Lénine
|
|
Cet article est en cours de réécriture ou de restructuration importante (indiquez la date de pose grâce au paramètre date).
Un utilisateur prévoit de modifier cet article pendant quelques jours. Vous êtes invité(e) à en discuter en page de discussion et à participer à son amélioration de préférence en concertation pour des modifications de fond. .
|
Vladimir Ilitch Oulianov (en russe : Влади́мир Ильи́ч Улья́нов Prononciation), plus connu sous le nom de Lénine (en russe : Ле́нин), né à Simbirsk le 22 avril 1870 (correspond au 10 avril du calendrier julien) et mort à Gorki Leninskie le 21 janvier 1924, est un révolutionnaire et homme politique russe. Il milite dans le parti ouvrier social-démocrate de Russie, la section russe de la Deuxième Internationale. Plus tard, il fonde et dirige le parti bolchevik et compte parmi les dirigeants de la Révolution d'Octobre. Lénine est le fondateur de l'Union soviétique, premier régime communiste de l'histoire, de fait, sa participation dans l'élaboration du mouvement politique et idéologique communiste fait de lui un des personnages les plus importants de l'histoire contemporaine[1],[2]. Il est l'auteur d'une importante œuvre écrite d'inspiration marxiste[3].
Il use — de façon revendiquée[4],[5] — de la Terreur afin de parvenir à ses fins politiques, une fois la guerre civile commencée et surtout après la tentative d'assassinat à son encontre en août 1918[6],[7]. Lénine est à l'origine de la Tchéka, police politique soviétique chargée de traquer et d'éliminer tous les ennemis du nouveau régime qu'il met en place. De même, Lénine instaure en 1919 un système de camps de travail forcé, que l'on peut voir comme précurseur du Goulag[1]. Enfin, en 1921, il fait du nouveau régime une dictature à parti unique[1]. Pour ces raisons, le léninisme — la philosophie politique et la pratique du pouvoir de Lénine - a pu être analysé comme l'une des premières apparition du totalitarisme[8].
Origines et famille [modifier]
Vladimir Oulianov naît à Simbirsk, où sa famille s'était établie quelques mois plus tôt. Il grandit au sein d'un milieu intellectuel et socialement favorisé.
Tant Ilia Oulianov (1831-1886) que son épouse Maria Alexandrovna Oulianova, née Blank (1835-1916) semblent avoir eu des origines mélangées, bien que certaines incertitudes demeurent, notamment du côté d'Ilia. Le père d'Ilia, Nikolaï, descend d'une famille de paysans originaires d'Astrakhan : ses ancêtres semblent s'être appelés Oulyanine avant l'adoption du nom Oulianov. La famille a probablement des racines dans la région de Nijni Novgorod. Si les Oulianov étaient considérés comme ethniquement russes, Nijni Novgorod présentait un important brassage de populations et il est probable que la famille ait des racines tchouvaches ou mordves. L'origine ethnique de la grand-mère paternelle de Lénine est incertaine. Maria, sœur de Lénine, était convaincue que la famille de leur père avait du sang tatar : cela découlait peut-être de leur grand-mère, qui aurait pu être kalmouke ou kirghize. Le grand-père de Maria Oulianova, Moshe Blank, était un marchand juif originaire de Volhynie, qui avait rompu avec la communauté juive à la suite d'une série de conflits personnels et adopté des positions anti-juives virulentes. Les origines juives de la famille maternelle de Lénine ont été longtemps cachées par les autorités de l'URSS[9] ; a contrario, des écrivains nationalistes russes ont attribué à ces origines une importance exagérée : or, la famille Blank avait entièrement rejeté le judaïsme. Les deux fils de Moshe Blank s'étaient convertis au christianisme orthodoxe et avaient choisi de faire carrière dans la médecine, parvenant à des positions sociales enviables. La conversion à l'orthodoxie permet à Alexandre Blank, père de Maria, d'accéder aussi bien à la faculté de médecine qu'à la haute administration. Alexandre avait épousé une femme d'origine allemande et suédoise, de confession luthérienne. Médecin de la police, puis médecin des hôpitaux, il avait accédé à la noblesse héréditaire en 1847, lors de sa nomination au poste d'inspecteur des hôpitaux pour la région de Zlatooust[10],[11].
Le grand-père d'Ilia Nikolaïevitch Oulianov, Vassili, était un serf, affranchi bien avant les réformes de 1861. Le père d'Ilia travaille comme tailleur à Astrakhan, et Ilia lui-même fait des études supérieures de mathématiques ; diplômé en 1854, il obtient son premier poste d'enseignant à Penza. C'est là qu'il rencontre Maria Alexandrovna Blank, qu'il épouse en août 1863. Très impliqué dans le développement de l'éducation dans l'Empire russe, Ilia devient inspecteur des écoles. Nommé à Simbirsk lors de son accession au poste d'inspecteur-chef, il y fait rapidement figure de notable local. Le couple a au total huit enfants : Anna, née en 1864, et Alexandre, né en 1866, précèdent Vladimir, qui naît lui-même en 1870. Après Vladimir naissent trois autres enfants, Olga (1871), Dmitri (1874) et Maria (1878). Une autre fille également nommée Olga (1868) et un garçon nommé Nikolaï (1873) meurent en bas âge[12].
Jeunesse et scolarité [modifier]
Vladimir Oulianov lui-même est baptisé dans l’Église orthodoxe russe[1]. Maria Oulianova s'occupe du foyer et des enfants, tandis que son épous réalise une remarquable carrière dans l'enseignement : en juillet 1874, Ilia Oulianov est promu directeur de l'enseignement populaire pour la province de Simbirsk, ce qui lui vaut d'être anobli par le tsar Alexandre II et d'accéder au titre de conseiller d'État[13].
Les enfants Oulianov grandissent dans des conditions à la fois privilégiées et harmonieuses. Durant leur scolarité, ils bénéficient du prestige paternel. Les époux Oulianov, sujets loyaux du Tsar, sont également acquis aux idées libérales et progressistes en matière d'éducation. Maria Oulianova élève ses enfants dans la tradition de tolérance et d'ouverture luthérienne. Ilia Oulianov s'emploie à contribuer au mouvement de réformes de l'empire : dans la province de Simbirsk, il ouvre des écoles pour les populations non russes où les enfants des minorités reçoivent un enseignement dans leur langue natale[14],[15]. Le future Lénine devient noble, par hérédité, à l'âge de 6 ans[16].
Vladimir - dit « Volodia » - Oulianov est un élève brillant. Il suit une scolarité classique et étudie le français, l'allemand, le russe, le latin et le grec ancien. Au lycée, il a comme proviseur Feodor Kerenski, père de son futur adversaire politique Aleksandr Kerenski[17].
L'Empire russe, dans lequel grandissent les enfants Oulianov, se distingue de la majorité des autres monarchies européennes par un régime politique autocratique, où la dynastie Romanov gouverne selon le principe du droit divin. La seconde moitié du XIXe siècle est marquée par plusieurs décennies de souffrance sociale et de crise politique, qui dressent progressivement une partie du peuple russe contre la monarchie. La société russe, encore essentiellement agricole, demeure politiquement arriérée et largement dénuée de culture démocratique[18]. Conscient de la nécessité de moderniser les structures sociales et politiques et confronté à de nombreuses révoltes paysannes, le tsar Alexandre II lance dans les années 1860 une série de réformes, dont l'abolition du servage ou la création des zemstvos (assemblées provinciales) ; le mouvement de réforme est cependant incomplet et la société russe demeure marquée par de profondes inégalités sociales, comme par l'absence de structures étatiques modernes qui pourraient en garantir l'efficacité. Le régime tsariste cumule un gouvernement central fort, aux pratiques autocratiques, et des structures de gouvernement local faibles[19]. Le retard social et politique de la société russe favorise le développement de mouvements révolutionnaires ; les écrits d'auteurs comme Alexandre Herzen ou Nikolaï Tchernychevski expriment à l'époque les aspirations à une transformation radicale de la société russe. Le mouvement des Narodniks (« populistes », apparu dans les années 1860 et inspiré par Herzen, tente d'adapter les idées socialistes aux réalités russes. À partir des années 1870, les idées marxistes se diffusent largement dans les milieux révolutionnaires russes : en 1872, la censure tsariste commet l'erreur d'autoriser la parution du Capital de Karl Marx, jugeant l'ouvrage trop aride et complexe pour intéresser un lectorat quelconque : l'ouvrage connaît au contraire un large succès chez les contestataires russes, qui font un accueil enthousiaste aux outils théoriques apportés par les écrits de Marx. Les « Narodniks », quant à eux, passent progressivement à la confrontation violente contre le régime tsariste et, en 1881, l'aile terroriste du mouvement, Narodnaïa Volia (Volonté du peuple), assassine Alexandre II. Le nouveau tsar, Alexandre III, décidé à éradiquer l'esprit « révolutionnaire », entame durant son règne une série de contre-réformes qui renforce les pouvoirs du gouvernement central et réduit ceux des gouvernements locaux que son père avait élargis[20]. En 1894, Nicolas II succède à Alexandre III ; tout aussi conservateur que son père, il néglige de former des structures bureaucratiques pouvant assurer l'efficacité du régime et se montre incapable d'accorder l'action de ses ministres de manière cohérente[21].
En 1886 et 1887, la famille Oulianov est endeuillée par deux évènements dramatiques. En janvier 1886, Ilia, père de Vladimir, meurt d'une hémorragie cérébrale, à l'âge de 53 ans. Sa veuve obtient une pension mais, si la famille continue de bénéficier du domaine hérité de la famille Blank et des revenus qui y sont liés, elle cesse de bénéficier du prestige paternel. En l'absence de son frère aîné Alexandre qui suit des études à Saint-Pétersbourg, Vladimir, alors âgé de seize ans, doit assumer des responsabilités d'« homme de la famille ». L'adolescent est éprouvé par la mort de son père : son caractère s'assombrit et ses relations avec sa mère s'en ressentent[22],[23]. L'évènement qui survient en 1887 s'avère encore plus tragique : Alexandre, durant ses études, se lie avec un groupe de jeunes révolutionnaires, qui animent une section de la Narodnaïa Volia. A la fin 1886, Alexandre s'engage de manière plus active avec ses compagnons, qui envisagent d'assassiner le tsar Alexandre III. Alexandre Oulianov contribue à la rédaction de proclamations appelant au coup de force et censées accompagner l'attentat. Les conjurés prévoient de frapper le 1er mars 1887, mais la police découvre le complot et les principaux membres du complot sont arrêtés. Quinze inculpés sont déférés au tribunal, et tous condamnés à mort. Dix d'entre eux sont graciés : Alexandre Oulianov, qui a revendiqué hautement sa responsabilité lors du procès, n'en fait pas partie. Sa mère plaide en vain la clémence ; Alexandre est pendu le 11 mai. La famille Oulianov, jusqu'ici respectée, souffre désormais d'un véritable ostracisme social[24],[25].
