Islamophobie

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Le terme islamophobie « peut se définir comme la peur ou une vision péjorative de l'islam, des musulmans, et des questions en rapport »[1].

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le terme « islamophobie » s'est formé à partir du mot « islam » et du suffixe « phobie », qui dérive de phobos (φόβος), « peur », « effroi » en grec ancien. En français, le terme « phobie » qui relève du champ psychique peut signifier :

  • dans son sens le plus fort (médical) :

« Symptôme prévalent des névroses obsessionnelles, caractérisé par une réaction d'angoisse ou une répulsion ressentie devant le même objet, la même personne ou une situation bien déterminée »

— Le Trésor de la Langue Française informatisé ;

  • de manière atténuée sur le plan du comportement psychique et émotionnel

« Aversion très vive, irraisonnée ou peur instinctive. »

— Le Trésor de la Langue Française informatisé.

Historique de l'usage[modifier | modifier le code]

Le journaliste Alain Gresh, ainsi que les sociologues Abdellali Hajjat et Marwan Mohammed [2],[3] notent entre autres une utilisation de l'expression « délire islamophobe » dès 1925 en France[4]. Le terme « islamophobie » était même apparu dès 1910 dans l'ouvrage d'Alain Quellien La politique musulmane dans l’Afrique Occidentale Française[5], ainsi que dans d'autres publications de la même époque[6], comme l'ouvrage de Maurice Delafosse Haut-Sénégal-Niger publié en 1912[7].

Mais son usage se répandit dans le langage médiatique essentiellement à partir des attentats du 11 septembre 2001, [réf. nécessaire] à New York et des attentats du 11 mars 2004 à Madrid et des attentats de Londres de juillet 2005 et du 21 juillet 2005, qui, revendiqués par des musulmans affirmant agir au nom de l’islam[8], provoquèrent des réactions de rejet envers des musulmans dans plusieurs pays, principalement occidentaux[2].

En 2005, une publication par le Conseil de l'Europe intitulé « L'islamophobie et ses conséquences pour les jeunes » définit l’islamophobie comme « la peur, ou une vision altérée par des préjugés, de l’islam, des musulmans et des questions en rapport... Qu’elle se traduise par des actes quotidiens de racisme et de discrimination ou des manifestations plus violentes, l’islamophobie est une violation des droits de l’homme et une menace pour la cohésion sociale.»[9]

Définition et sens[modifier | modifier le code]

Définitions[modifier | modifier le code]

Le terme fait son entrée au dictionnaire de la langue française Le Petit Robert en 2005 (édition 2006) défini comme une « forme particulière de haine dirigé contre l'islam et les musulmans qui se manifeste en France par des actes de malveillance et une discrimination ethnique contre les immigrés maghrébins »[10]. Selon le dictionnaire Larousse, l'islamophobie renvoie à l'« hostilité envers l'islam, les musulmans »[11].

Pour le collectif contre l'islamophobie en France, il s'agit de tout acte de discrimination, de violence ou de rejet à l'encontre d'une personne en raison de son appartenance réelle ou supposée à la religion musulmane. L'OSC[Quoi ?] a adopté également la même définition[12]. Pour le CCIF, l'islamophobie n'est pas seulement du « racisme anti-maghrébin », il touche toute personne quelles que soient sa couleur de peau et son origine ethnique et vise spécifiquement l'appartenance religieuse de cette personne[réf. nécessaire].

Des sens multiples[modifier | modifier le code]

Le terme d'islamophobie recouvre plusieurs significations. Au sens le plus strict, il est employé pour désigner la haine envers l'islam, comme quand le journal Le Reflet[13] utilise le terme islamophobie pour désigner des attaques sataniques et intolérables contre l'Islam lors de l'affaire des caricatures de Mahomet. Mais le terme désigne parfois aussi par amalgame une attitude jugée xénophobe, dans les pays occidentaux, à l'encontre des musulmans et par amalgame, des résidents et nationaux d'origine arabe ou maghrébine, voire française comme les Harkis[14].

Pour Thomas Deltombe[15]« En fonction des définitions possibles des mots utilisés, on doit bien distinguer deux positions : l'islamophobie de type raciste (« musulman » comme catégorie ethnique) ou xénophobe (l'islam comme élément « étranger ») et la critique légitime des dogmes religieux, quels qu'ils soient. »

Le Haut Conseil à l'intégration fondé par Michel Rocard s'est prononcé à ce sujet dans son rapport de décembre 2005 où il a rappelé unanimement que :

  1. En République, la critique de la religion, comme de toute opinion, est libre et constitutionnellement garantie.
  2. Elle ne saurait être assimilée au racisme et à la xénophobie, que les membres du Haut Conseil à l'Intégration combattent activement.
  3. La pratique de la religion étant libre[16], l'islamophobie, c'est-à-dire la peur ou a détestation de la religion islamique, ne relève pas du racisme.

En pratique les concepts d'islamophobie et de racisme restent parfois liés chez une partie de la population et donc difficiles à dissocier.

Une étude du Runnymede Trust utilise le terme islamophobique pour caractériser un certain point de vue sur la religion musulmane, puis considère que l'islamophobie est source de danger pour la communauté musulmane et finalement pour l'ensemble de la société[17].

Des profanations de tombes de musulmans (donc des actes et non des opinions) ont été qualifiées de « racisme le plus inadmissible qui soit » par le président de la République française, en fonction en 2008, Nicolas Sarkozy[18].

Pour Doudou Diène, rapporteur spécial des Nations unies, le terme islamophobie se « réfère à une hostilité non fondée et à la peur envers l’islam, et en conséquence la peur et l’aversion envers ceux qui se réclament de cette mouvance. Il se réfère également aux conséquences pratiques de cette hostilité en termes de discrimination, préjugés et traitement inégal dont sont victimes des musulmans (individus et communautés) et leur exclusion de sphères politiques et sociales importantes. Ce terme a été inventé pour répondre à une nouvelle réalité: la discrimination croissante[réf. nécessaire] contre les musulmans qui s’est développée ces dernières années. » [19]

Critiques du terme[modifier | modifier le code]

«phobie» n'est pas exact[modifier | modifier le code]

La construction du néologisme à partir du suffixe "phobie" est critiquée car elle associe la notion d'idéologie et son corollaire démocratique : le débat, à un concept de maladie mentale[20],[21],[22]. Anne-Marie Le Pourhiet a analysé la tendance de certains à « qualifier de "phobie" (homophobie, lesbophobie, handiphobie, islamophobie, judéophobie, mélanophobie, etc.) toute expression d'une opinion contraire à leurs prétentions ou revendications. [...] on comprend bien qu'il s'agit de traiter le dissident en malade dont l'accompagnement psychiatrique devrait sans doute être recommandé en parallèle à la répression pénale »[23],[24]. Ainsi, la répression de l’expression d’opinion en la qualifiant de maladie mentale est une méthode qui a été employée par l’Union soviétique à l’époque de Brejnev pour réprimer la dissidence et enfermer arbitrairement des opposants[25].

