Médine

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Médine
(ar) المدينة Yathrib
Masjid al-Nabawi, la « mosquée du Prophète »
Masjid al-Nabawi, la « mosquée du Prophète »
Administration
Pays Drapeau de l'Arabie saoudite Arabie saoudite
Province Médine
Démographie
Population 1 102 728 hab. (2010)
Géographie
Coordonnées 24° 28′ 07″ N 39° 36′ 39″ E / 24.468664, 39.610927 ()24° 28′ 07″ Nord 39° 36′ 39″ Est / 24.468664, 39.610927 ()  
Localisation

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Médine est une ville d'Arabie saoudite, capitale de la province de Médine, située dans le Hedjaz. Elle a plusieurs noms en arabe : Al-Madīna (المدينة) « la ville » ; Al-Madīna al-Munawwara (المدينة المنورة) « la ville illuminée », Madīnatu an-Nabî (ﻣﺩﯾﻨﺔ ﺍﻟﻨﺒﻲ) « la ville du prophète », ou Madīnatu Rasûl Allah (مدينة رسول الله) « la ville du messager de Dieu »).

C'est là que vint s'installer en 622 à l'hégire le prophète de l'islam, Mahomet, après qu'il eut, selon le Coran, reçu l'ordre de Dieu de quitter La Mecque, ville distante de plus de 430 km. C’est aussi là qu’il mourut et fut enterré en 632. La ville abrite son tombeau dans la Masjid An Nabawi (mosquée du Prophète) ainsi que les premiers califes Abou Bakr et Omar, les autres personnes importantes de l'islam restant au cimetière Al-Baqi.

Médine est la deuxième ville sainte de l'islam, après La Mecque. Bien qu'il ne soit pas un passage obligatoire du hajj, de nombreux pèlerins venant de La Mecque viennent y visiter, comme beaucoup de fidèles durant toute l’année, le tombeau de Mahomet et les mosquées.

Toponymie[modifier | modifier le code]

À l'époque préislamique, Médine s'appelait Yathrib (يثرب), nom dont l'étymologie est inconnue, mais qui est déjà mentionné vers 550 av. J.C. sur des document cunéiformes du roi babylonien Nabonide sous la forme Ya-at-ri-bu. Au VIe siècle, le grammairien grec Étienne de Byzance l'écrit : Iathrippa, alors qu'auparavant les manuscrits de Ptolémée (IIe siècle) la mentionnent sous le nom de Lathrippa[1].

Elle a été rebaptisée en Al Madina al Mounawara (المدينة المنورة) « la ville illuminée »), par le prophète de l'islam Mahomet. Mais très vite, elle a simplement été appelée Al Madinah (« la ville »), un peu à la manière des romains qui désignaient Rome, Urbs. Selon des historiens, il existerait 100 noms pour la désigner :

  • Tayyiba et Taba ; ce nom a été prononcé par Mahomet
  • Dar el-Hidjra
  • Dar el-Imane
  • Dar al-Fath
  • Dar al-Moustafa
  • Al-Moubaraka
  • Dar As-salam

Des islamologues proposent cependant une autre origine au nom de Médine. Il pourrait venir de Môdin, nom du petit village de Palestine d'où partit l'insurrection victorieuse des Maccabées contre l'occupation séleucide[2].

Présentation[modifier | modifier le code]

Médine se situe à 594 mètres d'altitude dans une région collineuse distante de près de 200 km des côtes de la mer Rouge. Elle s’est développée à partir de hameaux implantés dans un réseau d’oasis dans la partie la plus fertile du Hejaz. Au sud s’étend une immense plaine. La population était estimée en 2009 à 1 071 218 habitants. La citadelle, de forme ovale, est entourée d’un mur de 9 à 12 mètres de hauteur datant du XIIe siècle flanqué de tours et percé de quatre portes, dont la « porte égyptienne » (bab-al-salam), la plus remarquable. Au sud et à l’ouest s’étendent des quartiers de maisons basses, jardins et plantations. .

