Philistins

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Page d'aide sur l'homonymie Pour les données archéologiques sur les Pelesets (Philistins), voir Données archéologiques sur les Philistins. Cet article traite des Philistins. Pour la présentation de ceux-ci dans les sources bibliques, voir Philistins (Bible).

Les Philistins (assyrien : Palastu ou Pilistu, hébreu : פְּלִשְׁתִּים - pelištīm) ou Peleset sont un peuple de l'Antiquité connus par différentes sources textuelles (assyriennes, hébraïques, égyptiennes) et archéologiques.

Les Philistins apparaissent dans des sources égyptiennes au XIIe siècle av. J.-C. et sont présentés comme des ennemis de l'Égypte venus du nord, mélangés à d'autres populations hostiles connues collectivement sous le nom de peuples de la mer.

Après leurs affrontements avec les Égyptiens, les Philistins se sont fixés sur la bande côtière du sud-ouest de la terre de Canaan, c'est-à-dire dans une région longeant la Méditerranée depuis l'actuelle bande de Gaza jusqu'à Tel-Aviv Jaffa.

Leurs cités ont dominé la région jusqu'à la conquête assyrienne de Teglath-Phalasar III en -732. Ils sont par la suite soumis aux empires régionaux, et semblent progressivement s'y assimiler. Les dernières mentions des Philistins datent du IIe siècle av. J.-C., dans le premier livre des Maccabées[1].

La langue des Philistins reste inconnue, dans la mesure où on ne leur connaît aucune production textuelle. Il est possible que ce soit à l'origine une langue indo-européenne, mais les preuves en sont ténues.

Les peuples de la mer[modifier | modifier le code]

Bateau de guerre philistin, bas-relief du temple de Medinet Habou.
Article détaillé : Peuples de la mer.

Les peuples de la mer sont mentionnés pour la première fois vers -1208 par les textes égyptiens (inscriptions de Karnak sous le règne du pharaon Mérenptah)[2]. Les peuples mentionnés, que Mérenptah affirme avoir vaincus, sont les Eqwesh, les Sherden, les Luka, les Shekelesh et les Teresh (selon une hypothèse de vocalisation, l'ancien égyptien ne s'écrivant qu'avec des consonnes). Les inscriptions de Karnak les décrivent comme des « habitants du Nord venant de toutes les terres[3] ».

Les Philistins ne sont pas encore cités, et il est impossible de savoir si certains d'entre eux participaient à ces premiers affrontements.

La première mention des Philistins apparaît sur une inscription du temple de Medinet Habou, où Ramsès III (-1186 à -1155) célèbre une victoire maritime et terrestre sur les peuples de la mer. Le deuxième pylône du temple indique : « Parmi eux se trouvaient comme alliés les Peleset, les Thekker, les Shekelesh, les Denyen et les Weshesh. Ils mirent la main sur tous les pays jusqu’aux lisières de la terre ». La mention des « Peleset » (ou plus précisément prst, dans la version égyptienne d'origine, non vocalisée) est généralement reconnue comme la première mention des Philistins. On peut aussi vocaliser prst sous la forme Pulasati[4].

Les Philistins sont donc dans les textes égyptiens des envahisseurs venus du nord, ayant une bonne connaissance de la navigation (d'où le nom collectif que donnent les Égyptiens), et coalisés à d'autres populations pour attaquer la riche Égypte.

Origine des Philistins[modifier | modifier le code]

L'origine géographique des Philistins reste discutée du fait du manque de sources historiques.

Sources textuelles[modifier | modifier le code]

Un captif originaire de Keftiu. Temple de Ramses à Abydos.

Les textes antiques donnent certaines indications imprécises. Les Égyptiens des XIIe ‑ XIIIe siècle av. J.-C. font des peuples de la mer des populations venues du nord, mais de diverses origines.

