Messie

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Le Messie (de l'hébreu: מָשִׁיחַ - mashia'h, araméen meshi'ha משיחא, arabe Al-Masih المسيح) désignait initialement dans le judaïsme l'oint, c'est-à-dire la personne consacrée par le rite de l'onction, réalisée par un prophète de Dieu. Dans la Bible, les rois Saül puis David sont oints par Samuel. Ce rite est à l'origine de ceux du Saint chrême et de la Sainte Ampoule du sacre des rois de France. En grec, le mot « Christ », dont la racine Χριστός signifie « oint », traduit le terme hébraïque de Mashiyach[1].

Jésus de Nazareth est considéré par le christianisme et l'islam[2] comme le Messie (bien que ces deux religions divergent sur la nature de Jésus : en effet, pour l'islam, Jésus est un prophète et messager parmi les cinq plus grands — Ouli al 'Azm — et n'est pas le fils de Dieu). Le judaïsme ne reconnaît pas Jésus comme le Messie.

Les chrétiens (orthodoxes, catholiques et protestants) et les musulmans (chiites et sunnites), prévoient un retour de Jésus sur terre avant la fin des temps.

Dans le judaïsme, de nombreux prétendants à la messianité sont apparus au cours des siècles. Le plus célèbre d'entre eux, Sabbataï Tsevi, s'est déclaré en 1648 au plus fort des massacres perpétrés par les Cosaques. Il existe aussi des philosophes et des hommes politiques qui se sont donné un rôle de messie laïc du genre humain, de médiateur universel, comme Hegel[3] ou Lénine. Dans tous les cas, l'attente messianique dessine une tension entre un « déjà là » (réalité empirique) et un « pas encore » (horizon d'espoir). Comme le fait observer Sébastien Fath, « le messianisme désigne précisément cette tension utopique, qui conteste le statu-quo présent au nom d’une espérance en l’avènement d’un messie, d’un roi, d’un libérateur ».

Étymologie[modifier | modifier le code]

Origine hébraïque du mot[modifier | modifier le code]

Mashia'h (משיח) provient de la racine משח, signifiant « onction d'un homme dans de l'huile d'olive », selon la coutume. La première occurrence d'onction dans le Texte se trouve dans le Livre de l'Exode (chapitre 29) lors de l'intronisation des prêtres : « Tu prendras l'huile d'onction, tu en répandras sur sa tête, et tu l'oindras. » Exode 29.7

Les différents types de messianisme[modifier | modifier le code]

Dans le judaïsme[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Messie dans le judaïsme.

Dans la tradition juive, le messie est le roi oint.

Des prophètes en parlèrent pendant la Captivité de Babylone, faisant référence à un roi qui restaurerait le royaume et libérerait la terre d'Israël.

Après l'exil à Babylone, Esdras, grand prêtre de Jérusalem fut chargé de restaurer le Temple (et le judaïsme lui-même), tandis que Zorobabel, de descendance davidique, était désigné gouverneur de la province de Yehoud.

Cependant, le but des Perses n'étant pas de restaurer l'indépendance de ses provinces mais seulement de restaurer leurs coutumes afin de les rendre plus loyales envers leur maître, Zorobabel fut promptement rappelé à Babylone, et l'attente messianique porta pour certains sur un personnage sacerdotal.

Au premier siècle, estimant que les Romains représentaient ce qu'il y avait de pire, les Juifs interprétèrent les prophéties du Tanakh comme se référant à une personne désignée par Dieu afin de conduire les Juifs à l'indépendance. De plus, la Judée était tout aussi troublée politiquement que religieusement : différentes « sectes » (dont les plus importantes furent les Sadducéens, les Pharisiens et les Esséniens, celles de la « 4e philosophie » (Galiléens, Zélotes, Sicaires)) se disputaient tant le pouvoir que la suprématie religieuse, les deux n'étant pas sans lien.

Dans le Tanakh[modifier | modifier le code]

Le concept de Messie n'est ni commun, ni unifié dans la Bible hébraïque. Les prêtres israélites, les prophètes, et les rois furent désignés dans leur office par onction au moyen d'huile d'onction sainte.

Le Tanakh contient un certain nombre (ce nombre est sujet à controverse) de prophéties concernant un futur descendant du Roi David qui sera oint comme dirigeant du peuple juif, et désigné de ce fait sous le nom de Melekh hamashia'h ou simplement mashia'h'.

Les prophéties concernant cette personne se réfèrent à lui comme le descendant du Roi David, qui reconstruira la nation d'Israël, apportera la paix dans le monde et/par la restauration du Royaume davidique, détruira les méchants et, finalement, jugera le monde.