Caroline Fourest soutient que le mot homophobie (et par extension lesbophobie, xénophobie, handiphobie ou mélanophobie) n'a rien à voir avec le terme islamophobie (et donc par extension judéophobie) car le premier stigmatise une phobie envers des individus pour ce qu'ils n'ont pas choisi, ce qui constitue un racisme, et le dernier confond la haine de l'islam (et non des musulmans) le choix qu'il représente. L'hostilité envers une croyance, une religion, une idéologie relève des appréciations personnelles et de la simple liberté d'expression[26]. Sa position est donc la même que celle du HCI citée plus haut.

«islam» n'est pas exact[modifier | modifier le code]

Le concept d'islamophobie, ainsi que le terme lui-même, ont été critiqués sur plusieurs aspects. Des opposants au concept[Qui ?] soulignent que le terme mélange la critique d'une religion à celle de ses adeptes[réf. nécessaire]. D'autres[Qui ?], constatant que le terme "islam" recouvre des réalités extrêmement variées (dogmes religieux, zones géographiques, populations, etc.), estiment que l'islamophobie peut ouvrir la voie au pur et simple racisme[réf. nécessaire].

Didier Delaveleye, pour le MRAX, rappelle la construction du mot et le sens qui en découle[27] « En voilà un qui est au hit-parade des mots problèmes : l’islamophobie. Ce terme s’est imposé aujourd’hui pour désigner l’hostilité spécifique vis-à-vis de la population de religion ou d’origine musulmane. Toutefois, cette simple définition pose déjà un problème puisque littéralement, l’islamophobie ne désigne pas la crainte du musulman, mais la crainte d’une religion particulière, l’islam. »

Pour Meïr Waintrater, ancien directeur de la revue juive L'Arche, il ne faut toutefois pas se laisser «  piéger par les mots » car « le terme d'islamophobie ne renvoie pas à une controverse au sujet de l'islam, mais à une mise en accusation systématique des musulmans, en tant que collectivité ou en tant que personnes - tout comme le terme d'antisémitisme a été inventé par des agitateurs antijuifs, dans le dernier quart du XIXe siècle, pour persécuter non pas d'hypothétiques "sémites" mais les Juifs et eux seuls. Islamophobie et antisémitisme, qui diffèrent par les conditions historiques de leur développement et par leurs logiques, ont ceci en commun que la mise en cause des individus y est dialectiquement liée à la représentation paranoïaque d'une collectivité »[28].

Censure de la critique religieuse[modifier | modifier le code]

C'est dans le sens de rejet de certains choix de société de la religion musulmane ou de certaines de ses formes[réf. nécessaire] que l'islamophobie est revendiquée: « [C]e terme d'islamophobie n'exprime rien d'autre que le dégoût et le rejet de l'islam en tant que religion, en tant que système de pensée totalisant. L'islamophobie c'est le rejet de l'islam, pas le rejet des musulmans ni le rejet des arabes ou des maghrébins. » déclare le site atheisme.org[29] « Les lecteurs d'atheisme.org qui se reconnaissent dans l'opposition radicale aux religions sont vivement encouragés à se déclarer publiquement islamophobes afin de créer un mouvement courageux de contestation de cette religion qui ne vaut pas mieux que les autres. » [30].

Claude Imbert, membre du Haut Conseil à l'intégration (HCI), fondateur et éditorialiste de l'hebdomadaire Le Point, affirme le 24 octobre 2003 sur la chaîne LCI[31] : « Moi, je suis un peu islamophobe. [...] Nous avons le droit de combattre le racisme, d’accepter une pratique paisible de l’islam. Et j’ai le droit, je ne suis pas le seul dans ce pays à penser que l’islam - je dis bien l’islam, je ne parle même pas des islamistes - en tant que religion apporte une débilité d’archaïsmes divers, apporte une manière de considérer la femme, de déclasser régulièrement la femme [et] en plus un souci de supplanter la loi des États par la loi du Coran, qui en effet me rend islamophobe »[32].

Il existe en France, et de façon générale dans le monde occidental, [réf. nécessaire] une longue tradition de critique de la religion. La figure de Voltaire, champion français de la liberté d'expression, est souvent évoquée dans les débats (par Alexandre del Valle[33], Claude Imbert, Alain Gresh…). Voltaire ne se retrouve pas sans appuis célèbres et anciens.

Cette tradition se retrouve dans des formes variées, allant de la simple critique philosophique ou sociologique, jusqu'à des formes très militantes de lutte contre toute forme de religion, héritières des grands débats anticléricaux du début du XXe siècle. Citons Rappelons cependant que le cléricalisme, interférence du religieux avec le civil, n'est pas la religion.

La critique de la religion est constitutionnellement légitime, et en conséquence son libre exercice garanti tant qu'il reste dans un cadre légal (les propos injurieux ou calomnieux sont bien entendu punissables). L'usage du terme « islamophobie » risque de couvrir une condamnation active de cette attitude, donc de facto une censure interdisant, sous couvert de respect, toute critique envers l'islam. Une telle censure serait contraire à la loi comme aux traditions démocratiques, qui autorisent l'expression de toutes les opinions sur tous les sujets, y compris religieux, dès lors que leur forme répond aux formes admises du débat d'idées.

Cette critique, exprimée par exemple par le Conseil de l'Europe, s'adresse moins à l'islam en tant que tel qu'à l'intégrisme, et de toutes religions. On quitte dès lors le débat « l'islam est-il dangereux ? » pour le remplacer par : « pratiquer les lois de sa religion particulière en violant celles de la République est-il tolérable ? ». Pour Caroline Fourest, le monde revendiqué par les intégristes musulmans ressemble fort à celui demandé par des intégristes juifs et chrétiens. La critique du terme « islamophobie » relève ainsi d'une lutte contre la tendance qu'auraient ces intégristes de mettre leur religion à l'abri de la critique, s'appuyant notamment sur la lutte contre le blasphème (que la loi n'entend ni ne peut interdire, le nombre de religions et de leurs variantes ainsi que de leurs tabous particuliers rendant le concept indéfinissable).

Le terme et ses équivalents dans différentes langues est d'un usage controversé dans certains pays comme la France. Bien que des organes de presse, mouvements et institutions l'utilisent dans le monde occidental, d'autres en contestent le bien-fondé our des raisons de connotation étymologique.

Éric Conan, journaliste de la revue L’Express, estime que le terme relève de la « guerre des mots »[34], qui serait prise dans une lutte idéologique, voire une guerre, au sein de l'islam lui-même, où l'islamisme en sous-main tendrait à imposer un point de vue contraire à la fois à la tendance strictement religieuse de l'islam et sa composante libérale.

