Hanoucca

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Hanoucca
Un enfant devant une hanoukkia brillant de tous ses feux à Zot Hanoucca (8e jour).
Un enfant devant une hanoukkia brillant de tous ses feux à Zot Hanoucca (8e jour).

Nom officiel Hag HaHanoukka (חג החנוכה « Fête de l'Édification »)
Autre(s) nom(s) Fête des Lumières
Signification Fête joyeuse commémorant la victoire militaire et spirituelle des Juifs de Judée sur les armées séleucides et l'hellénisation.
Commence le 25 kislev
Finit le 2 ou 3 tevet
Date 2014 coucher de soleil, 16 décembre - coucher de soleil, 24 décembre
Observances Allumer la hanoukkia, jouer avec des draydels (sevivon), manger des latkes de pomme de terre) ou des soufganiyot.

Hanoucca (hébreu חג החנוכה Hag HaHanoukka, « Fête de l'Édification » ou « de l'Encénie ») est une fête juive d'institution rabbinique, commémorant la réinauguration de l'autel des offrandes dans le second Temple de Jérusalem, lors de son retour au culte judaïque, trois ans après son interdiction par Antiochus IV des Séleucides.

Elle marque une importante victoire militaire des Maccabées et symbolise la résistance spirituelle du judaïsme à l'assimilation grecque.

Selon la tradition rabbinique, au cours de cette consécration se produit le miracle de la fiole d'huile, permettant aux prêtres du Temple de faire brûler pendant huit jours une quantité d'huile à peine suffisante pour une journée.

Elle est célébrée à partir du 25 kislev (qui correspond, selon les années, aux mois de novembre ou décembre dans le calendrier grégorien) et dure huit jours, jusqu'au 2 ou 3 tevet (en fonction de la longueur de kislev, mois de 29 ou 30 jours).

Les pratiques et coutumes qui s'y rattachent sont liées au miracle de la fiole d'huile, en particulier l'allumage du chandelier à neuf branches de Hanoucca pendant les huit jours de la fête et la consommation de friandises à base d'huile d'olive (latkes, soufganiyot, etc.). On y joue aussi avec des toupies à quatre faces.

Hanoucca dans les sources juives[modifier | modifier le code]

Livres de la période biblique[modifier | modifier le code]

Juda Maccabée face à l'armée de Nicanor

La réinauguration du Temple, célébrée à Hanoucca, se place dans le contexte de la révolte des Maccabées. Un récit en a été compilé dans le premier livre des Maccabées par un auteur proche des événements (et selon certains historiens modernes, orienté idéologiquement)[1]. Ce livre n'a pas été inclus dans la Bible hébraïque mais il l'est dans la Septante.

Selon ce récit, à la suite de nombreuses persécutions menées par le pouvoir séleucide contre l'étude de la Torah[2] et les Juifs qui souhaitent observer leur Loi, un prêtre juif, Mattathias l'Hasmonéen, fils de Yohanan, prend la tête d'une insurrection. Il désigne son fils Juda Maccabée comme successeur.

Après trois ans de lutte,

« le vingt-cinquième jour du […] mois de kislev de la cent quarante-huitième année, […] ils firent la dédicace de l'autel pendant huit jours, et ils offrirent des holocaustes avec joie, et un sacrifice d'action de grâce et de louange. […] Alors Juda, avec ses frères et toute l'assemblée d'Israël, ordonna que le jour de la dédicace de l'autel serait célébré en son temps, d'année en année, pendant huit jours, à partir du vingt-cinquième jour du mois de kislev, avec joie et allégresse[3]. »

Cette victoire ne constitue qu'un épisode de la révolte. Elle se poursuit vingt ans avant que les Juifs ne retrouvent une indépendance de fait[1].

