Déportation
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La déportation est l'action d'obliger quelqu'un, le plus souvent un groupe de personnes, de quitter son habitat (territoire ou pays), soit pour l'obliger à s'installer ailleurs (déplacement forcé, regroupement forcé ou « purification ethnique »), soit pour le détenir dans des camps (travail forcé).
Dans certains cas précis, tels le génocide des Arméniens, des Acadiens, des Juifs ou des Tsiganes, la déportation a pour objectif la destruction physique du peuple ou du groupe qui en est victime.
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Histoire [modifier]
Le bannissement semble avoir été une peine fréquente dans différentes civilisations ou systèmes tribaux, mais il laissait généralement à l'individu banni du choix de sa destination, alors que la déportation se fait souvent vers un milieu hostile, le déporté étant généralement aussi un prisonnier. La déportation politique en était la forme la plus arbitraire[1].
Dans l'Empire romain, le déporté perdait les droits de cité et ses droits de famille[1]. Après la conquête de la Gaule, Jules César fait déporter de nombreux Gaulois[2]. Cette pratique fut souvent employée sous l'Empire (Suétone évoque 40 000 Sicambres déportés; déportation des Carpes, sous la Tétrarchie, etc.), parfois en association avec la constitution de troupes auxiliaires. Voir aussi lètes.
En Russie, elle a été un temps substituée à la peine de mort (abolie en 1741, sauf de rares exceptions, sous le règne d'Élisabeth Ire)[1], avant de devenir un moyen massif de peupler la Sibérie et l'Asie centrale à l'époque soviétique.
La déportation a longtemps été utilisée par l'empire britannique pour peupler ses colonies lointaines, avec comme lieu de destination par exemple Botany Bay[1].
La déportation en droit français [modifier]
En France, la déportation s'est substituée, sous l'Ancien Régime, à la peine de mort pour les crimes contre la sûreté de l'Etat. Lors de la Révolution de 1789, elle a été introduite dans le Code pénal le 25 septembre 1791 [réf. nécessaire]. Inscrite à l'article 7 du Code pénal depuis 1810, la peine de déportation n'a toutefois pas été appliquée jusqu'en 1848[3]. Troisième peine « afflictive et infamante », souvent utilisée pour châtier les « délits politiques », la déportation arrivait en effet après la peine de mort et les travaux forcés à perpétuité, mais avant les travaux forcés à temps. Or, sous la Restauration et la Monarchie de Juillet, l'État ne disposait de nul lieu prévu, outre-mer, pour la déportation. Cette peine était donc souvent commuée, de facto ou de jure, en détention (au Mont Saint-Michel ou à Doullens).
Mais l'abolition de la peine de mort pour les crimes politiques par la Constitution de 1848 conduisit les parlementaires à substituer celle-ci par la déportation, avec la loi du 8 juin 1850. Les îles Marquises furent le premier lieu utilisé, pour ceux condamnés par la Seconde République. Sous le Second Empire, d'autres furent déportés, mais en fonction de décrets et non de la loi de 1850.
La Troisième République déporta les Communards, ainsi que les Kabyles du Pacifique, en Nouvelle-Calédonie, tandis que les bagnes de Guyane étaient davantage utilisés. Une loi du 31 mars 1931 remplaça définitivement la Nouvelle-Calédonie comme lieu de déportation par la Guyane, l’île Royale étant choisie pour la déportation simple, et l’île du Diable pour la déportation en enceinte fortifiée — il ne restait alors, en Nouvelle-Calédonie, qu'un tirailleur sénégalais, qui fut transféré en Guyane.
La déportation a été définitivement supprimée du droit français lors de la présidence de de Gaulle, par une ordonnance du 4 juin 1960[4].
Exemples de déportations historiques [modifier]
Même si le statut précis des faits (non exhaustifs) listés ici est sujet à discussions parmi les historiens et les juristes (les recherches et l'ouverture d'archives ne cessant d'apporter des éléments nouveaux, surtout depuis la mondialisation des moyens de communication), elles sont néanmoins perçues comme des « déportations historiques » par les descendants des survivants ou par les groupes qui s'en revendiquent culturellement[5] :
- Déportation des Israélites du Royaume d'Israël par les Assyriens ;
- Déportation des Juifs du Royaume de Juda par les Babyloniens (Exil à Babylone) ;
- Déportations de communautés vaincues (lètes) sous l'empire romain ;
- Déportation des Juifs de Judée par les Romains ;
- Déportation des Juifs d'Espagne en 1492 (Décret de l'Alhambra) ;
- Déportations de communautés vaincues (mitamacs) sous l'empire Inca ;
- Expulsion des Morisques d'Espagne (1609-1614);
- Expulsions répétées des Juifs d'Europe durant le Moyen Âge ;
- Déportation des Indiens de la moyenne vallée du Gange vers l'Afghanistan au XIe siècle par les Turcs ghaznévides ;
- Expulsions répétées des Roms tout au long de leur migration de l'Inde vers l'Europe ;
- Aux IXe et XIXe siècles, déportation de Noirs africains vers les états musulmans d'Afrique du nord et du moyen-orient (Traite orientale) ;
- Aux XVIIe et XIXe siècles, déportation de Noirs africains vers des colonies européennes (Traite des noirs) ;
- Déportation des Abés de Côte d'Ivoire (du groupe ethnique des Akans) de 1910 à 1916, déclenchée par la révolte des Abés de 1910, vers les territoires d'Afrique-Équatoriale française : république du Congo, Centrafrique ;
- Avec l'Indian Removal Act le président Andrew Jackson ordonne la déportation des Nord-Amérindiens vers l'Ouest, en 1829-1837. D'autres déportations et déplacements de tribus amérindiennes dans des réserves indiennes furent organisées durant la conquête de l'ouest à la suite des guerres indiennes ;
- Déportation des Garifunas (Afro-Amérindiens) de l'île Saint-Vincent vers l'Amérique centrale.