Selon Neil Asher Silberman, dans la plupart des livres de la Bible, machiah signifie : « chef puissant investi d'une mission divine ». Il possède ce sens pour des personnages comme Saül, David, Salomon et même Cyrus le Grand. Avec la destruction de la monarchie judéenne par les Babyloniens (586 AEC), le peuple commença à attendre un temps où un roi de droit divin comme David, ou un de ses descendants, « se dresserait pour écraser tous les ennemis d'Israël » et restaurer son indépendance et même « instaurer le règne de Dieu sur terre »[4].

La compréhension généralement admise du Mashia'h par les Juifs a peu, sinon rien, à voir avec la compréhension chrétienne de Jésus de Nazareth, en revanche, elle est assez proche de celle qui ressort de la lecture des évangiles synoptiques et des apocryphes judéo-chrétiens. Le sujet est abordé plus avant dans l'article sur l'eschatologie juive.

Vues dans le judaïsme traditionnel et le judaïsme contemporain[modifier | modifier le code]

Les opinions sur le sujet du messie varient entre le judaïsme traditionnel et le judaïsme contemporain.
Les idées contenues dans la littérature talmudique font état de deux messies, le Messie fils de Joseph et le Messie fils de David. En hébreu, ben désigne généralement le fils, mais il peut s'appliquer à toute la descendance patrilinéaire, comme l'Arabe ibn. Le Messie fils de David serait issu de Juda, ce qui reproduirait l'exemple de Caleb, descendant de Juda, et Josué, descendant d'Éphraïm fils de Joseph.
Ben et Av peuvent aussi avoir un sens allégorique, « à la manière de ». Par exemple, c'est en ce sens que Jubal est désigné comme « père des musiciens », alors que l'humanité caïnite périt dans le Déluge. Il y aurait donc un « messie souffrant », à la manière de Joseph et un « messie conquérant » à la manière de David.

Une autre interprétation rabbinique assez commune est que chaque génération voit se lever un Messie potentiel. Cette interprétation est illustrée dans Sanh. 98a :

Rabbi Yehoshoua ben Levi, se promenant, rencontra adossé à l'entrée d'une caverne, le prophète Élie, à l'endroit où était enterré Rabbi Shimon Bar Yochaï.
Il lui demanda : Ai-je une part dans le monde à venir?
Il (Élie) répondit : si le Maître le veut.
[...]Il lui demanda ensuite : Quand viendra le Messie?
Il répondit - Vas et demande-lui.
Où le trouverai-je?, s'enquit le Rabbi.
A la porte de Rome
Et comment je vais le reconnaître?
Il est assis avec les pauvres affectés de toutes sortes de maladies. Tous défont et refont leurs pansements en seule fois, mais lui, il fait et refait ses pansements, les uns après les autres, en disant ceci:'Lorsque je devrai amener la Délivrance, il ne faut pas que je sois retardé à refaire tous mes pansements!'
Il (Rabbi Yehoshoua ben Levi) alla donc, et le salua :
Que la paix soit sur toi, mon maître et professeur
Que la paix soit sur toi, fils de Levi (Ben Levi)
Quand viendras-tu, Maître?
Aujourd'hui
À son retour auprès d'Élie, Élie s'enquit :
que t'a-t-il dit ?
Paix sur toi, fils de Levi
Par cela, il t'a assuré, ainsi qu'à ton père, une portion du monde à venir.
Il ne m'a pas parlé vrai, il a dit qu'il viendrait aujourd'hui, mais il ne l'a pas fait!
Il (Élie) lui répondit :
C'est ce qu'il t'a dit : aujourd'hui, si vous entendez Sa voix (Psaumes 95:7)

Si le judaïsme orthodoxe et le judaïsme « traditionaliste » croient en un Messie « physique » à venir pour apporter la paix dans le monde, le judaïsme réformé enseigne qu'il y aura une ère de paix, etc., et donc des temps messianiques, mais pas de messie : la paix viendra comme résultat du tikkoun olam (« réparation du monde ») réalisé par un effort collectif vers la justice sociale et non les actions d'un seul homme.

« Choice is the underlying reason the Reform Movement gave up the need for and belief in a messiah who would one day bring judgment, and perhaps salvation, to the world. The fact that God imbues us with free choice mitigates the need for a messianic figure. » (Schwartzman, 2004)
(La faculté de choisir est la raison sous-tendant l'abandon par le Mouvement Réformé de la nécessité et la croyance en un Messie qui apporterait un jour le jugement. Le fait que Dieu nous ait imbués du libre arbitre limite la nécessité d'une figure messianique.)

Dans le christianisme[modifier | modifier le code]

La venue d’un Messie ou « Oint », celui qui reçoit l’onction, qui est choisi par Dieu, est annoncée de nombreuses fois dans l'Ancien Testament. Le christianisme relie ces prophéties à Jésus-Christ notamment par les exemples suivants.