Livres de la période tannaïtique[modifier | modifier le code]

On apprend de la Mishna que le rite de Hanoucca est connu et que son importance est reconnue à l'époque de sa rédaction :

  • du fait de Hanoucca, des émissaires sont dépêchés de Jérusalem aux communautés de la Diaspora pour leur annoncer la néoménie de Kislev[4] ;
  • on lit une section biblique particulière au cours de la fête[5];
  • on ne peut y décréter de jeûne public[6] ;
  • si un chameau chargé de lin passe dans le domaine public et que son chargement provoque un incendie dans une boutique au contact d'une lampe placée à l'extérieur, le propriétaire du magasin est responsable des dommages causés sauf, dit Rabbi Yehouda, s'il s'agit d'une lampe de Hanoucca[7].

Cependant, à la différence des autres fêtes, y compris celle de Pourim, également instituée par les rabbins, aucun traité mishnaïque ne se consacre à Hanoucca en particulier.

Certains expliquent l'omission par des motifs historico-politiques : méfiance des Pharisiens vis-à-vis des autorités romaines, particulièrement après la révolte de Bar Kokhba[8] ou répugnance de l'auteur de la Mishna, Juda Hanassi, à glorifier les haut-faits d'une dynastie qui avait usurpé à ses yeux la place de la maison de David[9].

D'autres suggèrent que les règles de la fête étaient parfaitement connues à l'époque de la Mishna[10] ou étaient déjà détaillées dans d'autres livres[11].
Hanoucca et les faits qui s'y rattachent sont en effet abondamment évoqués dans d'autres œuvres contemporaines de l'élaboration ou de la composition de la Mishna. Les plus connues de celles-ci sont :

Les « saints Macchabées »

Ces sources font une part assez large au merveilleux et au martyrologe : on y exalte les Juifs mis à mort pour avoir refusé de transgresser, dont les plus célèbres sont Hanna et ses sept fils[14]. D'autre part, les Maccabées ne sont plus de simples agents de la volonté divine qui parviennent à la victoire par leur génie militaire : Dieu lui-même leur assure la victoire, selon leurs mérites.
Par ailleurs, Dieu produit des miracles qui éclairent et réchauffent le cœur des hommes :

  • selon II Maccabées, on demande de célébrer le 25 kislev le miracle du feu (dont le récit évoque quelque peu celui du miracle de la fiole d'huile). Lors de la restauration de l'autel du Temple au temps de Néhémie, ce dernier envoya chercher le feu sacré, que les prêtres, avant l'exil de Babylone, avaient caché dans un puits sec et profond ; mais ayant trouvé, à la place du feu, un liquide épais et gras, semblable à de l'huile[15], il la fit répandre sur l'autel ; le bois qui avait été arrosé de ce liquide s'enflamma aussitôt lorsque le soleil commença à paraître. Néhémie et ses compagnons nommèrent ce liquide « nephtar » qui se traduit : purification[16].
  • selon la Meguilat Taanit, les Maccabées parvenus dans le Temple n'y auraient trouvé qu'une petite flasque d'huile consacrée, à peine suffisante pour alimenter la Menora pendant un jour ; cette flasque aurait miraculeusement duré huit jours, le temps d'en fabriquer une autre[17]. C'est sur ce miracle de la fiole d'huile que fait fond le judaïsme rabbinique, plus que sur la victoire militaire.

Parallèlement, Flavius Josèphe, qui dit descendre de Jonathan Maccabée[18], fait découvrir l'histoire de la « Fête des Lumières » au monde romain[19], en suivant largement le premier livre des Maccabées.

Une référence à la fête dans les Évangiles suggère sa popularité un siècle plus tôt, au temps de Jésus de Nazareth[20]. Elle y est appelée « Fête de la Dédicace » bien que les termes de « renouvellement » ou d’« encénie » soient plus appropriés[21].

Hanoucca dans le Talmud[modifier | modifier le code]

Un chandelier de Hanoucca de l'ère de la Mishna

Le Talmud comprend de nombreux récits (aggadot) sur la fête de Hanoucca, ses protagonistes et leurs descendants.

Certaines traditions du Talmud ressemblent à celles de II Macchabées, d'autres s'en distinguent, par le rejet de l'hellénisation et de l'hellénisme (contrairement aux Juifs hellénisés et aux descendants des Hasmonéens eux-mêmes).
Le Talmud attribue ainsi l'un des revers militaires majeurs des Hasmonéens à un vieux Juif hellénisé qui les aurait persuadés d'apporter des porcs en offrande et d'étudier la sagesse grecque[22].