Vladimir est ébranlé par la mort de son frère, mais n'en parle guère par la suite dans ses écrits ; il aurait déclaré en 1895 à un camarade qu'Alexandre lui avait « tracé le chemin »[26]. Il est cependant difficile d'estimer l'effet immédiat produit par la mort d'Alexandre Oulianov sur les idées de son frère : si Vladimir Oulianov semble avoir éprouvé de l'admiration pour son aîné, ses propres idées ne semblent pas avoir été alors très précises[27]. Dans les mois qui suivent, il reprend paisiblement sa scolarité et passe avec succès les examens qui lui permettent d'intégrer, en octobre, l'université de Kazan pour y suivre des études de droit. Il ne manifeste pas immédiatement d'intérêt marqué pour la politique, mais se trouve bientôt pris par l'atmosphère agitée du milieu universitaire. Les étudiants se livrent à de nombreuses manifestations, pour les motifs les plus divers. Sans manifester de zèle excessif, et apparemment surtout poussé par la curiosité, Vladimir Oulianov participe à quelques manifestations et réunions étudiantes interdites par les autorités. Sa présence semble y avoir été épisodique, mais son lien de parenté avec Alexandre Oulianov lui vaut d'être d'emblée considéré comme suspect par la police. Au début du mois de décembre 1887, il est arrêté avec une trentaine d'autres étudiants, considérés comme des « meneurs ». La plupart sont réintégrés peu après à l'université, mais pas Vladimir Oulianov : du fait de son nom de famille, et bien qu'ayant été peu actif dans les chahuts et manifestations des étudiants, il est exclu de l'université[28],[29].
Chassé de l'université et contraint pour un temps de revenir à la campagne, Vladimir Oulianov emploie l'essentiel de son temps à lire. C'est à cette époque qu'il découvre des auteurs comme Karl Marx et Nikolaï Tchernychevski. Il lit plusieurs fois Que faire ?, roman de Tchernychevski dont le héros est un archétype du révolutionnaire ascétique : cet ouvrage constitue une source majeure d'inspiration pour le jeune homme, comme pour plusieurs générations de militants russes, et contribue à former sa vision du monde[30],[31]. Il écrit au ministère de l'instruction publique pour demander à réintégrer l'université, ou partir étudier à l'étranger, mais ses demandes sont repoussées. Sa mère achète une ferme dans le village d'Alakaevka (oblast de Samara) et tente de se consacrer, avec l'aide de son fils, à la gestion de ce domaine agricole. Lors de séjours à Kazan, Vladimir fréquente des cercles de réflexion marxistes. Il fréquente des membres de Narodnaïa Volia et s'emploie à étudier l'histoire de l'économie russe et à parfaire sa connaissance des textes marxistes. L'étude des œuvres de Marx et Engels le convainc que l'avenir de la Russie réside dans l'industrialisation et l'urbanisation. L'expérience de la ferme tourne court : Vladimir et sa mère sont peu compétents dans le domaine agricole et ils finissent par affermer le domaine. Le jeune homme n'a pas renoncé à acquérir des diplômes et se prépare assidûment pour passer, en candidat libre, l'examen qui lui permettra d'intégrer l'université de Saint-Pétersbourg pour y suivre des études de droit. Bien qu'éprouvé en mai 1891 par la mort de sa sœur Olga, emportée par la fièvre typhoïde, il continue de préparer ses examens et, en novembre, est reçu premier avec la note maximale dans toutes les épreuves[32],[33]. Le 12 novembre 1891, il revient à Samara nanti d'un diplôme qui lui permet de travailler comme avocat stagiaire. Il demeure, dans le même temps, surveillé par la police qui le considère comme un subversif[34],[35].
Débuts en politique [modifier]
Vladimir Oulianov mène à Samara une carrière d'avocat aussi brève qu'anodine. En janvier 1892, il est embauché dans le cabinet d'Andreï Khardine, un avocat ami de la famille, aux idées progressistes. Dans le cadre de son travail d'avocat, il ne plaide aucune affaire conséquente, se contentant de traiter quelques litiges entre propriétaires terriens, ou des affaires financières qui l'intéressent à titre personnel. Il continue de bénéficier du patrimoine familial : libéré du besoin de gagner réellement sa vie, il ne consacre à son métier qu'une part réduite de son temps ; dans le courant de l'année 1892, il ne traite que quatorze cas. Bien plus que son métier d'avocat, il s'intéresse à l'étude de la politique et de l'économie, et à sa vocation révolutionnaire naissante. Alors que la région de la Volga, en 1891-1892, est ravagée par une terrible famine, il se distingue de sa famille, mais aussi du milieu révolutionnaire russe, en montrant peu d'intérêt pour le sort des paysans : il juge à l'époque la famine qui frappe la paysannerie russe est une conséquence inévitable du développement industriel et apporter de l'aide aux paysans s'avèrerait contre-productif en retardant le développement du capitalisme russe, et par conséquent l'évolution vers le socialisme. A l'été 1893, la famille Oulianov déménage à Moscou. Vladimir, lui, profite du fait que la surveillance policière à son égard se soit relâchée pour s'installer à Saint-Pétersbourg, où il souhaite se faire un nom dans les milieux politique et intellectuel[36],[37]. C'est en février 1894, lors d'une réunion d'un cercle de discussion marxiste de la capitale, qu'il fait la connaissance de sa future épouse, Nadejda Kroupskaïa. En mai de la même année, il publie son premier texte de quelque importance, un pamphlet contre le chef de file des populistes, intitulé Ce que sont les amis du peuple et comment ils luttent contre les sociaux-démocrates. Il y expose ses thèses sur l'inéluctabilité du développement du capitalisme en Russie et sur l'activité des sociaux-démocrates, qui doit être toute entière orientée vers la classe ouvrière, à qui il convient d'inculquer les principes du socialisme scientifique. Au début de l'année 1895, il participe aux activités d'un groupe marxisant mené notamment par Pierre Struve. Ce dernier publie un recueil intitulé Documents sur la situation économique de la Russie : l'ouvrage inclut un long article écrit par Oulianov, et signé du nom de plume de Touline. A la mi-mars 1895, le ministère des affaires étrangères lève l'interdiction de voyager qui pesait sur Oulianov : il est possible que l'Okhrana, la police secrète tsariste, ait pesé sur cette décision afin de pouvoir se renseigner sur ses activités. Il en profite pour se rendre en Suisse, où il prend contact avec les milieux révolutionnaires russes en exil, faisant connaissance des théoriciens marxistes Pavel Axelrod et Gueorgui Plekhanov, co-fondateurs de Libération du Travail, le premier groupe marxiste russe. Plekhanov et Oulianov sont en désaccord quant à l'opportunité de s'allier avec les libéraux contre l'autocratie - une idée rejetée par Oulianov - mais projettent de publier ensemble une revue marxiste en langue russe ; le jeune militant révolutionnaire professe alors pour Plekhanov une grande admiration, qu'il va jusqu'à exprimer en des termes amoureux. Oulianov voyage ensuite en France, où il rencontre Paul Lafargue, gendre de Marx, et Jules Guesde. A Berlin, il s'entretient avec Wilhelm Liebknecht. Il rentre en Russie avec des livres marxistes interdits cachés dans un double-fond de sa valise[38],[39].
De retour à Saint-Pétersbourg, Vladimir Oulianov s'emploie, en liaison avec Libération du travail et avec plusieurs camarades, de fonder la revue marxiste qu'il avait évoquée avec Plekhanov, et qui doit s'appeler Rabotnik (« Travailleur »). Lui et ses compagnons n'envisagent dans un premier temps que d'éditer des textes politiques ; mais Oulianov fait à l'époque la connaissance de Julius Martov, jeune intellectuel juif qui vient de fonder son propre groupe de discussion marxiste, et avec qui il se lie bientôt d'amitié. Martov insiste pour que les militants marxistes agissent sur le terrain de manière concrète au lieu de se borner à un travail intellectuel. Oulianov est convaincu par Martov ; ils fondent un groupe politique baptisé Union de lutte pour la libération de la classe ouvrière. Le groupe, strictement hiérarchisé et auquel n'appartient aucun ouvrier, compte dix-sept membres et cinq « suppléants ». Oulianov, âgé alors de 25 ans - mais à qui sa calvitie précoce et son allure sérieuse valent d'être surnommé « le vieux » et confèrent une certaine autorité auprès des autres jeunes militants - est responsable de toutes les publications du mouvement[40],[41].
En novembre 1895, Oulianov s'écarte du domaine de la production intellectuelle pour aborder celui de l'action politique : il rédige un tract de soutien à des ouvriers en grève, rencontre des dirigeants grévistes et écrit une longue brochure sur la condition ouvrière, dont mille exemplaires sont imprimés clandestinement. L'Okhrana, qui observe ses activités depuis un certain temps, décide cette fois d'agir à son encontre : le 9 décembre, il est arrêté par la police et placé en détention provisoire. Martov est arrêté le mois suivant. Oulianov profite de sa détention pour avancer dans la rédaction d'un traité sur le développement économique de la Russie. Sa soeur Anna et leur mère quittent Moscou pour s'installer à Saint-Pétersbourg et peuvent lui rendre régulièrement visite, en lui apportant de quoi lire et écrire. Le 29 janvier 1897, il est condamné, comme la plupart des membres arrêtés de l'Union de lutte pour la libération de la classe ouvrière, à trois ans d'exil administratif à l'Est de la Sibérie[42].
Déportation et exil [modifier]
En compagnie d'autres camarades exilés, Oulianov voyage en train à travers la Sibérie, sans savoir quel sera son lieu définitif de relégation. Du fait des conditions climatiques, ils stationnent durant deux mois à Krasnoïarsk. En avril, Oulianov apprend que son lieu de déportation sera le village de Chouchenskoïé, dans le district de Minoussinsk. Grâce à une demande de sa mère qui avait plaidé la piètre santé de son fils, il bénéficie d'une relégation dans un lieu au climat agréable. Oulianov correspond avec les autres exilés, prodiguant des encouragements à ceux qui, comme Martov, sont relégués dans des localités moins hospitalières. Nadejda Kroupskaïa quant à elle, est déportée à Oufa. Elle s'occupe néanmoins de garantir à Oulianov des sources de revenus : d'abord en négociant avec un éditeur la publication d'un recueil de textes de son ami, sous le titre Études économiques ; ensuite en lui trouvant un travail qui consiste à traduire en russe des textes de Sidney et Beatrice Webb.Oulianov et Kroupskaïa, qui ont déclaré être « fiancés », demandent à être réunis. Les autorités accèdent à leur demande et, en mai 1898, Nadedja rejoint Oulianov à Chouchenskoïé, accompagnée de sa mère. Le couple se marie le 10 juillet, au cours d'une cérémonie religieuse, le mariage civil n'existant pas à l'époque en Russie[43],[44],[45].
