Impulsivité

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Cortex orbitofrontal, partie du cortex préfrontal.

L'impulsivité est un trait de personnalité caractérisé par un comportement direct adopté par un individu sans que celui-ci ne pense aux conséquences de ses actes. Eysenck et Eysenck ont lié l'impulsivité à une prise de risque, un manque de planification mentale et une prise de décision rapide[1].

Description[modifier | modifier le code]

Quatre facettes complémentaires peuvent être distinguées : le manque de persévérance, l'absence de préméditation ou d'anticipation, la recherche de sensations et l'urgence face aux émotions (elle même divisée en deux composantes : la sensibilité aux émotions positives ou négatives[2]). L'urgence est comprise comme l'impossibilité d'inhiber une réponse dominante ou automatique, particulièrement dans des situations émotionnelles positives ou négatives, quitte à le regretter par la suite. Le manque de persévérance renvoie à la difficulté de se concentrer sur une tâche, sans être distrait ou perturbé par des pensées ou des souvenirs intrusifs. L'absence de préméditation correspond à une incapacité à prendre en compte les conséquences positives ou négatives d'une action, sur la base des émotions vécues dans une solution analogue ; et enfin la recherche de sensations se manifeste par une recherche constante d'expériences nouvelles et excitantes.

Un exemple simple et banal d'impulsivité est la réponse dite avant la fin de la question. En 2012, une version courte à 20 items de l'échelle UPPS-P (comprenant ces cinq facteurs, dont les deux formes d'urgence) a été publiée. Cette publication en langue anglaise concerne la création de cet outil en version brève auprès d'une population francophone[3].

Mécanisme[modifier | modifier le code]

L'impulsivité, souvent liée à certaines formes d'agressivité[4] interindividuelle ou retournée contre soi, a des bases neurobiologique, notamment liées à un déficit en sérotonine[5]. Elle peut aussi être une réponse à certaines formes de stress[6]. L'impulsivité peut posséder des bases génétiques, variant selon le sexe[7], et alors être transmise.

Signe clinique[modifier | modifier le code]

L'impulsivité est un comportement présent dans de nombreux troubles neuropsychiatriques incluant trouble du déficit de l'attention, trouble bipolaire, trouble de la personnalité antisociale, trouble de la personnalité borderline et trouble de la personnalité histrionique et certaines causes de dépression et suicide[8],[9]. Des niveaux anormaux de traits impulsifs peuvent être causés par des maladies neurodégénératives, un traumatisme crânien, des infections virales ou bactériennes ou neurotoxicité suite à l'exposition de produits chimiques. Certains traumatismes ou anomalies du cortex orbitofrontal et le gyrus frontal inférieur provoquent les traits de l'impulsivité[10],[11],[12], bien que certaines connexions cérébrales peuvent contribuer à de différentes manifestations de l'impulsivité[13].

Problèmes sociaux et comportementaux[modifier | modifier le code]

L'impulsivité est liée à de divers problèmes sociaux et comportementaux. Elle semble également être liée aux différentes étapes de l'abus substantiel[14],[15] ; elle est également liée à l'abstinence, au sevrage et au traitement de l'abus substantiel. L'achat impulsif est un type d'impulsion désignant une décision d'achat non planifié d'un produit ou d'un service avant paiement[16], et il semblerait être lié à quatre-vingt pour cent des achats globaux[17] aux États-Unis. La consommation excessive et compulsive de nourriture est également un cas d'impulsivité[18].

Le trouble des habitudes et des impulsions fait partie d'une classe des diagnostics DSM qui ne tombent dans aucune catégorie de troubles psychologiques dans d'autres manuels, et sont caractérisées par une extrême difficulté à contrôler ses impulsions malgré les conséquences négatives[19]. Les individus souffrant de troubles des habitudes et des impulsions passent par cinq étapes : désir ou besoin incontrôlable, impossibilité de résister à un désir ou besoin, sens accru du désir ou du besoin, passage à l'acte, remords ou sentiment de culpabilité après le passage à l'acte[20]. Les troubles spécifiques inclus dans cette catégorie impliquent trouble explosif intermittent, cleptomanie, jeu pathologique, pyromanie, trichotillomanie et les troubles des habitudes et des impulsions non spécifiés. Ces derniers incluent des difficultés significatives qui semblent être liées à l'impulsivité mais qui ne rencontrent aucun critère diagnostique du DSM[19]. Des troubles comme la trichotillomanie impliqueraient une impulsivité motrice[21],[22] et devraient être classifiés dans le DSM-V dans la catégorie des troubles obsessionnels-compulsifs[23].

Pharmacologie[modifier | modifier le code]

Très fréquemment, les antidépresseurs (à plus forte raison, les ISRS : la désinhibition est parfois recherchée) [24] peuvent engendrer l'impulsivité. Moins fréquemment, les benzodiazépines, les antipsychotiques de première génération (notamment due à l'akathisie), et les antipsychotiques atypiques (notamment aripiprazole, quétiapine, olanzapine, rispéridone)[24]. La clozapine peut engendrer un syndrome de sevrage comportant une forte agitation en cas d'arrêt brutal.