Le tombeau de Mahomet, enterré sur le terrain de sa demeure, se situe à l’est de la ville dans la Masjid al-Nabawi (« mosquée du Prophète »). Construite à l’origine à côté de la maison, elle fut agrandie sur ordre du calife omeyyade Al-Walid Ier pour intégrer la tombe. Une autre mosquée remarquable est celle de Quba, qui perpétue la première mosquée de l'islam, construite par Mahomet et ses compagnons. Endommagée par la foudre en 850, elle fut remise en état en 892. Détruite par un incendie en 1257, elle fut reconstruite immédiatement. Elle fut restaurée en 1487 sur ordre du sultan égyptien Qaitbay, et finalement reconstruite au XXe siècle sous la direction de l'architecte égyptien Abdel-Wahed el-Wakil.

Conditions d'accès[modifier | modifier le code]

L'accès à Médine est interdit aux non-musulmans, c'est un « territoire sacré » (en arabe : البَلَد الحرام, al-balad al-harām), enfreindre cette règle fait encourir l'emprisonnement, voire la peine de mort[3]. Afin, de garantir celle-ci, des postes de contrôle sur les routes surveillent l'accès à la ville. La présentation d'un « certificat de conversion à l'islam » pour toutes personnes converties qui souhaitent pénétrer dans le « périmètre sacré » est nécessaire, et se fait lors de la demande de visa « hajj » ou « omra » à l'ambassade d'Arabie saoudite. Ce document est normalement délivré dans n'importe quelle mosquée, après entretien et contrôle des connaissances. Ce document n'est pas nécessaire lorsqu'on possède un nom et un prénom musulman. Il est préférable de faire cette attestation auprès des grandes mosquées, ou à défaut, auprès des associations[4].

Climat[modifier | modifier le code]

Médine possède un climat désertique, caractérisé par une aridité constante, des températures souvent très chaudes en journée. Les matinées d'hiver peuvent toutefois être assez fraiches.

Relevé météorologique de Médine
Mois jan. fév. mars avril mai juin jui. août sep. oct. nov. déc. année
Température minimale moyenne (°C) 8 10 12 15 20 25 25 26 24 19 13 9 19
Température maximale moyenne (°C) 28 30 35 38 42 44 44 44 43 39 33 29 37,5
Précipitations (mm) 8 1 4 5 4 0 0 0 0 1 10 4 37
Ce tableau est sujet à caution car il ne cite pas ses sources.

Histoire[modifier | modifier le code]

Période préislamique[modifier | modifier le code]

Avant l’arrivée des premiers musulmans, la ville était connue sous le nom de Yathrib, Lathrippa dans les textes du géographe grec Ptolémée (IIe siècle).

Yathrib, au contraire de La Mecque qui était à l'époque une cité commerçante, était constituée d'un groupe de hameaux situés dans une oasis fertile. Elle abritait des tribus juives (Banu Qainuka’a, Banu Qurayza, Banu Nadhir) et deux tribus arabes d’origine yéménite (Banu Aus ou 'Aws et Banu Khazraj) devenues dominantes vers le début du Ve siècle [5]. Les Qurayza avaient, selon Ibn Khordadbeh, été collecteurs d’impôts pour le shah durant la domination perse du Hedjaz[6]. Selon Ibn Ishaq, deux de leurs rabbins auraient persuadé un roi Himyarite dont le fils avait été tué par des habitants de Yathrib de ne pas exercer sa vengeance, en lui révélant la venue future dans l’agglomération d’un prophète issu des Quraych.

Vers la fin du Ve siècle, une rivalité s’éleva entre les Aus et les Khazraj. La guerre dite de Hāthib [7] entraîna presque la totalité des ‘Aws et des Khazradj (ainsi que le reste des tribus juives) et culmina dans la bataille de Bu‘āth (617). Les Nadhir et les Qurayza se rangèrent aux côtés des premiers, les Qainuka’a appuyèrent les seconds [8]. Abd-Allah ibn Ubayy, chef khazraj qui avait refusé de prendre part aux luttes par souci d’impartialité, s’était attiré une réputation de sage ; il semble avoir été l’un des personnages les plus en vue avant l’arrivée de Mahomet.

