James Tissot

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James Tissot

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Autoportrait (1865),
California Palace of the Legion of Honor, San Francisco.

Nom de naissance Jacques-Joseph Tissot
Naissance 15 octobre 1836
Nantes
Décès 8 août 1902 (à 65 ans)
Chenecey-Buillon, Doubs, France
Nationalité Drapeau de la France France
Activités Peintre
Graveur
Caricaturiste
Formation École des beaux-arts de Paris
Maîtres Hippolyte Flandrin
Louis Lamothe
Mouvement artistique Japonisme
Influencé par Henri Leys

James Tissot, pseudonyme de Jacques-Joseph Tissot, né à Nantes le 15 octobre 1836 et mort à Chenecey-Buillon le 8 août 1902, est un peintre et graveur français qui a passé une partie de sa vie en Angleterre où il était apprécié comme peintre de la haute société de l'époque victorienne.

Après des études à l'École des beaux-arts de Paris, il expose au Salon de 1859 des œuvres plutôt traditionnelles avant de devenir le peintre des toilettes féminines et de la société mondaine de la fin du Second Empire. Après la guerre de 1870 et la Commune de Paris, il s'installe à Londres en 1871 où il réussit brillamment comme peintre de l'élégance féminine et comme caricaturiste pour Vanity Fair. À la mort de sa compagne Kathleen Newton en 1882, il revient à Paris et expose avec succès des portraits de femmes de diverses conditions sociales dans leur environnement quotidien. À partir de 1888, il vit une révélation religieuse et se consacre dès lors jusqu'à la fin de sa vie à des sujets bibliques, nourrissant son art d'observations effectuées lors de voyages en Palestine et à Jérusalem : ces œuvres chrétiennes largement éditées en français et en anglais lui assurent alors une grande renommée.

Biographie[modifier | modifier le code]

Débuts[modifier | modifier le code]

Portait de James Tissot par Degas, 1867-1868,
Metropolitan Museum of Art, New York
Le pont du H.M.S. 'Calcutta' (Portsmouth), vers 1877,
Tate Gallery, Londres

La famille de James Tissot est originaire de Franche-Comté (villages de Maîche et Trévillers, près de la frontière suisse) mais son père soucieux de réussite commerciale s'est installé à Nantes comme drapier : il fait suffisamment fortune pour acheter et aménager dans sa région d'origine le château de Buillon, au bord de la Loue, dans le département du Doubs, à l'emplacement de l'ancienne abbaye cistercienne[1]. Fils de ce marchand de drap prospère et d’une modiste, Jacques-Joseph Tissot naît à Nantes le 15 octobre 1836 : il gardera des activités de ses parents le goût des tissus et de la mode dont il fera son thème de prédilection comme il aimera peindre des scènes de port (The Captain and the Mate, 1873 - The Captain's Daughter, 1873, Southampton City Art Gallery (UK) - Ball on Shipboard, c. 1874, Tate Britain, London - The Gallery of H.M.S. 'Calcutta' (Portsmouth), ca. 1877, Tate Gallery, Londres…). Sa famille très catholique l'envoie au collège des Jésuites de Vannes[2], de la même promotion qu' Auguste de Villiers de L'Isle-Adam (1856), et accepte à regret sa vocation d'artiste.

En 1856, il gagne Paris pour suivre les cours de Hippolyte Flandrin et de Louis Lamothe à l'École des beaux-arts : il devient alors l'ami de Edgar Degas et James Abbott McNeill Whistler.