Le livre d'Amos fait « sortir [...] les Philistins de Caphtor[5] ». D'après l'hypothèse documentaire, le livre d'Amos est un texte biblique fondé sur une des sources les plus anciennes. Bien que sans doute rédigé plus tard, il s'appuierait sur les prédications d'Amos, vers -750, dans la région de Béthel, dans le royaume de Samarie. En admettant que ce texte soit bien un des plus précoces de la Bible, il se situe cependant environ 350 années après l'installation des Philistins dans le Sud-Ouest de Canaan. Sa fiabilité concernant des événements du XIIIe siècle fait donc question, mais il est possible qu'il reprenne les traditions philistines de l'époque. Cependant, même si on accepte l'affirmation du texte, le positionnement du Caphtor biblique n'est pas précisé.

Il a été proposé de façon crédible, mais sans preuve définitive, que le terme soit l'équivalent de l'égyptien Keftiu, qui désignait un pays imprécis dans le nord (Cilicie, Syrie, Crète ou Chypre selon différentes hypothèses)[6]. Bien que souvent présentée comme l'hypothèse dominante, l'identification de la Keftiu égyptienne et de la Crète a été mise à mal par John Strange, en 1980, quand il a montré un texte égyptien essentiel dissociant Keftiu des « îles au milieu de la mer », terme par lequel les scribes égyptiens désignaient traditionnellement la Crète[7].

Les tablettes de Mari (et de la Syrie) parlent également d'un lieu nommé Kaptar, qui semble être l'équivalent de la Caphtor biblique et de la Keftiu égyptienne[8], mais de nouveau sans préciser clairement son emplacement.

Au final, le livre d'Amos, les textes égyptiens ou moyen-orientaux confirment bien l'existence de Caphtor/Keftiu/Kaptar, mais n'apportent aucune réponse définitive sur sa localisation, donc sur le lieu d'origine des Philistins, du moins rien qui soit interprétable d'après les connaissances actuelles. Reste un point certain : la Keftiu égyptienne se trouvait au nord de l'Égypte, en Méditerranée orientale, ce qui correspond bien à l'origine des Peuples de la mer et des Philistins, telle que présentée par les Égyptiens, qui les font venir du nord.

Archéologie[modifier | modifier le code]

Bas-relief de prisonniers philistins sur la façade sud du deuxième pylône du temple mortuaire de Ramsès III.
Bataille impliquant des Philistins dans le temple de Medinet Habou. On note la coiffure particulière des guerriers Philistins.

L'archéologie semble pencher en faveur d'une origine située dans la mer Égée ou dans des régions voisines. En effet, les fouilles réalisées dans quatre (Ashdod, Ekron, Ashkelon, et plus récemment Tell es-Safi, probablement l'ancienne Gath) des cinq grandes cités philistines montrent une culture matérielle nettement influencée par la civilisation mycénienne.

Particulièrement notable est la poterie philistine la plus ancienne, qui est une version locale de la poterie égéenne dite de l'Helladique récent III C (-1200 à -1100). Cette poterie philistine ancienne est décorée de nuances de brun et de noir, avec des motifs géométriques ou à spirales. Elle évolue à l'Âge du fer I (après -1100) vers une poterie philistine plus originale, avec des décorations noires et rouges.
Les dernières fouilles archéologiques ont montré que ce type de céramique était en fait minoritaire, une marchandise de luxe destinée seulement à l'élite.

On a aussi trouvé à Ekron un bâtiment de 240 mètres carrés. Ses murs sont larges, conçus pour soutenir un deuxième étage, et son entrée large et raffinée mène à un grand hall, en partie recouvert d'un toit soutenu sur une rangée de colonnes. Dans le plancher du hall on trouve un foyer circulaire pavé avec des cailloux, un foyer typique des bâtiments mycéniens.

