Épître aux Romains

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L'Épître aux Romains est un livre du Nouveau Testament.

Elle est envoyée par l'apôtre Paul à l'Église de Rome.

L'épître aux Romains est certainement la plus importante des épîtres de Paul non seulement par sa taille (c'est la plus longue) mais surtout pour son contenu et son enseignement.

Les idées développées dans cette épître forment le fondement de la doctrine des Églises chrétiennes. Les interprétations de cette lettre sont à l'origine des divers mouvements et évolutions du monde chrétien.

Elle fut écrite lors du troisième voyage de Paul, probablement à Corinthe, ou sur le chemin du retour.

Paul travaille sur deux registres :

  • lettre de circonstance à une communauté rencontrant des difficultés ;
  • lettre doctrinale où l'apôtre Paul prend le temps d'exposer ses convictions sur le salut et la foi chrétienne.

Difficultés de l'Église de Rome[modifier | modifier le code]

Rome est une Église naissante qui ne fut pas fondée par Paul, mais à laquelle Paul envisage de rendre visite. À Rome, se côtoient des Judéo-chrétiens et des pagano-chrétiens (appelés souvent Grecs). Les deux communautés initialement séparées doivent apprendre à cohabiter et coopérer. Les juifs à Rome formaient une communauté mal acceptée. Quelques années auparavant, ils en avaient d'ailleurs été exclus par décret. Paul profite de cette épître pour souligner l'importance de l'Ancien Testament et sa continuité avec le nouveau et redonne ainsi une place privilégiée au peuple d'Israël dans l'histoire du salut. Paul exhorte donc les deux communautés à s'entendre. C'est la deuxième partie de la lettre.

Lettre doctrinale[modifier | modifier le code]

C'est la première partie de la lettre.

Elle se présente sous forme d'un exposé méthodique. Paul y évoque la malédiction du péché, la détresse de l'humanité et lui oppose la justice de Dieu et sa compassion, la puissance de la grâce, la justification par la foi, la gloire du Christ ressuscité et la force de l'action de l'Esprit.

Texte fondateur de toutes les Églises chrétiennes, il est passage obligé dans une culture religieuse.

Sources : TOB Traduction œcuménique de la Bible

Plan[modifier | modifier le code]

Nous proposons ci-dessus un plan général de l'épître. Ce découpage ne saurait être absolument exhaustif. (Il est donc une forme d'interprétation.) Il est une proposition et un autre pourrait être proposé.

Introduction : Chapitre 1, versets 1 à 17[modifier | modifier le code]

L'adresse à l'Église de Rome[modifier | modifier le code]

Dès le premier verset, la mission de St Paul y est affirmée. Celui-ci s'adresse à l'Église de Rome comme « apôtre par appel divin, mis à part pour annoncer la Bonne Nouvelle (c'est-à-dire l'Évangile) ». (Chp. 1, verset 1)

Cette bonne nouvelle, dit Saint Paul, concerne le Christ dont il rappelle la filiation à la fois davidique selon la chair et divine selon l'Esprit. (1, 4)

Il exprime ensuite son « très vif désir » de venir à Rome afin de poursuivre son évangilisation ; évangélisation qu'il décrit comme un devoir : « J'ai des devoirs envers vous tous : civilisés et non civilisés, savants et ignorants ; de là mon envie de vous annoncer l'Évangile à vous aussi qui êtes à Rome. » (1, 14-16)

Le salut vient de la foi, il est pour tous : 1, 16-17[modifier | modifier le code]

Ce désir de témoigner de la foi s’accompagne de la certitude que Paul n’a pas « à rougir de l’évangile : il est une puissance de Dieu, pour opérer le salut de tout homme qui croit, en premier lieu du Juif, du Grec ensuite. » La phrase est synthétique : elle affirme 1) que l’évangile est une puissance de salut donnée par Dieu, 2) que le salut est pour tous (pour le Juif comme pour le Grec, c'est-à-dire le païen), 3) que les juifs bénéficient d’une préférence.

La bonne nouvelle est une révélation, une manifestation de la sainteté/justice de Dieu, cette sanctification se fait par la foi, « s’épanouit par la foi, selon qu’il est écrit : Celui qui est juste par la foi, vivra » (Hab., 2,4).

Ces versets, selon le commentaire de Pierre Lémonon, constituent « la pierre angulaire de la réflexion de Paul ».