Les conditions de déportation d'Oulianov et de son épouse sont plutôt confortables : hormis la nécessité de vivre à l'endroit où ils ont été assignés à résidence, le couple dispose d'une grande liberté de mouvement dans un rayon non négligeable, et peut visiter les exilés du voisinage, ainsi qu'organiser des parties de chasse et de pêche. Les exilés politiques ne peuvent quitter la Sibérie, mais sont libres de vivre à leur guise et de voir qui ils souhaitent[46]. Vladimir Oulianov peut écrire durant son exil, et publie dans la ^resse des articles et des critiques de livres économiques, qui lui sont payés 150 roubles en moyenne. Il rédige le livre Le Développement du capitalisme en Russie et, par l'intermédiaire de sa soeur Anna, trouve à Saint-Pétersbourg un éditeur spécialisé dans les textes marxistes. Dans cet ouvrage qui analyse la situation économique de l'Empire russe - et qu'il signe, pour échapper à la vigilance des censeurs, du nom de Vladimir Iline qu'il avait déjà employé pour Études économiques - Oulianov reprend les analyses de Plekhanov ; il s'écarte cependant de ce dernier pour avancer la thèse que le capitalisme est, en Russie, parvenu à un stade relativement avancé de développement, la paysannerie étant divisée en prolétaires agricoles et en « koulaks », ou paysans riches, qui tiennent le rôle de la bourgeoisie. Oulianov s'appuie sur son analyse pour démontrer que, du fait du stade de développement du capitalisme en Russie, l'évolution vers le socialisme se situe dans une perspective nettement moins lointaine que ne le croient en général les marxistes russes : il est donc possible d'envisager une situation révolutionnaire et le renversement de la dynastie Romanov[47],[48],[45].
Il continue par ailleurs de se tenir informé de la vie politique en Europe et, dans le cadre de la querelle réformiste allemande, se montre particulièrement hostile au révisionnisme d'Eduard Bernstein, qui préconise un abandon des aspirations révolutionnaires par le mouvement socialiste. Alors qu'il se languit de retourner à la politique active, il profite de son assignation à résidence pour parfaire ses connaissances en matière de pensée économique et politique[49]. Le Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR) est fondé en mars 1898, durant l'exil d'Oulianov : le parti est immédiatement victime de la répression, et quasiment démantelé dès sa naissance. Depuis sa résidence forcée en Sibérie, Oulianov s'emploie à rédiger un projet de programme du parti qui, réduit à des cercles isolés, est alors à reconstruire[50].
En janvier 1900, il est informé que sa déportation en Sibérie va prendre fin ; il demeure néanmoins provisoirement interdit de séjour à Saint-Pétersbourg, Moscou, ou tout autre ville disposant d'une université ou d'une importante activité industrielle. Krouspkaïa et lui sont provisoirement séparés : elle achève son temps d'exil à Oufa, où il n'a pas le droit de s'installer, tandis qu'il rejoint sa mère et sa soeur Anna à Podolsk. Durant la dernière année de son exil, Oulianov s'emploie à préparer un plan d'action : il vise à fonder un journal politique d'envergure nationale, ce qui constituera une première étape pour rassembler les groupes locaux épars en un seul mouvement révolutionnaire, à l'échelle de la Russie. Ce projet ne lui semble pourtant pouvoir être mené qu'à l'étranger : il demande alors l'autorisation de partir à l'étranger. Le 15 mai 1900, les autorités tsaristes, qui jugent les exilés politiques condamnés à l'inefficacité, accèdent à sa demande. En juillet, il prend le chemin de la Suisse[51].
Activités à l'étranger [modifier]
Arrivé à Zurich, Oulianov est accueilli par des membres de Libération du Travail et renoue notamment avec Pavel Axelrod. Il vise à organiser un second congrès du Parti ouvrier social-démocrate de Russie pour reformer celui-ci et envisage, à cet effet, de créer un journal qui servira à coordonner l'action du parti et à y imposer la ligne marxiste définie par Plekhanov. A ses yeux, l'Allemagne est le pays le plus adapté pour y implanter la rédaction du journal - à laquelle il escompte que participeront, outre Plekhanov, Axelrod et Véra Zassoulitch, ses amis Alexandre Potressov et Julius Martov. Mais Plekhanov exige d'avoir la haute main sur le contenu du journal, que les jeunes militants espéraient contrôler. Les négociations avec Plekhanov sont difficiles, et Oulianov vit très mal ce conflit avec le théoricien marxiste qui était jusque-là l'une de ses idoles. Après un accord de principe, Oulianov et Potressov quittent Zurich pour Munich, où ils veulent trouver un imprimeur et organiser le réseau de soutiens financiers nécessaires pour monter le journal. En décembre sort le premier numéro du journal, baptisé Iskra (« L'Étincelle ») et dont les exemplaires sont acheminés clandestinement en Russie par des messagers, via un circuit compliqué. Iskra, dont une douzaine de numéros seulement sont tirés en 1901, propose un contenu marxiste érudit, destiné à un public de militants révolutionnaires très au fait des questions politiques. Le journal fait figure, à ses débuts, de « comité central » du POSDR. Nadejda Kroupskaïa rejoint son mari en Allemagne le 1er avril 1901 ; sa mère arrive elle aussi à Munich le mois suivant. Kroupskaïa gère la correspondance de l'Iskra et les deux femmes s'occupent en outre de la maison, ce qui laisse à Oulianov le temps de se consacrer à l'écriture[52].
Outre son travail à l'Iskra Vladimir Oulianov, dont les premiers ouvrages n'ont pas eu le retentissement espéré dans les milieux politiques russes, rédige une brochure intitulée Que faire ?, le titre étant un hommage au roman homonyme de Nikolaï Tchernychevski. De même que Tchernychevski avait décrit l'activité des militants révolutionnaires russes, Oulianov souhaite exposer ses conceptions sur le moyen d'organiser un parti politique clandestin dans le contexte tsariste. Il signe Que faire ? du nom de plume de N. Lénine (peut-être inspiré du fleuve sibérien Léna), qu'il avait déjà employé pour signer des lettres adressées à Plekhanov, ainsi que quelques articles. L'attention que suscite Que faire ? dans les milieux marxistes russes aboutit à ce que Lénine devienne le pseudonyme définitif d'Oulianov[53].
Dans Que faire ?, Lénine plaide pour l'organisation d'un parti centralisé et discipliné, uni autour d'une stratégie clairement définie. Il se se sépare des conceptions traditionnellement en vigueur dans la social-démocratie européenne en plaidant, non pas pour un parti qui regrouperait l'intelligentsia et l'ensemble de la classe ouvrière, mais pour une révolution qui serait organisée et conduite par des « professionnels » qui constitueraient l'« avant-garde » de la classe ouvrière et seraient les porteurs de la conscience de classe et de la théorie révolutionnaire, dont les ouvriers n'ont pas un sens inné. Les particularités politiques de la Russie risquant d'empêcher l'apparition d'une lutte des classes effective, le parti aura pour mission de la créer. Aux yeux de Lénine, le parti est le véritable créateur de la lutte de classe, et est seul à même de permettre aux intellectuels d'insuffler à la classe ouvrière les idées adéquates : il ne donne pas seulement la force, mais également la conscience au prolétariat. Dans le contexte russe, Lénine considère que le parti doit ainsi se substituer à la bourgeoisie, qui n'existe pas au sens évolué des sociétés d'Europe occidentale (la Russie étant, à ses yeux, au stade de l'« arriération asiatique »), et tenir son rôle historique d'accélérateur de l'histoire. Pour organiser le parti révolutionnaire, Lénine se réfère à l'usine et à l'armée, qui imposent aux hommes la discipline, via des structures rigides ; les « révolutionnaires professionnels » dont est composé le parti mènent des tâches définies selon les principes de la division du travail, selon le principe d'une autorité strictement hiérarchisée et émanant du sommet[54],[55]. Lors de sa parution, Que faire ? ne suscite guère de réactions hostiles ; Plekhanov juge que Lénine exagère les dangers du spontanéisme et d'autres marxistes trouvent exagérée son insistance sur le centralisme, mais dans l'ensemble les révolutionnaires russes sont conscients des difficultés de la lutte contre l'autocratie russe et approuvent les conceptions de Lénine quant à l'organisation du parti[56].
Parallèlement à l'écriture de Que faire ?, Lénine se consacre à la rédaction d'un programme pour le Parti ouvrier social-démocrate de Russie, en vue de l'organisation de son second congrès. Plekhanov ne se montre guère empressé pour participer à la tâche et préfère se concentrer à des travaux de théorie économique ; Lénine insiste néanmoins pour qu'il apporte son prestige personnel à la rédaction du programme. Le 1er juin 1902, après un laborieux processus de travail en commun entre ses rédacteurs, Iskra peut publier un programme provisoire dans son numéro 21. Lénine parvient à imposer à Plekhanov plusieurs de ses idées, notamment l'insertion du terme dictature du prolétariat, que Plekhanov avait supprimé d'une première version ; l'affirmation selon laquelle le capitalisme est déjà le mode de production dominant de la Russie impériale ; enfin, la proposition de restituer une partie de la terre aux paysans dès le renversement de la dynastie Romanov. Ce dernier point est destiné à concurrencer sur son terrain le Parti socialiste révolutionnaire, qui prône alors l'expropriation des terres au bénéfice de la paysannerie et exerce une grande influence sur l'intelligentsia et les étudiants[57].
Au début de l'année 1902, la surveillance de la police bavaroise se faisant trop pesante, les rédacteurs de l'Iskra décident de déménager la rédaction du journal à Londres. Lénine et Kroupskaïa arrivent en avril dans la capitale britannique ; ils s'installent dans un appartement que loue pour eux un sympathisant russe, qui se charge également de négocier pour le journal l'usage d'une imprimante. L'année suivante, le groupe décide de déménager à nouveau, et d'installer la rédaction à Genève, Martov jugeant cette ville plus pratique pour organiser une activité commune. Lénine tente en vain de s'opposer à ce nouveau déménagement, ne souhaitant pas être à nouveau soumis à la supervision directe de Plekhanov, qui réside toujours en Suisse, ne pourra rien apporter de bon. C'est avant de quitter Londres qu'il rencontre pour la première fois Léon Bronstein, dit « Trotski », jeune révolutionnaire russe évadé de son exil, qui ambitionne alors de rejoindre la rédaction du journal. Les préparatifs pour l'organisation du congrès du POSDR se poursuivent durant plusieurs mois ; Bruxelles est finalement choisi comme lieu de réunion[58],[59].
