Néonazisme

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Néonazis canadiens.

Le terme néonazisme fait référence à un ensemble d'idéologies se réclamant du national-socialisme « historique ». Considérant que le nazisme avait disparu en 1945, avec la mort d'Adolf Hitler et la chute du IIIe Reich, les politologues nommèrent ces idéologies « néonazisme ».

Description[modifier | modifier le code]

Symbolique néonazie et néofasciste : 1. Croix celtique ; 2. rune d'Odal ; 3. Poing ; 4. Croix de fer ; 5. Symbole de la SS ; 6. Totenkopf.

Bien que relativement similaires du point de vue des idées, ces courants de pensée se démarquent les uns des autres par certains détails :

  • le choix d'Adolf Hitler comme référent politique et l'adhésion à ses idées ;
  • la politique à l'égard des étrangers : cela va de l'instauration d'une dictature bienveillante à celui d'un esclavage pur et simple ;
  • la politique à l'égard des victimes du IIIe Reich : certains courants sont indifférents, d'autres veulent « finir le travail ». D'autres encore nient que le régime hitlérien ait pratiqué une politique génocidaire et jugent par conséquent inopportun tout débat à ce sujet ;
  • le mode opératoire : certaines organisations tolèrent, voire préconisent l'usage de la violence tandis que d'autres y sont farouchement opposées ;
  • le choix de l'emblème employé, en l'occurrence un recyclage d'emblèmes runiques ou celtiques, faisant référence au patrimoine culturel européen, et des emblèmes nazis d'époque ;
  • certains reconnaissent les crimes nazis de la Seconde guerre mondiale et se réclament d'un « national-socialisme sans les camps. »[réf. nécessaire]

Les autres symboles sont la croix gammée, le 88, le 14, le 311, le 18 (1 comme la première lettre de l'alphabet A, et 8 comme la 8e, H : Adolf Hitler). Des organisations internationales fédérant des groupes néonazis de plusieurs pays sont apparues à diverses époques, comme le Nouvel ordre européen en 1951, ou la World Union of National Socialists en 1962.

Actuellement, le néonazisme est présent un peu partout dans le monde :

  • durant l'été 2004, au cours d'un match du championnat d'Europe de football opposant l'Allemagne aux Pays-Bas, des supporters allemands ont brandi le Reichskriegsfahne, un drapeau de la Seconde Guerre mondiale interdit en Allemagne. Tout au long du match, une minorité de supporters allemands s’est fait remarquer par des chants homophobes destinés aux Néerlandais[1] ;
  • sur Internet, existent des forums où des personnes se revendiquant « aryennes » expriment leurs opinions racistes et néonazies. Très organisée, cette communauté aborde tous les sujets (idéologies, religions, politiques intérieures et extérieures de divers pays, environnement, législations, histoire, musiques, distractions, etc.).

Il importe de distinguer dans le néonazisme deux courants ne se fréquentant guère. L'un se veut essentiellement politique, l'autre constitue bien davantage une attitude générale de refus, volontairement provocateur, de certains aspects de la société actuelle. Dans Rêve de fer, l'écrivain Norman Spinrad mentionna cette deuxième mouvance, parlant de ceux « qui sont néonazis en 1995 pour la même raison qu'ils auraient été punks en 1980 » et marqueraient selon lui « davantage d'intérêt pour les décorations flamboyantes que pour la politique et l'économie ».[réf. nécessaire]

Europe[modifier | modifier le code]

Allemagne[modifier | modifier le code]

D'après l'office fédéral de protection de la constitution (Verfassungsschutz, service de renseignements allemand), le nombre de militants en 2010 est estimé à environ 5 600 (contre 2 200 en 2000) et le nombre de sympathisants à 25 000[2]. La presse et le Verfassungsschutz se font également largement l'écho de liens entre le NPD et les milieux néonazis[réf. nécessaire].

Belgique[modifier | modifier le code]

Un réseau néonazi, Bloed-Bodem-Eer en Trouw (en français « Sang, terre, honneur et fidélité »), mouvement dissident issu du Blood and Honour en Flandre, a été démantelé en septembre 2006. Selon Le Soir, il « projetait des attentats » afin de « déstabiliser » le pays, et l’enquête était en cours depuis 2004[3]. Dix-sept personnes ont été arrêtées dans le cadre de la loi antiterroriste de décembre 2003, la loi sur les armes, et celles sur le racisme, la xénophobie et le négationnisme. Parmi celles-ci figurent onze militaires (un candidat officier, un sous-officier, huit soldats parmi lesquels le chef du réseau, « B.T. », militaire au régiment « Libération » à Bourg-Léopold, une ville garnison proche de la frontière néerlandaise).