Les divers aspects pratiques de Hanoucca sont couverts dans le second chapitre du traité Chabbat[23], à l'occasion d'une discussion sur les luminaires autres que celui de chabbat.

La seule prescription de Hanoucca est, selon une baraïta (enseignement oral non retenu par la Mishna) d'allumer un luminaire chez soi, du fait du miracle de la fiole d'huile.

Cependant, il existe diverses façons de procéder :

  • certains allument une lumière chaque soir par foyer (ner ish oubeïto) ;
  • il est plus beau d'allumer une lumière chaque soir par membre du foyer ;
  • le summum de la beauté (mehadrin min hamehadrin) est de varier le nombre de lumières chaque soir, mais là aussi, il y a deux opinions :
    • l’école de Shammaï, se fondant sur les offrandes de Souccot où le nombre de bêtes diminue journellement, propose de commencer avec huit lumières pour terminer avec une,
    • l’école de Hillel est d’avis d'allumer par ordre croissant, car il faut s'élever en sainteté. Cette opinion a été adoptée par la Loi juive[24].

Après une longue discussion sur le statut de ces lumières, les Sages concluent qu'elles sont sacrées et ne peuvent servir à des usages profanes, comme l'éclairage de la maison. Pour cette raison, il faut veiller à ce qu'elles ne soient pas confondues avec les luminaires du foyer (ce qui a peu de chances de se produire de nos jours, avec l'éclairage électrique, lorsqu'il est fonctionnel).

Une autre règle concernant l'allumage est de placer le chandelier de Hanoucca devant la porte d'entrée ou, si l'on n'habite pas au rez-de-chaussée, à une fenêtre donnant sur la rue, pour autant que cela ne comporte pas de risque. Selon Rachi, cela suscite l'interrogation des passants et en leur en fournissant la raison, on contribue à « publier le miracle » (pirsoumei nissa) de la fiole d'huile[25].

Le martyrologe de Hanoucca est l'occasion pour le Talmud de se pencher sur les options de yehareg vèal yaavor (mourir plutôt qu'enfreindre) et de pikkouah nefesh (enfreindre plutôt que mourir) ainsi que sur leurs limitations[26].

Hanoucca dans la littérature ultérieure[modifier | modifier le code]

Hanoucca continue à faire, au cours des siècles, l'objet de nombreuses histoires et homélies. Diverses justifications sont trouvées à la fête et à son sens, parmi lesquelles :

Hanoucca devient, sous la plume des exégètes l'abréviation de Het nerot Vehalakha Kebeit Hillel (« huit lumières et la Loi suit l'opinion de l'école de Hillel ») ; de même, Makabi (Maccabée) serait le notarikon de Mi Kamokha Baelim YHWH (« qui est comme Toi parmi les puissances, YHWH[29] ! »)[30].

Dans la mouvance de cette littérature sur Hanoucca se situe le quatrième livre des Macchabées, un sermon où les Maccabées servent d'illustration au thème de la conciliation entre pouvoir et raison.

Une autre tradition post-talmudique fait de Judith, héroïne éponyme du Livre du même nom, la fille de Yohanan le Grand-Prêtre, et par conséquent la sœur de Mattathias[31].

Rites et coutumes de Hanoucca[modifier | modifier le code]

Statut de Hanoucca[modifier | modifier le code]

Hanoucca est célébrée pendant huit jours, en terre d'Israël comme en Diaspora[32]. Comme Pourim, il s'agit d'une fête de reconnaissance au cours de laquelle les marques publiques de deuil, dont le jeûne et les éloges funèbres, sont interdites[33]. Cependant, ces jours n'ont, contrairement au chabbat et aux fêtes bibliques, aucun caractère saint et ne sont pas chômés[34] (bien qu’ils fussent considérés comme une période de congé scolaire dans certaines communautés d’Europe orientale[35]). Comme ils ne relèvent d'aucun rituel ordonné dans la Bible, leur liturgie a varié dans le temps et ne comporte pas d'office de prière supplémentaire (moussaf)[36].

