Peuple

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Le mot peuple est issu du latin populus désignant l'ensemble des citoyens (universi cives), individus ayant le pouvoir de voter dans la constitution romaine, et qui s'oppose au Sénat et, éventuellement, à la plèbe[1],[2].

Etymologie et histoire[modifier | modifier le code]

Peuple : latin populus ; poblo (842) ; pueple, pople (XIe siècle) ; peuple (vers 1430).

Les Grecs anciens distinguaient plusieurs nuances dans ce que nous appelons aujourd'hui le peuple. Le genos soulignait l'origine commune des Grecs. L'ethnos comprenait aussi cette idée en y ajoutant celle d'une culture commune. Le laos désignait plutôt la foule assemblée. Le demos incluait l'ensemble des citoyens.
Dans la Rome antique, populus désignait l'ensemble des citoyens romains. Cicéron écrit dans La République «Par peuple, il faut entendre, non tout un assemblage d'hommes groupés en un troupeau d'une manière quelconque, mais un groupe nombreux d'hommes associés les uns aux autres par leur adhésion à une même loi et par une certaine communauté d'intérêt».

Les termes peuple et nation ont des histoires différentes, toutefois, à partir de l'émergence du nationalisme au XIXe siècle, un rapprochement s’opère.

Signification[modifier | modifier le code]

Ce terme désigne couramment un ensemble d'êtres humains vivant sur le même territoire ou ayant en commun une culture, des mœurs, un système de gouvernement. Ceux-ci forment à un moment donné une communauté partageant majoritairement un sentiment d'appartenance durable, une communauté de destins. Ce sentiment d'appartenance peut venir de l'une au moins de ces caractéristiques : un passé commun, réel ou supposé, un territoire commun, une langue commune, une religion commune, des valeurs communes, un sentiment d'appartenance…

Avec le développement des nationalités au XIXe siècle[3], la notion de «peuple» est liée à une construction politique : dans le droit fil de son étymologie latine, un groupe social reconnu comme «un peuple» se voit définit comme un groupe ayant des droits politiques spécifiques, voire le droit de former une nation souveraine. Par exemple, la Constitution de la Ve République française indique ainsi que « la République est le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple », et la Charte de l'Atlantique entérine cette lecture en déclarant le « droit des peuples à disposer d'eux-mêmes ».

Dès lors, la réponse à la question «Qu'est-ce qu'un peuple ?» n'est jamais neutre ou objectivable. Deux écoles, française (à partir du XVIIIe siècle) et allemande (à partir du début du XIXe siècle), y ont répondu différemment, suivant des critères reflétant les événements politiques et sociaux respectivement vécus[4] Ce n'est pas une définition objective, mais le produit d'une construction sociale. Les anthropologues et politistes critiquent cette notion en la mettant en perspective.

Dans son livre Comment le peuple juif fut inventé[5] (2008), l'historien israélien Shlomo Sand renouvelle la réflexion sur le rapport peuple/nation à partir de l'exemple juif/israélien, et décrit un processus de construction d'un «peuple».

Qualification péjorative[modifier | modifier le code]

En français, le terme de peuple peut avoir aussi une connotation péjorative, envers ceux qui y appartiendaient ou non. Il désigne alors :

  • les individus de condition modeste, par opposition aux catégories supérieures ou privilégiées par la naissance, la culture et/ou la fortune.
  • les individus appartenant aux classes « inférieures » et éventuellement moyennes de la société, par opposition à l' «aristocratie». Par exemple, Hervé Bazin écrit en 1948 : « il y a aussi le peuple, qui fait si grossièrement fi de l'humanisme (...). Le peuple, à qui fut accordé par les radicaux le privilège exorbitant d’avoir par tête de pipe autant de droits civils et politiques qu’un Rezeau, le peuple, non pas populus mais plebs, ce magma grouillant d'existences obscures et désagréablement suantes... Le peuple (à prononcer du bout des lèvres comme “peu” ou même comme “peuh !”) »[6].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://atilf.atilf.fr/dendien/scripts/tlfiv5/visusel.exe?13;s=317572665;r=1;nat=;sol=2;
  2. http://histoblog.oldiblog.com/designs/design2/include/print_article.php?id=1293967&co=2
  3. Thiesse [1999].
  4. Population, immigration et identité nationale en France : XIXe-XXe siècle, par Gérard Noiriel, Hachette éditeur, 1992, ISBN 2-01-016677-9.
  5. Shlomo Sand, Comment le peuple juif fut inventé, Fayard, 2008
  6. Hervé Bazin, Vipère au poing, 1948, p. 113.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Streiff-Fénart (Jocelyne), Poutignat (Philippe), Théories de l'ethnicité, Paris, PUF, Le Sociologue, (rééd. 1999), 1995, 270 p.
  • Thiesse (Anne-Marie), La création des identités nationales - Europe XVIIIe-XXe siècle, Paris, Seuil, Point histoire, (rééd. 2001), 1999, 311 p.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Listes[modifier | modifier le code]