André Flahaut, le ministre de la Défense, a salué le « rôle moteur » du service de renseignement militaire dans cette affaire. Pour Manuel Abramowicz, auteur de plusieurs ouvrages sur l'extrême droite en Belgique et dirigeant du réseau de surveillance de l’extrême droite, les « ultras » de la droite radicale ont toujours eu pour objectif « d'infiltrer les rouages de l'État », dont l'armée dans les années 1970 et 1980, via les mouvements Westland New Post (WNP) et Front de la jeunesse[4].

Cinq casernes ont été perquisitionnées (une à Bruxelles, quatre en Flandre), ainsi que dix-huit habitations privées du nord du pays. Une bombe artisanale « assez forte pour faire exploser une voiture » a été saisie selon la police, ainsi que des armes à feu, des détonateurs, une « grande quantité » de munitions, de la propagande néonazie et des explosifs. Le principal suspect, B.T., organisait également des exercices paramilitaires, des week-ends de survie et des exercices de tirs, qui étaient pour certains organisés sur des terrains de l'armée à l'insu des autorités. Il avait aussi développé un commerce d’armes avec quelques complices. De plus, B.T. développait des contacts internationaux, notamment avec le groupe d'extrême droite néerlandais « De Nationale Alliantie ». Selon l'AFP, « la mise au jour, à un mois des élections municipales, d'un complot fomenté au sein de l'armée belge par un groupe de néonazis flamands a stupéfait de nombreux Belges et provoqué l'ire de l'extrême droite flamande, qui crie à la manipulation préélectorale[4],[5],[6],[7] ».

Bulgarie[modifier | modifier le code]

En Bulgarie, les groupes néonazis sont nombreux, et s'attaquent régulièrement aux minorités du pays, notamment les tsiganes et les turcs[réf. nécessaire]. Cependant, la majorité de ces agressions ne remontent jamais jusqu'aux autorités, les victimes craignant la police locale (le nationalisme et le racisme sont assez répandus en Bulgarie, notamment a l'encontre des tsiganes). Le parti politique ultra-nationaliste et ouvertement raciste, antisémite et xénophobe[réf. nécessaire] Ataka a fondé, lors des élections présidentielles de 2006, son programme électoral sur la promesse par son leader, Volen Siderov, de « transformer les tsiganes en savon » (référence aux camps d'extermination nazis)[réf. nécessaire]. Le parti a obtenu 21,5 % des suffrages au second tour.

France[modifier | modifier le code]

Le néonazisme s'est identifié en France à l'activité de certaines personnes, comme René Binet, responsable français du Nouvel ordre européen, et de divers groupes très minoritaires. Certains groupes néonazis français ont attiré l'attention du public, comme la Fédération d'action nationale et européenne (FANE), puis le Parti nationaliste français et européen (PNFE). La FANE a été dissoute dans les années 1980 et le PNFE a disparu au cours des années 1990 ; depuis, les néonazis français ne possèdent plus de structure propre. Un site internet intitulé « Phénix » et se présentant comme celui du « Mouvement national-socialiste français »[8] » a été créé en 2001. En février 2009, le webmestre présumé du site Phénix - MNSF a été interpellé dans le Nord-Pas-de-Calais ; le site a été suspendu dans la foulée[9].

En octobre 2009, une soirée néonazie est organisée à Chozeau, en Isère. Alors que le maire ignorait qu'il s'agissait d'un groupuscule néonazi, 150 partisans s'y étaient réunis[10].

Une organisation néofasciste baptisée la « Droite socialiste » puis « Parti solidaire français » s'est également développée depuis 2007 en région parisienne, inquiétant sérieusement les RG[11].

Un site internet francophone se présentant comme celui d'une « confédération nationale-socialiste » du nom de Aime et Sers a fait son apparition au début de l'année 2008.

Grèce[modifier | modifier le code]

Le dimanche 6 mai 2012, à la suite des élections législatives grecques, 21 députés du parti néonazi Aube dorée font leur entrée au Parlement.

Roumanie[modifier | modifier le code]

L'Avant-garde nationale roumaine (ANR) défend ses idées sur la supériorité des hommes blancs et le rejet de l'homosexualité. L'ANR n'est pas un parti politique et ne se revendique pas du néonazisme même s'il déclare partager nombre de ses valeurs et en particulier le nationalisme blanc[12]. La Nouvelle droite (Noua Dreaptă) est un parti politique néofasciste, irrédentiste et ultra-orthodoxe.

