Pierre Joxe

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Pierre Joxe
Pierre Joxe, en 2013.
Pierre Joxe, en 2013.
Fonctions
Membre du Conseil constitutionnel
12 mars 200112 mars 2010
Prédécesseur Noëlle Lenoir
Successeur Jacques Barrot
33e Premier président de la Cour des comptes
13 mars 199312 mars 2001
Prédécesseur Pierre Arpaillange
Successeur François Logerot
Ministre français de la Défense
13e ministre de la Défense de la Ve République
29 janvier 19919 mars 1993
Président François Mitterrand
Gouvernement Michel Rocard II
Édith Cresson
Pierre Bérégovoy
Prédécesseur Jean-Pierre Chevènement
Successeur Pierre Bérégovoy
Ministre de l'Intérieur
12 mai 198829 janvier 1991
Président François Mitterrand
Gouvernement Michel Rocard I
Michel Rocard II
Prédécesseur Charles Pasqua
Successeur Philippe Marchand
19 juillet 198420 mars 1986
Président François Mitterrand
Gouvernement Laurent Fabius
Prédécesseur Gaston Defferre
Successeur Charles Pasqua
Président du groupe socialiste
à l'Assemblée nationale
19861988
Prédécesseur André Billardon
Successeur Louis Mermaz
19811984
Prédécesseur Gaston Defferre
Successeur André Billardon
Ministre de l'Industrie
22 mai 198122 juin 1981
Gouvernement Pierre Mauroy I
Prédécesseur André Giraud
Successeur Pierre Dreyfus
Président du conseil régional de Bourgogne
19791982
Prédécesseur Marcel Lucotte
Successeur André Billardon
Député de la 4e circonscription de Saône-et-Loire
19731981
Successeur Didier Mathus
Biographie
Date de naissance 28 novembre 1934 (79 ans)
Lieu de naissance Paris (Île-de-France)
Nationalité Française
Parti politique PS
Diplômé de ENA
Ministres de l'Intérieur
Ministres de la Défense

Pierre Joxe, né le 28 novembre 1934 dans le 1er arrondissement de Paris, est un homme politique français. Ancien ministre socialiste, notamment à l'Intérieur et à la Défense, et ancien Premier président de la Cour des comptes, Pierre Joxe est membre du Conseil constitutionnel de 2001 à 2010. Il est avocat au barreau de Paris depuis 2010 où il défend les droits des mineurs.

Famille[modifier | modifier le code]

Pierre Joxe, frère d'Alain Joxe, est le fils de Louis Joxe, ancien ministre du général de Gaulle, le petit-fils de l'essayiste Daniel Halévy et l'arrière-petit-fils de l'académicien Ludovic Halévy.

Article détaillé : Famille Halévy.

Carrière[modifier | modifier le code]

Titulaire d'une licence de droit, il intègre en juin 1960 l’ENA (promotion Albert Camus, 1962). Il entre en juin 1962 à la Cour des comptes en tant qu'auditeur de 2e classe, puis de 1re classe en 1963, jusqu'à sa mise en disponibilité en 1967. Entre temps, il est rapporteur de la commission nationale d'aménagement du territoire au Commissariat général au Plan en 1963, près la commission de vérification des comptes des entreprises publiques en janvier 1965, et du comité des entreprises publiques en mars 1966. Il est également maître de conférences à l'Institut d'études politiques de Paris de 1963 à 1973. Entre 1967 et 1970, il est chargé de mission à la direction de la coopération scientifique et technique au ministère des Affaires étrangères[1].

Engagé auprès de François Mitterrand au sein de la Convention des institutions républicaines, il le suit au Parti socialiste du congrès d'Épinay, et intègre le comité directeur en 1971. Dès lors, il fait partie pour un quart de siècle de la garde rapprochée du numéro un socialiste. Il est chargé par celui-ci de recruter des cadres pour le Parti socialiste qui en manque fortement. Pierre Joxe se tourne alors vers l'Organisation communiste internationaliste et pousse notamment l'énarque Lionel Jospin dans la hiérarchie du parti. Joxe consacre un ouvrage, Pourquoi Mitterrand ?, paru en 2006, au rôle de celui-ci dans l'évolution de la gauche vers le pouvoir[2].

