Alfred Dreyfus

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48° 50′ 17″ N 2° 19′ 37″ E / 48.83806, 2.32694 ()

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Alfred Dreyfus
Alfred Dreyfus
Alfred Dreyfus

Naissance
Mulhouse, Alsace, France
Décès (à 75 ans)
Paris, Île-de-France, France
Origine Française
Allégeance Drapeau de la France France
Arme Armée française, artillerie
Grade Lieutenant-colonel
Années de service 18781918
Conflits Première Guerre mondiale
Distinctions Officier de la Légion d'honneur
Croix de guerre 1914-1918
Hommages Transfert des cendres envisagé en 2007 au Panthéon
Signature
Alfred Dreyfus signature.svg

Alfred Dreyfus, né le à Mulhouse, mort le à Paris, est un officier français d'ascendance alsacienne et de confession juive, victime en 1894 d'une erreur judiciaire qui est à l'origine d'une crise politique majeure des débuts de la IIIe République, l'affaire Dreyfus (1894–1906), au cours de laquelle l'opinion française s'est divisée en deux clans ennemis : les dreyfusards et les antidreyfusards[1],[2],[3].

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines et débuts professionnels[modifier | modifier le code]

Alfred Dreyfus est le benjamin des neuf enfants de Raphaël Dreyfus[4], industriel, et de Jeannette Libmann-Weill. Il passe son enfance dans la maison familiale rue du Sauvage.

Après l'annexion de l'Alsace-Lorraine par l'Allemagne en 1871, Lorrains et Alsaciens ont la possibilité de partir pour la France s'ils ne veulent pas devenir citoyens allemands. En 1872, les Dreyfus optent pour la nationalité française et quittent l'Alsace pour Paris. Alfred décide alors de s'engager dans l'armée française, souhaitant voir l'Alsace revenir à la France.

Il entre à l'École polytechnique en 1878 et devient officier d'artillerie. En 1890, il est admis à l'École de guerre.

La même année, il épouse Lucie Hadamard (-), issue d'une famille aisée de diamantaires. Ils ont deux enfants, Pierre (-) et Jeanne (-).

Le Deuxième Bureau et le bordereau[modifier | modifier le code]

En 1893, il est attaché à l'état-major de l'armée au ministère de la Guerre comme capitaine-stagiaire. Il y effectue des stages, passant successivement dans chaque bureau de l’état-major, sans toutefois être admis à la Section de statistiques (renseignements). C'est son collègue Junck qui y fait un stage.

En septembre 1894, le service de contre-espionnage (le Bureau de statistique), dépendant du Ministère de la Guerre, découvre un bordereau contenant des informations sur des secrets militaires français. Celui-ci aurait été transmis à l'ambassade d'Allemagne. Alfred Dreyfus apparaît très rapidement comme le suspect idéal du fait de la similitude de son écriture avec celle du bordereau. En outre, il est passé par l’état-major, il est artilleur, a des origines alsaciennes et est de confession juive. Il est réputé antipathique et prétentieux.

Le procès de 1894[modifier | modifier le code]

Les deux cases occupées par Dreyfus à l'île du Diable

Le 15 octobre, il est arrêté et incarcéré à la prison du Cherche-Midi. Il passe en conseil de guerre à Paris le . Il est défendu par un avocat pénaliste talentueux, Edgar Demange, de confession catholique et choisi par son frère Mathieu. Cet avocat tente de démontrer à la Cour l'insuffisance des charges pesant sur l'accusé puisque les différentes analyses graphologiques produites se contredisent ; l'une de celle-ci a été effectuée par Bertillon.

Mais, contre toute attente[réf. nécessaire], Dreyfus est condamné le 22 décembre à l'unanimité pour trahison « à la destitution de son grade, à la dégradation militaire, et à la déportation perpétuelle dans une enceinte fortifiée », c'est-à-dire au bagne en Guyane[5]. Il n'est pas condamné à mort, cette peine ayant été abolie pour les crimes politiques depuis 1848.

Pour les autorités, la presse et le public, les quelques doutes d'avant procès sont dissipés. Son cas est évoqué devant la Chambre des députés et il ne trouve alors aucun défenseur, ni même en la personne de Jean Jaurès qui le condamne à la tribune ou de Clemenceau, les deux soulignant que la peine de mort venait d'avoir été appliquée à un jeune soldat insolent en vertu du Code de justice militaire.