Selon la journaliste Caroline Fourest, c'est Tariq Ramadan qui a apporté au Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP) le concept de lutte contre l'islamophobie pour faire condamner le blasphème et les critiques de l'islam en France. Pour Caroline Fourest et Fiammetta Venner, fondatrices de la revue ProChoix et auteures de Tirs croisés[35] : « [le] mot “islamophobie” a été pensé par les islamistes pour piéger le débat et détourner l’antiracisme au profit de leur lutte contre le blasphème. Il est urgent de ne plus l’employer pour combattre à nouveau le racisme et non la critique laïque de l’islam. »[36],[37]. Selon elles, le mot a pour la première fois été utilisé en 1979 par les mollahs iraniens[38], et par la suite tous les groupes fondamentalistes ont utilisé ce terme pour fustiger les femmes qui résistent aux prescriptions de la charia, pour justifier en 1990 la fatwa contre l'écrivain Salman Rushdie, pour condamner à mort Taslima Nasreen et plusieurs autres intellectuels musulmans pour des écrits jugés blasphématoires[39]. Selon elles, le terme est toujours utilisé par le régime iranien pour condamner toute production artistique jugée blasphématoire, comme l'accusation d'islamophobie lancé en 2007 par Mehdi Halhor contre le dessin animé Persépolis, réalisé notamment par Marjane Satrapi.

L'affirmation de Caroline Fourest selon laquelle le mot aurait été créé en 1979 par des « mollahs iraniens » a été contestée par plusieurs chercheurs, qui notent non seulement qu'il n'existe aucune preuve démontrant un usage de ce mot par des mollahs (le mot étant d'ailleurs inconnu en langue iranienne), mais surtout qu'il est attesté que le mot était utilisé en France dès 1910[40],[41]. Selon Sébastien Fontenelle ou le collectif des Indigènes de la République, l'argument de Caroline Fourest, repris par Pascal Bruckner, Éric Zemmour ou encore Manuel Valls, est une contre-vérité historique destinée à discréditer tout usage de ce terme[42],[43],[44].

Selon l'intellectuel américain Edward Said, le terme « islam », tel qu'il est utilisé par les médias et les « experts », recouvre des réalités politiques, sociales, géographiques extrêmement variées (et parfois contradictoires)[45].

Outre la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH), les laïques en général et les défenseurs de la laïcité sont opposés à l'usage du terme au nom de la défense des principes de la liberté d'expression inscrits dans la Constitution et dans les Déclarations des droits de l'homme[46].

Le Mouvement des musulmans laïques de France (MMLF) avec Kebir Jbil soutient qu’« en Iran et au Soudan, pour éliminer les musulmans progressistes, il suffit de les qualifier d’islamophobes. Ainsi, ce terme ne désigne pas un racisme, mais stigmatisme toutes celles et tous ceux qui résistent à l’islam radical et archaïque. »

Pour Dominique Sopo, le concept d'islamophobie est "extrêmement problématique" car il est susceptible "de réinstaurer le délit de blasphème dans les ordres juridiques"[47].

Islamophobie et racisme[modifier | modifier le code]

Une partie de l'opinion publique identifie l'islam ou l'islamisme radical aux Arabes. Dans son rapport de mars 2008, l’Observatoire de l’OCI sur l’islamophobie estime que celle-ci a pris récemment de l'ampleur dans les pays occidentaux. Il se peut qu'il fasse référence à la période qui a suivi les attentats du 11 septembre 2001 à New York et/ou les attentats du 7 juillet 2005 à Londres[48].

L'islamophobie est-elle assimilable au racisme ?

Le terme est dénoncé par de nombreuses personnes et associations comme permettant de qualifier de raciste, qui donc tombe sous le coup de la loi, les critiques formulées à l’encontre de l’islam.

L'usage du terme constituerait également une transformation indue de la lutte antiraciste, comme l'affirme par exemple le site athéisme.org, pour qui le MRAP assure désormais la défense de l'islam, ceci au nom de la lutte contre l'islamophobie et quitte à délaisser la lutte contre le racisme[49].

Le congrès du MRAP du 5 décembre 2004 a été l'occasion de débats houleux au sujet de l'islamophobie. Beaucoup de militants ont considéré qu'il y avait un risque d'une dérive vers la défense du cléricalisme musulman. La ligne actuelle du mouvement y a été approuvée à une majorité de 131 voix pour, 83 contre et 46 abstentions.

La raison de l'opposition à l'usage du terme est explicitement énoncée lors du désaccord entre le MRAP et le syndicat d'enseignants, Unsa-Education, qui comme d'autres syndicats et organisations laïques, telle la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra), ont refusé la demande du MRAP en faveur de l'usage du terme "islamophobie", et ce, à l'occasion de la "semaine d'éducation contre le racisme à l'école (21-26 mars 2005)".

En France, la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) remet en mars 2004 un rapport au premier ministre où on peut lire que « certains courants intégristes tentent d'obtenir la requalification du racisme anti-maghrébin en "islamophobie" pour mieux tirer bénéfice des frustrations, jouer sur les replis identitaires religieux de la population d'origine maghrébine et faire du religieux le critère absolu de différenciation, de partage. Il faut donc manier ce terme avec la plus grande précaution. »[50].

L'extrême-gauche antiraciste et tiers-mondiste, a également été critiquée, Pascal Bruckner interprète ainsi l'assimilation au racisme : Il s'agit donc de réhabiliter le délit d'opinion afin de clouer le bec aux contradicteurs et déplacer la question du plan intellectuel au plan pénal, toute objection ou réticence étant immédiatement passible de poursuites. […] Or l'assimilation de l'esprit d'examen avec le racisme est trompeuse sachant que celui-ci s'adresse aux personnes en tant qu'elles existent et pour ce qu'elles sont, le Juif, le Noir, l'Arabe, autant la discussion critique porte sur de notions mobiles, variables, les idées, les dogmes, les principes, toujours susceptibles de transformations. [51].

Le Haut Conseil à l'Intégration Français rappelle qu'« en République, la critique de la religion, comme de toutes les convictions, est libre, est constitutionnellement garantie et fait partie de la liberté d’opinion et d’expression, et ne saurait être assimilée au racisme et à la xénophobie ».

Certains refusent l'assimilation au racisme qui est parfois faite, expliquant que l'islam se choisit, à l'inverse des origines ethniques. Des observateurs et analystes, qui contestent l'emploi du terme, considèrent que cette notion contribue à propager un amalgame entre "religion", "ethnie", et "culture", amalgame qui contribue à transformer la crainte initiale en racisme.

Ceux qui utilisent le terme soulignent au contraire que l'étiquette « musulman » est souvent imposée de l'extérieur (par les discours politiques ou médiatiques) sans que la question soit explicitement posée à ceux qui peuvent, ou non, se considérer comme tels. C'est ce qui se passe par exemple, lorsqu'il est dit que "la communauté musulmane compte, en France, cinq millions de membres". D'autre part, le terme « musulman » a longtemps désigné, en France, durant la période coloniale, non pas une catégorie religieuse mais une catégorie ethno-raciale : les Arabo-Berbères d'Afrique du Nord, qu'ils soient ou pas de confession musulmane[52]. Cette définition ethno-raciale est encore parfois utilisée pour désigner des personnes qui ne sont pas de confession musulmane mais en référence à leur origine arabo-berbère. Ainsi, pour Nicolas Sarkozy, le terme « musulman » « n'a aucune connotation religieuse » mais une connotation ethnique[53].