Passé conseiller référendaire de 2e classe en mai 1968, il réintègre la Cour des comptes en 1970, jusqu'à son élection comme député de la 5e circonscription de Saône-et-Loire en mars 1973. En août suivant se tient la première édition de la Fête de la rose de Frangy-en-Bresse. S'en suit son entrée au conseil général de Saône-et-Loire pour le canton de Chalon-sur-Saône en septembre suivant. Il est ensuite élu troisième adjoint au maire de Chalon-sur-Saône à la suite des élections municipales de 1977, parlementaire européen en novembre 1977, et réélu à l'Assemblée nationale en mars 1978, où il devient vice-président du groupe socialiste. Entre 1979 et 1982, il préside le Conseil régional de Bourgogne[1].

L'élection de François Mitterrand à la présidentielle de 1981, lui permet d'occuper les plus hautes fonctions de la République. Ministre de l'Industrie de mai à juin 1981, il préside le groupe socialiste à l’Assemblée nationale entre 1981 et 1984, date où il est rappelé au gouvernement comme ministre de l'Intérieur et de la décentralisation. Entre 1983 et 1984, il est aussi auditeur à l'Institut des hautes études de la défense nationale (36e session)[1].

Lors de l'affaire du Rainbow Warrior, Pierre Joxe lance une enquête de police et organise la fuite des informations dans la presse[3]. Ces fuites permettent à l'enquête néo-zélandaise de progresser très rapidement et déclenchent un important scandale médiatique. Selon un des participants de l'opération, Pierre Joxe aurait ainsi cherché à se débarrasser de Charles Hernu, ministre de la Défense, alors proche de Mitterrand, et rival politique au sein du gouvernement[4]. Le 20 septembre, Charles Hernu est contraint de démissionner et l'amiral Pierre Lacoste, patron de la DGSE, est limogé.

Retrouvant après les législatives de 1986, son mandat de député et la présidence du groupe socialiste, mais quittant son ministère à cause de la cohabitation, il se réinstalle place Beauvau en 1988, où il mène une modernisation de la police, par sa professionnalisation et sa départementalisation[5], ainsi que la généralisation de l'outil informatique et le développement de la police scientifique[6]. Soutenant l'idée d'une spécificité de la Corse dans la République, il met également en place le « statut Joxe » pour la Corse, voté en 1991, instituant la collectivité territoriale de Corse qui acquiert plus d'autonomie vis-à-vis de Paris[7]. Après la démission de Jean-Pierre Chevènement en janvier 1991, il est nommé ministre de la Défense, par la volonté présidentielle, alors que la France est engagée dans la deuxième guerre du Golfe. Candidat à la mairie de Paris aux municipales de 1989 dans le 12e arrondissement de Paris, il est élu conseiller de Paris, et siège au conseil régional d'Île-de-France à partir de mars 1992[1].

Artisan de la contribution « Mermaz » préparatoire au congrès de Rennes du PS (1990) visant à éviter le « schisme » mitterrandien entre jospiniens et fabiusiens, avec notamment Charles Hernu et Jacques Delors, il réussit à fédérer autour de lui les socialistes du 12e arrondissement, notamment Philippe Farine (1917-2006) ancien député MRP et catholique, la majorité du PS parisien, notamment autour du courant fabiusien, mais aussi la génération militante issue des mouvements étudiants trotskystes des années 1970, tout particulièrement Jean-Marie Le Guen (premier secrétaire fédéral, ancien dirigeant du Cosef), Jean-Christophe Cambadélis (député de Paris en 1988 ancien dirigeant étudiant de l'OCI) et Dominique Losay (ancien dirigeant étudiant de la Ligue communiste révolutionnaire).

À la suite de la profanation du cimetière juif de Carpentras en 1990, Jean-Marie Le Pen, reprenant les propos d'Yves Bertrand, ancien chef des Renseignements généraux, accuse Pierre Joxe d'avoir instrumentalisé l'émoi suscité par cette découverte et d'avoir voulu impliquer le Front National dans cette affaire afin d'empêcher toute alliance entre le parti frontiste et le RPR[8].