Les femmes ont l'habitude de restreindre leurs activités le temps que brûlent les lumières de Hanoucca, du fait de la participation supposée de Judith à la lutte contre les Hellènes et des exactions menées par ceux-ci contre la gent féminine[31].

Une hanoukkia classique

L'allumage des bougies de Hanoucca[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Hanoukkia.

L'allumage de lumières au soir des huit jours de la fête est son seul rite caractéristique. Il commémore le miracle de la fiole d'huile et contribue à sa « publication »[37].

Il se fait dans un chandelier spécial appelé Hanikke Leuchter ou Hanikke Menora en yiddish et hanoukkia en hébreu.
La forme de ce chandelier évoque souvent celle de la menora du Temple mais elle comporte huit branches, outre une branche particulière, appelée shamash ou shammes (« serviteur »). C'est avec le shamash qu'on allume les autres lumières du chandelier de Hanoucca[38].

Bien que toute huile et toute mèche conviennent, il est préférable d'utiliser de l'huile d'olive et des mèches de laine, en souvenir du Temple de Jérusalem[39].

L'allumage des bougies suit l'opinion de l'école de Hillel[40]. Il faut allumer de préférence à proximité du domaine public, à une hauteur entre trois et vingt palmes, sur une rangée[41]. Ces lumières doivent brûler au moins une demi-heure après la tombée de la nuit[42].

L'allumage donne lieu à des bénédictions particulières[43]. Il faut le réaliser à titre privé ; l'allumage à la synagogue (ou, récemment, dans des lieux publics) ne se fait en effet que pour la publication du miracle[44].

Liturgie de Hanoucca[modifier | modifier le code]

« [Nous te sommes aussi reconnaissants] pour les miracles, la rédemption, les haut-faits, les actes salvateurs, les merveilles, les consolations et les batailles que Tu as faits pour nos pères en ces jours [et] en ce temps.
Au temps de Mattathias l'Hasmonéen fils de Yohanan le Grand-Prêtre et de ses fils, lorsque la mauvaise royauté hellénique s'est élevée contre Ton peuple d'Israël pour leur faire oublier Ta Torah et leur faire transgresser les statuts de Ta volonté, Tu T'es alors levé pour eux dans leur détresse, Tu as pris leur défense, jugé leur procès, vengé leur vengeance, livré les forts aux mains des faibles, les majoritaires aux mains des minoritaires, les impurs aux mains des purs, les méchants aux mains des justes, les orgueilleux aux mains de ceux qui s'occupent de Ta Torah. Tu T'es fait un grand et saint Nom dans Ton monde et pour ton peuple d'Israël, Tu as réalisé salut et délivrance comme en ce jour. Ensuite, Tes fils sont venus dans le Débir de Ta maison, ils ont nettoyé Ton palais, purifié Ton sanctuaire, allumé des lumières dans Tes saintes cours et fixé ces huit jours de Hanoucca pour rendre grâce et louange à Ton grand Nom ».


Texte du ’Al Hanissim de Hanoucca[45].

La première addition à la liturgie ordinaire en vue de signaler Hanoucca a été la récitation à la synagogue du Psaume 30, composé pour l'« inauguration de la Maison » (Hanoukat Habayit)[46].

Y ont été ajoutés le Hallel et une bénédiction spécifique intitulée Al Hanissim.

La coutume de lire la Meguilat Antiochos a disparu après le Moyen Âge (sauf dans le rite judéo-yéménite)[12]. En revanche, une section de la Torah particulière est lue publiquement chaque jour.

Al HaNissim[modifier | modifier le code]

La bénédiction Al Hanissim s'intercale dans la bénédiction de hoda'a (« reconnaissance [de la majesté divine] ») de la ’Amida (la prière principale des offices du matin, de l'après-midi et du soir) et lors du Birkat Hamazon (bénédiction après les repas).

