Ilan Pappé

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Ilan Pappé

Ilan Pappé (אילן פפה en hébreu, né en 1954 à Haifa) est un historien israélien. Il fait partie des « nouveaux historiens » qui ont réexaminé de façon critique l'histoire d'Israël et du sionisme.

Au cours des années 2000, Ilan Pappé a été le sujet de plusieurs polémiques, notamment suite à l'affaire Tantura et à son appel au boycott des universités israéliennes, ce qui l'a conduit à entrer en conflit avec ses collègues de l'Université de Haïfa et en particulier avec Yoav Gelber. Benny Morris, également « nouvel historien », et lui ont fortement divergé sur leurs analyses des événements de 1948 et dans leur vision des responsabilités du conflit israélo-palestinien.

Il s'est exilé en Grande-Bretagne en 2007. Il est aujourd'hui professeur d'histoire à l'université d'Exeter et directeur du Centre européen d'études sur la Palestine.

Ilan Pappé et la guerre de 1948[modifier | modifier le code]

Ilan Pappé

Les causes de l'exode des 750 000 Palestiniens qui vivaient en 1948 dans les territoires qui devinrent Israël ont toujours été l'objet de polémiques entre historiens israéliens et palestiniens. Les premiers affirmaient que les Palestiniens avaient fui suite à des ordres des leaders arabes ; les seconds affirmant que les sionistes avaient toujours planifié de les expulser.

Après l'accès aux archives israéliennes et britanniques, les « nouveaux historiens » israéliens ont remis en cause ces deux visions. Le premier d'entre eux Benny Morris est arrivé à la conclusion que l'exode fut avant tout le résultat de la guerre. Avant mai 1948, les Palestiniens fuyaient principalement les combats, notamment par crainte des atrocités, puis ils furent généralement expulsés au cours des opérations militaires israéliennes. Benny Morris explique cependant qu'il n'a pu montrer ou découvrir que cela ait été le résultat d'une politique délibérée. Ses recherches et conclusions remettent ainsi en cause les explications précédentes[1].

Ilan Pappé estime que la vérité est plus proche de la version palestinienne. Il considère que l'exode palestinien peut être comparé à un « nettoyage ethnique » qui fut le résultat d'une politique « planifiée » par David Ben Gourion et voulue depuis toujours par le mouvement sioniste. De plus, toujours selon Ilan Pappé, cette politique fut appliquée dès décembre 1947 et pas seulement lors des expulsions qui se produisirent après juillet 1948[2]. Benny Morris a fait référence aux événements en tant que nettoyage ethnique à plusieurs reprises également[3],[4],[5].

Positions politiques[modifier | modifier le code]

En 1996, il s'est présenté comme candidat à la Knesset sur la liste du Hadash emmenée par le Parti communiste israélien.

Ilan Pappé est antisioniste, et était membre en 2002 du Parti communiste israélien[6].

Il est membre du comité de parrainage du Tribunal Russell sur la Palestine dont les travaux ont commencé le 4 mars 2009.

Critiques[modifier | modifier le code]

Au sujet de la comparaison entre Shoah et Nakba[modifier | modifier le code]

Ancien collègue d'Ilan Pappé, Yoav Gelber est un de ses plus virulents critiques.

En ce qui concerne les liens qu'Ilan Pappé établit entre le « négationnisme de la Shoah » et le « négationnisme de la Nakba », Yoav Gelber voit en lui « le plus extrémiste de ceux qui établissent un lien entre le destin des Palestiniens et la Shoah. » Il justifie son point de vue notamment par le fait qu'Ilan Pappé fait abstraction du conflit judéo-arabe précédant 1948, de l'opposition arabe au sionisme par la violence, des massacres perpétrés sur les juifs non sionistes d'Hébron et de Safed en 1929 et du fait que ce sont les Arabes palestiniens et la Ligue arabe qui ont déclenché la guerre de 1948. Il lui reproche également sa thèse sur le fait qu'« une épuration ethnique » aurait été planifiée par les Juifs et par l'affirmation selon laquelle tant les Palestiniens que les Juifs sont des victimes de la Shoah d'Europe fondée sur une comparaison déséquilibrée entre les crimes nazis et les « quelques atrocités perpétrées par les deux côtés au cours de combats réciproques ». Il conclut en affirmant que « [ce] faisant [Pappé] est très proche du négationnisme de la Shoah. »[7]

Publications[modifier | modifier le code]

  • (en) The Making of the Arab-Israeli Conflict, 1947-1951, I.B. Tauris, 1992
  • (fr) La guerre de 1948 en Palestine, La fabrique éditions, 2000, (ISBN 2-264-04036-X)
  • (en) The Israel/Palestine Question, 1999
  • (en) History of Modern Palestine : One Land, Two Peoples, Cambridge University Press, 2003, (ISBN 0-521-55632-5)
  • (fr) Les démons de la Nakbah, Les libertés fondamentales dans l'université israélienne. Traduit de l'anglais par Marc-Ariel Friedemann. La fabrique éditions, Paris, 2004, (ISBN 978-2-913372-36-8)
  • (en) The ethnic cleansing of Palestine, Oneworld Publications Limited, 2006, ISBN 978-1-85168-555-4 (traduction française : Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Fayard, 2008, (ISBN 978-2-213-63396-1))

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Documentation[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Benny Morris, The Birth of the Palestinian Refugee Problem Revisited, Oxford University Press, 2003.
  2. Ilan Pappé, The Ethnic Cleansing of Palestine, Oneworld, 2006.
  3. Entretien avec Benny Morris, Haaretz, 8 janvier 2004 : « Il y a des circonstances dans l’histoire qui justifient le nettoyage ethnique. Je sais que ce terme est complètement négatif dans le discours du 21e siècle, mais quand le choix est entre le nettoyage ethnique et le génocide - l’annihilation de votre population - je préfère le nettoyage ethnique. »
  4. Dominique Vidal, Sébastien Boussois, Comment Israël expulsa les Palestiniens (1947-1949), éditions de l'Atelier, 2009, 254 pages, p.165.
  5. Régine Robin, La mémoire saturée, éditions Stock, 5 mars 2003, 540 pages.
  6. « His colleagues call him a traitor », Tom Segev, Haaretz du 23 mai 2002.
  7. Yoav Gelber, L'état de l'historiographie en Israël, in Tuvia Friling, Critique du post-sionisme, éditions in press, 2004.