Russie[modifier | modifier le code]

Entre avril 2004 et avril 2006, 28 crimes racistes ont été commis en Russie. De violents affrontements ont eu lieu à Voronej entre étudiants russes et africains à la suite de l'assassinat d'une étudiante russe[réf. nécessaire]. Les groupuscules néonazis russes manifestent ouvertement dans les rues de Moscou ou de Saint Petersbourg plusieurs fois par an. Beaucoup de vidéos sur des sites d'hébergement montrent ces groupes en pleine action lorsqu'ils s'en prennent aux vendeurs issus de l'immigration dans les marchés ou bien aux citoyens asiatiques frappés dans les métros par plusieurs jeunes. Elles montrent aussi que ces groupes sont armés avec des fusils automatiques de guerre de type AK-47. On estime qu'il y a en Russie environ 75 000 militants néonazis[13].

Serbie[modifier | modifier le code]

Le néonazisme en Serbie est fondé surtout sur les facteurs nationaux et religieux. Nacionalni stroj (l'Alignement national), une organisation néonazie de Voïvodine, a orchestré plusieurs incidents en 2005. Dix-huit des principaux membres ont été inculpés vers la fin de 2005 et chacun d'entre eux a été condamné à huit ans de prison.[réf. nécessaire] Le groupe était toujours actif en 2007.

Blood & Honour a une branche en Serbie nommée Krv i Čast. Sur son site Internet, le groupe déclare avoir l'intention « de propager l'idée révolutionnaire de national-socialisme sans compromis. Aussi, l'intention de division d'honneur et de sang serbe est de motiver tous les disciples NS aux activités radicales et pas seulement à l'observation passive ou au fait d'écouter la musique. » Depuis 2001, cette organisation a organisé plusieurs concerts commémorant la naissance d'Adolf Hitler.

Suisse[modifier | modifier le code]

En 2001, la police fédérale suisse estimait le nombre de boneheads ou néonazis à environ 600. D'autres sources avançaient le nombre de 700 voire 800 militants. Plusieurs incidents eurent lieu, en particulier lors des cérémonies au Grütli à l'occasion de la fête nationale du 1er août.

En 2007, au mois d'août à Genève, des militaires ont arrêté 8 néonazis en train d'agresser trois individus d'origine africaine[14],[15].

Amériques[modifier | modifier le code]

États-Unis[modifier | modifier le code]

Aux États-Unis, certains néonazis ont rejoint les rangs du mouvement Ku Klux Klan, appelé aussi le KKK ou le Klan. Ce mouvement qui est un fervent défenseur du modèle WASP (White Anglo-Saxon Protestant) a certaines idéologies similaires au nazisme, bien qu'il soit plus ancien que celui-ci, avec sa ligne politique et ses actes (injures, agressions, meurtres) visant les Noirs, les Catholiques, les Juifs, les communistes, les homosexuels et les handicapés mentaux. D'après la doctrine du mouvement, il s'agit de purifier l'Amérique de tout ce qui pourrait la déstabiliser et la corrompre. Cependant, on ne peut résumer l'idéologie du Ku Klux Klan au nazisme puisque historiquement, le Klan s'est constitué avant le nazisme et visait avant tout les Noirs.

Aux États-Unis, on trouve également le site Internet Stormfront qui se rapproche d'un mouvement néonazi « traditionnel » : haine des Juifs et des non-blancs ainsi que des communistes. Existent aussi Aryan Nations, le American Nazi Party, moins important que ceux surcités et de nombreuses branches du Blood and Honour et Combat 18.

Asie et Océanie[modifier | modifier le code]

Australie[modifier | modifier le code]

Proportionnellement à la population totale (20 millions d'habitants) et à la population de confession juive (100 000), l'antisémitisme et le néonazisme sont particulièrement virulents en Australie, avec plus de 400 attaques en 2003 et 2004.

La particularité du néonazisme australien, ainsi que le montre le film Romper Stomper, est d'axer sa violence sur le sabotage des commerces et les violences contre les Asiatiques.

Israël[modifier | modifier le code]

En mai 2006, des croix gammées et le nom de Hitler sont peints sur les murs de la grande synagogue de Petah Tikva. Une cellule néonazie est démantelée en août 2007 à Petah Tikva. Les 8 jeunes citoyens israéliens âgés de 16 à 21 ans appartenaient tous à des familles originaires de l'ancienne URSS[16] et étaient arrivés en Israël par le biais d'une loi permettant aux personnes d'origine juive d'acquérir la nationalité israélienne[réf. nécessaire].

D'autres cas d'agressions à caractère antisémite[17],[18] ou des vandalismes néonazis sont rapportés[19].

Afrique[modifier | modifier le code]

Afrique du Sud[modifier | modifier le code]

Drapeau de l'AWB.

