Ethnologie

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L'ethnologie est une des sciences humaines et sociales qui relève de l'anthropologie et qui est connexe à la sociologie, et dont l'objet est l'étude comparative et explicative de l'ensemble des caractères sociaux et culturels des groupes humains d'ethnie « les plus manifestes comme les moins avou[é]s »[1]. À l'aide de théories et concepts qui lui sont propres, elle tente de parvenir à la formulation de la structure, du fonctionnement et de l'évolution des sociétés. Elle comporte notamment deux théories opposées, le fonctionnalisme de Bronislaw Malinowski et le structuralisme de Claude Lévi-Strauss.

Disciplines[modifier | modifier le code]

Un tribunal, un juge et un avocat aux États-Unis; l'anthropologie juridique est un domaine de l'ethnologie.

L'ethnologie recouvre de nombreuses disciplines.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le terme ethnologie est utilisé pour la première fois par le suisse Alexandre César Chavannes en 1787 dans son Essai sur l’éducation intellectuelle avec le projet d’une science nouvelle. L'ethnologie s'est séparée de la littérature et de l'exotisme vers la fin du XVIIIe siècle, avec la fin de l'étranger analysé d'un point de vue encore trop « ethnocentrique ». C'est aussi lors des colonisations et occupations européennes que les sciences ethnologiques se différencient de littérature exotique. Synonyme au début du XIXe siècle de « science de la classification des races », ce terme a marqué, durant toute la première moitié du XXe, et désigne parfois encore l’ensemble des sciences sociales qui étudient les sociétés dites « primitives » et l’homme fossile.

Les premiers ethnologues ont ainsi fructifié à partir des documents rapportés par les explorateurs, les officiers militaires, les négociants, ou encore des missionnaires ; mais il a tendance à être substitué par le mot anthropologie, appellation d’origine britannique en France[2], science dont l’ethnologie constituerait une partie ou une étape. Et c’est Lévi-Strauss qui fut un des introducteurs de ce mot et du concept dans la tradition intellectuelle française.

Toutefois, dans son sens (restreint) actuel, l’ethnologie enveloppe exclusivement les études synthétiques et les conclusions théoriques, élaborées à partir des documents ethnographiques et orientées plus particulièrement vers les problèmes de diffusion, de contacts, d’origine, de reconstitution du passé. C’est ce sens que les anglais attribuent depuis longtemps au mot ethnology. L’étude des problèmes plus généraux constituerait le champ de l’anthropologie sociale et de l’anthropologie culturelle.

Courants théoriques[modifier | modifier le code]

L'ethnologie dans les sciences humaines[modifier | modifier le code]

Différences avec la sociologie[modifier | modifier le code]

Rite d'initiation des WaYao, peuple du Malawi

Historiquement, l'ethnologie diffère de la sociologie en ce qu'elle privilégie non pas l'étude des phénomènes sociaux des pays industrialisés comme le ferait cette dernière, mais au contraire les communautés traditionnelles extra-européennes, qui ont longtemps été considérées comme des « cultures primitives ». Aujourd'hui justement, les ethnologues entreprennent de retrouver ces aspects culturels prétendument « primitifs » dans les sociétés occidentales (la magie[3] par exemple), rendant ainsi la frontière entre ces deux disciplines de plus en plus floue : leur objet d'étude — l'humain — est finalement le même.

Lorsque l'on tente de distinguer le plus clairement possible l'ethnologie et la sociologie, le plus aisé est d'insister sur la différence des angles d'approche. Globalement on pourrait alors attribuer à la sociologie les méthodes quantitatives faites de sondages, de questionnaires, d'entretiens individualisés, et un souci prononcé pour la représentativité de telles études ; concernant l'ethnologie c'est plutôt les méthodes qualitatives telles que l'enquête de longue durée et l'observation participante, faisant de la subjectivité du chercheur une réelle base de travail.

Aussi on peut évoquer la considération de la dimension symbolique qui est caractéristique de l'ethnologie : étude des mythes, des rites, et globalement des pratiques et perceptions symboliques du monde environnant. Cette distinction précédente fut résumée par l'ethnologue Jean Poirier (1921-2009) : « Nous rappelons que la définition de l’ethnologie a profondément évolué. Il semble qu’aujourd’hui, reconnue comme science des communautés (des groupements centrés sur des motivations traditionalistes), elle mesure mieux ses rapports avec la sociologie, discipline sœur, science des collectivités ( des groupements centrés sur des motivations rationalistes) »[4].

Anthropologie, ethnologie et ethnographie[modifier | modifier le code]

À ce sujet, l'usage est de se référer à la définition de Claude Lévi-Strauss. On pourrait la résumer de la façon suivante : l'ethnographie est une phase de recueil de données principalement, en tant qu'outil de l'ethnologie, elle entretient avec elle le même rapport que la fouille archéologique avec l'archéologie. L'ethnographie fait partie de l'ethnologie, et l'ethnologie de l'anthropologie.

Alors on peut dire que l'ethnologie théorise les descriptions de l'ethnographie dont l'unité d'étude est l'ethnie, groupe humain caractérisé par sa langue et sa culture. Ces deux sciences font en définitive partie de l'anthropologie.

Selon Claude Lévi-Strauss, l'ethnographie est le recueil des données sur le terrain principalement. L'ethnologie est l'analyse de ces données et l'anthropologie est un travail comparatif. Lévi-Strauss est une exception dans le paysage anthropologique. Il a fait très peu de travaux de terrain, contrairement à bon nombre de ses confrères. Il s'estimait faire de l'anthropologie, la dernière phase de sa classification qui selon lui, devait permettre de définir la science sociale de l'étudié.[réf. nécessaire] À son époque, très peu d'anthropologues étaient d'accord avec sa classification. Il en est de même aujourd'hui ; très peu d'anthropologues se reconnaissent dedans. En effet, dans la pratique, ces étapes ne sont pas hermétiques. Lorsque l'on voit quelque chose, on pense à la problématique que l'on pourra développer. De même, lorsqu'on analyse les données, on est déjà en train de les comparer avec ce qui a été appris pendant les études.[réf. nécessaire]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. SERVIER, Jean, Méthode de l’ethnologie, PUF, coll Que sais-je ? , 1986, p 3.
  2. « Anthropologie », Dictionnaires des sciences humaines, ibid, p21.
  3. voir par exemple l'ouvrage Les mots, la mort, les sorts, de Jeanne Favret-Saada
  4. POIRIER, Jean, Histoire de l’ethnologie, PUF, Que sais-je ?, 1984, p 6.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • E.E. Evans-Pritchard, la femme dans les sociétés primitives et autres essais d’anthropologie sociale, Paris, PUF, 1971
  • S. Camelin et S. Houdart, L'ethnologie, Paris PUF, 2010, collection Que sais-je ?

Articles[modifier | modifier le code]

  • Gérard Lenclud, « L'ethnologie » Le Discours philosophique, Jean-François MATTEI, ed., 1 vol., Paris, PUF, 1998.
  • Robert Creswell, « L’ethnologie », in André Jacob, Encyclopédie philosophique universelle, I, L’Univers philosophique, Paris, PUF, 1992, p. 1310-1316.
  • Jean-François Mattéi, Jean Poirier, « Conceptualisation des sociétés traditionnelles », in André Jacob, Les Notions philosophiques, op. cit., p. 789-971.
  • Jean Poirier, « L’écriture des traditions orales », ibid., p. 791-813. ; « Ethno-logique », L’Univers philosophique, op. cit., p. 1435-1570. ; « Traditions et écritures », ibid., p. 1571-1684.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]