Hans Günther

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Hans Günther en 1935

Hans Friedrich Karl Günther (Hans Günther), né le 16 février 1891 à Fribourg-en-Brisgau et décédé le 25 septembre 1968 dans cette même ville, était un anthropologue et un « raciologue » allemand. Il a repris la théorie de Joseph Arthur de Gobineau sur l'inégalité des races. Il fut le plus célèbre des raciologues du IIIe Reich[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Né à Fribourg-en-Brisgau en 1891, il est docteur en biologie et en anthropologie avant de le déclenchement de la Grande Guerre. Il participe au conflit, d'abord dans l'armée, puis, après la fin officielle des hostilités, dans les Corps Francs[2]. Il se fait connaitre comme publiciste dans le Reich des années 1920, rencontrant le succès dès la publication de son ouvrage La Raciologie du peuple allemand (Rassenkunde des deutschen Volkes) qui s'écoule à 270000 exemplaires dès sa première édition[2].

Il n'obtient de reconnaissance universitaire qu'après sa nomination à un poste d'enseignant à l'université de Thuringe, Land dans lequel le NSDAP obtient son premier accès à des postes gouvernementaux. Une chaire de raciologie est alors créée pour lui à l'université d'Iéna : le 15 novembre 1930, sa leçon inaugurale est suivie par de nombreuses personnalités du NSDAP, Hitler, Darré, Sauckel, Goering[3]. À partir de 1933, sa carrière universitaire connaît un essor fulgurant : en 1935 il est nommé professeur à l'université de Berlin puis à celle de Fribourg en 1939[3]. Par ailleurs, cette reconnaissance lui permet de former, et de soutenir un groupe de chercheurs qui valident ses théories dans le cadre des instituts de recherches de SS[4].

Proche du nazisme, il édite ses ouvrages dans la maison d'édition de Julius Friedrich Lehmann, éditeur de Munich membre du NSDAP depuis 1920, mais Günther n'adhère formellement au NSDAP qu'en 1932[2]. Au sein du parti, il est surnommé Rassengünther, Günther la race[2]. Cette proximité avec le parti lui vaut non seulement une carrière universitaire, mais aussi l'obtention de nombreuses fonctions au sein du parti et de l'État (il est ainsi nommé au sein du comité d'experts pour la politique démographique et raciale en 1933) et des distinctions honorifiques (en 1935, il reçoit le Prix du parti pour la science, puis la médaille Goethe pour la science, et, en 1941, il se voit remettre la Goldenes Parteiabzeichen du NSDAP[3].

Croyances religieuses[modifier | modifier le code]

Élevé dans la religion protestante, il quitte l'église protestante en 1925[5] et se rallie au mouvement néopaïen en 1935, en s'affiliant au mouvement de la foi allemande[5]; sous l'influence de Rosenberg, il énonce ses affinités pour le paganisme Völkisch[5]. De plus, s'il ne s'avoue païen qu'en 1935, ses écrits, et plus spécifiquement la Raciologie du peuple allemand, attestent d'un antichristianisme latent, malgré la volonté de sa maison d'édition, Lehmann, de présenter ses thèses comme relevant uniquement du champ de la science[5].

Jusqu'à la fin de sa vie, en 1968, il déclare adhérer au paganisme, dont il situe la source dans la paysannerie allemande (en cela, il est proche de Hitler et Darré[5].

Théories raciales[modifier | modifier le code]

Günther est l'un des plus ardents défenseurs de l'idée de race nordique, et non de la race aryenne[6]. Ainsi, il s'attache dans ses écrits à rechercher les différentes origines possibles de la race aryenne[3] et les raisons pour lesquelles une race peut être amenée à disparaître[6]. Mais surtout, avant d'être l'un des théoriciens nordicistes, il est surtout un théoricien de la race.