Alfred Dreyfus est dégradé le dans la cour d'honneur de l'École militaire de Paris devant une foule furieuse qui crie notamment « À bas le traître, à bas le juif ! ».

Le on embarque Alfred Dreyfus sur le Ville-de-Saint-Nazaire, qui accoste à l'île Royale le 12 mars. Gardé en secret total sur l'île Royale, il pose pied sur l'île du Diable cinq jours plus tard. Au début, il a une relative liberté de mouvement, quoique fortement suspecté de vouloir s'évader, mais, en 1896, la rumeur d'une tentative de le faire évader se répand, et les autorités font construire une palissade autour de sa case. Il ne peut plus voir la mer ; il reste confiné à l'intérieur de l'enceinte entourant sa case[5].

Sa santé et son moral empirent drastiquement ; le bagnard Ullmo, qui occupera la case après Dreyfus, dira que celui-ci disait parler aux requins et que ceux-ci venaient à l'appel. Il dort avec l'aide de calmants prescrits par le médecin des îles, écrit à sa femme, à son frère, au président (toute sa correspondance est inspectée minutieusement), et essaie de jardiner un peu sous l'œil attentif des gardes, mais échoue. Il remplit ses cahiers du nom de sa femme, Lucie, et de figures géométriques. Tenu dans l'ignorance complète des avancées concernant son dossier, il n'essaiera toutefois jamais de s'évader ou de tenter une quelconque violence à l'encontre des autorités du bagne[5].

L'affaire Dreyfus[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Affaire Dreyfus.

Le 21 janvier 1896, le lieutenant-colonel Georges Picquart, devenu chef du service de renseignements (SR) en juillet 1895, intercepte un document, le « petit bleu », qui ne laisse aucun doute sur les accointances de son auteur, le commandant Esterhazy, avec l'ambassade d'Allemagne, et dont l'écriture est identique à celle du bordereau qui a entraîné la condamnation de Dreyfus. Il découvre par ailleurs que le dossier secret comportant des pièces couvertes par le secret militaire, communiqué au Conseil de guerre pendant le délibéré, à l'insu de la défense, est vide de preuves.

L'affaire Dreyfus naît à ce moment-là, faisant suite à l'acquittement du véritable traître, Ferdinand Walsin Esterházy, au moment où Émile Zola publie « J'accuse…! » dans L'Aurore du . Il est suivi d'un très médiatique procès en diffamation, à rebondissements, engagé par l'État, et au terme duquel Émile Zola est condamné au maximum de la peine, le forçant à l'exil en Angleterre. L'Affaire éclate alors au grand jour et divise les grands courants politiques de l'époque en clans dreyfusards et antidreyfusards.

Port Haliguen à Quiberon
Caricature d'Alfred Dreyfus par Victor Lenepveu (vers 1900).

Son cas, à nouveau évoqué à la Chambre des Députés, provoque un scandale dans le cadre de crises ministérielles. Les preuves produites par le ministre de la Guerre devant la Chambre se révèleront être des faux commis par les militaires. L'auteur de ces fausses pièces, le Colonel Henry, sera emprisonné en 1898, et se suicidera au lendemain même de sa mise en détention.

Après l'arrêt de la Cour de cassation qui annule le premier jugement pour violation des droits de la défense aux termes d'un arrêt réputé particulièrement audacieux pour l'époque, Alfred Dreyfus est rapatrié pour être jugé par un second conseil de guerre, à Rennes, le . Il est de nouveau reconnu coupable de trahison sur la base de nouvelles pièces apparemment extraites du dossier secret, reçoit bizarrement le bénéfice de circonstances atténuantes et est condamné à dix ans d'emprisonnement.

Dix jours plus tard, dans un climat médiatique délétère, Alfred Dreyfus bénéficie d'une grâce présidentielle. Le , la Cour de cassation, saisie par l'avocat Ludovic Trarieux peu avant sa mort d'un recours en révision, cassera finalement le jugement de Rennes sans renvoi[6],[7].

La famille Dreyfus, photo de 1905.