Elle tire son nom de ses premiers mots, al hanissim (« [Nous Te remercions] pour les miracles ») et est suivie d'un bref récit de la victoire de Mattathias et de ses fils[47]. Le miracle de la fiole d'huile n'y est pas mentionné.

Hallel[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Hallel.

Afin de « rendre grâce et louange à Ton grand Nom » dans l'allégresse, on remplace la lecture austère du Tahanoun (« supplication ») par celle du Hallel (« louange ») en raison du miracle qui s'est tenu (mishoum nissa) en terre d'Israël[48]. Il est déclamé dans son entièreté (du Psaume 113 au Psaume 118) les huit jours de la fête de Hanoucca, après la Amida du matin.

De même, certains passages bibliques et liturgiques évoquant le deuil ou la sévérité ne sont pas lus[49].

Lecture de la Torah[modifier | modifier le code]

Une lecture publique est faite à Hanoucca du passage des Nessi'im (« princes »), relatif à l'inauguration du Tabernacle dans le désert (Nombres 7:1-8:4 ; certains lisent à partir de Nombres 6:22).

On lit à chaque jour de la fête les versets détaillant les présents apportés par chaque prince des douze tribus d'Israël au jour correspondant. Au huitième jour, on lit le passage Nombres 7:54-8:4, dont les premiers mots, Zot hanoukkat hamizbea'h, sont devenus le nom du dernier jour de la fête, Zot Hanoucca ; les quatre derniers versets font référence à l'allumage des branches de la menora[50].

Par ailleurs, comme Hanoucca dure huit jours, elle inclut au moins un chabbat (celui de Miketz), sinon deux.
La section Miketz (Genèse 41:1-44:17) raconte l'ascension de Joseph en Égypte.
La Haftara est tirée de Zacharie 2:14–4:7[51]. Avec l'inauguration du Second Temple, le prophète décrit une vision de la menora à sept branches, dont l'ange lui explique la signification : « Ni par la puissance ni par la force, mais bien par mon esprit! dit YHWH Tzevaot » (Zach. 4:2-4:6).
Ce message illustre la vision qu'avaient les Pharisiens de la victoire des Maccabées.

Lorsque Hanoucca comprend un deuxième chabbat (comme c'était le cas en 2009), la Haftara est lue dans I Rois 7:40–50, et se rapporte à l'inauguration du Premier Temple[51], évènement biblique modèle de la fête[52].

Lors de la néoménie du mois de Tevet (selon les années au cinquième ou au sixième jour de la fête), on lit d'abord la section propre à la néoménie, puis celle de Hanoucca[51].

Si la néoménie a lieu un chabbat, on lit d'abord la section de lecture hebdomadaire puis celle propre à la néoménie et enfin celle de Hanoucca. La Haftara est lue dans Zacharie 2:14-4:7[53].

Autres coutumes de Hanoucca[modifier | modifier le code]

Hanoucca, fête familiale au cours de laquelle tous se réunissent autour des feux du candélabre, a donné lieu à de nombreux us et coutumes qui, bien que n'ayant souvent aucun fondement « religieux », sont entrés dans la tradition. Ils semblent avoir favorisé l'observance de la fête parmi les Juifs laïcs et non-pratiquants[54],[55].

Deux versions de sevivonim sur un étal au marché : ceux utilisés en Israël (lettres נגהפ), en bleu, et ceux à destination de la diaspora (lettres נגהש), en orange.

Le jeu des toupies (sevivon ou draydel)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Sevivon.

L'une des coutumes populaires de Hanoucca est de jouer avec des toupies à quatre faces, appelées dreydel ou verfel en yiddish et sevivon en hébreu.

Chaque face de ces toupies est frappée d'une lettre hébraïque selon l'ordre נגהש (noun-guimel-hei-chin), qui signifieraient selon une étymologie populaire Nes gadol haya cham (« un grand miracle a eu lieu là-bas » ; « là-bas » désigne la terre d'Israël).

C'est en vertu de cette étymologie que dans les sevivonim destinés à la commercialisation en Israël, le chin est remplacé par un , devenant Nes gadol haya po (« un grand miracle a eu lieu ici »).

