les non spécialistes.

Écriture de l'amharique[modifier | modifier le code]

Article connexe : Alphasyllabaire éthiopien.

Différences avec l'alphasyllabaire éthiopien original[modifier | modifier le code]

L'amharique s'écrit à l'aide de l'alphasyllabaire amharique, dérivé de l'alphasyllabaire éthiopien[3]. Plusieurs lettres ont été ajoutées aux 26 de base :

  • sept consonnes dont six palatales : ሸ (šä), ቸ (čä), ኘ (ñä), ዠ (žä), ጀ (ǧä), ጨ (č'ä) et le ኸ (hä). Les six consonnes palatales correspondent à des dentales, un élément bien visible dans la graphie. Les six nouvelles consonnes ont d'ailleurs été insérées dans l'alphabet à la suite des dentales.
Dentales
Palatales
  • le ኧ (ä)
  • le ቨ (vä), utilisé pour les emprunts : ቪዛ (viza, visa)
  • un certain nombre de labio-vélaires.

Outre les ajouts, l'alphasyllabaire amharique se distingue par la prononciation identique de quelques lettres différentes :

Historiquement, ces sons ont été distincts[4]. Ainsi, አ (ʾ) et ዐ (ʾ) sont à l'origine un coup de glotte et une pharyngale fricative sonore. Ces consonnes sont devenues des « porteurs de voyelles »[4].

Lecture[modifier | modifier le code]

Tout comme l'alphasyllabaire éthiopien, l'amharique se lit de gauche à droite, les caractères sont séparés, ils n'ont pas de forme initiale, médiane, finale ou cursive, ou de différenciation majuscule - minuscule[5]. Chaque caractère se présente sous sept formes appelées « ordres » correspondant à la voyelle[3]. Les ordres portent tous un nom en ge'ez indiqué entre parenthèses[6] :

  • ä (ግዕዝ, gəʼəz, « premier »)
  • u (ካዕብ, kaʼəb, « deuxième » )
  • i (ሣልስ, « saləs, « troisième » )
  • a (ራብዕ, « rabə(ʾ), « quatrième » )
  • e (ኃምስ, « haməs, « cinquième » )
  • ə (ሳድስ, « sadəs, « sixième » )
  • o (ሳብዕ, « sabe(ʾ), « septième » )

La lecture ne présente en général pas de difficultés ; par exemple, troisième caractère de la première ligne se lit « hi ». Néanmoins, certains éléments sont problématiques. L'alphasyllabaire amharique n'indique pas les géminations, ce qui prête à confusion ; አለ peut se lire alä, « il a dit » ou allä, « il y a »[7]. Seul le contexte permet un choix. Dans la retranscription, la gémination est indiquée par un redoublement de la consonne.
Un deuxième problème se rapporte au sixième ordre ə qui peut être la consonne suivie de la voyelle ou la consonne uniquement[7]. La connaissance du terme et de sa prononciation se révèle indispensable. Le mot ደንበር, « frontière » pourrait se lire dänəbär, or la lecture correcte est dänbär, la consonne n est prononcée sans la voyelle. Dans l'extrême majorité des cas, le sixième ordre n'est jamais prononcé à la fin du mot. On dira pour le mot ስንት, « combien », sənt et non səntə. Une des rares situations où ce sixième ordre est prononcé est la récitation d'une poésie.
Enfin, les lettres suivantes sont lues avec un a au premier ordre, et non un ä : ሀ (ha), ሐ (ha), ኀ (ha), አ (a) et ዐ (a).

L'orthographe[modifier | modifier le code]

L'orthographe est également peu compliquée, à nouveau en raison de la nature de l'alphasyllabaire. Un questionnement existe autour du choix dans les lettres prononcées de manière identique. Celles-ci portent d'ailleurs des noms spécifiques pour bien les distinguer[4]. La lettre est nommée en référence à un mot dans lequel on l'emploie. Ainsi, on parle du ንጉሡ ፡ ሠ, nəgusu sä, ce qui signifie « le sä de nəgus », c'est-à-dire celui employé pour écrire le mot « nəgus ».

  • les deux  :
  • ሰ : እሳቱ ፡ ሰ, əsatu sä. On utilise cette lettre pour écrire le mot እሳት, əsāt en ge'ez et əsat, en amharique : « feu ».
  • ሠ : ንጉሡ ፡ ሠ, nəgusu sä, utilisée pour le mot ንጉሥ, nəgus, « roi » en ge'ez et en amharique.
  • les trois h, lus avec une voyelle a au premier ordre, strictement identique au quatrième :
  • ሀ : ሃሌታው ፡ ሀ, halletaw ha. ሃሌታ, hālletā signifie « chanter alléluia » en ge'ez.
  • ሐ : ሐመሩ ፡ ሐ, hameru ha. ሐመር, ḥamar, « bateau » en ge'ez.
  • ኀ : ብዙኀኑ ፡ ኀ, bəzuhanu ha. ብዙኃን, bəzuḫān, « beaucoup » en ge'ez.
  • les deux a, lus a aux premier et quatrième ordres:
  • አ : አሌፉ ፡ አ, alefu a. Le a aleph.
  • ዐ : ዐይኑ ፡ ዐ, aynu a. Le a ʿayin.
  • les deux s'ä :
  • ጸ : ጸሎቱ ፡ ጸ, sʼälotu sʼä. ጸሎት, sʼalot, en ge'ez et sʼälot, en amharique : « prière ».
  • ፀ : ፀሐዩ ፡ ፀ, sʼähayu sʼä. ፀሐይ, sʼaḥay, en ge'ez et sʼähay, en amharique : « soleil ».