Alfred Dreyfus est réintégré dans l'armée avec le grade de chef d'escadron, et reçoit peu après la Légion d'honneur, avec le grade de chevalier. En 1908, il est victime d'un attentat par balles et blessé lors des cérémonies de transfert au Panthéon des cendres d'Émile Zola, son défenseur, auteur de la lettre envoyée au président Félix Faure, « J'accuse…! », où il dénonce et dit que Dreyfus est innocent. L'auteur de l'attentat, Louis Grégori, sera acquitté.

La Bibliothèque historique de la ville de Paris possède un fonds Dreyfus important relatif à l'affaire : un millier de manuscrits, brochures, journaux ou encore affiches. Cette collection est un don d'Alphonse Ochs datant de 1909.

Dreyfus après sa réhabilitation[modifier | modifier le code]

Il sert pendant la Première Guerre mondiale comme lieutenant-colonel, et voit l'Alsace-Lorraine revenir à la France. Une anecdote veut que ce fût lui qui accueillit les deux aviateurs qui avaient détecté le changement de direction de l'armée allemande qui allait déclencher la bataille de la Marne. Il les laisse informer l'état-major malgré son grade supérieur[8]. Il termine la guerre avec la décoration d'Officier de la Légion d'honneur.

Alfred Dreyfus en 1935, l'année de sa mort.

Il meurt en 1935 à Paris d'une crise cardiaque, à l'âge de 75 ans, et est enterré au cimetière du Montparnasse.

Bien que totalement réhabilité, Alfred Dreyfus n'a pas eu la carrière militaire à laquelle il était destiné, ses états d'avancements étant freinés par l'Affaire, mais aussi par le fait qu'il aurait mal admis, en tant que militaire, l'allure politique, médiatique et antimilitariste prise par son dossier. Ses amis et défenseurs (cf. infra Mémoires de Mathieu Dreyfus) témoignent de relations conflictuelles entre son frère et son entourage (notamment Georges Clemenceau, Émile Zola et le colonel Picquart).

Hommages[modifier | modifier le code]

Une statue d’Alfred Dreyfus par Tim, installée en 1988 au jardin des Tuileries, a été transférée à la place Pierre-Lafue, voie située entre le boulevard Raspail et les rues Notre-Dame-des-Champs et Stanislas, où elle a été inaugurée le 16 octobre 1994.

La promotion 1995 de l’École nationale de la magistrature française a pris le nom « Alfred Dreyfus » comme nom de baptême de promotion.

En 1997, son petit-neveu, le chanteur Yves Duteil, lui rend hommage dans chanson appelée « Dreyfus »[9].

Le transfert de ses cendres au Panthéon a été envisagé, mais Jacques Chirac a indiqué le y avoir renoncé. En effet, malgré de nombreux soutiens, il a été estimé que Dreyfus était d’abord une victime, et que, si héros il devait y avoir dans l’Affaire, c'était Zola, déjà au Panthéon. Robert Badinter, le CRIF, la Ligue des droits de l'homme sont également de cet avis[10]. Le 12 juillet 2006, une cérémonie d'hommage solennel fut organisée à l'École militaire en présence du président de la République Jacques Chirac entouré du Premier ministre et de plusieurs membres du gouvernement.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Bredin 1993
  2. Duclert 2006, p. ??
  3. Marcel Thomas, L'Affaire sans Dreyfus, Fayard - Idégraf (Genève), 1961
  4. Alfred Dreyfus : Arbre généalogique
  5. a, b et c Marion F. Godfroy, Bagnards, Éditions du Chêne, Paris, 2002, (ISBN 978-2-84277-390-8), p. 180-181.
  6. Arrêt de la Cour de cassation du 12 juillet 1906 [1] [2]
  7. Guy Canivet, « La Cour de cassation dans l'affaire Dreyfus », allocution d’ouverture au colloque organisé à Rennes, les 23 et 24 mars 2006, par la Ville de Rennes, le Musée de Bretagne, l’Association des amis du Musée de Bretagne et la Société internationale d’histoire de l’Affaire Dreyfus.
  8. Joumas 2011, p. ??
  9. Duteil rend hommage à Dreyfus, son grand-oncle « Dreyfus » Parole de la chanson d'Yves Duteil - Dreyfus
  10. Le Monde, 7 juillet 2006.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]