L'injustice comme le salut concernent aussi bien les juifs que les païens : chapitre 1, verset 18 à chapitre 3, verset 20[modifier | modifier le code]

État ou condition de ceux qui refusent Dieu : 1, 18-32[modifier | modifier le code]

Dans ce passage, Paul montre que l'impiété des hommes (en dépit de leur connaissance naturelle de Dieu) est la source de leur malheur.

En comparaison au salut par la foi du juste affirmée au verset 17, répond symétriquement au verset 18 la colère de Dieu à l'égard de l'impiété (« du refus de Dieu ») et de l'injustice.

La divinité de Dieu est manifeste depuis la création du monde ; c’est pourquoi ceux qui ne lui rendent pas grâce sont inexcusables. Tout être possède au départ une connaissance naturelle de Dieu : « Depuis la création du monde, les hommes, avec leur intelligence, peuvent voir, à travers les œuvres de Dieu, ce qui est invisible : sa puissance éternelle et sa divinité. Ils n'ont donc pas d'excuse… » (1, 20)

« Ils se sont alors égarés dans leurs vains raisonnements, et leur cœur insensé s’est rempli de ténèbres. » (1,21) Sans doute faut-il y lire un enchainement causal : l’homme s’étant détourné de l’action de grâce légitime, s’est perdu dans des raisonnements absurdes ; éloigné de Dieu, son cœur « insensé », c'est-à-dire non plus conduit par la lumière divine, s’est rempli de ténèbres. On voit ici le lien entre l’intellect et le cœur. La reconnaissance, la louange purifie l’intellect. Si l’intellect n’est pas purifié, le cœur aussi s’obscurcit. Le cœur obscurci d’une part ignore sa folie, se croit sage ; d’autre part devient idolâtre. Ils adorent le monde créé au lieu de son créateur (1,22-23).

L’homme laissé à lui-même devient le jouet des convoitises. Quand l’homme ne se soucie pas de posséder la connaissance de Dieu, il est abandonné à lui-même, livré à son esprit insouciant, à une conduite indigne. Il s’agit comme d’une punition, mais cette punition est la conséquence de l’absence d’une vraie lumière, d’un guide sûr. Paul décrit en quoi consiste cette absence, qui est une soumission aux convoitises humaines : cupidité, envie, esprit de querelle, sournoiserie, délateurs, méprisants, arrogants, rebelles à leurs parents, déloyaux, sans cœurs, sans pitié, etc. Autant de témoignages, de symptômes de l’absence de la lumière divine dans le cœur de l’homme, de leur folie se croyant sagesse. Les hommes ne se soucient plus du jugement de Dieu (bien qu’ils le connaissent). Pire, ils approuvent ceux qui ne suivent pas ses voies, les encourageant de cette manière. (1, 22-32)

État de ceux qui jugent les autres sans être meilleurs eux-mêmes : chap. 2 v. 1-16[modifier | modifier le code]

Dans ce passage, Paul change soudain de style, exhortant directement une personne (« Toi, l'homme qui juge les païens… » 2,1). Après s'être indigné de ceux qui, non seulement sont fautifs mais approuvent les fautes des autres, il s'adresse au contraire à celui qui blâme les autres sans agir mieux que ceux qu'il blâme. Il y a donc une gradation dans le texte : même celui qui se pose en juge n'en est pas pour autant plus juste. (« Et toi, l'homme qui juge ceux qui font de telles choses, et qui les fais toi-même, penses-tu échapper au jugement de Dieu ? » 2,3.) Paul prend en exemple à l'opposé de cette attitude la patience de Dieu (« Ou bien méprises-tu ses trésors de bonté, de patience, de générosité, en refusant de reconnaître que cette bonté de Dieu te pousse à la conversion ? » 1,4.)

Paul rappelle qu'au jour du jugement de Dieu, « il sera rendu à chacun selon ses œuvres ». D'une part ceux qui « font le bien avec persévérance » et cherchent « la vie impérissable » auront « la vie éternelle » ; d'autre part, « ceux qui refusent la vérité pour se donner à l'injustice » recevront la colère et l'indignation. Ce jugement sera pour tous les hommes (qu'ils soient juifs ou païens, etc.) : « car Dieu ne fait pas de différences entre les hommes » (2,11). (C'est aussi le gage que ce jugement sera juste, sans préférence.) Paul insiste de cette manière sur l'universalité du salut, qui intéresse tout homme.