Le second congrès du Parti ouvrier social-démocrate de Russie s'ouvre finalement le 30 juillet 1903. Les sociaux-démocrates russes sont d'accord quant à la nécessité de bâtir un parti puissant, pour lutter non seulement contre le tsarisme mais aussi contre la concurrence du Parti socialiste révolutionnaire : les tensions sont cependant fortes au sein de l'équipe de l'Iskra. Plekhanov, soutenu par Pavel Axelrod et Véra Zassoulitch, continuant d'être contesté par Lénine, que soutiennent Martov et Potressov. Le congrès réunit des représentants de vingt-cinq organisations social-démocrates de Russie, ainsi que ceux de l'Union générale des travailleurs juifs (dite Bund). Le risque, contenu dans les points du programme présenté par l'Iskra, d'une contradiction entre les libertés publiques et l'intérêt du parti, inquiète certains délégués : Lénine reçoit cependant sur ce point l'appui de Plekhanov. La véritable division du congrès a cependant lieu autour des statuts du Parti : Lénine estime que les conditions d'adhésion au Parti doivent impliquer une participation active à sa vie interne, soit la détention d'une place précise dans l'organisation hiérarchisée qu'il prône ; Martov est au contraire partisan de conditions d'adhésion plus souples. Les deux hommes s'opposent vivement au cours du congrès, Trotski soutenant pour sa part Martov. La motion de ce dernier sur les conditions d'adhésion obtient davantage de voix (vingt-huit contre vingt-trois) que celle de Lénine, qui connaît là son premier échec depuis son accession à la notoriété. La rupture est consommée entre les deux amis : Martov se montre inquiet devant la violence verbale et l'autoritarisme de Lénine, chez qui il ne voit plus que la « passion du pouvoir » ; Lénine, de son côté, se juge trahi. Le congrès se poursuit sur la question du rôle du Bund, qui réclame le statut d'organisation autonome au sein du POSDR. La majorité des congressistes votent contre la demande du Bund : sept délégués quittent alors la salle, cinq « bundistes » et deux membres de la tendance des « économistes » qui réclamaient un statut similaire. Ce départ permet aux partisans de Lénine, battus lors du précédent vote, d'être désormais majoritaires au congrès : ils sont désormais désignés sous le nom de « bolcheviks » (majoritaires), tandis que les partisans de Martov sont surnommés les « mencheviks » (minoritaires). Lénine remporte une autre victoire en s'assurant du contrôle de l'Iskra, dont il obtient de faire réduire le nombre des rédacteurs à trois : le congrès vote pour Lénine, Plekhanov et Martov, mais ce dernier refuse de participer à une publication dont il pressent qu'elle sera dominée par Lénine. Ce dernier réorganise en outre le Parti, en confiant sa direction à deux centres d'autorité, d'une part le comité central, installé en Russie, et d'autre part le comité d'organisation, à savoir l'Iskra, dont les membres sont en position de force du fait de leur exil à l'étranger, à l'abri des persécutions[60].
La victoire de Lénine est cependant de courte durée : soutenu par Trotski, Martov attaque avec virulence la main-mise des bolcheviks sur l'Iskra. Plekhanov, quant à lui, regrette la division du Parti et plaide pour une conciliation avec les mencheviks et le retour à un équipe de rédacteurs de six membres au lieu de trois. A la fin de l'année 1903, Lénine, découragé, présente sa démission de l'Iskra et de la direction du Parti ; il écrit la brochure Un pas en avant, deux pas en arrière - La crise dans notre Parti pour présenter son point de vue sur la division du POSDR. Ses nerfs sont rudement éprouvés et il sombre un temps dans un état dépressif. Une partie de la tendance bolchevik du Parti échappe à son autorité et vise à se réconcilier avec les mencheviks ; au niveau européen, Lénine est tout aussi isolé : des sociaux-démocrates allemands prestigieux condamnent ses excès de pensée et de langage. Karl Kautsky lui ferme ainsi les colonnes du Neue Zeit dans lequel il entendait exposer son point de vue. Rosa Luxemburg condamne également l'attitude de Lénine. Une fois remis à l'été 1904, Lénine s'emploie à sortir de son isolement politique en nourrissant de nouveaux projets et en attirant de nouveaux sympathisants, parmi lesquels Alexandre Bogdanov, Anatoli Lounatcharski et Leonid Krassine. Lénine réorganise ses partisans et constitue avec eux « comité de la majorité », qui fait figure au sein du POSDR d'organisation parallèle destinée à lui permettre d'affronter aussi bien les mencheviks que les bolcheviks insubordonnés. Bogdanov, rentré en Russie, s'emploie à y organiser les groupes bolcheviks subordonnés au comité. Avec l'aide de ses partisans, Lénine publie en décembre 1904 le premier numéro d'un nouveau journal, V Period, dont il contrôle intégralement le contenu. Il travaille également à l'organisation d'un troisième congrès du Parti, dont la tenue est prévue à Londres au printemps 1905[61],[62].
La Révolution de 1905 [modifier]
- En mai 1905, il est élu au Comité central du parti par le IIIe congrès. Il revient en Russie à la faveur de la Révolution de 1905. Le bilan de cette révolution l'amène à élaborer une théorie nouvelle, celle de la "dictature démocratique du prolétariat et de la paysannerie". En somme il estime que la faiblesse de la bourgeoisie libérale russe oblige le prolétariat à prendre lui-même le pouvoir, s'appuyant sur la paysannerie, mais non pas pour transformer l'économie dans un sens socialiste, mais plutôt pour permettre une marge de développement du capitalisme en Russie, mais développement contrôlé, encadré et forcé[63].
Deuxième période d'exil [modifier]
- En 1907, le reflux de la révolution et le retour des persécutions contre les révolutionnaires l'obligent à quitter la Russie pour la Finlande. Il participe au journal Pravda (« La vérité »). Contre le « révisionnisme » des sociaux-démocrates « constructeurs de Dieu », il rédige son ouvrage Matérialisme et Empiriocriticisme en 1908[64]. Il écarte Alexander Bogdanov de la direction de la fraction bolchevique. Il continue de voyager en Europe (il vit à Paris de décembre 1908 à juillet 1912, d’abord au 24 rue Beaunier jusqu’à juillet 1909, puis 4 rue Marie-Rose).
- En janvier 1912, lors d’une conférence à Prague, il fonde le parti bolchévik.
- Ensuite, il participe à de nombreux rassemblements et activités socialistes, notamment la conférence de Zimmerwald contre la guerre, en 1915. Quand Elizabeth Armand (dite Inessa ou Inès) quitte la Russie pour s’installer à Paris en 1910, elle rencontre Lénine et d’autres bolcheviks en exil et devient à la fois son émissaire et son égérie.
- 1916-1917 : (L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme, 1917). Il voit dans la Première Guerre mondiale une lutte entre impérialismes rivaux pour le partage du monde et pronostique la transformation de la guerre entre nations en une guerre entre bourgeois et prolétaires. Plus profondément, il voit dans la guerre mondiale l'expression du début du pourrissement du régime capitaliste, qui amène les principales puissances à se faire une guerre sur une échelle et avec des conséquences sans précédent. Il voit aussi dans l'impérialisme le signe de la maturation des conditions de la transition vers le socialisme[65].
La Révolution de 1917 [modifier]
- Février 1917 : Lorsqu’éclate la révolution de Février 1917, Lénine se trouve en Suisse, où il réside depuis près de sept ans, à Montreux, comme nombre d’exilés russes. Après avoir imaginé différents itinéraires, il rentre à Pétrograd à travers l’Allemagne en guerre, avec un groupe de révolutionnaires russes de toutes tendances, à bord d’un train protégé par une immunité diplomatique, dit « plombé ». Cet épisode suscita une polémique, certains accusant Lénine d’avoir été acheté par le gouvernement allemand. En effet, ce dernier a organisé et financé le retour en Russie de Lénine et de son parti bolchevique en exil[66],[67]. Dans ses mémoires, le général en chef allemand Erich Ludendorff explique qu’il espérait que la révolution en Russie amènerait la décomposition de l’armée tsariste et le retour en Russie de révolutionnaires favorables à une paix séparée avec l’Allemagne[68],[69],[70].
En 1918, Edgar Sisson apporta toute une série de documents de Russie afin de prouver que Léon Trotski, Lénine et les autres révolutionnaires bolcheviques étaient des agents du gouvernement allemand[71]. George Kennan démontra plus tard que ces documents étaient en quasi-totalité des faux[72].
- avril 1917: Dès son arrivée à Pétrograd accueilli au son de La Marseillaise[73], le 16 avril[74], Lénine fait une conférence durant laquelle il présente ses Thèses d’avril, qui sont publiées dans Pravda : paix immédiate, pouvoir aux soviets, usines aux ouvriers et terres aux paysans. Lénine réaffirme donc son rejet de la démocratie « bourgeoise » et du parlementarisme : il estime que cette démocratie qui a cours en occident concentre en réalité les pouvoirs entre les mains de la classe capitaliste et souhaite lui substituer une démocratie issue directement des soviets ouvriers et paysans[75]. Le gouvernement provisoire issu de la révolution de Février ne résolvant aucun des problèmes soulevés par ces thèses, leurs idées deviennent de plus en plus populaires, alors qu'au début elles avaient même pris de court la direction du POSDR, en l'occurrence Staline et Kamenev, qui étaient sur la ligne d'un soutien critique au gouvernement provisoire.
- juillet 1917: Avec la répression des « journées de juillet 1917 » par le gouvernement, les dirigeants bolcheviques sont arrêtés (dont Trotsky), leurs journaux interdits, Lénine fuit en Finlande. Il revient en octobre, souhaitant renverser le gouvernement provisoire, avec pour slogan « Tout le pouvoir aux Conseils ! ».
- août-septembre 1917 : ses idées concernant le gouvernement sont exprimées dans son essai L’État et la Révolution qui appelle une nouvelle forme de gouvernement plus démocratique basé sur les conseils ouvriers ou soviets. Après la tentative de coup d’État du général monarchiste Lavr Kornilov en septembre, le gouvernement provisoire est discrédité et les bolcheviks deviennent majoritaires dans les soviets.
Lénine, fondateur de l’État soviétique [modifier]
- Après le succès de la Révolution d'Octobre, le 8 novembre, Lénine est nommé président du Conseil des commissaires du peuple par le Congrès des soviets.
- Rapidement, le 20 décembre 1917, la Tchéka est créée. Puis, sous l'impulsion de Lénine, les soviets nationalisent la grande propriété foncière (19 février 1918), les industries (30 juin) et déclarent assurer la dictature du prolétariat. D'autres mesures sont prises immédiatement, allant du droit au divorce à celui de l'autodétermination des nationalités de l'ex-empire russe en passant par le contrôle ouvrier sur les entreprises.
