Tobiades

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Les Tobiades sont une famille juive implantée depuis le VIe siècle av. J.-C. en Transjordanie et d'extraction très ancienne. Type achevée de l'aristocratie indigène intégrée au monde hellénistique. Le destin de cette famille fascina les contemporains : Flavius Josèphe l'évoque longuement, et elle inspire sans doute le livre de Tobie dans la Bible.

Les Tobiades en Transjordanie à l'époque perse[modifier | modifier le code]

Le site d'Iraq al-Amir est associé aux Tobiades à cause des 2 inscriptions mentionnant Tobiah qui y ont été retrouvées. Les fouilles archéologiques réalisées indiquent que l'établissement du site remonte à la fin du Fer II (-900/-586) ou début de l'époque perse (-587/-333). Les implantations autour du site se sont multipliées à l'époque hellénistique.

Les premiers récits concernant les Tobiades datent du début de l'époque perse et se trouvent dans le Livre de Néhémie. Lorsque vers -445, Néhémie vient à Jérusalem pour reconstruire les remparts de la ville, il se heurte à l'hostilité de Tobiah, le serviteur ammonite, et à Sanballât le Horonite (Néh 2:10). Tobiah semble être ici le gouverneur d'une province perse en Transjordanie, et Sanballât le gouverneur de Samarie.

Les raisons de son hostilité à Néhémie ne sont pas clairement expliquées. On peut supposer que Tobiah et Néhémie entretenaient un conflit d'intérêts politiques et religieux à Jérusalem. Tobiah appartenait à l'aristocratie judéenne. Il échangeait une correspondance avec les nobles judéens (Néh. 6:17-19) et est décrit comme un parent du Grand Prêtre Eliashiv. Son statut et ses liens avec le Grand Prêtre lui permettent de disposer d'une salle dans le Temple, vraisemblablement pour des raisons cultuelles. Néhémie finit par l'en faire chasser.

Un témoignage sur les Tobiades à l'époque hellénistique est apporté par les archives de Zénon (-260/-239). Les Tobiades possédaient des terres en Transjordanie. Ils y jouissaient d'une autonomie et ils entretenaient une garnison.

Epoque hellénistique : Joseph ben Tobiah et Hyrcan le Tobiade[modifier | modifier le code]

Le récit de Flavius Josèphe[modifier | modifier le code]

Les principaux textes donnant des éléments sur cette famille sont Flavius Josèphe (Antiquités judaïques, XII 4) et II Maccabées (III 11).

Josèphe rapporte que sous le règne de roi Ptolémée (Ptolémée III Evergète ?) et de sa femme Cléopâtre (sic), le Grand Prêtre Onias II refusa de payer le tribut au souverain égyptien. Le neveu du Grand Prêtre, Joseph ben Tobiah (le fils de sa sœur), lui reprocha les dangers auxquels il exposait ainsi le peuple et alla à Alexandrie pour parler avec le souverain lagide. Il y gagna son amitié et repartit d'Égypte à la tête d'une armée de 2000 soldats. Il punit les villes d'Ashqelon et de Scythopolis qui s'étaient opposées à lui. La crainte qu'il inspira lui permit d'obtenir la fonction de collecteur d'impôts, tâche qu'il occupa pendant 22 ans.

De sa première femme, Joseph avait 7 enfants. A Alexandrie, il tomba amoureux d'une danseuse. À la suite d'un stratagème, son frère Solymius lui substitua sa propre fille, avec laquelle Joseph eu un fils, Hyrcan. L'amour de Joseph pour son fils Hyrcan suscita la haine de ses frères.

À la naissance d'un fils au roi Ptolémée, Joseph, devenu trop vieux pour se rendre à Alexandrie, y délégua son fils Hyrcan pour célébrer cette naissance. Comme son père, Hyrcan y gagna l'amitié du souverain. Lors de son retour en Judée, ses frères s'opposèrent à lui. Il les battit, mais ne put entrer à Jérusalem. Lorsque la Judée passa sous domination séleucide, Hyrcan resta fidèle à l'Égypte. Il s'installa en Transjordanie (en Ammon) et y construisit une forteresse à Tyros (identifié au site d'Iraq al-Amir dans l'actuelle Jordanie).