L'Afrikaner Weerstandsbeweging (AWB, français : Mouvement de résistance afrikaner) est un groupuscule d'extrême droite sud-africain prônant la suprématie blanche et la restauration des républiques boers du XIXe siècle au sein de l'Afrique du Sud.

Filmographie[modifier | modifier le code]

La trilogie de documentaires réalisés par Daniel Schweizer sur les extrémistes, les skinheads, les néonazis, le Ku Klux Klan et les fondamentalistes chrétiens racistes incluant Skin or Die (diffusé sur Arte en 1998), White Terror (diffusé sur Arte en 2003) et Skinhead Attitude, (diffusé sur Arte en 2005).

D'autres films de ce même type incluent :

  • American History X, film de Tony Kaye sur la descente aux enfers d'un néonazi américain, puis sa tentative de sauver sa famille (notamment son frère) après être sorti de prison pour un double meurtre (avec Edward Norton).
  • Danny Balint, film de Henry Bean qui retrace l'histoire un skinhead néonazi new-yorkais juif violemment antisémite. Face a ses contradictions il s'engage dans des actions violentes. Inexorablement sa religion le rattrape. (avec Ryan Gosling).
  • This is England, film de Shane Meadows sortie en 2007. En 1983, Shaun, 12 ans, habite avec sa mère dans une ville côtière du nord de l'Angleterre. Garçon solitaire, il rencontre un groupe de skinheads locaux, avec qui il découvre le monde des fêtes, du premier amour et des bottes Dr Martens. Le ton change quand Combo, un skinhead raciste et plus âgé, sort de prison.
  • Romper Stomper, un film réalisé par Geoffrey Wright en 1992 avec l'acteur Russell Crowe, racontant l'histoire d'une bande de skinheads en prise avec des vietnamiens dans la ville de Melbourne en Australie.
  • Skins (ou Skin Gang), un film américain réalisé par Wings Hauser en 1994, dans lequel l'agression d'un homosexuel par un groupe de skinheads va entraîner une spirale de violence.
  • Made in Britain, un film réalisé par Alan Clarke en 1982 avec l'acteur Tim Roth, raconte l'histoire d'un jeune néonazi de 16 ans que les services sociaux tentent de remettre dans le droit chemin.
  • Pariah un film américain réalisé par Randolph Kret en 1998 dans lequel le mari d'une jeune femme noire, qui s'est suicidée à la suite de son viol par une bande de skinheads, va infiltrer le groupe afin de se venger.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (de) « Rassistische Vorfälle bei der Euro » (consulté le 17 septembre 2011)
  2. (de) « Zahl gewaltbereiter Neonazis gestiegen », sur die Zeit (consulté le 2 septembre 2011)
  3. « Les néonazis voulaient déstabiliser le pays », Le Soir, jeudi 7 septembre 2006
  4. a et b « La Belgique découvre, stupéfaite, un complot néonazi au sein de son armée », AFP, 08/09/06, 12h01
  5. « Un groupe terroriste néonazi démantelé », Le Nouvel Observateur, 8 septembre 2006
  6. « La Belgique démantèle un groupe néonazi préparant des attentats », Le Monde, 7 septembre 2006
  7. « Des militaires néonazis voulaient commettre des attentats », RTL Belgique, 8 septembre 2006
  8. « Contre l’insupportable apologie du National - Socialisme et du III° Reich sur internet : Le MRAP en appelle aux interventions résolues des Ministères des Affaires Étrangères et de l’Intérieur », communiqué du Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples, .
  9. « Soupçonné d'avoir créé un site néo-nazi, un Méterennois incarcéré », La Voix du Nord, 20 février 2009
  10. « Soirée néonazie surprise dans une commune iséroise », Le Figaro, jeudi 8 octobre 2009.
  11. « La droite ultra dans le collimateur des “RG” », Le Figaro, .
  12. (en) The Romanian National Vanguard
  13. (en) From Russia With Hate, Current TV
  14. [PDF] « Communiqué de presse du Collectif des Organisations de la Diaspora Africaine en Suisse » (consulté le 17 septembre 2011)
  15. « Le groupuscule néonazi genevois, simple pièce du puzzle suisse? », sur Le Courrier,‎ 14 août 2007 (consulté le 17 septembre 2011)
  16. (en) « Israeli 'neo-Nazi gang' arrested », BBC News, 9 septembre 2007.
  17. (en) « Neo-Nazis in the Jewish homeland », Jerusalem Post, 25 septembre 2007.
  18. « Des cas d'antisémitisme dans l'armée israélienne », Le Figaro, 22 avril 2007.
  19. (en) « Petah Tikva synagogue desecrated », Jerusalem Post, 4 mai 2006.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]