Autre caractéristique pointant vers le monde égéen, « les artistes du pharaon ont minutieusement [, dans le temple de Medinet Habou,] représenté les caractéristiques de chacun des [peuples de la mer]. Les coiffures, reproduites avec précision, distinguent les différents peuples, comme l'indiquent les inscriptions. [...] Les Denyen, les Tjekker et les Pelest [(Philistins)], qui dominent le tableau, [portent] une touffe de “plumes” dressées retenue à la tête par un bandeau, le tout fixé à un bonnet[9] ». Or, indique Guy Couturier, professeur d'histoire à l'université de Montréal, « on a retrouvé à Chypre, en Crète et en Grèce même des prototypes de ces coiffures [...] datant du XIIIe siècle av. J.-C.[9] ».

Les archéologues ont trouvé aussi des points communs avec les Cananéens, constatation logique si l'on considère que les Peuples de la mer n'ont pas chassé tous les autochtones.

Les fouilles à Ashkelon, Ekron, et Gath révèlent des os de porcs et de chiens qui présentent des signes de boucherie, ce qui signifie que ces animaux faisaient partie du régime alimentaire des habitants.

Linguistique[modifier | modifier le code]

La langue des Philistins est inconnue, mais quelques traces rendent plausible une origine indo-européenne des Philistins[réf. nécessaire]. Si Philistin est bien le nom que ce peuple se donnait (autoethnonyme), on y note « un radical qu'on retrouve dans le nom de la ville de Palaisté, en Épire, [... dans] Palaistinos, donné comme ancien nom du fleuve Strymôn, [ou dans] le terme pelastai ou pelaistai désignant les cultivateurs de l'Attique[10] ». Beaucoup d'auteurs ont défendu un rapprochement entre les Philistins et le « peuple que les Grecs appelaient les Pélasges Pelasgoi[11] », une population installée en Attique, mais qui serait d'après certains textes originaire de Crète. « Les sources anciennes (l'Iliade, Hérodote) mentionnent les Pélasges comme un peuple dispersé en divers points du pourtour de la Méditerranée. Il y a donc large coïncidence entre les formes de l'ethnique en -t- (Pelastai, *Pelaistini) et les formes en -g- (Pelasgoi)[12] ».
Une autre hypothèse, moins soutenue mais renvoyant à une origine géographique proche, suggère que le nom « Philistin » est une déformation du grec phyle histia (« tribu des foyers », avec la graphie ionienne de hestia (foyers))[13].

Ces deux premières hypothèses restent cependant fondées sur l'idée que Peleset est bien le nom d'origine que se donnait ce peuple. Il a été suggéré que le nom avait en fait été donné à ce peuple au Moyen-Orient, et qu'il ne peut donc renseigner sur une origine. Dans cette optique, le terme dériverait de la racine sémitique p-l-sh qui signifie « diviser », « traverser », « couvrir » ou « envahir »[14]. Mais ce nom a alors un caractère très générique pouvant désigner n'importe quel envahisseur, or les textes égyptiens anciens distinguent soigneusement les noms des différents peuples de la mer, dont beaucoup n'ont pas d'étymologie sémitique claire.

De fait, les autres noms des peuples de la mer semblent également renvoyer à la même région de la Méditerranée du nord-est. Les Danuna (ou Denyen, selon l'hypothèse de vocalisation retenue) seraient les Danaens, donc des Grecs, les Sakalusa auraient un nom dérivé de la ville de Sagalassos, dans le sud-ouest de l'Anatolie[15].

Quelques mots ou noms philistins sont cités dans la Bible, et ne semblent pas d'origine sémitique. Ainsi le mot philistin pour leurs dirigeants, seren, est-il d'origine inconnue, mais est peut-être à relier au grec Tyrannos. Les noms comme Goliath, Achish, ou Phicol ne sont pas sémitiques, et des étymologies indo-européennes ont été suggérées. Ainsi Goliath pourrait être rapproché du lydien Alyattes/Wylattes[16].