La coutume de jouer du dreydel est à ce point ancrée dans la tradition de Hanoucca que plusieurs rabbins ont été tentés de lui trouver une justification antique : à l'époque des persécutions séleucides, les Juifs auraient étudié en se cachant dans des grottes et des enfants auraient fait le guet en jouant à la toupie pour ne pas attirer l'attention.

En réalité, le dreydel est la variante yiddish d'un jeu médiéval en provenance d'Angleterre, le teetotum[56] ou toton, où les enfants misent des noisettes ou du hanikke guelt dans une cagnotte ; les quatre lettres désignent en fait les quatre types d'action possibles : Nichts (« [tu ne prends] rien »), Gantz (« [tu rafles le] tout »), Halb (« [tu prends la] moitié ») et Shtel ein (« déposes-en un »)[57].

L'argent de Hanoucca (Hanikke guelt)[modifier | modifier le code]

La coutume de distribuer des pièces de monnaie aux enfants à Hanoucca (yiddish : Hanikke guelt ; hébreu : dmei Hanoucca) est relativement récente, remontant aux communautés juives de Pologne du XVIIe siècle. Deux siècles plus tard, l'usage s'est si bien répandu que l'on considère la période de Hanoucca comme particulièrement propice à la tsedaka[58] (dons aux nécessiteux).

De nos jours, la coutume du Hanikke guelt n'est pratiquée telle quelle que par les Hassidim ; la distribution de pièces en chocolat semble l'avoir largement remplacée[59].

Chants de Hanoucca[modifier | modifier le code]

Plusieurs chants sont traditionnellement associés à Hanoucca, en particulier :

Soufganiyot à la confiture.

Mets de Hanoucca[modifier | modifier le code]

Il est de coutume, afin de publier le miracle de la fiole, de consommer à Hanoucca des plats frits dans de l'huile d'olive.

Les plus connus dans le monde ashkénaze sont les beignets de pomme de terre (yiddish : latkes, hébreu : levivot « beignets ») et les soufganiyot, pâtisseries à l'huile fourrées le plus souvent à la confiture. Il s'agit en vérité de plats d'origine polonaise, les plackis et pączkis respectivement.

Les séfarades mangent des bimuelos, autre type de beignet frit à l'huile.

Certains consomment des laitages, en souvenir de Judith qui, afin d'occire le général Holopherne, lui aurait donné des plats de fromage pour qu'il ait soif, boive du vin, s'enivre et s'endorme[31].

Fête de Hanoucca au kibboutz Gan Shmouel, en 1984

Réinterprétations modernes[modifier | modifier le code]

Hanoucca dans le sionisme[modifier | modifier le code]

Alors que les rabbins avaient relégué les consonances militaro-nationalistes de Hanoucca au profit de son aspect miraculeux, le sionisme fait de la révolte des Maccabées l’un des moments-clés de son historiographie d'autant qu'elle connaît, contrairement à la révolte de Bar Kokhba et au siège de Massada, un dénouement heureux. Érigés en modèle du « Juif nouveau » et expurgés de leurs tendances hellénisantes[60], les Maccabées deviennent les éponymes des « Olympiades juives », de différents clubs sportifs, d'une mutuelle, d'une marque de bière etc. ainsi que les héros de nombreux chants et œuvres dont beaucoup deviennent populaires. Dieu en est généralement absent : Yemei haHanoukka, version hébraïque d’Oy Hanikke, ne fait plus son éloge mais celle des Maccabées ; Aaron Zeev est encore plus explicite  : « pour nous, il n'y a pas eu de miracle, nous n'avons pas trouvé de fiole ». De même, le Shib'hei Maoz de Naomi Shemer, composé en 1969, ne s’adresse pas à Dieu mais aux places-fortes de Tsahal, prises d’assaut lors de la Guerre d'usure avec l’Égypte[61].