Les chrétiens l'ont reconnu en la personne de Jésus ; le Christ (le mot Christ (Gr. Χριστός, Christos, « l'oint ») est une traduction littérale de mashia'h utilisé dans la Septante de χριω « enduire d'huiles et onguents odorants, comme on le fait après s'être baigné », -- Liddell & Scott's Greek-English Lexicon), Messie souffrant (d'après l'interprétation christologique d'Isaïe 52-53) dont « le Royaume n'est pas de ce monde ». La plupart des occurrences portent Christos pour Messie. Μεσσίας, Messias n'apparaît que deux fois dans le Nouveau Testament : dans l'Évangile selon Jean 1:41 et 4:25.

Sur sa naissance[modifier | modifier le code]

Il est prédit qu'il naîtrait à Bethléem (Michée 5 :1), d'une jeune fille (Isaïe 7 : 14), qu’il serait appelé «l'Admirable, le Conseiller, le Dieu fort, le Père d'éternité, le Prince de la paix;  (Isaïe 9 : 5) et serait issu de la lignée du roi David (livre des Psaumes 89 : 4).

Le récit de la Passion tel que les Évangiles le relatent, se recoupe avec le chapitre 53 du Livre d'Isaïe

Sur sa résurrection[modifier | modifier le code]

Elle est aussi annoncée en Isaïe 53 : 10 : « Après avoir livré sa vie en sacrifice pour le péché, il verra une postérité et prolongera ses jours. »

Sur son retour à la fin des temps[modifier | modifier le code]

Dans l'Apocalypse :

  • 19:11 Puis je vis le ciel ouvert, et voici, parut un cheval blanc. Celui qui le montait s'appelle Fidèle et Véritable, et il juge et combat avec justice.
  • 19:12 Ses yeux étaient comme une flamme de feu ; sur sa tête étaient plusieurs diadèmes ; il avait un nom écrit, que personne ne connaît, si ce n'est lui-même ;
  • 19:13 et il était revêtu d'un vêtement teint de sang. Son nom est la Parole de Dieu.

Dans l'islam[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Jésus dans l'islam.

Dans l'islam, Jésus (Îsâ) n'est considéré ni comme le fils de Dieu, ni comme Dieu, mais comme un prophète important ayant enseigné les préceptes divins. Le Coran l'appelle à plusieurs reprises 'Al-Masih' الْمَسِيحُ, et son retour sur terre est attendu à la fin des temps.

Concernant le rôle messianique de Jésus-Christ (Masih Issa) en islam, les exégètes classiques comme al-Qurtubi ou ibn Kathir, à commencer par Tabarî se fondent notamment sur le verset : « Il n'y aura personne, parmi les gens du Livre, qui n'aura pas foi en lui avant sa mort. Et au Jour de la Résurrection, il sera témoin contre eux. » (Coran IV, an-Nisa : 159)[5] pour expliquer que la mission de Jésus commencera à partir de Damas située en Syrie-Palestine où Jésus redescendra du ciel, Jésus trouvera et détruira l'Antéchrist en Palestine à la porte de Lod[6] sa mission de Messie commencera en Palestine pour devenir Universelle ; « Le lion va cohabiter avec l'agneau sans l'attaquer, les enfants vont jouer avec les serpents sans se faire mordre »[7].

Dans le Coran[modifier | modifier le code]

Dans le Coran Jésus est appelé le messie. Le mot revient dans 5 versets et peut-être 6 : 4.171, 4.172, 5.17, 5.72, 5.75.

Le verset 3.45 semble aussi le dire, bien que cela ne soit pas toujours traduit ainsi en français.

À chaque fois, c'est aussi l'occasion de rappeler que Jésus n'est pas le fils de Dieu, par exemple :

  • 4.171. ô gens du Livre, n'exagérez pas dans votre religion, et ne dites d'Allah que la vérité. Le messie Jésus, fils de Marie, n'est qu'un Messager d'Allah, Sa parole qu'Il envoya à Marie, et un souffle venant de Lui. Croyez donc en Allah et en Ses messagers. Et ne dites pas “Trois”. Cessez ! Ce sera meilleur pour vous. Allah n'est qu'un Dieu unique. Il est trop glorieux pour avoir un enfant. C'est à Lui qu'appartient tout ce qui est dans les cieux et sur la terre et Allah suffit comme protecteur.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean 1:41-42 : Ce fut lui (André) qui rencontra le premier son frère Simon, et il lui dit : Nous avons trouvé le Messie (ce qui signifie Christ).
  2. (en) Coran : 003.045 [1], [2], [3].
  3. Soeren Kierkegaard, Préfaces.
  4. Neil Asher Silberman, La vérité de Qumrân, Ed. Stock, 2003, pp. 179-180.
  5. abu Hurayrah explique ce verset, comme annonçant que juifs et chrétiens de la fin des temps vont croire en Jésus comme étant le Messie promis, chez al Bukhari
  6. pas loin du grand temple de Jérusalem, lire l'exégèse de Muslim selon al-Nawâwi
  7. Muslim, Les signes de la Fin des Temps

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bibliographie de la christologie.
Christianisme

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]