Il s'ensuivit une période de récession économique et d'instabilité, propre selon W. M. Watt [9] à faire apparaître Mohamet comme un conciliateur : « Un prophète, avec une autorité ne reposant pas sur le sang mais sur la religion, [étant] capable de se tenir au-dessus des groupes rivaux et de tenir le rôle d'arbitre »

L'Hégire et les conflits durant la vie de Mahomet[modifier | modifier le code]

Représentation ottomane du XVIIIe siècle des mosquées saintes de Médine (à gauche) et de La Mecque (à droite).

En 622, Mahomet, apparenté aux Khazraj par une arrière-grand-mère, est invité à venir vivre à Yathrib. Il y émigre alors avec les premiers musulmans. Cette migration est appelée l'Hégire (Hijra c'est-à-dire l'« exil » ; la « rupture » ; la « séparation »), point de départ du calendrier islamique. Mahomet résidera à Médine, et c'est là qu'il mourut et fut enterré (632). C'est également dans cette ville que demeurèrent les trois premiers califes : Abū Bakr, ‘Umar, ‘Uṯmān. Au cours des luttes qui suivirent le meurtre de ‘Uṯmān, le quatrième calife, ‘Alī partira s'établir à Kūfa, dans le sud de la Mésopotamie.

Durant sa vie à Médine, Mahomet conduisit les émigrés mecquois venus avec lui et des volontaires médinois au pillage des caravanes qorayshites. En 624, à Badr, il défit une armée qorayshite venue défendre ses biens. En 625, il fut par contre vaincu à Ohod, mais les Qorayshites durent renoncer à prendre Médine en 627 après un siège vain (Bataille de la Tranchée).

À Médine, la communauté constituée autour de Mahomet s'accrut peu à peu. Les fidèles s'appelaient (au singulier) moslim, c'est-à-dire soumis à Allāh. Le clan de Mahomet, enrichi par la guerre privée, acquit peu à peu les caractéristiques d'un État théocratique. Il finit par dominer pratiquement Médine. Pour cela, il dût faire face aux machinations de certains leaders des tribus Juives. Il chassa les Banou Qaynoqaâ ainsi que les Banou Annadir (ces derniers ayant tenté de l'assassiner) et fit exécuter après la bataille de la tranchée les combattants des Banou Quraidha qui rompirent le pacte de défense commune de la cité et se rangèrent au côté des coalisés. Il engagea des pourparlers avec les tribus arabes du Hedjāz, puis de toute la péninsule. Un réseau de pactes finit par le lier à la plupart des tribus arabes. Une conversion même superficielle à l'islam, la nouvelle religion, était en général exigée. Les tribus alliées payaient l'aumône légale ou zakāt (une taxe spéciale était perçue sur ceux qui restaient juifs ou chrétiens), s'engageaient à ne plus attaquer d'autres groupes musulmans et à participer à la guerre contre les non-musulmans, bénéficiant du butin pris sur ceux-ci[10],[11].

Il est question d'une Constitution de Médine[12], qui établit une alliance au sein d'une oumma entre les musulmans, les juifs et les autres, et interdit, en particulier, l’alliance avec les Quarych. Néanmoins, les historiens modernes doutent que tous les points de cette constitution datent de l’époque de Mahomet[13].

Période omeyyade[modifier | modifier le code]

Mo‘āwiya, l'adversaire d'Ali, fut le fondateur du Califat omeyyade, avec Damas comme capitale. Durant les règnes des califes omeyyades Yazīd (680-683) et ‘Abd al-Malik (685-705), l'Arabie se trouva sous l'autorité de Ibn al-Zoubayr, opposant déterminé des Omeyyades : de violents combats se déroulèrent jusque dans La Mecque, mais finalement Ibn al-Zoubayr fut vaincu et tué, et les califes de Damas administrèrent l'Arabie par l'intermédiaire de gouverneurs établis à La Mecque et à Médine pour l'Arabie occidentale (Hedjaz et Yémen) et à Basra pour l'Arabie orientale. Les villes saintes furent l'objet de soins constants des califes, et elles devinrent des centres intenses et prospères de vie religieuse et intellectuelle. [11]