Hanoucca devient donc l’une des plus grandes fêtes nationales d’Israël, marquée par de nombreuses réjouissances et une période de congé scolaire[62]. Les sionistes religieux entérinent eux aussi cet aspect nationaliste de Hanoucca (tout en lui conservant une signification religieuse), adaptant en outre son rite (lecture du Hallel et d’Al Hanissim dans les offices de prière) à la célébration de l’indépendance d'Israël[63].

Hanoucca et les fêtes de fin d'année[modifier | modifier le code]

Hanoucca ayant lieu « en hiver[20] », à une période proche de Noël, a souvent été considérée comme l'« Avent d'Israël[64] ».

Après avoir symbolisé la lutte contre l'oppression religieuse et l'oblitération de la judéité[59],[65], elle est paradoxalement devenue pour beaucoup, en particulier aux États-Unis, la version juive des fêtes de fin d'année. Outre la distribution de cadeaux aux enfants[65] (qui a également lieu en France[66],[67]), nombre de familles assimilées ou mixtes célèbrent un Noël judaïsé, avec un buisson de Hanoucca, « sapin de Noël « juif » » enguirlandé, surmonté d'une étoile de David et entouré de figures représentant les Maccabées[68]. D'autres célèbrent conjointement Noël et Hanoucca, voire des fêtes composites comme Chrismukkah.

Un allumage public en Ukraine, en 2007

Pour beaucoup, la concordance de ces deux fêtes jusqu'à leur date n'est en rien fortuite : Jésus pourrait être né le 25 kislev[69], à la date que les Juifs avaient choisie pour marquer la victoire de Dieu sur les divinités païennes en ridiculisant leur célébration du solstice d'hiver[70]. D’autres pensent que Hanoucca serait la version juive du solstice et que Noël en serait le pendant chrétien[36],[70],[71]. Cette idée se retrouve en partie dans la tradition juive, selon laquelle Adam aurait marqué le « retour du soleil » par une fête de huit jours[72] et pour nombre de Juifs des contrées nordiques (qui n'associent nullement Hanoucca à Noël), la fête symbolise, de nos jours encore, la victoire de la lumière sur l'obscurité hivernale[71],[73].

D'autres suggèrent une célébration certes pré-maccabéenne mais plus proche de l'esprit de la fête : miracle à l'époque de Néhémie[74] ou fête de la récolte de l'huile d'olive célébrée dès l'époque du premier Temple[75]. Certains courants progressistes profitent d'ailleurs de Hanoucca pour diffuser un message écologiste, le miracle de la fiole symbolisant pour eux la conservation de l'énergie[76],[77].

Allumages publics[modifier | modifier le code]

En réaction à ces diverses réinterprétations (qui ne sont pas sans provoquer des controverses[65],[78],[79]), Menachem Mendel Schneerson, dirigeant du mouvement hassidique Habad, reprend à son compte l’initiative d'Abraham Beame, premier maire ouvertement juif de la ville de New York. Dix ans après le décès de celui-ci, en 1977, d’allumer une hanoukkia géante dans le centre de la ville[59], le rabbin fait de l’allumage public l’une de ses mitzvah campaigns au nom du pirsoum nissa et afin de promouvoir la « survivance spirituelle de la flamme juive » par la pratique des prescriptions bibliques[80].