En 1859, Tissot (qui a pris par anglophilie le prénom de James), expose pour la première fois au Salon de Paris, deux portraits de femmes et trois scènes en costume médiéval inspirées par Faust comme La Rencontre de Faust et de Marguerite, 1860 (musée d'Orsay) où apparaît l'influence du peintre belge Henri Leys qu'il a rencontré à Anvers en 1859. Dans les années 1860, James Tissot se spécialise dans les portraits de femmes, le plus souvent représentées en costume moderne. Il voyage en Italie en 1860 et découvre Londres en 1862 : il y expose certaines de ses toiles à la Royal Academy de Londres en 1864 et collabore comme caricaturiste à Vanity Fair à partir de 1869. Il expose de nouveau à Paris au Salon de 1864 où il rencontre un certain succès avec deux portraits : Les Deux sœurs (1863, musée d'Orsay) et le Portrait de Mlle L. L. (1864, musée d'Orsay)[3]. Comme ses contemporains Alfred Stevens ou Claude Monet, James Tissot explore aussi le « japonisme », incluant objets et costumes japonais dans ses tableaux et le portrait de l'artiste peint par Degas à cette époque montre un tableau japonais sur le mur. Son tableau La Japonaise au bain (1864), « nu à la fois élégant et provocant »[4] conservé au musée des beaux-arts de Dijon est un bon exemple de ce goût d'homme raffiné qui devient le portraitiste de la société élégante de son temps comme l'illustre le Portrait du marquis et de la marquise de Miramon (1865)[5] ou Le Cercle de la rue Royale (1868).

Caricature de Charles Darwin dans le Vanity Fair du 30 septembre 1871.

En 1870, James Tissot participe à la guerre franco-prussienne dans les Tirailleurs de la Seine puis à la défense de Paris durant la Commune (il a laissé un dessin représentant les Éclaireurs de la Seine[6]). Peut-être à la suite de cet engagement ou simplement par opportunité[7], il quitte Paris pour Londres en 1871 et emménage dans une imposante villa à Saint John's Wood. Ayant déjà travaillé pour le magazine Vanity Fair comme caricaturiste sous le pseudonyme de « Coïdé » et exposé à la Royal Academy en 1864, James Tissot dispose de solides relations sociales et artistiques dès son arrivée en Angleterre et développe rapidement sa réputation de peintre de l'élégance féminine avec une certaine théâtralisation du monde et un jeu sur les apparences qu'on retrouvera chez Marcel Proust[8]. Il rencontre cependant quelques réticences comme celle de John Ruskin qui décrit les œuvres de Tissot comme de « simples photographies en couleurs de la société vulgaire[9]. » En 1874, il refuse de participer à l'exposition des Impressionnistes mais conserve de bons rapports avec les peintres français : il reçoit Berthe Morisot à Londres en 1874 et visite Venise avec Édouard Manet la même année, il continue également à fréquenter régulièrement Whistler.

En 1875, Tissot rencontre une Irlandaise divorcée, Kathleen Kelly, épouse Newton, qui devient sa compagne et lui sert fréquemment de modèle : il la peint en particulier dans le jardin de son élégante maison ou dans le salon japonais qu'il a fait aménager avec soin[10]. Elle vivra à ses côtés jusqu'à sa mort due à la tuberculose le 9 novembre 1882 : très affaiblie par la maladie, elle se suicide. Cette liaison hors mariage, choquante pour la société victorienne, entraînera pour le peintre une vie sociale moins intense mais animée par les échanges avec des artistes plutôt bohèmes. Kathleen a eu deux enfants, élevés par sa sœur, dont le second né en 1876, l'année où elle vient habiter la villa de Saint John's Wood, pourrait être le fils de l'artiste. Cette large décennie londonienne fait de James Tissot l'un des peintres admirés de la haute société anglaise dont il est l'un des plus célèbres portraitistes avec Lawrence Alma-Tadema : il conserve en Angleterre une grande réputation pour ses « social conversation pieces » qui constituent des documents sur l'époque et qui ont été également diffusées par la gravure[11].

