Racisme en France

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Le racisme en France a pris et peut prendre plusieurs facettes, allant de la simple xénophobie jusqu'au racisme d'État.

Question de l'esclavage et du métissage[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Esclavage.

Établi dans le but de régir la vie des esclaves noirs dans les colonies françaises des Antilles, le Code noir a institutionnalisé le racisme en justifiant la mise en esclavage des déportés africains sur les colonies des Antilles et de Guyane. Aboli par la Convention en 1794, rétabli par Napoléon Ier par la loi du 20 mai 1802, réaboli en 1815 par Napoléon mais aussitôt rétabli par la Restauration, l'esclavage est resté en vigueur en France jusqu'au décret d'abolition de l'esclavage du 27 avril 1848.

Voici comment on en parlait en 1809 : "Nouvelles de Paris - Des officiers de l'état civil avaient proposé la question de savoir si la défense de recevoir des actes de mariage entre les blancs et les négresses, ou entre des nègres et des blanches, s'étend à ceux que l'on appelle vulgairement mulâtres. Cette question a été soumise à l'autorité ministérielle, qui a décidé que cette défense ne concerne que les nègres proprement dits, et qu'elle n'est point applicable aux mulâtres ou hommes de couleur, qui jouissent, quant au mariage, des mêmes droits que les autres sujets de l'Empire." ("Annales périodiques de la ville d'Orléans", 6e année, n°598, samedi 23 septembre 1809, p.212.)

Racialisme[modifier | modifier le code]

Les thèses racialistes, qui tentaient de fonder sur l'autorité de la science l'idéologie raciste, ont été développées en France dès le milieu du XIXe siècle, avec l' Essai sur l'inégalité des races humaines du comte de Gobineau, qui eut une influence importante par la suite. Ce courant a été perpétué par Georges Vacher de Lapouge à la fin du XIXe siècle, Jules Soury ou encore George Montandon et René Martial, auteur des Traits de l'immigration et de la greffe inter-raciale (1931), lors des années 1930.

Antisémitisme[modifier | modifier le code]

L'Antisémitisme en France est généralement distingué du racisme. Il a été particulièrement fort lors de l'affaire Dreyfus à la fin du XIXe siècle, puis lors des années 1930 et sous Vichy.

Racisme anti-Maghrébins (Arabes ou Berbères)[modifier | modifier le code]

Le journaliste Fausto Giudice a recensé plus de deux cents Maghrébins assassinés lors de crimes racistes et plusieurs centaines d’autres agressés entre 1971 et 1991[1],[2].

L'année 1973 est celle qui a connu le plus grand nombre de meurtres de Maghrébins. Le 25 août 1973, à Marseille, le meurtre d’un conducteur de bus par un immigré algérien, déclenche une série d'agressions à la suite notamment d'un article de Gabriel Domenech dans Le Méridional[3]. Pendant plusieurs mois, des meurtres d'Arabes/Berbères vont être commis dans tout le sud de la France. Cette chasse à l’homme culmine le 12 décembre 1973 avec l’attentat du Consulat algérien revendiqué par le Club Charles Martel qui fait quatre morts et plusieurs dizaines de blessés. C’est à la suite de ces événements que le gouvernement algérien décide de suspendre l’émigration en direction de la France[4]. Au total, 52 Arabes/Berbères (essentiellement Algériens) furent tués ou blessés lors de crimes racistes au cours de cette année 1973[5].

Pour plusieurs auteurs, l'islamophobie d'aujourd'hui n'est qu'un racisme anti-maghrébin déguisé. Ainsi selon Olivier Roy, « pour beaucoup de gens, de gauche en particulier, la critique de l’islam comme religion permet de reprendre un discours anti-immigration en le « déracialisant ». Au lieu de critiquer les immigrés ou les Arabes/Berbères, on se réfère aux « musulmans », mais il s’agit bien sûr de la même population. »[6]

Racisme anti-Roms[modifier | modifier le code]

Depuis la présidence de N. Sarkozy, les déclarations et les incidents racistes anti-Roms recensés en France ont augmenté de façon exponentielle. Récemment, les propos du ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, sur le caractère inassimilable des populations Roms, ont créé un scandale et interviennent dans la foulée de celles de Gilles Bourdouleix, député-maire de Cholet : « Hitler n’en a peut-être pas tué assez ». Il s'agirait d'une réhabilitation du racisme « à l'ancienne »[1].

Statistiques[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Droits de l'homme en France.

D'après les renseignements généraux, il y a eu 1 513 faits racistes et antisémites déclarés, dont 361 violents en France en 2004. Ils étaient 833 en 2003 et 1313 en 2002. Les faits antisémites sont les plus nombreux (950 en 2004) dont 199 actes violents. La région parisienne est la plus affectée. Les actes antimaghrébins ont connu une forte augmentation en 2004 (563 faits parmi lesquels 162 violents). Les profanations de cimetières et les atteintes aux mosquées se sont multipliées[7].

Pour sa part, la Commission nationale consultative des droits de l’homme dresse pour l’année 2007 un tableau des manifestations de racisme, antisémitisme et xénophobie. La diminution des actes racistes et antisémites constatée en 2005 et 2006 semble se poursuivre, ces derniers sont en outre de plus en plus pris en compte par les autorités judiciaires. Les violences et menaces à caractère raciste et xénophobe sont pour l’année 2007 en baisse de 9 %, les personnes d’origine maghrébine étant les plus touchées à la fois par les actes racistes (68 % de la violence raciste est dirigée contre la communauté maghrébine) et les menaces racistes (60 % du volume global). Le rapport constate que la lutte contre l’antisémitisme porte ses fruits : 386 faits ont été recensés en 2007 contre 571 en 2006 (- 32,5 %), après une nette augmentation entre 2005 et 2006[8].