Perspective historique[modifier | modifier le code]

Pour composer cette histoire, Flavius Josèphe a dû s'inspirer d'une chronique plus ancienne. Certains chercheurs y voient une chronique samaritaine à cause des passages ayant trait à la Samarie (par exemple les "amis de Samarie" qui prêtent de l'argent à Joseph). Selon l'historien israélien Dov Gera, la source de Flavius Josèphe semble être un juif égyptien favorable aux lagides et qui attribue des sentiments analogues au personnage principal de son histoire (Hyrcan ben Joseph le Tobiade). Cette saga familiale s'inscrit dans un cadre historique précis, les règnes de Ptolémée II et Ptolémée III, puis le passage de la Judée sous domination séleucide lors des guerres de Syrie. On y remarque cependant certaines erreurs telle que le nom de Cléopâtre attribuée à l'épouse de Ptolémée III et qui s'appelait Bérénice. Par contre, les détails de la vie de Joseph et d'Hyrcan semblent inventés[1]. Au XIX siècle, Willrich[2] soulignait déjà les analogies entre l'histoire des Tobiades chez Josèphe, et le patriarche Jacob et son fils Joseph

  • introduction de Joseph ben Tobiah puis d'Hyrcan à la cour des lagides en Égypte/Joseph à la cour de Pharaon
  • hostilité entre Hyrcan et ses demi-frères/jalousie des fils de Jacob envers Joseph, fils de Rachel
  • Joseph ben Tobiah est contraint de prendre pour épouse la fille de son frère alors qu’il voulait épouser une égyptienne/Jacob est contraint par Laban d’épouser Léah alors qu’il aime Rachel
  • Hyrcan fuit en Ammon/Jacob fuit devant Esaü
  • Joseph ben Tobiah retourne en Israël avec une armée égyptienne/Joseph raccompagne son père Jacob en Israël, suivi par un cortège de cavaliers

Par ailleurs, l'hostilité d'Hyrcan au nouveau pouvoir séleucide sur la Judée semble contradictoire avec la position importante qui lui est attribuée dans II Maccabées. Selon cette source, Hyrcan disposait en effet de sommes considérables déposées dans le Temple de Jérusalem.

Le but de la source de Josèphe est de mettre en avant la famille des Tobiades. Joseph et Hyrcan y sont présentés de manière favorable. Joseph ben Tobiah est décrit comme un dirigeant des juifs d'Israël, alternative civile au Grand Prêtre Onias II. La construction d'une forteresse en Transjordanie y est mise en relation avec Hyrcan, or les archives de Zénon semblent attester de l'existence de territoires en Transjordanie sous l'autorité des Tobiades (terre de Tobias) dès le règne de Ptolémée II Philadelphe.

Cette chronique peut être rapprochée de la Lettre d'Aristée à Philocrate. Bien que l'auteur de la Lettre d'Aristée exprime des sentiments très religieux alors que l'auteur de l'histoire des Tobiades est laïc, les deux textes insistent sur les liens amicaux entre les juifs et les souverains lagides, et placent leurs récits inventés dans un contexte historique réel.

On ne dispose pas d'information sur les liens entre "la terre de Tobiah" et Philadelphie (aujourd'hui Amman), capitale de la région d'Ammon en Transjordanie. On peut supposer que sous la domination des Ptolémées d'Égypte, il régnait entre elles des relations normales. Cette situation a dû changer lors de la conquête séleucide. Les Tobiades, sous la conduite d'Hyrcan ben Joseph, conservèrent leur fidélité aux Ptolémées, ce qui a dû susciter des difficultés et des tensions avec les villes grecques ralliées aux séleucides. Philadelphie devait être une base importante pour les forces séleucides en Transjordanie car elle avait déjà une fonction militaire à l'époque des Ptolémées. Elle faisait en effet partie des forteresses qui devaient contenir l'attaque séleucide d'Antiochos III en -218 lors de la Quatrième guerre de Syrie. Cette situation a dû se poursuivre jusqu'à la disparition d'Hyrcan, vers -169. Après cela, la "terre de Tobiah" a dû passer sous le contrôle de Philadelphie. C'est dans ce contexte qu'il faut comprendre les combats menés par les souverains hasmonéens Judah et Jonathan à l'ouest du Jourdain. Selon I Maccabées 5, les deux frères ont livré un combat décisif dans les environs de Philadelphie contre Timothée, stratège séleucide de la région, qui s'est terminé par la victoire des hasmonéens et par la conquête de Yaazer (identifié à Rabbat el Sir) et de Banoutiah. Du point de vue hasmonéen, ces conquêtes se comprennent comme une guerre de libération des juifs vivants dans ces zones prises aux Tobiades et annexées par Philadelphie[3].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Rappaport et Ronen 1993
  2. Willrich, Juden und Griechen vor der Makkabäischen Erhebung, Göttingen, 1895
  3. Kasher 1988, p. 127

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (he) Uriel Rappaport et Israel Ronen, The Hasmonean state : the history of the Hasmoneans during the hellenistic period, Jérusalem, Yad Ben-Zvi,‎ 1993 (ISBN 9652171093)
  • (he) Uriel Rappaport, From Cyrus to Alexandre : the Jews under persian rule, Raanana,‎ 2004 (ISBN ISBN=9650607641[à vérifier : ISBN invalide])
  • (he) Arieh Kasher, Canaan, la Philistie, la Grèce et Israël : Les Juifs et les villes hellénistiques à l’époque du Second Temple (-332, +70), Jérusalem, Yad Ben-Zvi,‎ 1988 (ISBN 965-217-056-9)