Ce type de proposition, où la foi religieuse individuelle disparaît derrière une catégorisation ethnicisante, favorise les glissements sémantiques entre, par exemple, « arabes », « musulman » et, par suite, « islamistes ». Ainsi peut se développer, sous couvert d'une critique de la foi et des dogmes religieux, ce que le sociologue Saïd Bouamama appelle « un racisme respectable »[54]. De même, pour Rokhaya Diallo, « l'islamophobie est une reformulation polie et respectable d'une arabophobie ancienne et très ancrée. » [55]

Selon certains[Qui ?], il convient de respecter la différence entre ce qui relève de l'islam et ce qui relève du racisme, et entre ce qui relève de l'islam et ce qui relève de l'islamisme : mouvement politique radical au nom de l'islam. Ce que soutiennent les musulmans qualifiées d'« éclairés » Malek Chebel[56], Fethi Benslama et bien d'autres.

Vincent Geisser, chercheur à l'Institut de recherches et d'études sur le monde arabe (IREMAM/CNRS) est l'auteur du livre La Nouvelle Islamophobie[57]. L'ouvrage, plaidoyer en faveur de l'adoption du terme d'"islamophobie" en France. Selon lui, celle-ci « s'ancre très profondément dans la mémoire de l'Algérie coloniale ». Pour lui[58],[59] « L'Islamophobie n'est pas une résurgence de la vieille problématique Croisade/Jihad - même si l'on peut relever ici ou la des traces théologiques - mais constitue bien un racisme antimusulman profondément moderne.». C'est dans ce sens qu'elle est dénoncée en France[60]. Tout comme l'anti-sémitisme, l'islamophobie incite à des profanations[18].

Pour Olivier Roy, « La critique de l’islam comme religion permet de reprendre un discours anti-immigration en le "déracialisant". Au lieu de critiquer les immigrés ou les Arabes, on se réfère aux « musulmans », mais il s’agit bien sûr de la même population. »[61].

De même, le journaliste Alain Gresh du Monde diplomatique estime quant à lui au sujet de l'usage du terme que « il est vrai que certains musulmans peuvent brandir l'islamophobie pour bannir toute critique de l'islam, cela ne doit pas nous décourager : la judéophobie ou l'antisémitisme est aussi utilisé par certains pour interdire toute critique de la politique israélienne. Faut-il bannir l'usage de ces mots pour autant ? » mais il considère surtout que « C’est ce nouveau masque du vieux fond de racisme anti-arabe et anti-Maghrébin conjugué avec l’idée d’une "menace" internationale que le terme "islamophobie" recouvre... Il est évident qu’il y a un recoupement entre racisme anti-Maghrébin et islamophobie, sans doute renforcé par la visibilité d’une partie de la jeune génération, qui s’affirme "musulmane" sur la scène publique et ne rase plus les murs. Il se développe ainsi un nouveau racisme anti-Arabe, porté par une partie des intellectuels et des médias, qui se camoufle sous le drapeau de la lutte contre l’islam »[2]

Pour Pascal Boniface, géopolitologue et fondateur et directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques, « On ressort aujourd'hui, sur les Musulmans, le même type d'arguments que l'on réservait aux Juifs dans les années 30. Ils ne sont pas comme nous, ils font peser un danger sur la République. Ils ont un plan secret pour imposer leur loi. Leur religion est incompatible avec notre société. Ils ne seront jamais français et resteront étrangers, et ce, quelle que soit la mention figurant sur leurs passeports. Dans les années 30, même s'il en avait la nationalité, un Juif n'était pas considéré comme tout à fait français. Aujourd'hui, cet argument est servi pour les Musulmans. »[62].

Stratégie[modifier | modifier le code]

Jean-Paul Gourévitch, qui se déclare « ni islamophile ni islamophobe », définit, dans son ouvrage La croisade islamiste : pour en finir avec les idées reçues paru en 2011, les « grands axes de la stratégie islamophobe » qui, selon lui, « s'apparente largement par ses procédés à la stratégie des islamistes »[63] :

  • « La certitude de mener le bon combat pour l'avenir de la République et du monde tout entier »;
  • « Le refus du compromis. Il n'y a pas d'islamistes modérés. Ceux qui se prétendent tels font le jeu des radicaux. Islam et islamisme sont semblables et tous deux à combattre »;
  • « La diabolisation de l'adversaire à qui on ne prête qu'un seul dessein, la domination du monde, et dont on grossit l'influence en amalgamant au noyau dur la constellation de ses satellites et la nébuleuse de ses réseaux »;
  • « La dénonciation systématique des complaisances que les politiques et les administrations auraient à l'égard des islamistes »;
  • « La dénonciation systématique de l'entrisme de l'islamisme dans les organisations musulmanes ».
  • « La dénonciation systématique des complaisances des médias vis-à-vis de l'islamisme, quand ils passent sous silence des faits avérés, les maquillent, ou montent en épingle des anecdotes lourdes de symboles ».

Perceptions mondiales[modifier | modifier le code]

Selon un rapport[19] du Conseil des Droits de l'homme des Nations unies, l'islamophobie, bien que le terme soit récent, a toujours existé et a augmenté sensiblement après certaines réactions aux attentats du 11 septembre 2001. L' islamophobie, dans l'acception de «racisme anti-musulman», est sous-jacente à l'utilisation du terme de « choc des civilisations », utilisé par Samuel Huntington, par nombre d'hommes politiques et d'intellectuels qui opposent un « islam global » respectant à la lettre les prescriptions de la charia, à un « Occident » mettant l'accent sur les Droits de l'homme.

En 2004, une conférence des Nations unies[64] a eu pour thème les phénomènes de violence envers des musulmans et la recherche de moyens pour combattre l'islamophobie.

Aux États-Unis[modifier | modifier le code]

Le panneau au premier plan : « Aucune mosquée dans la zone du ground zero. Préservons la dignité de nos morts en ce lieu. ». Au second plan: « Qu'est-ce qui rendrait le terroriste Oussama ben Laden plus heureux qu'une mosquée bâtie sur les cendres de ses victimes? ».

Cette islamophobie devient intense ces dernières années aux États-Unis après les attentats du 11 septembre 2001. Les actes islamophobes se sont multipliés à travers les États-Unis, comme des magasins qui refusent de servir les clientes qui portent le voile islamique[65], ou encore des cas d'extrêmes violences allant parfois à la tentative de meurtre contre les musulmans à cause de leur religion[66],[67].

Une étude a récemment démontré que l'islamophobie aux États-Unis était en expansion fulgurante, alors qu'avant le 11 septembre 2001, 24 % des américains déclaraient avoir une attitude anti-islamique, c'est ensuite plus de 46 % d'entre eux qui, en 2006, déclaraient être anti-islamiques[68].

L'islamophobie se ressent à travers les actions médiatiques de pasteur Terry Jones, créateur en 2010 de la "International Burn a Koran Day" (journée internationale du brûlage de Coran)[69] qui consiste a brûler le Coran chaque 11 septembre[70],[71],[72].