Synthèse[modifier | modifier le code]

Les traces les plus solides de l'origine des Philistins sont archéologiques, et pointent vers la mer Égée. Également valides mais plus vagues sont les sources égyptiennes d'époque, qui parlent d'une population invasive venue du nord par la mer. Les traces linguistiques, très ténues, semblent également pointer vers le monde égéen[17].

Ainsi, pour de nombreux linguistes, les Philistins sont identiques aux Pélasges (mentionnés dans l'Iliade), peuple qui habitait la Grèce avant les Achéens. Que les Philistins soient ou non une branche des anciens Pélasges, les historiens actuels les font donc généralement venir de la mer Égée.

Bien que le développement ultérieur des Philistins se soit fait en milieu cananéen, c'est-à-dire sémitique, ils ne semblent pas être eux-mêmes d'origine sémite[réf. nécessaire], mais plus probablement indo-européenne[réf. nécessaire].

Installation[modifier | modifier le code]

Après ce que les textes égyptiens décrivent comme une défaite, les Philistins se sont installés dans une bande côtière allant de l'actuelle Tel-Aviv jusqu'à l'actuelle frontière égyptienne, et centrée sur l'actuelle bande de Gaza.

Les circonstances de cette installation restent imprécises. Le manuscrit Harris I[18], écrit sous le règne de Ramsès IV, indique que Ramsès III, après avoir vaincu les peuples de la mer, les a emprisonnés en Égypte, avant « de les installer dans des bastions, construits en [son] nom », et de les soumettre à l'impôt. Certains y voient l'installation des Philistins dans la bande côtière du sud-est de Canaan, longtemps égyptienne. Le lien entre les deux évènements est cependant incertain, du fait de l'imprécision géographique et ethnique du texte.
Le Deutéronome, écrit environ cinq siècles après les évènements, indique que « les Avviens, qui habitaient dans des villages jusqu’à Gaza, furent détruits par les Caphtorim[19] » (terme biblique utilisé comme synonyme de Philistins), ce qui offre un renseignement, mais à la fiabilité incertaine, sur l'ethnonyme des habitants cananéens pré-philistins.

À compter du XIIe siècle, l'installation des Philistins dans le sud-est de Canaan est bien attestée par leurs poteries, ainsi que par les textes égyptiens et assyriens (ces derniers les appellent Palastu ou Pilistu). Il est aujourd'hui impossible de dire si cette installation fut faite sur un territoire donné par les Égyptiens ou conquis par les Philistins. Cependant, si « la couche [archéologique] qui correspondait à la dernière domination égyptienne à Canaan, sous Ramsès III, ne contenait aucune trace des premiers types de vases philistins décorés, [...] les premiers niveaux philistins ne révélaient aucune trace de présence égyptienne : pas un seul vase ou tesson égyptien. Les deux couches sont complètement séparées[20] ». Cette rupture archéologique peut donc laisser penser à une rupture commerciale franche, impliquant une rupture politique également franche, c'est-à-dire à une conquête plus qu'à une implantation par accord mutuel.

De même que la définition ethno-linguistique des Philistins avant leur installation en Canaan est mal connue, leur définition ethno-linguistique ultérieure est également difficile, eu égard au manque de sources textuelles. De fait, deux grandes familles de thèses ont été avancées.

Pour la première, qui se fonde par exemple sur les noms et mots non sémitiques cités par la Bible, les Philistins ont conservé longtemps un particularisme ethnique et linguistique.

Pour un autre courant[21], ils se sont précocement mélangés aux populations cananéennes locales. L'archéologie montre en effet une influence des cultures cananéennes antérieures ou voisines. Le Premier livre de Samuel indique qu'un de leurs dieux était Dagon : « les Philistins prirent l’arche de Dieu, et ils la transportèrent d’Ében Ézer à Ashdod. Après s’être emparés de l’arche de Dieu, les Philistins la firent entrer dans la maison de Dagon et la placèrent à côté de Dagon[22] ». Or, Dagon est une divinité sémitique. Les autres dieux philistins semblent avoir été Baal ou Astarté, dont les noms apparaissent dans ce qu'on connait du panthéon cananéen[23].
Pour les tenants de cette seconde hypothèse, ces éléments indiquent que Philistin est assez rapidement devenu un terme désignant une population fortement mélangée et acculturée au milieu cananéen, les termes (comme Seren) ou les nom (comme Goliath) sans origine sémitique restant comme des reliques linguistiques isolées. De fait, les termes de pouvoir et les noms survivent souvent plus longtemps que les autres.