Retour en France[modifier | modifier le code]

La Demoiselle de magasin, 1882-1885, musée des beaux-arts de l'Ontario, Toronto

Une semaine après la mort de sa compagne, James Tissot quitte Londres et n'y reviendra jamais[12]. Il retourne à Paris et renoue rapidement avec la notoriété : il monte en particulier une exposition de ses portraits au Palais de l'Industrie en 1883 et une grande exposition lui est consacrée en 1885 à la Galerie Sedelmeyer[13]. Intitulée Quinze tableaux sur la femme à Paris, cette exposition présente, contrairement à la période londonienne centrée sur la « gentry », des portraits de femmes de conditions sociales plus variées dans leur contexte, avec une influence des estampes japonaises dans les cadrages et les perspectives comme La demoiselle de magasin (The Shop Girl), (1882-1885).

En 1888, alors qu'il étudie une toile dans l'église Saint-Sulpice de Paris pour saisir l'atmosphère de celle-ci[14], James Tissot a une révélation religieuse qui le conduit à consacrer la fin de sa vie à l'illustration de la Bible. Dans ce but, il voyage (en 1886, 1889 et 1896) au Moyen-Orient, en Palestine et à Jérusalem en particulier, pour découvrir les paysages et les habitants dont il crayonne les portraits. Ses séries de 365 gouaches illustrant la vie du Christ ont été accueillies avec enthousiasme lors des expositions de Paris (1894-1895[15]), Londres (1896) et New York (1898-1899), avant d'être acquises par le Brooklyn Museum en 1900[16]. Ces œuvres sont diffusées avec grand succès en français en 1896-1897 et en anglais en 1897-1898. James Tissot passe les dernières années de sa vie à travailler sur des sujets de l'Ancien Testament : les tableaux dont la série est inachevée sont aujourd'hui regroupés au Jewish Museum de New York[17]. Ils ont été exposés partiellement à Paris en 1901 et édités sous forme de gravures en 1904. Le peintre a décoré également la chapelle des Dominicains du faubourg Saint-Honoré à Paris, inaugurée le 3 décembre 1897, en y peignant, entre autres, L'Annonciation[18] et a réalisé quelques objets décoratifs en émail cloisonné comme La Fortune, modèle de couronnement de fontaine (1878-1882) (Paris, musée des Arts décoratifs[19]).

James Tissot finit sa vie dans le château familial de Buillon dans le Doubs : il y meurt le 8 août 1902. Sa notoriété est plus grande en Angleterre ou en Amérique qu'en France et l'on a pu dire qu'il était plus présent dans les histoires du costume que dans les histoires de la peinture[20], mais on redécouvre en France l'art de la mise en scène qu'il démontre dans ses tableaux et une subjectivité décelable derrière les sujets mondains et les peintures de genre qui retient l'attention. Ainsi une exposition James Tissot a été organisée au Petit Palais, à Paris, du 5 avril au 30 juin 1985, et une autre au musée des beaux-arts de Nantes en 2006 intitulée James Tissot et ses maîtres[21]. On peut voir une preuve de l'intérêt nouveau pour James Tissot dans l'acquisition par le musée d'Orsay à Paris en avril 2011, pour 4 millions d'euros, de son célèbre Le Cercle de la rue Royale, grand portrait de groupe[22] réalisé en 1868 qui dépeint les figures de membres éminents du club aristocratique où l'on reconnaît le Baron Rodolphe Hottinguer à qui échut le tableau, le prince de Polignac, le général marquis de Gallifet, qui rétablit l'ordre de manière sanglante[23] lors de la Commune de Paris ou Charles Haas qui servit de modèle au Charles Swann de Marcel Proust[24].