Pour lui, l'appartenance à une race se transmet de manière héréditaire et octroie à ses membres un certain nombres de caractères physiques et intellectuelles héréditaires[7]. Ces caractères raciaux assurent à ceux qui les possèdent des capacités physiques et intellectuelles plus grandes que celles de leurs contemporains, ces capacités permettant l'acquisition, sur de nombreuses générations, d'une plus grande "conscience raciale"[7]. Ces caractéristiques physiques peuvent être la forme des crânes[8]. Cependant, il développe aussi l'idée qu'un peuple est un mélange de races : comme tous les autres peuples, le peuple allemand est constitué d'un mélange d'apports raciaux de différentes origines; cependant, se plaçant dans la lignée du Gobineau, et ne niant pas le métissage qui constitue la base du peuple allemand, il trouve cette idée néfaste pour l'Occident[6]. Pour s'opposer à cette tendance, il popularise l'idée de la nécessité d'une renordification du peuple allemand et des peuples européens, par une stricte sélection raciale, destinée à accroître la part du sang nordique au sein des peuples européens : encourageant les mariages entre représentants de la race nordique, il épouse lui-même une Norvégienne[6].

Pour Günther, appuyé sur Jordanès, l'historien du peuples Goths, la race nordique, héritière des cultures et de la spiritualité indo-germaniques de la Préhistoire[9], a pour origine géographique le Septentrion, dans la partie de l'Europe paléolithique non recouverte par les glaces tout en s'opposant à l'hypothèse de l'origine indienne, donc asiatique, des Germains : en effet, il prend position dans les débats contre l'hypothèse d'une migration des élites indogermaniques depuis l'Asie vers l'Europe[10]; en effet, à ses yeux, rien de bon dans l'humanité ne peut être originaire du continent asiatique[11], s'opposant ainsi au mythe aryen, qui fait des Allemands les descendants d'une race dominant venue d'Asie[6]. La croyance dans l'hypothèse nordique l'amène à développer l'idée de la renordification du peuple allemand, destinée à fortifier l'apport nordique au sein du sang allemand[6].

Au fil des rééditions de son ouvrage la Raciologie du peuple allemand, il développe de nouvelles excroissances théoriques. Il crée ainsi une race dinarique, créée à partir de l'observation raciale des prisonniers alliés originaires des états balkaniques[12] : cette race, protégée par la géographie particulière des Balkans, aurait su préserver sa particularité par d'habiles mélanges de sang[13]. À la suite de l'Anschluss, la "composante du peuple allemand"[13] vivant en Autriche, peut parfaitement s'intégrer au sein du schéma nazi[13]; de même, il crée une race est-baltique, issue de mélange entre la race nordique et la race ostique, caractérisée par de forts éléments raciaux asiatiques et mongols, des yeux et des cheveux foncés[13], et une race dalique, falique, cousine de la race nordique, caractérisée par unes silhouette épaisse, des cheveux blonds et des yeux bleus, dont les membres sont considérés comme des fossiles vivants, descendants directs de l'homme de Cro-Magnon[13]. Ce mélange de races définit le peuple allemand comme un métissage de ces différentes races : au sein des individus coexisteraient des caractéristiques issus de ces dernières[13]. Aux yeux de Günther et de ses équipes, seuls 6% des Allemands sont de purs nordiques et 50% de la population allemande au maximum porte en elle des composantes nordiques[13].

Il est ainsi amené à défendre, puis à faire valider d'un point de vue institutionnel, l'idée d'une élite germanique dans l'ensemble des civilisations antiques : les Grecs, les Celtes, les Italiques, ainsi que les Iraniens, les Indiens, les Afghans sont issus, au moins leurs élites, du Nord de l'Europe[11].

Réception et diffusion de ses idées[modifier | modifier le code]

Dans les années 1920, les ouvrages de Günther recueillent un certain succès auprès du public[6]. Cependant, le monde universitaire est partagé sur les théories développées dans son ouvrage de 1925, l'Idée Nordique, mais le principal reproche adressé à cet auteur non issu du sérail universitaire est qu'il diffuse auprès de larges portions de la population allemande la thèse que le peuple allemand est lui aussi issu d'un mélange de races[6].