En Europe[modifier | modifier le code]

La Commission européenne et l'observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes (EUMC) ont organisé à l'automne 2003 une table ronde de réflexion sur l'antisémitisme, l'islamophobie et les possibilités de réconciliations entre les communautés[73]. Le terme est aussi utilisé par le Conseil de l'Europe[74] à la demande de la Turquie qui introduit le terme à la fin de la conférence.

L'EUMC dans une étude intitulée "Les musulmans au sein de l'Union européenne: discrimination et islamophobie" et publiée courant décembre 2006, souligne que certains musulmans de l'Union européenne sont victimes de discrimination en matière d'emploi, logement d'éducation. Les actes islamophobes, allant d'insultes à des agressions physiques et incendies criminels[75].

France[modifier | modifier le code]

Dans son livre L'Islam imaginaire, la construction médiatique de l'islamophobie en France (1975-2005)[76], Thomas Deltombe pense que si le terme "islamophobie" était peu utilisé à l'époque, certains journalistes étaient conscients, dès les années 1980, de la montée du phénomène. Le patron du Nouvel Observateur, Jean Daniel, accusa par exemple en 1983 le gouvernement socialiste de « nourrir cet anti-islamisme indistinct et de moins en moins honteux que l'on voit refleurir, surtout d'ailleurs, hélas!, dans les couches populaires, en France et en Europe » (Le Nouvel Observateur, 4 février 1983)[77]. De même, à la suite de l'affaire des "tchadors" de Creil en 1989, Jacques Julliard estima que : « l'argument anti-islamique est de longue date un alibi commode qui habille de respectabilité la haine de l'Arabe et le refus de l'accueillir » (Le Nouvel Observateur, 23 novembre 1989)[78].

Toujours dans le même livre, il décrit l'implication des médias français dans ce qu'il appelle « la peur, souvent haineuse » de la religion musulmane. Selon Thomas Deltombe il y a « trois éléments clés de la peur de l'islam: le traumatisme de la guerre d'Algérie, la visibilité de la religion musulmane et la crainte de l'islamisation des modes de vie »[79] qui auraient repris de la vigueur avec l'émergence du terrorisme islamiste dans les années 1990 en France (campagne terroriste des Groupes islamiques armés, ou GIA algériens) et après les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis.

Des personnalités telles que Alain Gresh[80] ou Jean Baubérot dénoncent l'islamophobie, qu'ils conçoivent comme un amalgame entre croyants et intégristes, fondée sur une interprétation belliciste du Coran[81], et qui sous prétexte de protection de la liberté d'expression, dégénère en xénophobie.

À Alger le 3 décembre 2007, le président français Nicolas Sarkozy fait un parallèle entre l'islamophobie et l'antisémitisme : «  En France comme en Algérie, nous devons combattre avec une détermination sans faille toute forme de racisme, toute forme d'islamophobie, toute forme d'antisémitisme. Il n'y a rien de plus semblable à un antisémite qu'un islamophobe. Tous deux ont le même visage : celui de la bêtise et de la haine. (…) Le racisme, l'islamophobie et l'antisémitisme ne s'expliquent pas. Ils se combattent. Ce qui vaut pour la France vaut partout ailleurs dans le monde. »[82]

De son côté, Caroline Fourest, estime en 2003 que le terme d'islamophobie est instrumentalisé à des fins de prosélytisme en vue d'interdire le blasphème[83]. Le Haut Conseil à l'intégration a une position similaire.

Dans l'affaire des caricatures de Mahomet par le journal Charlie Hebdo, la justice n'a pas retenu de caractère délictuel à cette publication que certains ont estimé « islamophobe ».

Pour le philosophe Alain Finkielkraut, « la haine ou le rejet des musulmans existent et doivent être combattus sans relâche. Mais le concept d'islamophobie relève de la terreur intellectuelle. Est aujourd'hui considéré comme islamophobe celui qui veut que les musulmans se soumettent aux lois de la République. Car il s'agit pour ceux qui manient ce vocable comme un gourdin de soumettre la République à leurs exigences »[84].

Royaume-Uni[modifier | modifier le code]

L'islamophobie n'est pas dénoncée en tant que telle avant 1997, date à laquelle l'organisation antiraciste Runnymede Trust publie un document intitulé Islamophobie, un défi pour nous tous (Islamophobia: A Challenge for Us All)[85]. Dans la partie "Nature de l'islamophobie", le rapport souligne huit points caractéristiques que cet institut associe à l'islamophobie. Les six premiers portent sur la perception de l'islam ou du discours critique que celui-ci tient sur l'Occident ; les deux derniers portent également sur l'hostilité envers les musulmans :

  • L'islam est vu comme un bloc monolithique, statique et incapable de répondre aux changements
  • L'islam est perçu comme “séparé” et “autre”, sans valeurs communes avec les autres cultures, n'est pas affecté par celles-ci et lui-même n'ayant aucune influence sur celles-ci.
  • L'islam est perçu comme inférieur à l'Occident. Il est perçu comme barbare, irrationnel, primitif et sexiste.
  • L'islam est perçu comme violent, agressif, menaçant, soutenant le terrorisme et engagé dans un choc des civilisations.
  • L'islam est perçu comme une idéologie politique, utilisée à des buts politiques et militaires.
  • Les critiques de l'Occident formulées par l'islam sont rejetées de but en blanc.
  • l'hostilité envers l'islam est utilisée pour justifier des pratiques discriminatoires à l'égard des musulmans ainsi que leur marginalisation dans la société.
  • l'hostilité anti-musulmane est perçue comme naturelle et normale.

L'éditorialiste britannique Josie Appleton critique cette définition donnée par le Runnymede Trust : « Ce rapport parle de la l'augmentation du préjugé anti-musulman, qui doit être abordée politiquement. Mais la section intitulée "Nature de l'islamophobie" suggère une définition très large du préjugé ; les exemples d'islamophobie donnés par ce rapport à savoir que la vision d'un islam inférieur à l'Occident, plutôt que simplement différent ; la vision d'un islam monolithique et statique plutôt que varié et progressiste, la perception de l'islam comme un ennemi plutôt que comme un partenaire. Tout cela semble relever d'une sensibilité exacerbée, d'une tentative de disqualifier toute critique de l'islam. Plutôt que d'inviter les musulmans au débat, les non-musulmans seraient supposés marcher sur des œufs de crainte de causer une offense. Depuis le 11 septembre 2001, nous avons vu comment cette attitude prévient toute discussion.»

En 2004, le Runnynede Trust a publié un autre rapport décrivant l'institutionnalisation de l'islamophobie dans plusieurs corps publics[86].