Le 10 mars 1993, à l'approche des législatives, il retrouve son corps d'origine, en étant nommé premier président de la Cour des comptes par le Conseil des ministres sur proposition de Michel Sapin, ministre de l'Économie et des Finances, et quitte ses mandats politiques. Un temps pressenti pour être le candidat socialiste à l’élection présidentielle de 1995, il milite pour Jacques Delors qui y renonce[5]. En février 2001, il quitte la tête de la Cour des comptes pour siéger comme son père, entre 1977 à 1989, au Conseil constitutionnel, nommé pour neuf ans le 26 février 2001 par le président de l'Assemblée nationale Raymond Forni, et prête serment le 12 mars suivant devant le président de la République[1].

Il a été vice-président trésorier de l'IFRI et président de l'Association France-Algérie. Membre depuis le 24 mai 2005 du Comité d'honneur du bicentenaire de la Cour des comptes, il est également président de la Fondation pour le Protestantisme et vice-président du bureau de l'Association des amis de l'Institut François-Mitterrand. Il préside également l'Écomusée de la Bresse Bourguignonne (Château de Pierre de Bresse, musée de l'Imprimerie...).

Il est par ailleurs considéré comme un « parrain » d'Arnaud Montebourg, comme lui député de Saône-et-Loire[9]. Le 29 novembre 2008, il participe au meeting de lancement du Parti de gauche créé par Marc Dolez et Jean-Luc Mélenchon.

Quelques semaines avant la fin de son mandat au Conseil Constitutionnel, Pierre Joxe rompt avec son devoir de réserve, en publiant son ouvrage Cas de conscience, pour lequel il a reçu le prix Jean-Zay[10]. Il y explique qu'en 2004, à l'occasion de l'adoption de la Loi Perben II du 9 mars 2004, il a « failli démissionner du Conseil tant la décision sur la garde à vue des mineurs [lui] semblait choquante sur le plan juridique. » Il fait à cette occasion la démonstration de la nécessité « et de sa volonté, manifestée par les annexes de l'ouvrage » de publier des « opinions différentes », par lesquelles les membres du Conseil constitutionnel tiendraient des argumentations divergentes de celle retenue par la majorité du Conseil. Ce principe n'existe pas en France mais il est en vigueur à la Cour suprême des États-Unis, ainsi que dans les cours constitutionnelles allemande ou espagnole[11]. Inscrit comme avocat au barreau de Paris depuis mars 2010[12], il se consacre désormais au droit pénal des mineurs.

Passions[modifier | modifier le code]

Mélomane et musicien (pianiste), il a appris le violoncelle à 60 ans pour pouvoir jouer les suites de Bach. Sa grand-mère (cousine de Bizet) était une pianiste[13] et lui a appris le piano.

Décorations[modifier | modifier le code]

  • Commandeur de l'Ordre national du Mérite
  • KBE (Knight Commander of the British Empire)
  • Grand Croix de l'Ordre du Mérite civil (Espagne)
  • Grand Officier de l'Ordre National du Lion (Sénégal)
  • Commandeur de l'Ordre du Phénix (Grèce) et de l'Ordre national du Mérite (Hongrie)

Œuvres[modifier | modifier le code]

Pierre Joxe au 20e Maghreb des livres (Paris, le 8 février 2014).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Membre du Conseil constitutionnel : Monsieur Pierre Joxe
  2. http://www.reforme.net/archive2/article.php?num=3158&ref=1162
  3. Rainbow Warrior. Un agent secret parle, letelegramme.com, 3 décembre 2007
  4. Rainbow Warrior : "J'ai honte d'avoir fait cette opération", Alexandra Guillet, lci.tf1.fr, 18 octobre 2007
  5. a et b Ariane Chemin, « Pierre Joxe », Le Monde 28 février 2001, p. 6
  6. Benoît Yvert (dir.), Dictionnaire des ministres (1789-1989), Perrin, 1990 - (ISBN 9782262007102)
  7. « Les statuts de 1982 et 1991 », La question corse, 30 ans après Aleria, La Documentation française, octobre 2005
  8. Saïd Mahrane, « Le Pen raconte Mitterrand », Le Point, 28 avril 2011.
  9. « Le député de la Bresse dans les pas de Pierre Joxe », Le Journal de Saône-et-Loire, 4 juillet 2008.
  10. « Pierre Joxe reçoit le prix Jean-Zay », sur ladepeche.fr.
  11. « Pierre Joxe rompt avec le devoir de réserve » sur lemonde.fr.
  12. « Un ex-sage prête serment », sur lejdd.fr.
  13. Les enfants de la musique - Pierre Joxe, 6 mars 2010

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]