Face à la menace d’une invasion allemande, confrontés aux oppositions au sein même de la Russie, mais connaissant aussi la situation grave des empires centraux et les perspectives révolutionnaires ainsi ouvertes, les chefs révolutionnaires s'interrogent.
La majorité des chefs bolcheviques, tels que Boukharine, soutiennent la poursuite de la guerre comme moyen de provoquer la révolution en Allemagne. Lénine défend l'option d'un armistice ou d'un traité de paix, coûte que coûte, afin de consolider le régime. Léon Trotsky, qui mène les négociations, recommande quant à lui une position intermédiaire, préconisant la démobilisation de l'armée sans signer une paix injuste.
- Quand les négociations échouent, l’Allemagne lance à partir du 18 février 1918 une invasion au cours de laquelle la Russie perd une large part de son territoire occidental. En conséquence, la position de Lénine rassemble les suffrages de la majorité des chefs bolcheviques et la Russie finit par signer le Traité de Brest-Litovsk (3 mars 1918) qui lui est nettement défavorable.
Lénine transfère la capitale à Moscou (12 mars)[76] et inaugure la politique dite du « communisme de guerre », dans le cadre de la guerre civile.
En acceptant le fait que les soviets soient la seule forme légitime de gouvernement ouvrier, Lénine instaure une Assemblée constituante russe. Les bolcheviks perdent ces élections, qui sont remportées par le Parti socialiste-révolutionnaire (PSR). Celui-ci s'est scindé en septembre 1917 en faction gauche (Parti socialiste-révolutionnaire de gauche pro-soviet) et droite (anti-soviet). Les bolcheviks ont tout de même alors le soutien d’une majorité du Congrès des soviets et forment un gouvernement de coalition avec les Socialistes-révolutionnaires de gauche. Cependant, cette coalition s’effondre avec l'opposition des SR de gauche aux conditions du traité de Brest-Litovsk. Ils se joignent alors à d’autres partis afin de renverser le gouvernement bolchevique. Lénine réagit en faisant interdire les Socialistes révolutionnaires (y compris les SR de gauche).
En juillet 1918, il fait approuver par le Ve congrès des soviets la première Constitution de la République fédérative des soviets de Russie. Cependant il doit faire face à ce qu'il appelle la « contre-révolution » et qui est une guerre civile soutenue par l'étranger (1918-1921).
La nuit du 16 au 17 juillet 1918, le tsar Nicolas II et sa famille, en détention à Ekaterinbourg, sont exécutés par la police secrète dans des circonstances obscures. Lénine lui-même niera avoir ordonné cette exécution et il ne sera jamais établi de preuve du contraire[réf. insuffisante][77].
Face au durcissement du régime, l'opposition s'accroît.
- Le 30 août 1918, Fanny Kaplan, membre du Parti socialiste-révolutionnaire, tente d'assassiner Lénine. Elle l'approche alors que celui-ci regagne sa voiture à l’issue d’un meeting. Elle l’appelle, il se retourne, elle lui tire dessus trois fois. Deux balles l’atteignent : l’une à la poitrine, l’autre à l'épaule. Lénine est emmené à son appartement privé au Kremlin et refuse de s’aventurer à l’hôpital, craignant que d’autres assassins ne l’y attendent. Les médecins jugent trop périlleux d’extraire les balles. Lénine survit et reprend son activité, mais sa santé est fragile. Fanny Kaplan est interrogée par la Tchéka puis est exécutée sans jugement. En réaction, le Conseil des commissaires du peuple émet le décret instituant la « terreur rouge ».
- En mars 1919, Lénine et d’autres leaders bolcheviques décident la création de l'Internationale communiste. C'est l'époque de la sécession avec le mouvement socialiste. À compter de ce moment, les membres de l’Internationale communiste, y compris Lénine et les bolcheviks eux-mêmes, furent connus comme les communistes. En Russie, le parti bolchevique est rebaptisé Parti communiste russe (bolchevik), qui devient finalement le PCUS en 1922. C'est le seul parti autorisé, les autres sont interdits et leurs membres poursuivis.
Dans le même temps, de 1918 à 1921, la guerre civile russe et le « communisme de guerre » continuent à faire rage dans toute la Russie. Des mouvements politiques très divers et leurs militants prennent les armes pour soutenir ou renverser le gouvernement soviétique. Des puissances étrangères arment des « armées blanches » afin de renverser le pouvoir des soviets. Dans une situation de « citadelle assiégée », le communisme de guerre est impitoyable, comme la guerre qui lui a donné naissance. L'occupation de l'Ukraine par les armées allemandes et le blocus qui s'en suit privent la Russie de blé. Pour faire face à la famine et nourrir les villes, à court de moyens de paiement, Lénine reprend les « réquisitions » des approvisionnements des paysans, quasiment sans dédommagement, instaurées sous le gouvernement Kerensky, et interrompues après octobre (les armées blanches doivent d'ailleurs elles aussi renoncer au libre marché et recourir aux réquisitions dans les zones qu'elles contrôlent). Cette spoliation amène les paysans à réduire dramatiquement leur production, parfois à soutenir les ennemis des « rouges », armées blanches ou « vertes ». Parfois aussi, les détachements de réquisition prennent toute la nourriture, jusqu'aux graines nécessaires aux semailles des paysans qui résistent.
Bien que de nombreuses factions différentes soient impliquées dans cette guerre civile, les deux principaux groupes en présence sont l’Armée rouge (bolchevique) et les Armées blanches (tsaristes). Les Alliés interviennent sur le territoire russe également dans ce conflit, apportant aux Blancs un soutien néanmoins insuffisant pour assurer à ceux-ci la victoire. Finalement, l’Armée rouge prend l'avantage en 1919, écrasant ses adversaires (ou ses anciens alliés comme les anarchistes ukrainiens après août 1921) et réduisant les forces des russes blancs et de leurs alliés à quelques poches de résistance (qui toutefois perdurèrent durant plusieurs années, notamment dans l'Extrême-Orient russe).
À la fin de l’année 1919, les succès remportés en Russie et le soulèvement de la ligue spartakiste en Allemagne créent aux yeux de Lénine l’occasion idéale de « sonder l’Europe avec les baïonnettes de l’Armée rouge[78] » pour étendre la révolution vers l’ouest, par la force. Au même moment et pour contenir les communistes, les pays occidentaux – convaincus que les forces blanches ne l'emporteraient pas – soutiennent la volonté de la deuxième république de Pologne, récemment indépendante, de reprendre ses territoires orientaux, annexés par la Russie à l’occasion de la partition de la Pologne à la fin du XVIIIe siècle.
- La guerre russo-polonaise débute mal pour les Polonais qui, sous-estimant l'Armée rouge, se font d'abord étriller et repousser jusqu'à Varsovie. Lénine voit la Pologne comme le pont que l’Armée rouge doit traverser afin d’établir le lien entre la Révolution russe et les partisans communistes d’Europe occidentale. Mais cette vision se heurte à des intérêts contradictoires. La France (avec l'accord général) envoie une « modeste » « mission militaire française » (des « instructeurs » dont Charles de Gaulle, alors capitaine, des avions avec leurs pilotes etc.) qui renverse la situation, permettant aux Polonais de remplir leurs objectifs. Lénine comprend la leçon et renonce (au moins temporairement) à l'exportation de la révolution par des moyens militaires.
- En mars 1921, la Révolte de Kronstadt, soulèvement armé des marins de la forteresse pour le pouvoir des soviets, pour des élections libres et la liberté de la presse, et contre les bolcheviks, est réprimée par l'Armée rouge dirigée par Trotsky (qui compte 10 000 morts dans ses rangs lors de l'assaut). 2 168 marins sont exécutés, 1 955 condamnés au travail obligatoire et 1 272 libérés.
La Russie paie le tribut de ces longues années de guerre et une grande partie du pays est en ruine. Dès lors que tous les efforts ne sont plus tendus vers la guerre, Lénine, pragmatique, explique que sous la pression des circonstances, le « communisme de guerre » a été trop vite : pour reconstruire le pays à partir de rien, un certain retour au libre échange est provisoirement nécessaire.
- En mars 1921 naît la Nouvelle politique économique (NEP), qui se caractérise par un retour limité du capitalisme privé.
En 1922, Lénine transforme l'ancien Empire russe en Union des républiques socialistes soviétiques (sur proposition de Staline). Mais sa santé déclinante réduit progressivement son activité : le 3 avril 1922, il laisse la tête du Parti à Staline.
Crimes de masse, terreur et totalitarisme [modifier]
L'historien français Nicolas Werth, dans l'Encyclopædia Universalis, estime que c'est Lénine qui est à l'origine de la nature totalitaire du communisme moderne[79].
Lénine élabore le concept de « Terreur de masse » dès 1905[80]. Ce concept est mis en pratique une fois la révolution commencée - révolution dans laquelle les bolchéviques sont très minoritaires, par ailleurs[80] - par une « politique volontariste, théorisée et revendiquée [...] comme un acte de régénération du corps social[80]. » La terreur est « l’instrument d’une politique d’hygiène sociale visant à éliminer de la nouvelle société en construction des groupes définis comme « ennemis »[80] » ; sont ainsi voués à la mort la « bourgeoisie », les propriétaires fonciers et les koulaks, vus comme des « paysans exploiteurs » [80]. Ceux-ci sont considérés dans le vocable léninien comme des « insectes nuisibles », des « poux », des « vermines », des « microbes[80] », dont il faut « épurer », « nettoyer », « purger » la société russe[80].
Lénine crée en 1919, en pleine guerre civile, un système de camps de concentration[1] ; « les camps de concentration et la peine de mort deviennent dès ce moment des composantes indispensables du système de Terreur, qui, pour Lénine, est inséparable de la dictature du peuple[81]. » L'historienne académicienne Hélène Carrère d'Encausse, auteur d'une biographie sur Lénine, note que les camps de concentration sont parmi les « armes » qu'utilise le gouvernement de Lénine contre tous ceux qui, dans la population civile, ne le suivent pas aveuglément[82]. Au contraire, selon l'historien Jean-Jacques Marie, ces mesures de répressions sont motivées principalement par le contexte difficile de la guerre civile et ne doivent pas lui survivre. Il constate d'ailleurs qu'après le pic de la guerre civile, le nombre de prisonniers internés dans ces camps diminue fortement pour tomber à 25 000, soit le tiers de la population carcérale en Russie[83].
Lénine est aussi le principal responsable d'une politique de déportation de populations entières, ainsi traitées car vues comme « ennemies du régime soviétique » ; la plus marquante d'entre elles étant la « décosaquisation », une politique visant à exterminer les Cosaques prétendumment « riches », dès 1919[79].