Ces allumages se sont depuis répandus au Canada[81], en Europe, en Israël et ailleurs[82].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Maurice Sartre, « Des Maccabées très sulpiciens ! », sur Booksmag (consulté en 1 décembre 2010)
  2. C'est, d'après une opinion communément admise, de cette époque que date la coutume de lire la haftara, une section des Prophètes, dont le thème rappelle la section que les Juifs n'avaient plus le droit de lire – E. G. Hirsch, A. Büchler, J. Jacobs & I. G. Dobsevage, HAFṬARAH, in Jewish Encyclopedia, éd. Funk & Wagnalls, New York 1901-1906
  3. I Maccabées 4:52-59
  4. M. Roch Hachana 1:3
  5. M. Meguila 3:5-6
  6. M. Taanit 2:10 ; cf. Moëd Katan 3:8
  7. M. Baba Kama 6:8
  8. Cf. Reuven Margolies, (he) Yessod HaMishna Va'arikhata, p. 25-28
  9. Shou"t HaMaharitz ; une explication similaire est attribuée au Hatam Sofer mais ce fait est contesté — (he) Kesher n°95 (octobre - novembre 2009), publié par le Rabbinical Center of Europe
  10. Cf. Nissim Gaon, introduction au Maftea'h ; Hatam Sofer sur T.B. Guittin 78a — loc. cit.
  11. Hida, Devarim A'hadimloc. cit.
  12. a et b Louis Ginzberg, ANTIOCHUS, SCROLL OF, in Jewish Encyclopedia
  13. Cf. II Maccabées 2:24
  14. II Macc. 7:1-41 ; cf. T.B. Guittin 57b ; Lamentations Rabba 1
  15. [Ils nommèrent ce liquide « nephtar ». Moïse (De 33, 23) dans la bénédiction qu'il donne à la tribu de Nephtali, dit : Nephtali jouira en abondance de toutes choses, il sera comblé des bénédictions du Seigneur ; il possédera la mer et le Midi, c'est-à-dire, la mer de Génézareth, qui était au midi du partage de cette tribu. Son terrain était très fertile en froment et en huile.]
  16. II Maccabées 1:18-36
  17. D’après T.B. Chabbat 21b. Cependant, les manuscrits d’Oxford et de Parme ne le mentionnent pas – (he) V. Noam, Meguilat Taanit : édition critique, Yad Ben-Zvi,‎ 2003, p. 267-272
  18. F. Josèphe, Vita, §1
  19. ibid., Antiquités judaïques, livre xii. chap. 6-7, §7
  20. a et b Jean 10:22
  21. cf. article « Encénie » dans le dictionnaire de Trévoux, 1771
  22. T.B. Sotah 49b, Baba Kamma 82b
  23. T.B. Chabbat 21b-23a
  24. Cf. Choulhan Aroukh 671
  25. Rachi sur T.B. Chabbat 21b, note sur mibahouts
  26. T.B. Yoma 83a-85b ; voir aussi T.B. Ketoubot 5a
  27. Jacob ben Asher, Tour Orah Hayyim 670
  28. Pessikta Rabbati 6 ; Exode Rabba 52 ; Nombres Rabba 13:4
  29. Exode 15:11
  30. Maharsha, Hiddoushei Aggadot sur Chabbat 21b
  31. a, b et c Kitsour Choulhan Aroukh 139:3 ; cf. Choulhan Aroukh Orah Hayim 670:1-2 et gloses du Rem"a ad loc.
  32. Mishne Torah, Hilkhot Hanoukka 3:7
  33. K.C.A. 139:2
  34. C.A. O.H. 670:1
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  38. E. Gugenheim, Le Judaïsme dans la vie quotidienne, p. 132-133
  39. K.C.A. 139:4
  40. ibid. 139:6
  41. ibid. 139:7-9
  42. ibid. 139:10
  43. ibid. 139:12
  44. ibid. 139:12-15
  45. D'après E. Gugenheim, Le judaïsme au quotidien, p.136
  46. Massekhet Soferim 8:2 ; cf. Pessikta Rabbati 2
  47. C.A. O.H. 682:1
  48. Siddour Tefilat kol pè (rite sfard), édition Eshkol, Jérusalem, p. 300
  49. K.C.A. 139:22
  50. Mishna Meguila 3:6 & T.B. Meguila 31a ; K.C.A. 139:23
  51. a, b et c ibid. 139:24
  52. Cf. II Maccabées 2:12
  53. ibid. 139:25
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Source[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Ernest Gugenheim, Le Judaïsme dans la vie quotidienne (tome i.), pp. 131–136, coll. Présences du judaïsme, éd. Albin Michel, Paris, 1992, ISBN 2-226-05868-0.
  • Kitsour Choulhan Aroukh, abrégé du Choulhane 'Aroukh, accompagné de Yossef Da'at, vol. II, pp. 690–702, éd. Colbo, Paris, 1996/2009