La France et l'Europe[modifier | modifier le code]

Selon une étude suédoise, la France est l’un des pays les plus racistes d’Europe. En effet, 22,7% des français ne veulent pas d’un voisin d’une autre « race » que la leur[9],[10].

Selon un rapport publié par la CNCDH le 1er avril 2014, 35% des Français se disent racistes (9% se disent "plutôt racistes" et 26% "un peu racistes"). D'autre part, 87% des Français considèrent que les Roms constituent un "groupe à part". Ce pourcentage est de 82% pour les gens du voyage, 56% pour les musulmans, 46% pour les Maghébins, 41% pour les Asiatiques, 31% pour les Juifs, les Noirs étant les mieux acceptés avec 23% des Français qui considèrent qu'ils constituent un "groupe à part". Seuls 14% des Français pensent qu'il y a des "races" supérieures à d'autres et 80% estiment que les personnes qui tiennent publiquement des propos racistes, comme par exemple « sale noir », doivent être condamnées sévèrement par la justice[11],[12].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Fausto Giudice, Arabicides, La Découverte, Paris, 1992
  2. « ARABICIDES », de Fausto Giudice Le mal chronique, Le Monde, Juillet 1992
  3. « Bien sûr, on nous dira que l'assassin est fou, car il faut bien une explication, n'est-ce pas, pour satisfaire ceux qui refusent d'admettre que le racisme est arabe/berbère avant d'être européen. Et qu'il n'y a, finalement, de racisme européen que parce que l'on tolère, depuis trop longtemps, tous les abus du monde arabe… pour de basses raisons pétrolières. La folie n'est pas une excuse. Cet assassin-là, même s'il est fou (je dirai plus, s'il est fou), les pouvoirs publics sont encore plus gravement coupables de l'avoir laissé pénétrer sur notre territoire. Nous en avons assez. Assez des voleurs algériens, assez des casseurs algériens, assez des fanfarons algériens, assez des trublions algériens, assez des syphilitiques algériens, assez des violeurs algériens, assez des proxénètes algériens, assez des fous algériens, assez des tueurs algériens. Nous en avons assez de cette immigration sauvage qui amène dans notre pays toute une racaille venue d'outre-Méditerranée et se mêlant (pour leur malheur et ils le savent, et ils sont avec nous lorsque nous dénonçons le mal) aux honnêtes et braves travailleurs venus pour gagner leur vie et celle de leur famille… parce que l'indépendance ne leur a apporté que la misère, contrairement à ce qu'on leur avait laissé espérer. Hier, c'était un malheureux chauffeur d'autobus marseillais, qui a été la victime de la bête malfaisante que M. Boumediene nous a envoyée au titre de la Coopération. Encore un ouvrier, après des chauffeurs de taxi, des petits commerçants, des vieillards sans défense et des jeunes filles ou des femmes attaquées, alors qu'elles rentrent seules. Jusqu'à quand ? et qu'attend-on pour faire quelque chose, nous le demandons une fois de plus ? Ne comprendra-t-on que trop tard, en haut lieu, que tout cela risque de finir très mal ? et laissera-t-on longtemps les criminels gauchistes - comment les qualifier autrement ? - entretenir la haine du Blanc parmi les immigrés arabes/berbères… pour se servir d'eux et obtenir ce qu'ils souhaitent le plus : une « ratonnade » ! Leur rêve ! Car, dès lors, la France pourrait enfin être mise au ban des nations civilisées. Notre gouvernement est-il donc stupide au point de ne pas comprendre cela ? », Gabriel Domenech, Le Méridional, 26 août 1973
  4. Yvan Gastaut, L’Immigration et l’opinion en France sous la Ve République, Paris, Seuil, 2000
  5. Marseille 73, la ratonnade oubliée, 2006, film documentaire de Morad Aït-Habbouche et Hervé Corbiere pour l’émission « Lundi Investigation » de Canal Plus
  6. Olivier Roy : « La critique de l’islam comme religion permet de reprendre un discours anti-immigration en le « déracialisant »., Interview Olivier Roy, 11. mai 2005
  7. « Actes racistes et antisémites en France : 2004 aura été une année noire », Le Monde, 19 janvier 2005
  8. CNCDH, « La lutte contre le racisme et la xénophobie: rapport d'activité 2007 »
  9. La France est l'un des pays les plus racistes du continent européen, Slate.fr, 16 mai 2013
  10. fascinating map of the world’s most and least racially tolerant countries, Whasington Post, 15 mai 2013
  11. Racisme : 75% des Français estiment qu'il y a trop d'immigrés en France, RTL.FR, 4 avril 2014
  12. RAPPORT DE LA COMMISSION NATIONALE CONSULTATIVE DES DROITS DE L’HOMME, 2014

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gérard Noiriel, Immigration, antisémitisme et racisme en France (XIX-XXe siècle), Paris, Fayard, coll. « Nouvelles Etudes Historiques »,‎ 28 février 2007 (ISBN 2213630011)
  • Michel Wieviorka (dir.), La France raciste, Seuil, Paris, 1992
  • Fausto Giudice, Arabicides, La Découverte, Paris, 1992
  • François Noël Bernardi, Jean Dissler, Alain Dugrand, Alex Panzani, Les Dossiers noirs du racisme dans le Midi de la France, Éditions du Seuil, Paris, 1976
  • Marseille 73, la ratonnade oubliée, 2006, film documentaire de Morad Aït-Habbouche et Hervé Corbiere pour l’émission « Lundi Investigation » de Canal Plus
  • Yvan Gastaut, La flambée raciste de 1973 en France, Revue européenne de migrations internationales, Année 1993, Volume 9, Numéro 9-2, pp. 61-75

Articles connexes[modifier | modifier le code]