Période abbasside[modifier | modifier le code]

La période abbasside commence en 749 ou 750 (132 de l'hégire) et s'arrête en 1258 (656 de l'hégire) qui est l'année de la chute de l'empire abbasside. On peut diviser la période abbasside en 3 sous périodes:

  • La première de 132 (750) à 363 (974) : le début de la période abbasside ;
  • La deuxième de 363 (974) à 463 (1071) : l'influence fatimide ;
  • La troisième de 463 (1071) à 656 (1258) : l'influence ayyoubide.

Le déplacement de la capitale musulmane de Damas à Bagdad donna une impulsion nouvelle au commerce dans le golfe Persique, ce dont profita partiellement la côte orientale de l'Arabie. Mais des difficultés d'origine religieuse et politique troublèrent la paix du pays. Les descendants de ‘Ali, déçus par les ‘Abbāsides, firent de l'Arabie occidentale, à La Mecque, à Médine et au Yémen, le terrain d'élection de leur propagande politico-religieuse durant la majeure partie du IXe siècle[11].

Période mamelouk[modifier | modifier le code]

La dynastie mamelouke règne sur l'État islamique le plus puissant de son époque qui s'étend sur l'Égypte, la Syrie et la péninsule Arabique (le Hedjaz) de 1250 à 1517.

Période ottomane[modifier | modifier le code]

Après la conquête de l'Égypte (1517), les Ottomans étendirent leur domination sur l'Arabie (les sultans portèrent le titre de « serviteur des deux villes saintes »)

Période hachémite[modifier | modifier le code]

Médine fut sous le contrôle du chérif de La Mecque Hussein ben Ali entre 1916 et 1924.

Période saoudienne[modifier | modifier le code]

En 1924, les forces d'Hussein furent défaites par Abdul Aziz ibn Séoud, émir du Nedjd et Médine fut alors annexée au royaume d'Arabie saoudite en 1932.

Transports[modifier | modifier le code]

Médine est desservie par l'aéroport international King Abdulaziz de Djeddah, qui se situe à 330 km au Sud-Ouest de la ville. Une ligne ferroviaire à grande vitesse est actuellement en construction pour relier l'aéroport à la ville sainte.

Personnalités[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dictionnaire des noms de lieux – Louis Deroy et Marianne Mulon (Le Robert, 1994) (ISBN 285036195X)
  2. Article sur l'empreinte du nazaréisme dans la période médinoise de Mahomet
  3. Site francophone sur l'Arabie saoudite
  4. Certificat de conversion à l'islam (dernier point du paragraphe « Documents à fournir pour obtenir un visa pour le Hadj »)
  5. Georges BOHAS, « MÉDINE  », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 5 juillet 2013. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/medine/
  6. Peters 193
  7. Georges BOHAS, « MECQUE LA  », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 5 juillet 2013. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/la-mecque/
  8. Guillaume 253
  9. Mahomet à la Mecque - Auteur : William Montgomery Watt - Éditions Payot, 1989 - 628 pages - ISBN 978-2228882255
  10. L’Arabie avant l’islam, in Histoire universelle. T. II («Encyclopédie de la Pléiade») : pp.3-36 et pp.1637-1642, éditions La Pleiade - Gallimard (30 avril 1964), 2121 pages. ISBN 2-07-010411-7 ISBN 978-2-07-010411-6
  11. a, b et c Robert MANTRAN, Maxime RODINSON, Universalis, « ARABIE  », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 5 juillet 2013. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/arabie/
  12. [1]
  13. Peters 119; Muhammad, "Encyclopaedia of Islam"; "Kurayza, Banu", "Encyclopaedia of Islam".

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Article Médine dans le Dictionnaire universel et illustré de la géographie et des voyages par une société de gens de lettres de touristes et de savants, sous la direction de G. Lucien Huard, 1884