Dieu rétribuera chacun selon ses œuvres. Paul rappelle que ce jugement se fera sur les buts que l’on s’est donné. « La vie éternelle pour ceux qui, par leur persévérance dans le bien, recherchent la gloire, l’honneur et l’immortalité ». Il y a une gloire que l’on peut légitimement chercher, mais non pas la gloire des hommes, celle de Dieu ; une reconnaissance mais non pas auprès des injustes, mais des saints.

La Loi est inscrite dans le cœur, 2, 12-16[modifier | modifier le code]

Il n'est donc pas possible, ni de se prévaloir d'un privilège par la connaissance de la Loi, ni de prétexter son ignorance. En effet, affirme Paul, certains ont péché en connaissant la Loi, d'autres l'ont mise en pratique sans la connaître. Or « ce ne sont pas ceux qui écoutent la loi qui sont saints devant Dieu, mais ceux qui mettent la loi en pratique qui seront justifiés. » Ainsi le salut ne dépend pas du fait d’être juif ou non, mais de pratiquer la loi. Cette loi est inscrite dans le cœur et non seulement dans la bible. Le témoignage de la conscience est l’expression de cette loi intérieure.

Circoncision du cœur et privilège d'Israël : chap. 2, verset 17 à chap. 3, verset 8[modifier | modifier le code]

Paul s'indigne de l'homme religieux qui enseigne les autres sans être capable de s'enseigner lui-même (2,21).

Il rappelle que les rites comme la circoncision sont inutiles sans une attitude intérieure adéquate : « La circoncision est utile, il est vrai, si tu observes la Loi; mais si tu transgresses la Loi, tu n'es pas plus, avec ta circoncision, qu'un incirconcis. » (2,25)

Les rituels sont utiles pour ceux qui respectent la loi du cœur, mais inutiles pour ceux qui ne la respectent pas. Il est donc supérieur, prioritaire, de respecter la loi donnée par notre conscience ; c’est supérieur à l’accomplissement des rites. C’est celui qui accomplis la loi qui sera sanctifié et non pas celui qui accompli les rites. « Si donc l'incirconcis observe les préceptes de la Loi, son incirconcision ne sera-t-elle pas réputée circoncision ? »(2,26) Il y a un accomplissement intérieur et extérieur. Nous pourrions dire, en transcrivant ce que dit saint Paul, que le vrai croyant peut ne pas avoir été circoncis et n'avoir jamais lu la bible… car celui qui est circoncis et qui a lu la Thora peut n’être juif qu’extérieurement : « Celui-là est juif qui l’est intérieurement ; et la vraie circoncision est celle du cœur, selon l’esprit, non selon la lettre. Un tel homme reçoit sa louange, non des hommes, mais de Dieu. » (2,28-29)

Cependant, il est probable qu'il ne soit pas question dans ce texte d'abolir pour autant les rites, mais bien plutôt de seulement relativiser leur place. En effet, les juifs gardent malgré tout une supériorité : « Mais alors, le juif a-t-il quelque chose de plus, sa circoncision est elle utile ? Bien sûr, cet avantage est grand à bien des égards. Et d'abord, parce que les paroles de Dieu lui ont été confiées. » (3, 1-2) Par ailleurs, Dieu demeure fidèle à sa promesse faite à Israël.

Domination universelle du péché : 3, 9-18[modifier | modifier le code]

Il n'y a donc pas une supériorité absolue du juif sur le païen. « Les juifs et les païens sont tous sous la domination du péché » (3,9). Paul s'appuie principalement, pour l'affirmer, sur les psaumes.

Conclusion : la loi fait seulement connaître le péché : 3, 19-20[modifier | modifier le code]

« Or nous le savons : tout ce que dit la Loi, elle le déclare pour ceux qui sont sujets de la Loi, afin que toutes les bouches soient réduites au silence, et que le monde entier soit reconnu coupable devant Dieu. Ainsi, ce n'est pas en observant la Loi que quelqu'un devient juste devant Dieu. En effet, la Loi fait seulement connaître le péché. »

Le pardon et la justification universels (3, 21 à 5, 11)[modifier | modifier le code]

C'est la foi qui sauve, et non le fait d'être juifs ou païens : 3,21 à 3,31[modifier | modifier le code]

Après avoir affirmé que le péché est présent aussi bien chez ceux qui possèdent la Loi que chez les païens, Paul entreprend de montrer que la justification est indépendante de la possession de la Loi, qu'elle est « donnée par la foi en Jésus-Christ, pour tous ceux qui croient » (3, 22).