De surcroît, Lénine est à l'origine de la tradition des « purges » dans le Parti communiste, visant à éliminer les « faux communistes » (1919, 1921, 1922), une pratique qui sera reprise dans des proportions plus importantes encore par son successeur à la tête du Parti, Joseph Staline[79].
L'usage de la violence de masse, en accord avec les conceptions léninistes, est bien plus importante que sous le régime dictatorial du Tsar : en seulement quelques semaines, la Tchéka exécute deux à trois fois plus de personnes que l'ancien régime n’en avait condamné à mort en 92 ans[84].
Les exactions commises à l'encontre des populations civiles commencent en Union Soviétique dès Lénine[85],[86], elles sont seulement poursuivies, et non initiées par son successeur, Joseph Staline. De même, la propagande de masse et un culte de la personnalité sont utilisés en Union Soviétique pour rallier la population du pays aux idées du régime déjà sous Lénine, bien avant que Staline ne prenne le pouvoir[87],[88]. Ces méthodes de gouvernement, « mises en place par Lénine et systématisées par Staline[89] », ont précédées celles des nazis, et pourraient même les avoir inspirées, notamment au niveau des camps de concentration[89],[90]. Pour ces raisons, le léninisme - la philosophie politique et la pratique du pouvoir de Lénine - a pu être considérée par des universitaires spécialistes du communisme comme participant du totalitarisme, tout comme le stalinisme et le nazisme[8]. De même, le magazine américain Time estime que Lénine est « l'initiateur de la tragédie de notre ère, la montée en puissance des États totalitaires[91]. »
Mort et début d'un mythe [modifier]
La santé de Lénine est déjà sérieusement menacée par la maladie. La tentative d’assassinat de 1918 vient s'ajouter à ses problèmes de santé. La balle est toujours logée dans son cou, trop proche de la colonne vertébrale pour qu'on puisse tenter une opération chirurgicale avec les techniques médicales de l'époque.
- Lénine connaît sa première attaque en mai 1922. Elle le laisse partiellement paralysé de son côté droit (hémiplégie) et, son rôle dans le gouvernement diminue. Suite à un deuxième accident vasculaire cérébral (AVC), en décembre de la même année, il doit se résigner à abandonner toute activité politique.
- En mars 1923, la troisième attaque le cloue au lit et le prive de la parole.
- Lénine meurt le 21 janvier 1924 à 18 h 50 (heure de Moscou)[92].
Le communiqué officiel annonçant sa mort écrit « il n'est plus parmi nous, mais son œuvre demeure »[93].
Causes probables de la mort [modifier]
Les historiens ont longtemps considéré que la cause de mort la plus probable est l'attaque provoquée par la balle logée dans sa nuque suite à la tentative d'assassinat.
La cause officielle de sa mort est une artériosclérose qui serait vraisemblablement d'origine génétique selon une étude de 2013 (troubles comparables dans sa famille)[94]. Des 27 médecins qui interviennent à l'époque pour le soigner, huit seulement souscrivent à cette conclusion sur le rapport d'autopsie.
Cela laisse de la place pour des doutes et des théories alternatives.
Peu après sa mort, des indications concernant une syphilis apparaissent bien que corps de Lénine ne montre aucune lésion visible typique des dernières phases de la maladie. Cependant, des documents rendus publics suite à la chute de l'URSS, ainsi que les mémoires des médecins de Lénine, évoquent un traitement pour la syphilis dès 1895. En 1923, les médecins de Lénine lui prescrivent du Salvarsan, médicament utilisé alors pour cette maladie, ainsi que de l'iodure de potassium, également d'usage fréquent, à l'époque, pour le traitement de cette infection.
Selon les documents, on aurait donné l'ordre à Alexi Abrikosov, le pathologiste chargé de l'autopsie, de prouver que Lénine n’est pas mort de syphilis. Abrikosov ne mentionne pas la syphilis dans l'autopsie, mais le second rapport d'autopsie ne parle d'aucun des organes, des principales artères ou des régions du cerveau habituellement affectés par la syphilis, alors que les lésions aux vaisseaux du cerveau, la paralysie et certaines autres affections qu’il mentionne sont typiques de cette maladie. Enfin, selon un diagnostic posthume par deux psychiatres et un neurologue publié dans le European Journal of Neurology, Lénine serait bien décédé des suites de la syphilis[95].
Postérité : léninisme, marxisme-léninisme et stalinisme [modifier]
Testament politique : la critique de Staline [modifier]
Dès le début des années 1920, Lénine constate la bureaucratisation croissante du parti et de l'État qu'il tente de contrecarrer, tout en ayant conscience que la solution des difficultés réside, essentiellement, dans l'extension de la révolution aux pays développés[96],[97].
Son dernier acte politique est de critiquer fortement la brutalité de Staline, dans deux textes du 25 décembre 1923 et du 4 janvier 1924 appelés son « Testament politique »[98]. Staline, qui, de son poste de secrétaire général, est précisément à la croisée de la bureaucratie du parti et de celle de cet appareil d'État.
Selon un ancien diplomate soviétique, Dmitrevski, que cite également Trotsky, Staline répond au téléphone de façon si grossière à Nadejda Kroupskaïa que, celle-ci s'étant plainte à son mari, Lénine décide de « rompre toute relation personnelle avec Staline »[99].
De Staline, alors secrétaire général du Parti communiste depuis avril 1922, Lénine dit qu’il a un «pouvoir immense concentré dans ses mains» et suggère « aux camarades de réfléchir au moyen de déplacer Staline de ce poste[98] ».
La femme de Lénine découvre le document dans l’étude de celui-ci et le lit au comité central qui décide de ne pas suivre ces recommandations et de garder le texte secret[réf. nécessaire].
Lorsque le texte est publié à l'étranger en 1926 par des communistes dissidents (Max Eastman et Boris Souvarine), les dirigeants russes (Trotsky compris, au nom de l'unité du parti) dénoncent un « faux »[réf. souhaitée].
Le texte n'est reconnu comme authentique qu'en 1956 par Khrouchtchev[réf. souhaitée]. Il n'est publié en URSS qu'en 1987[réf. souhaitée].
Le mausolée « stalinien », contre ses dernières volontés [modifier]
Au début des années 1920, le mouvement russe de cosmisme est relativement populaire et il est prévu de conserver le corps de Lénine de manière cryogénique afin de pouvoir lui redonner vie dans le futur. L’équipement nécessaire est acheté à l’étranger mais pour diverses raisons, le projet n’est pas mené à bien. À la place, le corps est embaumé et exposé publiquement dans un mausolée sur la Place Rouge à Moscou - contre la volonté de Lénine.
Malgré la volonté exprimée par Lénine peu avant sa mort qu’aucun mémorial ne soit érigé pour lui, divers politiciens (notamment Staline pour asseoir son pouvoir sur le peuple) cherchent à améliorer leur image en l’associant à celle de Lénine après sa mort. Il est alors élevé à un statut quasi-mythique et les statues, monuments et mémoriaux à son honneur fleurissent.
Le corps de Lénine, embaumé, repose dans le mausolée de Lénine, sur la place Rouge, à Moscou.
La ville de Petrograd est renommée « Leningrad » en son honneur en janvier 1924 et conserve ce nom jusqu’à la chute de l’Union soviétique en 1991, date à laquelle elle retrouve son nom d'avant 1914, Saint-Pétersbourg.
En janvier 2011, le parti Russie unie a créé un site Web où l’on peut voter pour ou contre l’enterrement du corps de Lénine[100],[101],[102].
La figure de Lénine [modifier]
Après la mort de Lénine, la compétition fait rage pour recueillir la légitimité que son nom apporte.
Les vocables « léninisme » et « marxisme-léninisme » apparaissent, le premier étant revendiqué également par les trotskistes, le second uniquement par les staliniens (ce « marxisme-léninisme » constituant la doctrine officielle de l'URSS et de ses partis affiliés du Komintern puis du Kominform).
La figure de Lénine continue d'être officiellement honorée en URSS et dans les pays européens du Bloc de l'Est jusqu'à la chute du bloc de l'Est, qui voit de nombreuses statues de Lénine abattues en tant que symboles des anciens régimes. Un certain nombre de statues de Lénine existent encore cependant en Europe, surtout en Russie, mais également dans certains pays ex-communistes d'Europe de l'Est.
En 1993, Boris Eltsine supprime la garde d'honneur du mausolée de Lénine[103]. Il a été envisagé de faire enterrer le corps et de supprimer le mausolée, mais ce projet a été abandonné : le mausolée de Lénine continue d'être un monument touristique visité en Russie.
Le culte de « Saint Lénine » [modifier]
Lénine et son rôle historique font l'objet d'un grand nombre d'études historiques, dont la majorité les oppose à ceux de Joseph Staline.
Boris Souvarine, plus critique, le considère comme « un utopiste pour qui la fin justifie les moyens »[104][réf. insuffisante].
Il commente « Lénine cite Marx pour justifier le régime soviétique identifié à la "dictature du prolétariat", alors que Marx entendait par cette expression une "hégémonie politique" résultant du "suffrage universel"; ce qui n'a rien de commun avec le monopole d'un parti, l'omnipotence d'une "oligarchie" (Lénine dixit), un Guépéou inquisitorial et un archipel du Goulag »[105].
Souvarine tourne en dérision le culte de « Saint Lénine » et estime qu'« on reconnaît un arbre à ses fruits »[réf. souhaitée].
Et de conclure:
« Il serait absurde de confondre Lénine et Staline dans une même appréciation sans nuances comme de prétendre que le maître n'est pour rien dans les turpitudes de son disciple.
En conscience, on ne saurait écrire désormais sur Lénine en fermant les yeux sur les conséquences du léninisme et de son sous-produit, le stalinisme ; sur l'injustice atroce des répressions, des exactions, des dragonnades, des pogromes, des hécatombes ; sur les tortures et la terreur infligées aux peuples cobayes de "l'expérience socialiste" ; sur l'avilissement de la classe ouvrière, l'asservissement de la classe paysanne, l'abrutissement de la jeunesse studieuse, l'anéantissement d'une intelligentsia qui faisait honneur à la Russie de toujours. Lénine n'avait pas voulu cela.
Quand même, pour sa large part, il en est responsable[106]. »
Selon Domenico Losurdo, Lénine est fier « de l'élan donné par lui-même et par la révolution d'Octobre au dépassement des trois grandes discriminations et en dernière analyse à la cause de la démocratie et des droits de l'homme dans le monde et en Occident même »[107].
Écrits [modifier]
Lénine est l’auteur d'une œuvre théorique et philosophique qui se veut dans la continuité de celle de Karl Marx, et qu'il a défendue contre les « révisionnistes » (Eduard Bernstein, etc.).