- Déportation des Acadiens par les Britanniques entre 1755 et 1763 ;
- Déportation des opposants politiques et des prêtres réfractaires pendant la Révolution française à Sinnamary et à Counanama en Guyane française (1797, régime du Directoire) ;
- Déportation des communards, dirigeants de l'insurrection de Paris après la guerre franco-prussienne de 1870, en Nouvelle-Calédonie et en Guyane : environ 4 500 personnes furent alors condamnées à la déportation ;
- La déportation des Hereros par les Allemands, en 1904, lors de ce qui est vu par certains comme le premier génocide du XXe siècle ;
- Déportation-extermination de 1,2 million d'Arméniens par l'Empire ottoman, en 1915-1916 (voir génocide arménien) ;
- Déportation après le traité de Lausanne en 1923 de plus de 1,5 million de chrétiens d'Anatolie vers les Balkans et de près de 460 000 musulmans des Balkans vers la Turquie ;
- Déportation après le traité de Versailles en 1919 de plus de 100 000 Alsaciens et Lorrains germanophones vers l'Allemagne, et de 1,5 million d'Allemands des anciens territoires allemands (re)devenus français, polonais, lituaniens, danois...
- La déportation de divers groupes de citoyens soviétiques vers le Goulag par le NKVD, sous diverses accusations (« saboteurs », « contre-révolutionnaires », « dissimulation d'informations aux autorités », « collusion avec une puissance impérialiste étrangère », « koulaks », « prosélytisme religieux », « déviationnisme par rapport à la ligne du Parti »...) et pour différentes raisons (réticence face à la collectivisation et aux réquisitions, attachement à des traditions religieuses ou ethniques, mise en doute du bien-fondé des décisions des autorités...), notamment durant la « terreur rouge » et les « Grandes Purges » ;
- Déportation en Europe au XXe siècle des Juifs, des Tsiganes, des résistants, des opposants politiques et des homosexuels par les nazis (dont environ 160 000 personnes déportées depuis la France), notamment en Europe centrale et en Europe orientale.
- Sur l'extermination des Juifs dans les camps d'extermination, voir Shoah.
- Sur la déportation de peuples aux fins de recolonisation de leurs terres d'origine, voir Generalplan Ost ; - Déportation par les nazis de plus de 8 millions de travailleurs civils européens (dont environ 600 000 Français), de 1942 à 1945, pour le travail forcé dans l'industrie de guerre allemande, accomplie notamment sous l'autorité du gauleiter Fritz Sauckel, le « négrier de l'Europe ». Admise en Belgique, et bien que le Parlement français ne se soit jamais prononcé définitivement sur la qualification à donner aux requis du STO, la dénomination officielle de « déporté du travail » a été interdite aux associations de victimes du STO par la justice française (1992), au nom du risque de confusion entre la déportation vers la mort des résistants et des Juifs, et l'envoi au travail obligatoire ;
- Déportation collective de groupes ethniques soviétiques, proches des frontières annexées à la suite du Pacte germano-soviétique : Carèles, Baltes, Polonais, Roumains, Ruthènes...), ou encore accusées en bloc de collaboration avec l'envahisseur allemand (Allemands de la Volga en 1941, Tatars de Crimée, Ingouches ou Tchétchènes en 1944) ;
- Déportation des habitants finlandais de la Carélie par les Soviétiques après la guerre d'Hiver en 1941 et la perte de la guerre de Continuation par la Finlande après 1944.