Ce n'est pas « au nom d'une loi qu'il pratiquerait » qu'il est sauvé, mais par la foi. Il appuie cette démonstration que si nous posions le contraire, il faudrait dire que Dieu serait seulement le Dieu des juifs. Or « il est aussi le Dieu des païens, puisqu'il n'y a qu'un seul Dieu » (3, 29-30). Il n'y a qu'un seul mode de justification, commun aux païens et aux juifs : la foi.

La circoncision n'est que la marque de la foi : 4,1-25[modifier | modifier le code]

« Sommes-nous en train d'éliminer la Loi au moyen de la foi ? Absolument pas ! Au contraire, nous la confirmons. » (3, 31) C'est la foi qui est la source de toute justification, et donc de celle de la Loi.

En effet, ce n'est pas par ses actions qu'Abraham fut élu, mais par sa foi. Or cette élection date d'avant sa circoncision. Ce n'est pas sa circoncision qui a fait de lui un juste, au contraire « il reçut la circoncision comme la marque de la justice obtenue par sa foi » (1, 11). Abraham est donc tout autant le Père de ceux qui n'ont pas la circoncision, il est le Père des croyants, puisque Dieu a promis que c'est par leur foi que les descendants d'Abraham recevront la Terre en héritage. Cette descendance est donc immense, selon la promesse même du Seigneur.

La certitude d'être sauvés (5, 1-11)[modifier | modifier le code]

« Dieu a fait de nous des justes par la foi ; nous sommes ainsi en paix avec Dieu » (5, 1).

Nous pouvons avoir confiance dans notre salut, « l'espérance ne trompe pas, puisque l'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l'Esprit Saint qui nous a été donné ».

Bien plus, cette espérance s'enracine dans l'amour de Dieu, qui s'exprime pour nous-même dans notre état de pécheur. En effet, Saint Paul fait remarquer que :

« Accepter de mourir pour un homme juste, c'est déjà difficile ; peut-être donnerait-on sa vie pour un homme de bien. Or, la preuve que Dieu nous aime, c'est que le Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs. À plus forte raison, maintenant que le don du sang du Christ nous a fait devenir des justes, nous serons sauvés par lui de la colère de Dieu. »

L'unité du genre humain : 5, 12-21[modifier | modifier le code]

« Par un seul homme, Adam, le péché est entré dans le monde, et par le péché est venue la mort ; et ainsi la mort est passée en tous les hommes. » Or Adam « préfigurait celui qui devait venir ». En effet, de même que la mort est rentrée dans le monde par un seul homme, la grâce de Dieu fut donnée par un seul, Jésus Christ. Or, il y a une disproportion, le don gratuit de Dieu est plus grand que la faute.

« De même que la faute commise par un seul a conduit tous les hommes a la condamnation, de même l'accomplissement de la justice par un seul a conduit tous les hommes à la justification. » (5, 18)

Résumé[modifier | modifier le code]

Le chapitre 1 contient les salutations de Paul aux Romains.

Les chapitres 2 à 11 comprennent plusieurs déclarations concernant la doctrine de la foi, des œuvres et de la grâce.

Les chapitres 12 à 16 contiennent des enseignements pratiques sur l'amour, le devoir et la sainteté.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dominique Martens, La justification par la foi dans Romains 3,21-26. Pas sans Dieu. Pas sans l'homme. Pas sans le Christ, coll. « Connaître la Bible », no 52, Bruxelles, Lumen Vitae, 2008, 80 p. (ISBN 978-2-87324-340-1).
  • Karl Barth, L'Épitre aux Romains.
  • Alain Gignac, « Introduction et notes de la Lettre aux Romains », dans Frédéric Boyer, Jean-Pierre Prévost et Marc Sévin (dir.), Bible. Nouvelle traduction, Paris; Montréal, Bayard; Médiaspaul, 2001, p. 3035-3042.
  • Alain Gignac, Juifs et chrétiens à l'école de Paul de Tarse. Enjeux identitaires et éthiques d'une lecture de Rm 9-11, Montréal, Médiaspaul (Sciences bibliques; 9), 1999.
  • Giorgio Agamben, Le temps qui reste : un commentaire de l'épître aux Romains.
  • Ekkehard W. Stegemann, Le sujet de l'épître aux Romains et Romains 9-11, dans le déchirement, Juifs et chrétiens au premier siècle. Daniel Marguerat éditeur. 1996.
  • John F.Walvoord et Roy B. Zuck, « Commentaire Biblique du Chercheur, Nouveau Testament, Basé sur la Bible Second révisée 1979 éditions de Genève ».

Liens externes[modifier | modifier le code]