En l'absence de sources incontestables sur la langue des Philistins de l'époque tardive, le statut précis des populations tardives et leurs relations ethniques, religieuses et linguistiques avec les premiers Philistins des chroniques égyptiennes restent discutés.

Organisation des cités[modifier | modifier le code]

La carte des cinq principales cités philistines.

Après leur implantation, les Philistins se sont organisés en de nombreux villages et villes. La Bible nous les décrit comme dirigés par des seigneurs appelés Seren (un terme sans étymologie sémite), et dans un pluriel hébraïsé, serenim. Le texte biblique semble impliquer l'absence d'un pouvoir central quand il parle de la « contrée qui doit être tenue pour cananéenne, et qui est occupée par les cinq princes des Philistins[24] ».

Progressivement, les zones philistines vont se structurer autour de cinq grandes villes, qu'on pense avoir été des cités-États indépendantes, chacune disposant de ses propres institutions et régnant sur les territoires, villages et petites villes alentour. Ces cinq villes sont Gaza, Ashkelon, Ashdod, Ekron et Gath (qu'on pense avoir identifié avec le site archéologique de Tell es-Safi).

Le livre de Josué confirme l'archéologie et énumère les cinq princes des Philistins, ceux « de Gaza, d'Ashdod, d'Ashkelon, de Gath et d'Ekron[24] ». La description est censée renvoyer à l'époque de Josué (l'entrée en Canaan des Hébreux, généralement datée du XIIIe ou XIIe siècle av. J.-C.). La rédaction du livre de Josué, incertaine, est en toute hypothèse beaucoup plus tardive (vers le milieu du premier millénaire avant J.-C.), et il est assez plausible que la description renvoie plus à la situation connue du rédacteur qu'à celle de l'installation des Hébreux. Confirmation de cette hypothèse, l'archéologie montre que le site d'Ekron ne s'est développé qu'à partir du VIIe siècle[25].

Ces cinq grandes cités ne sont pas forcément les seuls pouvoirs politiques ayant existé chez les Philistins. Certaines cités mal connues ont pu avoir leur propre direction politique, qui plus est dans des situations variables selon les époques.

Peu de textes historiques renseignent sur le mode de vie et les activités des Philistins, surtout les plus anciens. Les fouilles d'Ekron, d'Ashkelon et d'Ashdod apportent davantage d'informations. L'économie reposait sur l'agriculture (culture de l'olivier, du blé et des vignobles) et sur l'artisanat (textile, métallurgie du fer, poterie). Paradoxalement, en dépit de la situation de la Philistie, le commerce maritime ne semblait pas jouer un rôle important. Peut-être, avance Carl S. Ehrlich, avaient-ils été chassés de ce marché par les Phéniciens ?

Entre le XIIe siècle (période des Juges, antérieur à la formation du royaume de Judée) et le VIIIe siècle (conquête des villes philistines par les Assyriens), les livres de Samuel puis des Rois racontent de nombreux conflits entre les Hébreux et les Philistins. Globalement, les descriptions bibliques des Philistins leur sont très hostiles et mettent en scène de nombreux combats. L'historicité de ceux-ci est indiscernable, mais les textes montrent que les relations de voisinage furent le plus souvent tendues.

Article détaillé : Philistins (Bible).
Fouilles de Tel Qasile.