Œuvres[modifier | modifier le code]

La japonaise au bain, 1864

Peintures[modifier | modifier le code]

  • Deux portraits de femmes, et trois scènes en costume médiéval, Salon de 1859
  • La Japonaise au bain, 1864, musée des beaux-arts de Dijon
  • The Captain and the Mate, 1873, Southampton City Art Gallery (UK)
  • The Captain's Daughter, 1873, Southampton City Art Gallery (UK)
  • Ball on Shipboard, vers 1874, Tate Britain, Londres
  • Calcuta, vers 1877, The Gallery of H.M.S. (Portsmouth), Tate Gallery, Londres
  • Musée d'Orsay, Paris :
    • La Rencontre de Faust et de Marguerite, 1860
    • Les Deux sœurs (1863), (Salon de 1864)
    • Portrait de Mlle L. L., (Salon de 1864)
    • Portrait du marquis et de la marquise de Miramon

Expositions[modifier | modifier le code]

  • Royal Academy de Londres, 1864

Iconographie[modifier | modifier le code]

Détail d'un autoportrait, 1898

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dictionnaire Bénézit
  • Jean-Jacques Lévêque, Les années impressionnistes, 1870-1889, ACR Éditions, 1990
  • Collectif sous la direction de Cyrille Sciama, James Tissot et ses Maîtres, Éditions du musée des beaux-arts de Nantes, 2006 - ISBN 2850569232.
  • (en) Russel Ash, James Tissot, éditions Herscher, 1993 - ISBN 2733502190
  • (en) Nancy Rose Marshall & Dr Malcolm WarnerJames Tissot: Victorian Life / Modern Love, Yale University Press / First Édition, 1999
  • (en) Katharine A. Lochnan, Seductive Surfaces: The Art of Tissot, 1999

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. [1]
  2. [2]
  3. [3])
  4. http://mba.dijon.fr/data/pdf/tissot.pdf
  5. Musée d'Orsay [4])
  6. [5]
  7. d'une part il expose fin 1871 à Vienne un tableau intitulé : Vive la République ! (aujourd'hui au Museum and Picture Gallery à Baroda en Inde) mais d'autre part il a des intérêts et des liens nombreux en Angleterre, à commencer par l'éditeur de Vanity Fair, avec lequel il s’était lié d’amitié. cf. Le “Victorian-neoclassicism” (la peinture “victorienne”) [6]
  8. [7]
  9. (en)Tissot paintings as « mere painted photographs of vulgar society. »
  10. Jean-Jacques Lévêque, Les années impressionnistes : 1870−1889, p. 438.
  11. La peinture victorienne
  12. http://www.jamestissot.org/biography.html
  13. Eugenia Parry Janis, « Tissot Retrospective », The Burlington Magazine, 1968, p. 303.
  14. Nicolas Pioch
  15. Salon de 1894 : « L'œuvre qui, au Champ-de-Mars, a marqué cette année le plus considérable effort, c'est incontestablement la Vie de Jésus-Christ, cette « suite » de 270 compositions tirées des quatre évangiles et qui ont coûté à M. James Tissot six longues années de travail, de recherches et de voyages », Fernand Bourgeat p. 59 .
  16. [8]
  17. [9]
  18. http://www.apophtegme.com/ROULE/dominicains.pdf
  19. [10]
  20. « His pictures are distinguished most obviously by his love of painting women's costumes : indeed, his work--which has a fashion-plate elegance and a chocolate-box charm-- has probably been more often reproduced in works on the history of costume than on the history of painting », Nicolas Pioch
  21. « Redécouverte - James Tissot sous influence », dans Le Journal des Arts, no 228, 6 janvier 2006.
  22. Toile de 216 × 330 cm.
  23. Il y gagna chez les socialistes et anciens communards les surnoms de « massacreur de Paris » et de « bourreau de la Commune » (source : Jean-Jacques Fechter, Le socialisme français de l'affaire Dreyfus à la grande guerre, Librairie Droz, Genève 1965, p. 62.). Nommé ministre de la guerre en juin 1899 et accueilli par les députés socialistes qui criaient : « Assassin ! », il répondit simplement : « Assassin ? Présent. » (source : Harvey Goldberg, The Life of Jean Jaures, University of Wisconsin Press, 2003, p. 255.)
  24. [11] et [12]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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