À partir de 1933, puis surtout après la disparition de l'influence politique de la SA, la SS assure le succès de ses théories, érigées en dogme : ainsi, en février 1935, le journal de la SS, Das Schwarze Korps reprend l'hypothèse nordiciste de Günther, en faisant du Pôle Nord le lieu originel de la race nordique ; de même, la formation idéologique de l'Ordnungspolizei reprend ses idées à la lettre, puisqu'il fixe le berceau géographique de la race nordique en Scandinavie et sur le pourtour de la mer Baltique[14].

En outre, ses théories sur l'origine nordique des civilisations grecques et romaines renforcent son influence, car elles assurent non seulement l'idée d'un tronc commun aryen, mais contribuent aussi à justifier, en avançant l'idée d'une dispersion des Aryens dans le Sud de l'Europe, certaines prétentions territoriales[15].

Plus tardivement, à la fin de la guerre, la recherche archéologique française est influencée par ses idées, à l'instar de l'archéologue Henri Vallois, qui publie en 1944 un inventaire des races humaines, en énumérant vingt-sept[16].

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Der Begabungsschwund in Europa (unter dem Pseudonym Ludwig Winter) (1959) traduit en français Le déclin du talent en Europe, Ed. du Lore, 2009
  • Rassenkunde des deutschen Volkes (raciologie du peuple allemand), 1922.
  • Kleine Rassenkunde Europas (1924) traduit en français Les peuples de l'Europe, Ed. du Lore, 2006
  • Mein Eindruck von Adolf Hitler (1969) traduit en français Mon témoignage sur Adolf Hitler, Pardès, 1990
  • Frömmigkeit nordischer Artung (1934) traduit en français Religiosité indo-européenne, Pardès, 1987
  • Platon als Hüter des Lebens(1966) traduit en français Platon, eugéniste et vitaliste, Pardès, 1987
  • Formen und Urgeschichte der Ehe (1940) traduit en français Le Mariage: ses formes, son origine, Payot, 1952

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Johann Chapoutot, Le nazisme et l'Antiquité, Paris, Presses Universitaires de France,‎ 2008, 643 p. (ISBN 978-2-13-060899-8)
  • Édouard Conte, Cornelia Essner, La quête de la race : Une anthropologie du nazisme, Paris, Hachette,‎ 1995, 451 p. (ISBN 978-2-01-017992-1)
  • Laurent Olivier, Nos Ancêtres les germains. Les archéologues au services du nazisme, Paris, éditions Tallandier,‎ 2012, 314 p. (ISBN 978-2-84734-960-3)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre-André Taguieff, La judéophobie des Modernes, Odile Jacob, 2008.
  2. a, b, c et d [[#Cha|Johann Chapoutot, Le nazisme et l'Antiquité]], p. 29
  3. a, b, c et d [[#Cha|Johann Chapoutot, Le nazisme et l'Antiquité]], p. 30
  4. Laurent Olivier, Nos ancêtres les Germains, p. 72
  5. a, b, c, d et e Conte et Essner, La quête de la race, p. 79
  6. a, b, c, d, e, f, g et h Conte et Essner, La quête de la race, p. 71
  7. a et b Laurent Olivier, Nos ancêtres les Germains, p. 70
  8. Conte et Essner, La quête de la race, p. 73
  9. Laurent Olivier, Nos ancêtres les Germains, p. 71
  10. Johann Chapoutot, Le nazisme et l'antiquité, p. 30-31.
  11. a et b [[#Cha|Johann Chapoutot, Le nazisme et l'Antiquité]], p. 32
  12. Conte et Essner, La quête de la race, p. 74
  13. a, b, c, d, e, f et g Conte et Essner, La quête de la race, p. 75
  14. [[#Cha|Johann Chapoutot, Le nazisme et l'Antiquité]], p. 35
  15. [[#Cha|Johann Chapoutot, Le nazisme et l'Antiquité]], p. 36
  16. Laurent Olivier, Nos ancêtres les Germains, p. 233

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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