Adolphe Léon Willette

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Adolphe Léon Willette en 1913,
photographie de l'Agence Meurisse.
Willette, en pierrot noir, estampe par Marcellin Desboutin, parue dans L'Artiste en mai 1896.
Une partie de la troupe de pierrots et colombines que Willette, costumé en pierrot noir, conduisait à la Promenade de la Vache enragée 1896[1].

Adolphe Léon Willette, né à Châlons-sur-Marne le 30 juillet 1857 et mort à Paris le 4 février 1926, est un peintre, illustrateur, affichiste, lithographe et caricaturiste français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils d’un colonel qui fut aide de camp du maréchal François Achille Bazaine, qui sera muté à Dijon, Adolphe Léon Willette est l'élève d'Alexandre Cabanel à l'École des beaux-arts de Paris dès 1875, et débute au Salon de 1881.

Il s'installe à Montmartre en 1882 et loue avec le docteur Willette, son frère, un atelier au 20, rue Véron. Il illustre Victor Hugo, peint des fresques et des vitraux, dessine des cartes postales, des affiches publicitaires[2], des couvertures de livres et, en échange d'un repas, des menus de brasserie. Ses représentations de Pierrot et Colombine lui valent une certaine popularité.

« En rupture totale avec l'académisme à la mode de Bonnat et autre Bouguereau, Willette ignore tout autant la révolution impressionniste. Sa palette est pauvre et se cantonne le plus souvent dans des harmonies de gris et d'ocres. […] À partir de 1886, il s'éloigne de plus en plus de la peinture, qu'il ne retrouvera qu'à l'occasion de grandes décorations, pour se consacrer au dessin[3]. »

Avec Rodolphe Salis et Émile Goudeau, il participe à la création du cabaret parisien « Le Chat noir » du boulevard Rochechouart où il expose d'abord une toile refusée au Salon, puis qu'il décore ensuite de panneaux, notamment celui du Parce Domine (1884, Paris, musée de Montmartre). Au Chat Noir, il fréquente également Henri Rivière, Maurice Donnay, Maurice Rollinat, Henri de Toulouse-Lautrec, Paul Signac, Camille Pissarro, Vincent van Gogh, Louis Anquetin ou Georges Seurat.

Il décore de nombreux cabarets et restaurants de la Butte Montmartre : l’auberge du Clou, la Cigale, le hall du bal Tabarin, la Taverne de Paris, ainsi qu'un salon de l’Hôtel de ville de Paris. En 1889 il décore le Moulin Rouge, et dessine le célèbre moulin.

Polémiste ardent, Willette collabore tour à tour au journal Chat noir, au Courrier français, au Triboulet, au Rire et à La Libre Parole illustrée de Drumont, sans oublier L'Assiette au Beurre. Il fonde plusieurs publications comme Le Pierrot (1888-1891), La Vache Enragée (1896-1897), Le Pied de Nez (1901), Les Humoristes (avec Steinlen en 1901).

En 1889, Willette se présente comme unique « candidat antisémite » aux élections législatives du 22 septembre, dans la 2e circonscription du 9e arrondissement de Paris. Pendant l'Affaire Dreyfus il se range du côté des antidreyfusards avec d'autres artistes proches comme Caran d'Ache[4] ou Forain.

Dessin contre la fusillade de Fourmies, Almanach du Père Peinard, 1891.

En 1891, il prend la défense du Montmartrois et communard Jean-Baptiste Clément condamné pour ses activités syndicalistes et militantes à deux ans de prison et cinq ans d'interdiction de séjour. Un dessin qui parait dans Le Courrier français montre une jolie et aguichante jeune fille qui chante avec insouciance. Elle marche enchaînée et encadrée par deux antipathiques gendarmes. L'un d'eux s'est emparé du panier de cerises qu'elle avait au bras. Une légende accompagne le dessin, en forme de nouveau couplet de la célèbre chanson de Jean-Baptiste Clément, Le Temps des cerises[5] :

Quand il reviendra, le temps des cerises
Pandore idiot, magistrats moqueurs
Seront tous en fête !
Gendarmes auront la folie en tête
À l'ombre seront poëtes chanteurs
Quand il reviendra le temps des cerises
Siffleront bien haut les chassepots vengeurs !