Kenan Malik, auteur d’une étude statistique des phénomènes de racisme envers les musulmans en Grande-Bretagne, tempère largement ce que soutiennent les partisans de cette dernière acception du terme. Selon cet auteur, l'existence d'une haine largement répandue envers les musulmans « est un mythe ». Par exemple lorsque ceux-ci prétendent que les musulmans « sont confrontés à une avalanche de littérature anti-islamique qui prêche la haine contre l'islam ». Il semblerait qu'en fait, c'est à peine une poignée de livres qui critiquent l’islam.[réf. nécessaire] Ce qui amène l’auteur à conclure que « Les accusations d'islamophobie, sont destinées « à faire taire les critiques de l'islam, voire les musulmans qui luttent en faveur de réformes dans leurs communautés »[87].

La confédération syndicale la plus importante, la TUC, a mis en place un travail commun avec le Conseil musulman de la Grande-Bretagne visant explicitement à combattre l'islamophobie. Les deux organisations ont, par exemple, organisé un colloque commun en avril 2007.

Pays-Bas[modifier | modifier le code]

Le premier personnage politique à dénoncer l'islam dans ce pays, était le populiste Pim Fortuyn, qui l'a qualifié de « culture arriérée », et pointé du doigt plusieurs imams. Un de ses ouvrages s'intitule "Contre l'islamisation de notre culture"[88].

Une contribution importante au débat est considérée d'être celle de Mme Ayaan Hirsi Ali, maintenant chercheur à l'« American Enterprise Institute », institut néo-conservateur américain. Elle considère l'islam comme « gros problème » aujourd'hui, et recommande de lutter contre lui. Elle admet que le problème vient du radicalisme, mais s'inquiète que « trop de musulmans tolèrent l'islam radical ». En 2006-2007 sa pensée était en phase avec celle du critique littéraire américain Bruce Bawer, auteur du livre " While Europe Slept: How Radical Islam Is Destroying the West from Within". Elle se sert de sa comparaison avec le nazisme, où l'islam radical est le nazisme, et ceux qui cherchent la conciliation, commettent l'erreur de Chamberlain[89].

La "question musulmane" devient un sujet de discussion et de remises en question d'une tradition libérale et de tolérance après l'assassinat de Theo van Gogh (le 2 novembre 2004) qui fait reparler de l'islamisme dans les médias. Sylvain Ephimenco, éditorialiste au quotidien chrétien "progressiste" Trouw, publie un recueil de chroniques intitulé Contraint à la résistance où il développe l'idée d'une nécessaire résistance à ce que l'islamisme veut détruire dans la démocratie.

Il[Qui ?] y recommande : « la résistance pour défendre des valeurs normalement de gauche comme la liberté de pensée, d'expression, l'égalité des hommes et des femmes, tout ce que le fondamentalisme islamique essaie de détruire. » Il énonce qu'« une partie de la gauche refuse la critique de l'islam, qu'elle assimile à de l'islamophobie et donc à du racisme. Cette gauche-là ne veut pas admettre que nous nous sommes trompés en nous battant pour la fraternité multiculturelle. Le multiculturalisme, c'est un instrument du repli sur soi et de la ghettoïsation voulue. Le laisser-faire des dernières décennies fait que, désormais, parler d'intégration, c'est proférer une insulte. »

Après l'assassinat de van Gogh il s'est trouvé certains députés, dont Ayaan Hirsi Ali, pour demander au Parlement, d'instaurer une laïcité « à la française ». Les opposants à cette proposition ont protesté au nom de l'islamophobie.[réf. nécessaire]

En 2008, un sondage du «TNS NIPO», a trouvé que 62 % des Hollandais favorisaient l'interdiction de construction de nouvelles mosquées. 55 % estimaient qu'il fallait interdire aux musulmans, résidents au pays, de faire venir leurs époux/ses de leur pays d'origine, pour s'y installer. 71 % de la population estime qu'il faut interdire le port, en public, de la burqa afghane[90].

Belgique[modifier | modifier le code]

Dans ce pays où les questions relatives à la place de l'islam dans la société sont fréquemment abordées, le Mouvement contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie (MRAX, homologue belge du MRAP français), fait de la lutte contre l'islamophobie une de ses priorités et a organisé en 2009 et en 2010 plusieurs colloques sur le sujet, les Assises sur l’islamophobie, dans le cadre des Assises de l'interculturalité voulues par le gouvernement fédéral[91],[92].

Espagne[modifier | modifier le code]

Une enquête de l'Instituto Elcano en Espagne indique que 68 % des Espagnols considèrent les sociétés musulmanes comme « violentes », et 79 % comme « non tolérantes ». 74 % pensent également qu'il existe déjà un choc des civilisations entre les pays occidentaux et le monde musulman[93].

Suède[modifier | modifier le code]

En 2006, un sondage de Swedes by Demoskop, rapporté dans le Dagens Nyheter, montre que 33 % des personnes de plus de 65 ans pensent que les musulmans menacent la culture suédoise, 15 % des sondés de 15 à 27 ans répondent oui à la même question[94].

Australie[modifier | modifier le code]

En 2006, le Sunday Herald Sun a publié un sondage commandé auprès de l'institut Gallup, publié le 30 juillet, indiquant que 40 % des Australiens interrogés estiment que l'« islam est une menace à leur mode de vie », et qu'un sondé sur trois craint davantage les musulmans depuis le 11 septembre 2001[95]. Un sondage similaire de mars 2006 établit qu'un quart des personnes interrogées voient l'islam comme « une croyance intolérante ou fondamentaliste ». Cependant, l'un des chercheurs à l'origine de cette étude, Kevin Dunn, de la New South Wales University, affirme que ces personnes se sentent moins menacées par l'islam quand elles ont des contacts directs avec les pratiquants de cette religion[96].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ingrid Ramberg, Budapest Centre européen de la jeunesse, L'islamophobie et ses conséquences pour les jeunes : rapport du séminaire, Centre européen de la jeunesse, Budapest, 1er-6 juin 2004, éd. Council of Europe, 2005, p. 6, PDF
  2. a, b et c À propos de l'islamophobie, par Alain Gresh
  3. « “Islamophobie”: une invention française », sur http://islamophobie.hypotheses.org,‎ 23 mai 2012
  4. Cette occurrence attestée du mot « islamophobe » se trouve dans l'ouvrage L’Orient vu de l'Occident, écrit par le peintre et essayiste Étienne Dinet et l'essayiste Sliman Ben Ibrahim (Piazza-Geuthner, 1921, Paris). Les auteurs parlent alors de « délire islamophobe » au sujet d'une biographie de Mahomet écrite par le père jésuite Henri Lammens.
  5. Alain Quellien, La politique musulmane dans l’Afrique Occidentale Française, E. Larose, Paris, 1910. Le terme « islamophobie » y apparaît page 133 comme titre d'une sous-partie. Texte intégral mis en ligne par la BNF
  6. Selon un article de Dahou Ezzerhouni intitulé L'islamophobie, un racisme apparu avec les colonisations: « Le mot serait ainsi apparu pour la première fois dans quelques ouvrages du début du XXe siècle. On peut citer entre autres La politique musulmane dans l’Afrique Occidentale Française d’Alain Quellien publié en 1910, suivi de quelques citations dans la Revue du Monde Musulman en 1912 et 1918, la Revue du Mercure de France en 1912, Haut-Sénégal-Niger de Maurice Delafosse en 1912 et dans le Journal of Theological Studies en 1924. » [1]
  7. Maurice Delafosse, Haut-Sénégal-Niger, sous la direction de F. Clozel, E. Larose, Paris, 1912. Maurice Delafosse y écrit page 211: « Quoi qu'en disent ceux pour qui l'islamophobie est un principe d'administration indigène, la France n'a rien de plus à craindre des musulmans au Soudan que des non musulmans.» Texte intégral mis en ligne par la BNF
  8. 11 septembre: huit ans après, Ben Laden revendique toujours les attentats, Conspiracy Watch, 17 septembre 2009.
  9. Ramberg, L'islamophobie et ses conséquences pour les jeunes, Budapest, Conseil de l'Europe, 2004, p.6
  10. Cité in : Traian Sandu, Judit Maar, Patrick Renaud, Ouest-Est : dynamiques centre-périphérie entre les deux moitiés du continent, L'Harmattan, 2013, p. 424 lire l'extrait sur books.google.fr
  11. http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/islamophobie/186470
  12. "NGO Paper: What Does “Islamophobia” Mean?", OSCE Human Dimension Implementation Meeting, 3 octobre 2013
  13. Le Reflet du 07/02/06, dans un article reproduit par le site africatime - Côte d'Ivoire
  14. Définition du dictionnaire Le Robert édition 2006 : "forme particulière de racisme dirigé contre l'islam et les musulmans, qui se manifeste en France par des actes de malveillance et une discrimination ethnique contre les immigrés maghrébins".
  15. dans L’Islam imaginaire : la construction médiatique de l'islamophobie en France, 1975-2005, Éditions La Découverte (ISBN 2707146722), p. 312
  16. Déclaration des droits de l'homme : "tant que son exercice ne trouble pas l'ordre public"
  17. The overall intention of the Commission is twofold:
    (a) to counter Islamophobic assumptions that Islam is a single monolithic system, without internal development, diversity and dialogue, and;
    (b) to draw attention to the principal dangers which Islamophobia creates or exacerbates for Muslim communities, and therefore for the well-being of society as a whole.