L'archéologie montre en tout cas vers l'époque supposée de David (Xe siècle) une « prolifération graduelle de poteries philistines aux décorations égéennes, sur les contreforts des hautes terres [de la Judée], et jusque dans la vallée de Jezréel, au nord, [...] preuve de l'expansion progressive de l'influence philistine à travers le pays[26] ». Des traces de destructions apparaissent sur certains sites philistins, ou certains archéologues ont vu la trace des conflits rapportés par la Bible entre anciens Hébreux et anciens Philistins, mais ces attributions, quoique possibles, font débat. Il en est ainsi du site de Tel Qasile, un petit site de la banlieue nord de la moderne Tel-Aviv, où « l'archéologue israélien Benjamin Mazar [...] mit au jour une ville philistine prospère, ignorée par la Bible. Le dernier niveau, contenant de la poterie philistine, ainsi que d'autres objets caractéristiques de la culture philistine, porte des traces de destruction par le feu ». Mazar y a vu une trace des guerres de David, ce que d'autres historiens considèrent être douteux[26].

Durant cette période (Xe siècle), les villes philistines sont incendiées. On peut l'interpréter comme la conséquence d'un raid israélite ou, comme on l'avance depuis peu, comme le résultat d'une offensive égyptienne.

À la fois villes et ports, les grandes cités-États de la Philistie semblent avoir été riches et puissantes, pratiquant le commerce maritime international (peu dans les périodes les plus anciennes), mais aussi terrestre. Au premier Âge du fer (après -1100), elles auraient conservé un certain temps le monopole sur le commerce et le travail de ce métal dans la région.

La conquête assyrienne[modifier | modifier le code]

Teglath-phalasar III, bas-relief provenant de son palais à Nimrud, fin du VIIIe siècle av. J.-C., musée du Louvre

Les cités philistines ont dominé le sud de la bande côtière jusqu'à la conquête assyrienne de Teglath-Phalasar III en -732.

Après cette date, les cités-États semblent conserver une autonomie importante sous le règne assyrien, qui parait avoir favorisé leur prospérité.

Elles conservent en tout cas un rôle commerçant de premier plan. Ainsi, « dans l'une de ses inscriptions triomphales, le souverain assyrien Teglath-Phalasar III qualifie Gaza, terminus traditionnel des pistes du désert de “poste de douane de l'Assyrie” ; il y avait nommé des représentants pour collecter les taxes portuaires[25] ».

Un de ses successeurs, Sargon II (-722 à -705) « déclara qu'il avait ouvert la frontière égyptienne au commerce entre les Assyriens et les Égyptiens[25] ». Ce commerce passait par la Philistie, zone d'échange entre l'Afrique et le Moyen-Orient, qui voit ainsi son rôle conforté.

Après la guerre entre l'Assyrie de Sennacherib et le royaume de Juda d'Ézéchias (vers -701), « les meilleures terres agricoles de la Shefelah furent données par les vainqueurs [Assyriens] aux cités-États de Philistie[27] ».

Preuve de l'importance de la zone, « nombre de forteresses et de centres administratifs ont été exhumés à divers endroits le long de la plaine littorale du Sud [...]. L'assemblage d'ossements animaux découverts à Tell Jenmeh, un autre site proche de Gaza, révèle une augmentation considérable du nombre de chameaux et de dromadaires au VIIe siècle [soit un siècle après la conquête assyrienne]. L'analyse de ces ossements, faite par l'archéo-zoologue Paula Wapnish, indique que ces chameaux — tous adultes, ne faisant donc pas partie d'un élevage local — étaient vraisemblablement utilisés par les caravaniers. [...] Les découvertes archéologiques nombreuses et variées, réalisées dans la zone qui s'étend entre l'Edom et la Philistie, ont prouvé que les Assyriens, les Arabes, les Phéniciens et les Edomites participaient à cette activité commerciale florissante[25] ».