En 1896 Willette participe à l'organisation du premier cortège carnavalesque montmartrois de la Promenade de la Vache enragée. Il y défile costumé en pierrot noir, à la tête d'une joyeuse troupe de pierrots et colombines[1]. Il est responsable de la deuxième édition de la fête qui a lieu l'année suivante. Ce sera la dernière édition de ce défilé du vivant de Willette.

Il est également membre de la goguette du Cornet[6].

En 1914, l'architecte Pierre Regnault, fondateur de l'Union des Catholiques des beaux-arts, invite ses membres à une messe en mémoire des membres défunts. Adolphe répond à l'invitation et suggère de faire cette messe « pour ceux qui vont mourir, et que cet office soit fait dans une vieille église de Paris, historique, par exemple l'église Saint-Germain-l'Auxerrois, le Mercredi des Cendres ». Cette première messe eut lieu dans la dite église avec lecture de la prière de Willette quelques jours après son décès. Une dalle en pierre scellée dans le mur de l'église y commémore l'événement[7].

À partir de 1915, un groupe de jeunes artistes de Coutances dans la Manche, est parrainé par Willette. Ils fondent Le Pou qui grimpe [8]. Ce groupe se propose de « rénover l'art populaire » et de « faire connaître et aimer Coutances, non seulement en Normandie, mais encore dans tous les milieux de lettrés et d'artistes du pays » (Georges Laisney).

Nommé chevalier de la Légion d'honneur en 1906, il est promu au rang d'officier de ce même ordre en 1912. Willette publie ses souvenirs en 1919 sous le titre Feu Pierrot. Peu regardant sur les opinions antisémites de l'artiste, Guillaume Apollinaire comptait parmi ses plus fervents admirateurs :

« […] l'on devrait donner le prix nobel de la paix à cet artiste qui a fait presque autant de dessins contre la guerre que contre l'hypocrisie de ceux qui détestent la beauté. »

— Guillaume Apollinaire, cité par Marcus Osterwalder, Dictionnaire des illustrateurs, Éditions Ides et Calandes.

En 1920, avec Forain, Neumont et Poulbot il fait partie des fondateurs de la République de Montmartre. Il en sera le premier président jusqu'au 14 août 1923.

En 1923, il pose la première pierre du dispensaire des Petits Poulbots à Montmartre.

Adolphe Willette meurt en 1926 et est inhumé au cimetière du Montparnasse, 2e division.

Postérité[modifier | modifier le code]

En 1927, le nouveau square inauguré au pied du Sacré-Cœur est baptisé en son honneur « square Willette ». Il porte ce nom jusqu'en 2004. Le 28 février 2004, à la suite d'une délibération du Conseil de Paris souhaitant sanctionner son engagement antisémite, ce square est rebaptisé du nom de la communarde montmartroise Louise Michel.

Collections publiques[modifier | modifier le code]

Illustrations[modifier | modifier le code]

  • Pauvre Pierrot, 1888

Affiches[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

  • Feu Pierrot, 1857-19?, autobiographie, avec dessin de l'auteur, Paris, H. Floury, 1919
  • Pauvre Pierrot, recueil de poèmes, précédé de Pierrot ressuscité, 1925

Salons[modifier | modifier le code]

Expositions[modifier | modifier le code]

Galerie[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Iconographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b La Mi-Carême à Paris, La Vache enragée, Le Petit Journal, 13 mars 1896, page 1, 5e colonne.
  2. Cinq de ses œuvres sont reprises dans Les maîtres de l'affiche.
  3. Luc Willette, Adolphe Willette Pierrot de Montmartre, Éditions de l'Armançon, 1991.
  4. [PDF]Jacques Benoist, « Léon Adolphe Willette dit Pierrot (1857 - 1926) », 1998, p.14.
  5. Tristan Rémy, Le temps des cerises (Jean Baptiste Clément), Paris, Les Éditeurs Français Réunis, 1968, p. 355. Le dessin est reproduit en page 1 de couverture.
  6. Dans le numéro de mars 1906 de la revue Le Cornet, compte rendu de l'hommage rendu à Willette au dîner du Cornet du 13 mars 1906 à l'occasion de sa nomination au grade de chevalier de la Légion d'honneur.
  7. La Messe de Willette.
  8. Le Pou qui grimpe - Wikimanche
  9. Références dans la base Betsalel du catalogue des collections du musée d'art et d'histoire du judaïsme.
  10. Œuvres graphiques sur la base arts-graphiques.louvre.fr

Liens externes[modifier | modifier le code]

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