Conférence de Seelisberg

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La conférence de Seelisberg est une conférence internationale extraordinaire qui s'est tenue dans le petit village de Seelisberg en Suisse, du 30 juillet au 5 août 1947, pour étudier les causes de l’antisémitisme chrétien[1].

Parmi les 70 personnalités venues de 17 pays, on comptait :

Les débats furent introduits par une série de thèses préparées par Jules Isaac[1]. Les conclusions des travaux étaient très proches de ses propositions[2].

Introduction aux dix points[modifier | modifier le code]

Les dix points retenus par les intervenants sont précédés par un texte intitulé Appel adressé aux Églises.

Celui-ci fait le constat de l'« explosion d’antisémitisme » qui a entraîné « l’extermination de millions de juifs vivant au milieu des chrétiens ». Il met en garde contre la persistance de cet antisémitisme, qui pourrait même augmenter dans le monde et « empoisonner l’âme des chrétiens ». En effet, pour les auteurs, si les Églises chrétiennes se sont souvent prononcées contre l'antisémitisme, on observe cependant la présence, parmi les chrétiens, de sentiments de haine et de mépris vis-à-vis du peuple Juif.

Le texte en appelle à la fidélité, chez les chrétiens, « au message de Jésus-Christ sur la miséricorde de Dieu et l’amour du prochain ». Il insiste aussi pour que cette fidélité se traduise par une intention claire d'éviter « toute présentation ou toute conception du message chrétien qui favoriserait l’antisémitisme sous quelque forme que ce soit ».

Les dix points suivants, qui concluent les échanges s'étant tenus à Seelisberg, sont des repères donnés aux Églises pour les aider à mettre fin à l'animosité vis-à-vis des Juifs et les encourager, au contraire, à « l’amour fraternel à l’égard du peuple de l’Ancienne Alliance, si durement éprouvé »[3].

Les dix points de Seelisberg[modifier | modifier le code]

  1. Rappeler que c'est le même Dieu vivant qui nous parle à tous, dans l'Ancien comme dans le Nouveau Testament.
  2. Rappeler que Jésus est né d'une Vierge juive, de la race de David et du Peuple d'Israël, et que Son amour éternel et Son pardon embrassent son propre peuple et le monde entier.
  3. Rappeler que les premiers disciples, les Apôtres et les premiers martyrs étaient juifs.
  4. Rappeler que le précepte fondamental du Christianisme, celui de l'amour de Dieu et du prochain, promulgué déjà dans l'Ancien Testament, et confirmé par Jésus, oblige « Chrétiens et Juifs » dans toutes les relations humaines, sans aucune exception.
  5. Éviter de rabaisser le judaïsme biblique ou post-biblique dans le but d'exalter le Christianisme.
  6. Éviter d'user le mot « juifs » au sens exclusif de « ennemis de Jésus » ou de la locution « ennemis de Jésus » pour désigner le peuple juif tout entier.
  7. Éviter de présenter la Passion de telle manière que le caractère odieux de la mise à mort de Jésus retombe sur les juifs seuls. Ce ne sont pas les Juifs qui en sont responsables, car la Croix, qui nous sauve tous, révèle que c'est à cause de nos pêchés à tous que le Christ est mort. (Rappeler à tous les parents et éducateurs chrétiens la grave responsabilité qu'ils encourent du fait de présenter l'Évangile et surtout le récit de la Passion d'une manière simpliste. En effet, ils risquent par là d'inspirer, qu'ils le veuillent ou non, l'aversion dans la conscience ou le subconscient de leurs enfants ou auditeurs. Psychologiquement parlant, chez des âmes simples, mues par un amour ardent et une vive compassion pour le Sauveur crucifié, l'horreur qu'ils éprouvent tout naturellement envers les persécuteurs de Jésus, tournera facilement en une haine généralisée des Juifs de tous les temps, y compris ceux d'aujourd'hui.)
  8. Éviter de rapporter les malédictions, scripturaires et le cri d'une foule excitée : « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants », sans rappeler que ce cri ne saurait prévaloir contre la prière infiniment plus puissante de Jésus : « Père, pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font. »
  9. Éviter d'accréditer l'opinion impie que le peuple juif est réprouvé, maudit, réservé pour une destinée de souffrances.
  10. Éviter de parler des Juifs comme s'ils n'avaient pas été les premiers à être de l'Église[3].

Influence[modifier | modifier le code]

Ce texte reçut l'approbation des autorités religieuses chrétiennes. Il servit de texte de référence pour les chrétiens et fut utilisé comme charte par différentes associations Judéo-Chrétiennes[1].

Trois ans après les conférences de Seelisberg, des théologiens protestants et catholiques se sont réunis à Bad Schwalbach (Allemagne), en juillet 1950. Ils ont cherché à formuler les fondements bibliques des dix points de Seelisberg. Leurs travaux, connus sous le nom de Thèses de Bad Schwalbach, ont jeté les bases d'un renouvellement de la doctrine et de l'enseignement chrétien sur le Judaïsme[4],[5].

L'historien juif Jules Isaac, la personnalité la plus remarquable de la conférence, dont l'étude sur les racines chrétiennes de l'antisémitisme, intitulée Jésus et Israël, allait être publiée en 1959, eut ultérieurement des entretiens avec Pie XII, et surtout avec Jean XXIII, auxquels il remit un dossier plaidant pour des modifications positives dans l'enseignement chrétien concernant les juifs. Ces entretiens eurent une influence sur les changements majeurs qui se produisirent sur les relations entre le judaïsme et le christianisme, jusqu'à trouver leur expression officielle dans la déclaration Nostra Ætate §4

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Les Églises devant le judaïsme, documents officiels 1948-1978, Textes rassemblés, traduits et annotés par Marie-Thérèse Hoch et Bernard Dupuy, éd. Cerf, 1980, p. 19-22
  2. Jean Dujardin, L'Église catholique et le peuple Juif, un autre regard, éd. Calman-Levy, 2003, p. 335
  3. a et b Les Dix Points de Seelisberg - 5 août 1947, sur le site de l'amitié Judéo-Chrétienne de France
  4. Les Églises devant le judaïsme, documents officiels 1948-1978, Textes rassemblés, traduits et annotés par Marie-Thérèse Hoch et Bernard Dupuy, éd. Cerf, 1980, p. 22-25
  5. Cahiers sioniens, Paris, septembre 1950, p. 225-226

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jules Isaac, Jésus et Israël (1959) et l'Enseignement du mépris (1962).
  • Paul Démann, De Seelisberg à Vatican II, Revue Sens. Nouvelle série no 305, février 2006, p. 77-84.
  • Menahem Macina, Le rôle de Paul Démann à Seelisberg, Revue Sens 1999 no 51, p. 434-439.
  • Pierre Mamie, La Charte de Seelisberg et la participation du Cardinal Journet, in Judaïsme, anti-judaïsme et christianisme: Colloque de l'Université de Fribourg, 16-20 mars 1998. Éditions Saint-Augustin, 2000, p. 23-34.
  • Alexandre Safran, Mes souvenirs de la Conférence de Seelisberg (1947) et de l'abbé Journet. In Judaïsme, anti-judaïsme et christianisme : Colloque de l'Université de Fribourg, 16-20 mars 1998. Éditions Saint-Augustin, 2000, p. 13-22.
  • Vingt-septième Cahier d’Études Juives de la revue protestante Foi et Vie, vol. XCVII/1, Paris, janvier 1998

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]