Le choix d'un caractère ne modifie en rien la prononciation. Toutefois, la décision d'écrire avec telle lettre plutôt qu'une autre renvoie généralement à l'étymologie ge'ez[8], défendue par les traditionalistes. Un exemple est celui du mot ንጉሥ, nəgus, qui s'écrit avec le ሠ et non ሰ. Pour ce terme, l'écriture d'origine est en général respectée et connue, ce qui n'est pas toujours le cas. Il y a des débats entre traditionalistes sur les étymologies afin de justifier le choix d'un caractère.

Alphasyllabaire amharique
ä* u i a e ə o ʷä ʷi ʷa ʷe ʷə
h ሀ*
l
h ሐ*
m
s
r
s
š
q
b
v
t
č
h ኀ*
n
ñ
ʾ አ*
k
h
w
ʾ ዐ*
z
ž
y
d
ǧ
g
t'
č'
p'
s'
s'
f
p

*Au premier ordre, les lettres ሀ, ሐ, ኀ, አ et ዐ sont lues avec une voyelle a identique au quatrième ordre.

Phonologie de l'amharique[modifier | modifier le code]

Consonnes[modifier | modifier le code]

Les consonnes éjectives correspondent aux consonnes emphatiques du proto-sémitique. Elles sont transcrites avec un point suscrit.

Dans les tableaux ci-dessous, les symboles ne faisant pas partie de l'Alphabet Phonétique International sont indiqués entre parenthèses.

Consonnes
bilabiale dentale palato-alvéolaire
palatale
vélaire glottale
occlusives non-voisées p t k ʔ (ʾ)
voisées b d g
éjectives (p', p̣) (t', ṭ) (q, ḳ)
affriquées non-voisées ʧ (č)
voisées ʤ (ǧ)
éjectives ʦ' (s') ʧʼ (č', č̣)
fricatives non-voisées f s ʃ (š) h
voisées z ʒ (ž)
nasales m n ɲ (ñ)
liquides w l j (y)
roulées r

Voyelles[modifier | modifier le code]

Voyelles
antérieures centrales postérieures
hautes i ɨ (ə) u
moyennes e ə (ä) o
basses a

Amharic vowel chart.png

Histoire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire de l'amharique.
Titre de l'hymne national éthiopien écrit en amharique

Les premiers textes écrits en amharique datent du XIIIe siècle.

De nombreux adeptes du mouvement rastafari apprennent l'amharique qu'ils considèrent comme une langue sacrée.

De nos jours, l'amharique est la langue majoritaire des Éthiopiens, dont 27 millions en langue maternelle. En comptant les Éthiopiens qui le parlent en langue seconde, sans doute plus de 50 millions d'Éthiopiens savent parler l'amharique sur 85 millions d'habitants.

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La page Éthiopie sur le World Factbook de la CIA reprend le recensement de 2007 effectué par l'Agence Centrale des Statistiques qui estime le pourcentage de locuteurs d'amharique en Ethiopie à 29.3 % de la population nationale. Le World Factbook estimant, en juillet 2013, la population éthiopienne à plus de 93 millions, on obtient le nombre de 27 millions.
  2. Elle est utilisée par exemple, dans le dictionnaire de Wolf Leslau, Concise amharic dictionary, Otto Harrassowitz, Wiesbaden, 1976.

Références[modifier | modifier le code]

  1. (sv)Article Amharique de la Nationalencyklopedin
  2. a et b Constitution éthiopienne sur le site du Conseil de la Fédération (version anglaise)
  3. a et b Wolf Leslau, Reference Grammar of Amharic, Harrassowitz, Wiesbaden, 1995, p. 1
  4. a, b et c Wolf Leslau, Reference Grammar of Amharic, Harrassowitz, Wiesbaden, 1995, p. 2
  5. Marcel Cohen, Traité de langue amharique (Abyssinie), Institut d'ethnologie, Paris, 1995 (3e éd.), p. 24
  6. Wolf Leslau, Reference Grammar of Amharic, Harrassowitz, Wiesbaden, 1995, p. 31
  7. a et b Wolf Leslau, Reference Grammar of Amharic, Harrassowitz, Wiesbaden, 1995, p. 3
  8. Wolf Leslau, Reference Grammar of Amharic, Harrassowitz, Wiesbaden, 1995, p. 4

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Wolf Leslau, Reference grammar of Amharic, Otto Harrassowitz Verlag, 1995, 1044 pages
  • Marcel Cohen, Traité de langue amharique (Abyssinie), Institut d'ethnologie, Paris, 1932 (réed. 1970, 1995), 444 pages et 33 tableaux (ISBN 2852650169)
  • Girma Awgichew Demeke, The Origin of Amharic, Addis Abeba, Centre français des études éthiopiennes, Études éthiopiennes n° 5, 2009

Méthodes[modifier | modifier le code]

Dictionnaires[modifier | modifier le code]

  • J. Baetman, Dictionnaire amharigna-français suivi d'un vocabulaire français-amharigna, Dire Daoua, 1929, 21p. + 1262 & 433 cols
  • (en) Wolf Leslau, Concise amharique dictionary, Wiesbaden, 1976, 538 p.
  • Berhanou Abebe, Eloi Fiquet (dir.), Dictionnaire français-amharique, Shama Books, 2003, 524 p.
  • Berhanou Abebe (dir.); Dictionnaire amharique-français, Shama Books, 2004, 351 p.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]