Une des cinq grandes cités philistines, Ekron (ou Éqrôn), connue aujourd'hui à travers le site archéologique de Tel Miqneh, a particulièrement bénéficié de la conquête assyrienne. Avant celle-ci « le site était des plus modeste ; or, au début du VIIe siècle, Éqrôn devint un centre de production d'huile d'olive d'une dimension considérable. On y a découvert plus d'une centaine de pressoirs à olives, plus que n'importe où ailleurs dans le pays. Il s'agit même du centre [...] le plus important de tout l'antique Moyen-Orient. [...] La capacité annuelle devait être d'un millier de tonnes. [...] Mais la ville d'Éqrôn n'appartenait pas à la région traditionnelle de la culture de l'olivier. [...] Elle devint cet important centre de production d'huile en raison de sa situation privilégiée à mi-chemin des oliveraies des hautes terres et des centres de distribution du littoral occidental[28] ».

Les Philistins semblent donc avoir bénéficié de la conquête assyrienne, et de l'entrée qu'elle a leur permis de faire dans les réseaux commerciaux de l'empire. Par la suite, ils sont restés soumis aux empires régionaux successeurs de l'Assyrie, et semblent progressivement s'y être assimilés.

Les dernières mentions historiques des Philistins datent du IIe siècle, dans le premier des Livres des Macchabées. Le chapitre 3, verset 24 y indique qu'après une victoire de Juda Maccabée, le « reste [de ses ennemis] s'enfuit dans la terre des Philistins[29] ».

Palestine[modifier | modifier le code]

Le nom « Palestine » dérive de celui des Philistins.

Sous Ramsès III, les Égyptiens désignent comme « Peleset » (P-l-s-t) la région que ceux-ci habitent. À une époque un peu plus tardive, la région est également mentionnée dans la Bible sous la forme « Peleshet » (פלשת Pəléšeth). Dans les deux cas, le terme ne désigne qu'une région centrée autour de l'actuelle bande de Gaza.

Dans les textes occidentaux, le terme de « Palestine » (Palaïstinê) apparaît pour la première fois sous la plume de l'historien grec Hérodote, au Ve siècle av. J.-C.[30], peut être une forme dérivée de l'Assyrien Palastu ou Pilistu. Au Ier siècle, Pline l'Ancien parle également de « Palestine », toujours lié au terme « Syrie ». Au IIe siècle, Ptolémée fait de même. Le terme est utilisé en référence à l'ancien peuple des Philistins. La région désignée est alors beaucoup plus ample que l'ancien territoire des Philistins, et recouvre plus ou moins le futur territoire de la Palestine mandataire. À ces époques, le terme n'est pas unique, les Juifs parlant plutôt d’Eretz Israël, un ensemble géographique regroupant la Judée (au sud) et la Samarie (au nord). Dès l'Antiquité grecque, les termes Palaïstinê et Eretz Israël apparaissent donc comme désignant des réalités géographiques plus ou moins équivalentes.

Sous la domination romaine, la deuxième révolte juive (132-135) aboutit à l'expulsion des Juifs de Jérusalem sous Hadrien. Jérusalem est nommée Ælia Capitolina et la région est intégrée dans la province de « Syrie Palestine » (Syria Palæstina), nouvelle dénomination, calquée sur le grec, de ce qui était auparavant appelé en latin Syria Judaea (« Syrie Judée » ou « Syrie juive ») par les vainqueurs désireux de faire disparaitre tout rattachement symbolique de la région aux anciens rebelles Juifs.

Le terme Palestine est resté pour désigner la région pendant toute la période byzantine, arabe puis ottomane. Après la conquête de la région par les Britanniques en 1918, celle-ci devient la Palestine mandataire, confiée par la Société des Nations sous forme de mandat à l'empire britannique.

Bien que les termes « Palestiniens » et « Palestine » dérivent de « Philistin », il n'y a pas de rapport culturel, religieux ou linguistique entre ces deux populations.

Terme littéraire[modifier | modifier le code]

Dans la littérature allemande du XIXe siècle en particulier, les philistins (allemand : Philister) sont les personnes étrangères aux universités, les « bourgeois ». Ce mot désigne plus généralement une personne à l'esprit obtus.