- Déportation des populations polonaises et non-russes ou non-ukrainiens des territoires annexés par l'Union soviétique à la suite des accords de Yalta et des accords de Potsdam en 1945 et 1946 ;
- Déportation d'environ 14 millions d'Allemands de l'Allemagne de l'Est et de leurs territoires historiques de Pologne, de Tchécoslovaquie, Hongrie, Yougoslavie, Roumanie et des pays baltes entre 1944 et 1946 à la suite de la défaite allemande, avec plus de 600 000 morts ;
- Déportations et échanges forcés de population lors de la partition des Indes entre l'Inde et le Pakistan ;
- La déportation de divers groupes de citoyens chinois vers le Laogai par le Gōngānbù, selon les « neuf catégories de nuisibles » (propriétaires fonciers, paysans « riches », « contre-révolutionnaires », « mauvais éléments », « droitiers », militaires et agents du Kuomintang, « agents ennemis capitalistes » et intellectuels) notamment pendant la « révolution culturelle » et le « Grand Bond en avant » ;
- La déportation de la quasi-totalité des citadins cambodgiens par l'Angkar vers les campagnes durant le régime Khmer rouge ;
- Déportation des résidents des îles Diego Garcia ou Bikini ;
- Déportation de 350 000 Marocains par l'Algérie (Marche Noire).
- Expulsions répétées d'une partie des populations arabes palestiniennes par les forces israéliennes lors de la guerre israélo-arabe de 1948-1949.
- Expulsions répétées d'une partie des populations juives des pays arabes en conséquence de la guerre israélo-arabe de 1948-1949.
Notes et références [modifier]
- Encyclopédie des gens du monde, Répertoire universel des sciences, des lettres et des arts, (1833-1844)
- Christian Delacampagne, Histoire de l'esclavage. De l'Antiquité à nos jours, Paris, Le livre de poche, 2002, 3e éd. (ISBN 978-2-253-90593-6), p.73
- Louis-José Barbançon, La loi de déportation politique du 8 juin 1850 : des débats parlementaires aux Marquises. 1/3, Revue Criminocorpus, dossier n°2
- Louis-José Barbançon, Chronologie relative à la déportation, transportation et relégation française, Criminocorpus.
- Israël W. Charny : Le Livre noir de l' Humanité, encyclopédie mondiale des génocides (préfaces de Simon Wiesenthal et Desmond Tutu), Privat, ISBN 10: 2708956078 et ISBN 13: 9782708956070
Voir aussi [modifier]
Articles connexes [modifier]
- Déportation pénale
- Déportation homosexuelle
- Déportation en droit français
- Exil
- Proscription
- Droit
- Droits de l'homme
- Bagne
- Les Déportés du Cambrien, nouvelle de Robert Silverberg, qui imagine une déportation de militants politiques dans une prison temporelle située dans le Cambrien
Bibliographie [modifier]
- Nathalie Heinich, Sortir des camps, Sortir du silence, éd. Les Impressions Nouvelles, coll. « Réflexions faites », 2011, 224 p.
- Christian Bernadac, Déportation 1 (tome rassemblant Les Médecins maudits, Les Médecins de l'impossible, Les Sorciers du ciel), éditions France-Empire, Paris. 752 pages. (ISBN 2-7048-0706-X)
- Christian Bernadac, Déportation 2 (tome rassemblant Les Mannequins nus, Le Camp des femmes, Kommandos de femmes), éditions France-Empire, Paris. 696 pages. (ISBN 2-7048-0709-4)
- Christian Bernadac, Déportation 3 (tome rassemblant Les 186 marches, Le Neuvième cercle, Des jours sans fin), éditions France-Empire, Paris. 880 pages. (ISBN 2-7048-0716-7)
- Christian Bernadac, Déportation 4 (tome rassemblant Le Train de la mort, L'Holocauste oublié, Le Rouge-Gorge), éditions France-Empire, Paris. 832 pages. (ISBN 2-7048-0719-1)
- Christian Bernadac, La Libération des camps, éditions France-Empire, Paris. 588 pages. (ISBN 2-7048-0995-X)
- Israël W. Charny : Le Livre noir de l' Humanité, encyclopédie mondiale des génocides (préfaces de Simon Wiesenthal et Desmond Tutu), Privat, ISBN 10: 2708956078 et ISBN 13: 9782708956070
- Henri Michel (historien), Tragédie de la déportation, 1954.
- Raul Hilberg, La destruction des Juifs d'Europe, rééd. Gallimard, 2006, 3 vol.
- Jean-Jacques Marie, Peuples déportés d'Union Soviétiques, Bruxelles, Complexe, 1995.
- Nicolas Werth, L'île des Cannibales, 2005.
- David Rousset, L’Univers concentrationnaire
- David Rousset, Les Jours de notre mort, 1947
- La faculté de Strasbourg, Des universités aux camps de concentration - témoignages strasbourgeois (ISBN 2-86820-714-6),
- Philippe de Ladebat, Seuls les morts ne reviennent jamais : les pionniers de la guillotine sèche en Guyane française sous le Directoire, éd. Amalthée, Nantes, 2008 . (ISBN 978-2-35027-894-0)