Parmi ses nombreux écrits (ses œuvres complètes ont été publiées en français en 45 volumes) on peut retenir :
- Que faire ?
- L'Impérialisme, stade suprême du capitalisme
- L'État et la Révolution
- La Maladie infantile du communisme (le « gauchisme »)[108]
- Matérialisme et empiriocriticisme
Anecdotes [modifier]
Pseudonyme [modifier]
« Lénine » est un pseudonyme révolutionnaire. Il n'a jamais expliqué publiquement son choix, ce qui laisse le champ libre à toutes les théories. À cette époque, Gueorgui Plekhanov - qui a eu une influence importante sur Lénine - utilisait le pseudonyme Volguine, d’après la Volga. Mais certains ont vu dans le choix de la Léna, plus longue et coulant dans la direction opposée, le signe d'une opposition entre Plekhanov et Lénine. Il existe d’autres théories concernant l’origine de ce nom. Pendant son exil à Chouchenskoïe, en Sibérie, le fleuve russe le plus proche était Ienisseï, non la Léna : ce n'est donc pas une évocation de son séjour dans cette région.
On trouve parfois le nom de « Nikolaï Lénine », bien qu’il n’ait jamais été connu sous ce nom en Russie.
L’étude du cerveau de Lénine [modifier]
Le cerveau de Lénine fut prélevé avant que son corps soit embaumé. Le gouvernement soviétique demanda au neuroscientifique Oskar Vogt de l’étudier[109]. L’Institut du cerveau fut créé à Moscou spécifiquement dans ce but. Vogt publia un article sur le cerveau en 1929 dans lequel il rapporte que certains neurones pyramidaux dans la troisième couche du cortex cérébral de Lénine étaient particulièrement larges. Cependant les conclusions concernant le lien entre cette observation et le supposé « génie » furent contestées. Le travail de Vogt fut considéré comme insatisfaisant par les Soviétiques. Les recherches furent poursuivies par l’équipe soviétique mais les travaux concernant le cerveau de Lénine ne furent plus rendus publics.
Les anatomistes contemporains ne croient plus que la morphologie seule puisse déterminer le fonctionnement du cerveau.
Poste officiel [modifier]
| Précédé par | Lénine | Suivi par | |||
|---|---|---|---|---|---|
| Alexandre Kerensky (Chef du Gouvernement provisoire) |
|
Alexeï Rykov Joseph Staline prend la tête du PCUS le 3 avril 1922 |
Notes et références [modifier]
- Vladimir Ilitch Oulianov, dit Lénine, Encyclopédie Larousse
- Lénine fait partie de la liste des 100 personnes les plus influentes du XXe siècle élaborée par TIME.
- On trouve parmi ses textes les plus fondamentaux Que faire ?, L'Impérialisme, stade suprême du capitalisme, L'État et la Révolution, La Maladie infantile du communisme (le « gauchisme »), et Matérialisme et empiriocriticisme
- Lénine lui-même soulignait la proximité de son action avec la Terreur sous la Révolution française, expliquant notamment que le nouveau pouvoir avait besoin de son « Fouquier-Tinville, qui nous matera toute la racaille contre-révolutionnaire. » Repris dans Le livre noir du communisme, p. 83-84
- Lénine expose sa vision de l'utilisation de l'action des masses afin d'instaurer la terreur dans une lettre adressée à Zinoviev en ces termes, croyant que celui-ci avait empêché des débordements ouvriers meurtriers :
Repris dans Le livre noir du communisme, p.102« Camarade Zinoviev ! Nous venons juste d'apprendre que les ouvriers de Petrograd souhaitaient répondre par la terreur de masse au meurtre du camarade Volodarski et que vous (pas vous personnellement, mais les membres du comité du Parti de Petrograd) les avez freinés. Je proteste énergiquement ! Nous nous compromettons : nous prônons la terreur de masse dans les résolution du soviet, mais quand il s'agit d'agir, nous faisons obstruction à l'initiative absolument correcte des masses. C'est i-nad-mis-sible ! Les terroristes vont nous considérer comme des chiffes molles. Il est indispensable d'encourager l'énergie et le caractère de masse de la terreur dirigée contre les contre-révolutionnaires, spécialement à Petrograd, dont l'exemple est décisif. »
- Voir à ce propos un ouvrage consacré à la question, La Terreur sous Lénine, de Jacques Baynac, Le Sagittaire, 1975
- D'autres dirigeants révolutionnaires, comme Léon Trotski, usaient eux aussi de l'analogie avec la Terreur française :
Repris dans Le livre noir du communisme, p. 86« Dans moins d'un mois, la terreur va prendre des formes très violentes, à l'instar de ce qui s'est passé lors de la Grande révolution française. Ce ne sera plus seulement la prison, mais la guillotine, cette remarquable invention de la Grande révolution française, qui a pour avantage reconnu celui de raccourcir un homme d'une tête, qui sera prête pour nos ennemis. »
- Le Livre noir du communisme (ouvrage collectif), Paris, Robert Laffont, 1997 (ISBN 978-2266191876) , p.46
- Figes 1998, p. 142
- Service 2000, p. 16-23, 28-29
- Carrère d'Encausse 1998, p. 21
- Service 2000, p. 23-25
- Service 2000, p. 25-27
- Service 2000, p. 27-29
- Carrère d'Encausse 1998, p. 23
- Le père de Lénine est décoré de l'Ordre de Saint-Vladimir, IIIe classe. Cette classe donne accès à la noblesse héréditaire. Ainsi se trouve ici confirmé le titre de noble dont jouit à titre personnel (et héréditaire ensuite) le père de Lénine. Ce n'est donc pas, aux termes de la loi russe de l'époque, un anoblissement mais une simple confirmation de privilèges. Cette question, peu surprenante s'agissant du fils d'un haut fonctionnaire de l'Empire russe, est abordée par de nombreux auteurs russes (voir Titres, uniformes et ordres de l'Empire russe, (ru) Титулы, мундиры и ордена Российской империи) de Léonid E. Chepelev (Леонид Ефимович Шепелев).
- Service 2000, p. 30-53
- Figes 1998, p. 6-13
- Figes 1998, p. 30-51
- Figes 1998, p. 134-141
- Figes 1998, p. 17-24
- Carrère d'Encausse 1998, p. 24
- Service 2000, p. 49-51
- Carrère d'Encausse 1998, p. 25-26
- Service 2000, p. 56-59
- Marie 2004, p. 32
- Service 2000, p. 60
- Carrère d'Encausse 1998, p. 26-27
- Marie 2004, p. 35-36
- Carrère d'Encausse 1998, p. 27-28
- Figes 1998, p. 131-132
- Marie 2004, p. 36-41
- Service 2000, p. 79-80
- Carrère d'Encausse 1998, p. 28
- Service 2000, p. 85-86
- Carrère d'Encausse 1998, p. 28-29
- Service 2000, p. 86-90
- Marie 2004, p. 46-50
- Service 2000, p. 102-103
- Service 2000, p. 104-106
- Carrère d'Encausse 1998, p. 83
- Service 2000, p. 106-109
- Service 2000, p. 111-121
- Carrère d'Encausse 1998, p. 34-35
- Marie 2004, p. 59
- Carrère d'Encausse 1998, p. 36-37
- Service 2000, p. 121-123
- Le Développement du capitalisme en Russie sur le site Marxists Internet Archive.
- Service 2000, p. 124-125
- Marie 2004, p. 61
- Marie 2004, p. 62-65
- Service 2000, p. 130-136
- Service 2000, p. 137-138
- Carrère d'Encausse 1998, p. 104-105
- Colas 1987, p. 16-21
- Carrère d'Encausse 1998, p. 106
- Service 2000, p. 144-145
- Service 2000, p. 147-152
- Carrère d'Encausse 1998, p. 101-102
- Carrère d'Encausse 1998, p. 106-118
- Service 2000, p. 157-165
- Carrère d'Encausse 1998, p. 118-124
- "Deux tactiques de la Social-Démocratie dans la révolution démocratique" (Lénine, 1905)
- Matérialisme et Empiriocriticisme.
- L'impérialisme, stade suprême du capitalisme, Lénine.
- (en) George Katkov, « German Foreign Office Documents on Financial Support to the Bolsheviks in 1917. », International Affairs 32 (1956).
- (en) Stefan Possony, Lenin: The Compulsive Revolutionary, Chicago: Regnery (1964).
- Erich Ludendorff, Meine Kriegserinnerungen 1914—1818, Berlin, 1919. Traduction française : Souvenirs de guerre (1914-1918), Payot, 1920.
- Ce passage a été repris par Alexandre Fedorovitch Kerensky dans La révolution Russe, 1917, Payot, 1928, 399 pages, p. 230, et par Gabriel Terrail, dit « Mermeix », dans Les négociations secrètes et les quatre armistices avec pièces justificatives, Ollendorf, 1919, 355 pages, p. 126.
- Pour Boris Souvarine, en revanche, la Wilhelmstrasse a décidé, sur la demande de Julius Martov, « de laisser passer quelques centaines de Russes (de toutes nuances politiques, non pas les seuls bolcheviks) », décision acceptée par l’état-major allemand. À bord du train, qui aurait été un train classique, et non plombé, se trouvaient non seulement Lénine, mais « Martov, Axelrod, Riazanov, Lounatcharski, Bobrov, Angelica Balabanova ». Voir Controverse avec Soljénitsyne, Éditions Allia, 1990, 167 pages, p. 43-45 (ISBN 2904235248).
- (en) États-Unis, Committee on Public Information, The German-Bolshevik Conspiracy, War Information Series, numéro 20, octobre 1918.
- George F. Kennan, « The Sisson Documents », Journal of Modern History 27-28 (1955-1956), p. 130-154.
- « 2 000 ans d’histoire », France Inter, 6 novembre 2007.
- Manès Sperber, Les visages de l'Histoire, éditions Odile Jacob, 1990
- Les tâches du prolétariat dans la présente révolution, thèses d'avril, 1917, Pétrograd, thèse n°5.
- Léon Trotsky, Ma vie, chapitre 30
- Pas de preuve que Lénine a ordonné de tuer le tsar Nicolas II, selon l'enquête, La Dépêche, 17 janvier 2011
- Cité par Maxime Mourin dans Les Relations franco-soviétiques (1917-1967), Payot, 1967, p. 116.
- Nicolas Werth, « Lénine (1870-1924) », Encyclopædia Universalis (lire en ligne) Consulté le 9 février 2013
- Crimes et violences de masse des guerres civiles russes (1918-1921), page 1, Online Encyclopedia of Mass Violence
- Hélène Carrère d'Encausse, Le Malheur russe: Essai sur le meurtre politique
- Hélène Carrère d'Encausse, Lénine
- Jean-Jacques Marie Le Goulag, PUF, collection Que sais-je ?, p. 31-33.
