Ethnocentrisme

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L’ethnocentrisme est un concept ethnologique ou anthropologique qui a été introduit par W.G. Sumner. Il signifie « voir le monde et sa diversité à travers le prisme privilégié et plus ou moins exclusif des idées, des intérêts et des archétypes de notre communauté d'origine, sans regards critiques sur celle-ci »[1]. Une autre définition restreint l'ethnocentrisme à un « [c]omportement social et [une] attitude inconsciemment motivée[2] » qui amènent en particulier à « surestimer le groupe racial, géographique ou national auquel on appartient, aboutissant parfois à des préjugés en ce qui concerne les autres peuples[2] ». L'ethnocentrisme peut se trouver associé à la pensée raciale.

Dans le domaine de la vie interne communautaire[modifier | modifier le code]

L'ethnocentrisme : trait universel de l'humanité ?[modifier | modifier le code]

L'anthropologie a constaté à maintes reprises dans les sociétés et civilisations premières que la notion d'humanité est presque toujours restreinte au groupe d'êtres humains auquel l'individu appartient. Le plus souvent, le mot qui définit le concept d'être humain (ou hommes) dans la langue du groupe considéré ne concerne que les membres dudit groupe[3]. Claude Lévi-Strauss estime même que « la notion d’humanité, englobant, sans distinction de race ou de civilisation, toutes les formes de l’espèce humaine, est d’apparition fort tardive »[4], d'une part ; et que le rejet hors de l'humanité de tous ceux trop différents pour en faire partie[5]est, paradoxalement, un trait de comportement universel[6], d'autre part.

Par ailleurs, la même attitude peut se rencontrer dans des groupes sociaux en position privilégiée telle par exemple l'aristocratie européenne : ainsi, le prince Metternich affirmait-il en 1815 qu'« en Autriche, l'homme commence au baron »[7].

L'ethnocentrisme : le propre de l'ethnologue ?[modifier | modifier le code]

En ce qui concerne les sciences humaines en général, et l'anthropologie en particulier, un auteur comme C. Geertz considère que, n'étant justement pas des sciences expérimentales à la recherche de lois, mais des sciences interprétatives à la recherche de sens, toute description implique un ethnocentrisme relatif mais inévitable. Pour Geertz, l'observateur (l'ethnographe) ne peut qu'essayer « de lire par-dessus l'épaule »[8] de la population étudiée. Les linguistes « témoignant de leur lien d'étude à l'ethnocentrisme : si les groupes ethniques établissent les limites de leur identité aux frontières, et aux frontières du langage, transformant l'altérité en étrangeté, la plupart d'entre eux ont aussi cette capacité cognitive inverse de «  faire éclater cette fermeture du groupe sur lui-même, et de promouvoir la notion approchée d'une humanité sans frontières«» »[9]. Ainsi les linguistes ont pu démontrer que la langue même, en ce qu'elle est une construction culturelle ségrégative, participe à cette tendance[10]. Les anciens, déjà, en étaient conscients, comme en témoigne la locution latine Quot linguas calles, tot homines vales (« Autant tu pratiques de langues, autant tu es humain »).

Ethnocentrisme et relativisme culturel[modifier | modifier le code]

L’ethnocentrisme de l’anthropologue, de l’ethnologue, du membre d’une ethnie, d’une civilisation ou d’une confession quelles qu’elles soient, s’oppose au relativisme culturel. Ce relativisme culturel peut se manifester de trois manières différentes :

  • le relativisme culturel scientifique, pratiqué par la plupart des anthropologue et ethnologues actuels, ne hiérarchise pas les civilisations mais les étudie et décrit selon des critères objectifs (pratiques, récits, artefacts, témoignages) sans émettre de jugement de valeurs[11];
  • le relativisme culturel militant reconnait à chaque culture, a fortiori contemporaine, le droit de disposer de ses propres valeurs sans avoir à se référer, voire s'inféoder, à des modèles extérieurs ; au nom de ce droit, il peut parfois dénier à tout observateur extérieur le droit d'exprimer des critiques sur telle ou telle pratique ou croyance, et considère de telles critiques comme de l'« impérialisme culturel »[12] ;
  • enfin le relativisme culturel humaniste place les besoins fondamentaux de l'être humain au-dessus de toute culture, croyance ou particularité, et y enracine la légitimité des référents universels comme la démocratie, les droits de l'homme (en particulier de la femme et de l’enfant), la laïcité de la sphère publique, la liberté de l’information, le droit d'association, le droit à l'éducation, l'absence de toute discrimination basée sur les origines, le religion ou le sexe, le droit à la propriété… qui ne sont pas propres au « modèle occidental » et que toute culture se devrait d'adopter[13].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Théories pouvant se référer à l'ethnocentrisme[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre-André Taguieff (dir.) : Dictionnaire historique et critique du racisme, PUF, 2013, ISBN 978-2-13-055057-0.
  2. a et b Le trésor de la langue française informatisé.
  3. « un grand nombre de populations dites primitives se désignent d’un nom qui signifie les hommes (…) impliquant ainsi que les autres (…) ne participent pas des vertus – ou même de la nature – humaines (...). », Race et histoire.
  4. Claude Lévi-Strauss, Race et histoire.
  5. « l'attitude la plus ancienne, et qui repose sans doute sur des fondements psychologiques solides puisqu'elle tend à réapparaître chez chacun de nous quand nous sommes placés dans une situation inattendue, consiste à répudier purement et simplement les formes culturelles (...) qui sont les plus éloignées de celles auxquelles nous nous identifions. », Race et histoire.
  6. « Cette attitude de pensée, au nom de laquelle on rejette les sauvages (ou tous ceux qu’on choisit de considérer comme tels) hors de l’humanité, est justement l’attitude la plus marquante et la plus distinctive de ces sauvages mêmes. (...) En refusant l'humanité à ceux qui apparaissent comme les plus “sauvages” ou “barbares” de ses représentants, on ne fait que leur emprunter une de leurs attitudes typiques. », Race et histoire.
  7. Collectif, Dictionary of Quotations, éd. Wordsworth, 1998, 688 pages; ISBN 978-1853264894
  8. Lionel Obadia, Lahouari Addi, Clifford Geertz. Interprétation et culture, Archives contemporaines, 2010, p. 113.
  9. Claude Lévi-Strauss, Race et histoire, 1962, p. 201
  10. Lévi-Strauss, Race et histoire : « [pour] un grand nombre de populations dites primitives (…) les autres(…) sont tout au plus composées de mauvais, de méchants, de singes de terre ou d'œufs de pou. On va jusqu'à priver l'étranger de ce dernier degré de réalité en en faisant un fantôme ou une apparition ».
  11. Jean Servier, Méthode de l’ethnologie, PUF, coll Que sais-je ?, 1986, p 3 et Jean Poirier, Histoire de l’ethnologie, PUF, Que sais-je ?, 1984, p 6.
  12. Point de vue dénoncé par Alain Finkielkraut dans La défaite de la pensée.
  13. Référents universels adoptés par l'ONU sur [1] et [2]