    Traduction :

    L'objectif général de la Commission est double :
    (a) combattre les croyances islamophobes selon lesquelles l'islam est un système monolithique unique, sans développement interne, diversité ni dialogue, et
    (b) attirer l'attention sur les principaux dangers créés ou exacerbés par l'islamophobie pour les communautés musulmanes, et en conséquence pour le bien-être de la société dans son ensemble.


    [2]
  18. a et b "Nouvelle profanation de tombes musulmanes", Lemonde, 06.04.08
  19. a et b Nations Unies - Conseil des droits de l'homme
  20. Philippe Muray, dans son livre Exercices spirituels, tome 3 : « Je suis frappé depuis quelques années par l'opération de médicalisation systématique dont sont l'objet tous ceux qui ne pensent pas dans la juste ligne : on les taxe de phobie »
  21. Le psychanalyste Daniel Sibony.« Homophobie, xénophobie, judéophobie… autant de mots détournés de leur sens. Ne pas aimer n'est pas phobie », article de Libération « Que fait-on en parlant de « phobie » ? On prétend, en pointant ces « phobies », interdire aux gens d'avoir telle ou telle peur. Mais peut-on interdire d'avoir peur ?[…] ».
  22. Selon l’Observatoire de l’OCI sur l’islamophobie : « Les préjugés et l’intolérance envers l’Islam sont une vieille phobie et ont toujours constitué un trait distinctif de la société occidentale et du psychisme européen depuis le VIIe siècle. » in Premier rapport de l’Observatoire de l’OCI sur l’Islamophobie pour présentation au 11e Sommet Islamique, Dakar - République du Sénégal 13-14 mars 2008. Chapitre I, Introduction, section 1.1 Contexte historique, 1er §, p. 8
  23. Tribune parue dans Le Monde du 3 décembre 2005
  24. Flemming Rose, rédacteur en chef du journal Jyllands-Posten qui a publié les caricatures de Mahomet déclare : « Comme c'est astucieux, remarque-t-il, qu’ayant créé le mot “islamophobie”, les pays musulmans puissent ainsi insinuer que critiquer l’islam - distincte de toute discrimination à l'encontre des personnes musulmanes - est une maladie, un fantasme malsain qui nécessite d'être soigné médicalement » in The Jerusalem Post
  25. CNRS, EHESS Schizofrénia, une maladie soviétique, 2001
  26. Elle déclare dans la Tentation obscurantiste, au chapitre le piège du mot islamophobie : « Pourtant ces deux mots [islamophobie et homophobie] n'ont rien à voir. Le terme "homophobie" stigmatise une phobie envers des individus pour ce qu'ils sont, ce qui doit logiquement être dénoncé comme raciste. Tandis que "islamophobie" confond la haine envers les musulmans pour ce qu'ils sont (ce qui doit être dénoncé comme raciste) avec l'hostilité envers une croyance, une religion, une idéologie (ce qui relève de la liberté d'expression) »
  27. dans Quand l’islamophobie questionne la laïcité
  28. Dictionnaire de l'islamophobie, sous la direction de Kamel Meziti, éditions Bayard, 2013 (p.332).
  29. Pour le droit à la libre critique des religions
  30. (dans Islamophobes, dénonçons-nous !)
  31. Claude Imbert, islamophobe déclaré, acrimed, 26 octobre 2003.
  32. On peut trouver consulter dans Wikiquoteplusieurs citations sans complaisance de Mustapha Kemal sur l'islam. Voir aussi Ernest Renan qui tient à son sujet de propos mitigés, mais restant globalement défavorables
  33. Critique du terme
  34. "Qui parle d'islamophobie ?" par Éric Conan dans L'Express du 04/12/2003.
  35. La laïcité à l’épreuve des intégrismes juif, chrétien et musulman
  36. Revue Prochoix
  37. « Nous refusons de renoncer à l’esprit critique par peur d’encourager l’« islamophobie », concept malheureux qui confond critique de l’islam en tant que religion et stigmatisation des croyants. » déclare le MANIFESTE DES DOUZE : "ENSEMBLE CONTRE LE NOUVEAU TOTALITARISME", dans la revue Prochoix.
  38. Islamophobie?!, Prochoix, Caroline Fourest et Fiammetta Venner, 12 novembre 2003.
  39. Tel par exemple Mahmoud Mohamed Taha, assassiné au Soudan en 1985, pour avoir dénoncé l'incompatibilité de la charia avec la modernité.
  40. A. Hajjat, M. Mohammed, “Islamophobie”: une invention française, Hypothèses.org, 23 mai 2012.
  41. Fernando Bravo Lopez, Towards a definition of Islamophobia: approximations of the early twentieth century, Ethnic and Racial Studies, Volume 34, Issue 4, 2011.
  42. Sébastien Fontenelle, « ISLAMOPHOBIE » : le mot qui gêne, Bakchich, 2 novembre 2012.
  43. Cyril Lamiral, L'imposture Caroline Fourest, Les Indigènes de la République, 15 juin 2012.
  44. Valls et l'islamophobie : tout faux !!, Mediapart, 3 août 2013.
  45. Covering Islam, How the media and the experts determine how we see the rest of the world, par Edward W. Said, Vintage, Londres, 1996, ISBN 0-09-959501-X
  46. Nombre de ces textes sur le site de l'Observatoire du communautarisme
  47. Enquête & Débat, Dominique Sopo (SOS Racisme) : "Tout le monde est structuré par la vision raciale du monde" (19:00), 1er novembre 2010