- Crimes et violences de masse des guerres civiles russes (1918-1921), page 2, Online Encyclopedia of Mass Violence
- Le Livre noir du communisme (ouvrage collectif), Paris, Robert Laffont, 1997 (ISBN 978-2266191876) , p.20
- L'historien russe Sergeï Melgounov citait l'un des premiers chefs de la Tchéka [la première police politique soviétique, « ancêtre » du KGB], en ces termes :
Repris dans Le livre noir du communisme, p. 20« Nous ne faisons pas la guerre contre des personnes en particulier. Nous exterminons la bourgeoisie comme classe. Ne cherchez pas, dans l'enquête, des documents ou des preuves sur ce que l'accusé a fait, en actes ou en paroles, contre l'autorité soviétique. La première question que vous devez lui poser c'est à quelle classe il appartient, quelles sont son origine, son éducation, son instruction, sa profession. »
- Propagande et arts totalitaires en URSS
- Staline cherche ensuite par les mêmes procédés à augmenter son prestige en s'associant à la personne de Lénine : voir par exemple, les quelques pages que Jean-Pierre Bertin-Maghit y consacre dans Une histoire mondiale des cinémas de propagande.
- Le Livre noir du communisme (ouvrage collectif), Paris, Robert Laffont, 1997 (ISBN 978-2266191876) , p.29-30
- Rudolf Höss, gestionnaire du camp d'extermination nazi d'Auschwitz, notait que :
Repris dans Le livre noir du communisme, p. 30« la direction de la Sécurité avait fait parvenir aux commandants des camps une documentation détaillée au sujet des camps de concentration russes. Sur la foi de témoignages d'évadés, les conditions qui y régnaient étaient exposées dans tous les détails. On y soulignait particulièrement comment les Russes anéantissaient des populations entières en les employant au travail forcé. »
- (en) Vladimir Ilyich Lenin, TIME magasine
- Vie et Œuvre de Vladimir Lénine, sous la direction de P. Pospélov, édition en langue française, édition du progrès Moscou, URSS, 1979, Page 606
- Édition de la Pravda du 22 janvier 1924.
- Le mystère de la mort de Lénine enfin résolu ?, , par Pierre Barthélémy, passeurdesciences.blog.lemonde.fr, 3 mars 2013
- V. Lerner, Y. Finkelstein et E. Witztum, « The Enigma of Lenin’s (1870-1924) Malady », European Journal of Neurology, vol. 11, n° 6, juin 2004, p. 371-376.
- Lénine, "La question des nationalités et de l'autonomie" :
« nous devons en toute conscience dire l'inverse ; nous appelons nôtre un appareil qui, de fait, nous est encore foncièrement étranger et représente un salmigondis de survivances bourgeoises et tsaristes, qu'il nous était absolument impossible de transformer en cinq ans faute d'avoir l'aide des autres pays et alors que prédominaient les préoccupations militaires et la lutte contre la famine. »
- Lénine, "Mieux vaut moins mais mieux", Pravda n° 49, 4 mars 1923 :
(cité dans dans Moshe Lewin, Le dernier combat de Lénine, éd. Les Éditions de Minuit, coll. Arguments, 1978, p. 164, texte complet : http://www.marxists.org/francais/lenin/works/1923/03/vil19230304.htm)« Les choses vont si mal avec notre appareil d'Etat, pour ne pas dire qu'elles sont détestables, qu'il nous faut d'abord réfléchir sérieusement à la façon de combattre ses défauts ; ces derniers ne l'oublions pas, remontent au passé, lequel, il est vrai, a été bouleversé, mais n'est pas encore aboli. (…) il faut que les meilleurs éléments de notre régime social, à savoir : les ouvriers avancés, d'abord, et, en second lieu, les éléments vraiment instruits, pour lesquels on peut se porter garant qu'ils ne croiront rien sur parole et qu'ils ne diront pas un mot qui soit contraire à leur conscience, ne craignent pas de prendre conscience des difficultés, quelles qu'elles soient, et ne reculent devant aucune lutte pour atteindre le but qu'ils se seront sérieusement assigné. Voilà cinq ans que nous nous évertuons à perfectionner notre appareil d'Etat. Mais ce n'a été là qu'une agitation vaine qui, en ces cinq ans, nous a montré simplement qu'elle était inefficace, ou même inutile, voire nuisible. (…) Il faut enfin que cela change. (…) Nous sommes donc à l'heure actuelle placés devant cette question : saurons‑nous tenir avec notre petite et très petite production paysanne, avec l'état de délabrement de notre pays, jusqu'au jour où les pays capitalistes d’Europe occidentale auront achevé leur développement vers le socialisme ? (…) Nous devons réaliser le maximum d'économie dans notre appareil d'Etat. Nous devons en bannir toutes les traces d'excès que lui a laissées en si grand nombre la Russie tsariste, son appareil capitaliste et bureaucratique. »
- « Testament politique »
- Cité par Gérard Walter, Lénine, Julliard, 1950, p. 462.
- (ru) Поддерживаете ли Вы идею захоронения тела В.И. Ленина?. // „Единая Россия“
- (ru) Голосование за и против захоронения тела Владимира Ленина началось в интернете
- (fr) En finir avec la momie de Lénine
- Yeltsin Withdraws Honor Guard From Lenin's Mausoleum, Los Angeles Times, 7 octobre 1993
- Cité par Branko Lazitch dans le recueil de textes Chroniques du mensonge communiste.
- Article « Soljenitsyne et Lénine », Est et Ouest, 1er avril 1976, reproduit dans le recueil Chroniques du mensonge communiste, Commentaire/Plon, 1998 (citation pp. 24-25).
- Article Saint Lénine, revue Preuves n°107, janvier 1960, reproduit dans Chroniques du mensonge communiste, Commentaire/Plon, 1998, p. 57
- http://www.humanite.fr/2004-05-29_Medias_-1924-la-mort-de-Lenine
- http://www.marxists.org/francais/lenin/works/1920/04/gauchisme.htm
- Ces faits ont inspiré au romancier allemand Tilman Spengler son roman Le Cerveau de Lénine (paru en traduction française en 1995).
Voir aussi [modifier]
Articles connexes [modifier]
Bibliographie [modifier]
- Hélène Carrère d'Encausse, Lénine, Fayard, 1998 (ISBN 978-2213601625)

- (en) Robert Service, Lenin : a biography, Pan Books, 2000 (ISBN 978-0330518383)

- Jean-Jacques Marie, Lénine, Balland, 2004 (ISBN ISBN 2-7158-1488-7)

- (en) Orlando Figes, A People's tragedy : the Russian revolution 1891-1924, Penguin Books, 1998 (ISBN 978-0712673273)

- Dominique Colas, Lénine et le léninisme, Presses universitaires de France, 1987 (ISBN 978-2130414469)

- Nicolas Werth, Histoire de l'Union soviétique, Presses universitaires de France, 2004 (ISBN 978-2130561200)

- Léon Trotsky, Ma vie, 1930.
- Léon Trotsky, La Jeunesse de Lénine, 1936.
- Gérard Walter, Lénine, Julliard, 1950.
- Nicolas Valentinov, Mes Rencontres avec Lénine, traduit du russe par Christian de Jouvencel, éditions Gérard Lebovici, 1964 (rééd. 1987).
- Moshe Lewin, Le Dernier Combat de Lénine, Les Éditions de Minuit, 1967 (ISBN 2-7073-037-6)
- Nikita Khrouchtchev, Rapport secret sur Staline au XXe Congrès du P.C. soviétique, suivi du Testament de Lénine, éditions Champ Libre, 1970.
- David Shub, Lénine, Gallimard, 1972.
- Anton Ciliga, Lénine et la révolution, Spartacus, 1978.
- Boris Souvarine, Sur Lénine, Trotski et Staline (1978-79), entretiens avec Michel Heller et Branko Lazitch, éditions Allia, 1990.
- Le Livre noir du communisme (ouvrage collectif), Paris, Robert Laffont, 1997 (ISBN 978-2266191876)

- Jean-Jacques Marie, Lénine. La révolution permanente, Payot, 2011
Filmographie [modifier]
- Documentaires
- Taurus, réalisé par Alexandre Sokourov en 2001.
- Trois chants sur Lénine, réalisé par Dziga Vertov en 1934.
- Fictions
- The Trotsky (2009), joué par Jacob Tierney
- Les Simpson, joué par Dan Castellaneta
- Un train pour Petrograd (1988) (TV) Joué par Ben Kingsley
- Monty Python à Hollywood (1982), joué par John Cleese
- Reds (1981), joué par Roger Sloman
- La Chute des aigles, joué par Patrick Stewart
- Vladimir et Rosa, (1971), joué par Jean-Luc Godard
- Nicolaï et Alexandra (1971), joué par Michael Bryant
- Monty Python's Flying Circus (1970), joué par Michael Palin
Chansons sur Lénine [modifier]
- Fleur cueillie sur la colline, chant traditionnel adapté à la mort de Lénine.
- Vladimir Ilitch, interprétée par Michel Sardou en 1983.
Liens externes [modifier]
- Recueil de textes de Lénine sur les Archives marxistes sur Internet (œuvres incomplètes)
- Lénine philosophe (ouvrage critique d'Anton Pannekoek)
- Le Testament politique de Lénine classé secret d'État en URSS.
- Textes inédits de Lénine commentés par Nicolas Werth
- Un texte polémique sur le livre de Jean-Jacques Marie qui résume les grands traits de la pensée de Lénine
- Portail du marxisme
- Portail du communisme
- Portail de la politique
- Portail de la Russie
- Portail de l’URSS
- Lénine
- Naissance dans l'Empire russe
- Naissance à Simbirsk
- Naissance en 1870
- Décès en 1924
- Personne déportée sous le régime tsariste
- Personnalité de la révolution russe
- Personnalité de la guerre civile russe
- Victime d'une tentative de meurtre
- Philosophe russe
- Noblesse russe
- Personnalité kalmouk
- Philosophe athée
- Économiste russe
- Critique des religions
- Chef du gouvernement de l'URSS
- Vieux bolchevik
- Essayiste ou théoricien marxiste
- Philosophe matérialiste
- Étudiant de l'université impériale de Saint-Pétersbourg
- Nom de guerre
- Membre du premier Conseil des commissaires du peuple
- Membre du Politburo du Parti communiste de l'Union soviétique
- Participant à la conférence de Zimmerwald
- Participant au 1er congrès du Komintern
- Participant au 2ème congrès du Komintern
- Participant au 3ème congrès du Komintern
- Participant au 4ème congrès du Komintern