Les principaux médicaments réduisant l'impulsivité sont les antimanéiques (lithium[25], valproate, carbamazépine...). On peut utiliser aussi du clonazépam ou une benzodiazépine apparentée ; toutes les benzodiazépines ne sont pas équivalentes. La molécule la plus spectaculairement efficace reste la clozapine[26], bien qu'elle soit difficile à manier. Elle est efficace même pour une impulsivité d'origine non psychotique [27].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Barratt ES (1993). Impulsivity: Integrating cognitive, behavioral, biological and environmental data. In W.G. McCowan, J.L. Johnson, 2194 Afr. J. Bus. Manage. and M.B. Shure (Eds.), The impulsive client: Theory, research, and treatment. Washington, DC: Am. Psychol. Assoc., pp. 39–56.
  2. (en) Whiteside SP, Lynam DR. The five factor model and impulsivity: Using a structural model of personality to understand impulsivity. Personality and Individual Differences. 2001;30:669–689
  3. (en) Billieux, J., Rochat, L., Ceschi, G., Carré, A., Offerlin-Meyer, I., Defeldre, A.-C., Khazaal, Y., Besche-Richard, C., Van der Linden, M. (2012). Validation of a short French version of the UPPS-P Impulsive Behavior Scale. Comprehensive Psychiatry, 53(5), 609-615 [doi:10.1016/j.comppsych.2011.09.001]
  4. (en) Miczek KA, Fish EW, De Bold JF, De Almeida RM (2002), Social and neural determinants of aggressive behavior: pharmacotherapeutic targets at serotonin, dopamine and gamma-aminobutyric acid systems ; Psychopharmacology (Berl). 2002 Oct; 163(3-4):434-58. Epub 2002 Aug 6.
  5. Oquendo MA, Mann JJ, The biology of impulsivity and suicidality. Psychiatr Clin North Am. 2000 Mar; 23(1):11-25
  6. Venables NC, Patrick CJ, Hall JR, Bernat EM. (2011), Clarifying Relations Between Dispositional Aggression and Brain Potential Response: Overlapping and Distinct Contributions of Impulsivity and Stress Reactivity ; Biological psychology. 2011 Mar; 86(3)279-288
  7. (en) Trent S, Davies W (2012), The influence of sex-linked genetic mechanisms on attention and impulsivity ; Biological Psychology. 2012 Janv; 89(1)1-13
  8. (en) Kamali M, Oquendo MA, Mann JJ, Understanding the neurobiology of suicidal behavior. . Depress Anxiety. 2001; 14(3):164-76.
  9. (en) Arango V, Huang YY, Underwood MD, Mann JJ, Genetics of the serotonergic system in suicidal behavior. J Psychiatr Res. 2003 Sep-Oct; 37(5):375-86
  10. (en) Corsini, Raymond Joseph, 1999, The Dictionary of Psychology, Psychology Press, ISBN 1-58391-028-X, p. 476.
  11. (en) Berlin = HA, Rolls ET et Kischka U., Impulsivity, time perception, emotion and reinforcement sensitivity in patients with orbitofrontal cortex lesions, vol. 127,‎ 2004, 1108–26 p. (PMID 14985269, DOI 10.1093/brain/awh135)
  12. (en) Salmond CH, Menon DK, Chatfield DA., Pickard JD et Sahakian BJ, Deficits in decision-making in head injury survivors, vol. 22,‎ 2005, 613–22 p. (PMID 15941371, DOI 10.1089/neu.2005.22.613)
  13. (en) Whelan, Robert; et al., Adolescent impulsivity phenotypes characterized by distinct brain networks (PMID 22544311, DOI 10.1038/nn.3092, lire en ligne)
  14. (en) Perry, Jennifer L. and Marilyn E. Carroll (2008), “The role of impulsive behavior in drug abuse,” Psychopharmocology, (2008), 200:1-26
  15. (en) de Wit, Harriet (2008), “Impulsivity as a determinant and consequence of drug use: a review of underlying processes ,” Addiction Biology, (2008), 14, 22-31
  16. (en) Beatty, S. E., & Ferrell, M. E. (1998). Impulse buying: Modeling its precursors. Journal of Retailing, 74,169–191.
  17. (en) Smith, D. (1996). The joy of candy. National Petroleum News Supplement, S2.
  18. (en) Honkanen, P., Olsen, S.O., Verplanken, B., & Tuu, H.H. (2012). Reflective and impulsive influences on unhealthy snacking. The moderating effects of food related self control. Appetite 58, 616-622.
  19. a et b (en) Association américaine de psychiatrie. (2000). Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (4th ed., text rev.). doi:10.1176/appi.books.9780890423349.
  20. (en) Hollander, E., & Stein, D.J. (Eds.). (2005). Clinical manual of impulse-control disorders (pp.4-8). Arlington, VA: American Psychiatric Press.
  21. (en) Fineberg, N.A., Potenza, M.N., Chamberlain, S.R., Berlin, H.A., Menzies, L., Bechara, A., Sahakian, B.J., Robbins, T.W., Bullmore, E.T., & Hollander, E. (2010). Probing compulsive and impulsive behaviors, from animal models to endophenotypes: a narrative review. Neuropsychopharmacology, 35, 591–604.
  22. (en) Odlaug, B.L., Chamberlain, S.R., & Grant, J.E. (2010). Motor inhibition and cognitive flexibility in pathologic skin picking. Progress in Neuropsychopharmacology and Biological Psychiatry, 34(1), 208.
  23. (en) Official DSM-5 Development Website
  24. a et b (fr) « Les conduites agressives iatrogènes : implication des psychotropes » (consulté le 6 juin 2013).
  25. (en) The effect of lithium on impulsive aggressive behavior in man
  26. Bottéro, Alain. Un autre regard sur la schizophrénie.
  27. Sauvaget et al. Effet agressivolytique de la clozapine dans les pathologies neuropsychiatriques complexes

Voir aussi[modifier | modifier le code]