  48. Selon l’Observatoire de l’OCI sur l’islamophobie : « L’Islamophobie existe depuis l’apparition de l’Islam. Mais au cours des dernières années le phénomène a pris des proportions alarmantes et est devenu une principale cause de préoccupation pour le monde musulman. La stigmatisation de l’Islam et l’intolérance raciale envers les musulmans des sociétés occidentales se sont accentuées.[...]ces groupes d’intérêt Islamophobes sont en train de donner une image négative tendant à faire croire que l’Islam et les Musulmans soutiennent le terrorisme et l’extrémisme. [...] Avec la montée de l’Islamophobie, les Musulmans des différentes parties du monde, d’occident en particulier, sont en train d’être victimes de divers stéréotypes racistes et de toutes sortes de traitements discriminatoires. » in Premier rapport de l’Observatoire de l’OCI sur l’Islamophobie pour présentation au 11e Sommet Islamique, Dakar - République du Sénégal 13-14 mars 2008. Résumé exécutif, 1er §, p. 4
  49. Le MRAP assure la défense de l'islam par Atheisme.org
  50. Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH), La lutte contre le racisme et la xénophobie. Rapport d'activité 2003, La Documentation française, 2004, 656 p. (ISBN 978-2110055774), p. 183.
  51. Le chantage à l'islamophobie par Pascal Bruckner
  52. "La catégorie de « musulman » s'avérait plus ethnique ou culturelle que proprement religieuse.", Anne-Marie Thiesse, Faire des Français: Quelle identité nationale ?, Stock, 2010, p. 55
  53. Vincent Ferry, Piero-Galloro, De la discrimination dite "ethnique et raciale": Discours, actes et politiques publiques - entre incantations et humiliations, Éditions L'Harmattan, 2009, p. 362
  54. L'affaire du foulard islamique : la production d'un racisme respectable, par Saïd Bouamama, Éditions Le Geai Bleu, 2004, ISBN 2-914670-22-2
  55. Rokhaya Diallo, Racisme : mode d'emploi, éd. Larousse, 2011, p. 131
  56. voir "Manifeste pour un islam des lumières 27 propositions pour réformer l’islam"
  57. Vincent Geisser et la "nouvelle islamophobie", par l'Observatoire du Communautarisme
  58. dans La Nouvelle Islamophobie, p. 21
  59. Vincent Geisser, L'islamophobie et ses conséquences pour les jeunes, Council of Europe, 2005, p.43
  60. Le chef de l'État dénonce « l'islamophobie »)
  61. Interview de Olivier Roy par Mehdi Ben Smida, La critique de l’islam comme religion permet de reprendre un discours anti-immigration en le « déracialisant »., le 11 mai 2005
  62. Pascal Boniface dans Le modernisme de Marine Le Pen, paru le 12 décembre 2010
  63. La croisade islamiste, pour en finir avec les idées reçues, 2011, ISBN 978-2355931772,Pascal Galodé Editions, p.257
  64. (en) UN Forum Explores Ways To Fight 'Islamophobia', Radio Free Europe, décembre 2004.
  65. abc Primetime - How Muslims Are Treated In USA (Refus de service à cause du port du voile) http://www.youtube.com/watch?v=PqbQWxHIn4U
  66. (en) Who Is Michael Enright? , Wall Street Journal, 26 août 2010.
  67. New York: un chauffeur de taxi arabe poignardé dénonce le climat anti-islamique, Branchez-vous matin, 26 août 2010.
  68. (en) Islamophobia worse in America now than after 9/11, survey finds, The Guardian, 10 mars 2006.
  69. International Burn-a-Koran Day : les églises évangéliques de France prennent position, Sud Ouest, 9 septembre 2010.
  70. (en) interview vidéo du pasteur brûleur de coran, CNN, 7 septembre 2010.
  71. Autodafé du Coran: la colère se répand et le pasteur Jones tergiverse, La Tribune de Genève, 10 septembre 2010
  72. Le sulfureux pasteur Terry Jones est passé à l'acte en brûlant le Coran, La Tribune de Genève, 22 mars 2011.
  73. Table ronde avec la participation de la Commission européenne
  74. Troisième Sommet des chefs d'État et de gouvernement du Conseil de l'Europe
  75. L'islamophobie progresse en Europe, selon une étude, Lactualite.com, 18 décembre 2006.
  76. L'Islam imaginaire : la construction médiatique de l'islamophobie en France, 1975-2005, par Thomas Deltombe, Éditions La Découverte(ISBN 2707146722)
  77. L'Islam imaginaire, p. 51.
  78. L'Islam imaginaire, p. 119
  79. L'Islam imaginaire, p. 263
  80. Islamophobie, par Alain Gresh (Le Monde diplomatique)
  81. Multitudes Web - Non aux propos stéréotypés !
  82. À Alger, Nicolas Sarkozy dénonce l'antisémitisme
  83. ProChoix Islamophobie ? par Caroline Fourest & Fiammetta Venner
  84. Alain Finkielkraut, interviewé par Charles Jaigu, « La laïcité française ne devrait pas être négociable », in Le Figaro, samedi 12 / dimanche 13 octobre 2013, page 16.
  85. (en) [PDF] Islamophobia: A Challenge for Us All Runnymede Trust, 1997
  86. Islamophobia pervades UK - report BBC - Wednesday, 2 juin 2004
  87. (en) Essays: 'Islamophobia myth' by Kenan Malik | Prospect Magazine February 2005 issue 107
  88. P. Fortuyn, Tegen de islamisering van onze cultuur: Nederlandse identiteit als fundament, 1997
  89. (nl) "Confrontatie, geen verzoening", de Volkskrant, 8 avril 2006.
  90. (nl) [doc] Sondage politique avril 2008
  91. Najwa Saoudi, Assises sur l’islamophobie, 18 septembre 2009
  92. Quand l’islamophobie questionne l’école, 10 novembre 2009
  93. El 79% de los españoles cree que los musulmanes son intolerantes y el 68 % dice que son violentos - 20 Minutos.es
  94. DN: "Var tredje pensionär kritisk till invandringen"
  95. Islamophobia and imperialist wars - Green left Weekly, 9 août 2006
  96. "That varies according to the extent of knowledge someone has and also, fundamentally, the extent of daily contact someone has with Muslims. If you know a few Muslims, you're much less likely to perceive a threat from them." Poll shows ignorance of Islam - Australian Broadcasting Corporation, 20 mars 2006.