« Philistins » est également le titre d'un poème de Jean Richepin mis en musique par Georges Brassens.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Premier livre des Maccabées, chapitre 3, verset 24.
  2. Jürgen Osing, « Peuples de la Mer », dans Jean Leclant (dir.), Dictionnaire de l'Antiquité, éditions PUF, 2005, p. 1712 (ISBN 2 13 055018 5).
  3. Inscription murale sur un mur proche du sixième pylône de Karnak. Robert Drews, The End of the Bronze Age, Princeton University Press, 1993, p. 49.
  4. Bernard Sergent, Les Indo-Européens, Éditions Payot & Rivages, 1995, p. 108.
  5. Livre d'Amos, chapitre 9, verset 7.
  6. John Strange, Caphtor/Keftiu: A New Investigation, Leiden : Brill, 1980, p. 11, (ISBN 9004062564)Google books.
  7. John Strange, Caphtor/Keftiu: A New Investigation, Leiden : Brill, 1980, p. 125, (ISBN 9004062564)Google books.
  8. John Strange, Caphtor/Keftiu: A New Investigation, Leiden: Brill, 1980, ISBN9004062564 - Google books.
  9. a et b Sciences et Avenir, hors série de juillet-août 2010, À la découverte de peuples mystérieux, article « Philistins. Des marins ancrés en Palestine ».
  10. Bernard Sergent, Les Indo-Européens, 1995, Éditions Payot & Rivages, p. 107. Rapprochement défendu par Budimir (1937), Krahe (1949), Benveniste (1952), etc.
  11. Bernard Sergent, Les Indo-Européens, 1995, Éditions Payot & Rivages, p. 108. Rapprochement défendu par Georgiev (1948), Bonfante (1946), Faure (1973), Grandet (1990), etc.
  12. Bernard Sergent, Les Indo-Européens, 1995, Éditions Payot & Rivages, p. 108.
  13. A. Jones, « The Philistines and the Hearth: Their Journey to the Levant », Journal of Near Eastern Studies, 31, 1972, p. 343–350.
  14. Marcus Jastrow, A Dictionary of the Targumim, the Talmud Babli and Yerushalmi, and the Midrashic Literature, New York, Judaica Press, 1989, p. 1185
  15. Pour un plus large développement sur l'analyse des ethnonymes des peuples de la mer, voir Bernard Sergent, Les Indo-Européens, 1995, Éditions Payot & Rivages, p. 108.
  16. Bernard Sergent, Les Indo-Européens, 1995, Éditions Payot & Rivages, p. 108 sqq.
  17. Bernard Sergent, Les Indo-Européens, nouvelle édition revue et augmentée, 2005, p. 109-113. (ISBN 2-228-88956-3).
  18. Techniquement désigné par la référence Papyrus British Museum 9999.
  19. Deutéronome, Chapitre 2, verset 23.
  20. Finkelstein et Silberman, La Bible dévoilée, Bayard éditions, 2002, p. 386.
  21. Par exemple Manfred Hermann Emil Weippert.
  22. Premier livre de Samuel, chapitre 5, versets 1 à 5.
  23. encyclopedia of Christianity, 2005, (ISBN 0802824161).
  24. a et b Livre de Josué, Chapitre 13, verset 3.
  25. a, b, c et d Finkelstein et Silberman, La Bible dévoilée, Bayard éditions, 2002, p. 304.
  26. a et b Finkelstein et Silberman, La Bible dévoilée, Bayard éditions, 2002, p. 161.
  27. Finkelstein et Silberman, La Bible dévoilée, Bayard éditions, 2002, p. 300.
  28. Finkelstein et Silberman, La Bible dévoilée, Bayard éditions, 2002, p. 305.
  29. Premier Livre des Machabées - Chapitre 3
  30. Hérodote, Histoires. Par exemple livre premier, CV ou livre second, CIV.