Jean-François Revel

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Jean-François Revel
Image dans Infobox.
Jean-François Revel en 1999.
Fonctions
Président
Institut d'histoire sociale
-
Fauteuil 24 de l'Académie française
Biographie
Naissance
Décès
Sépulture
Nom de naissance
Jean-François RicardVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Activité
essayiste, journaliste, philosophe
Conjoints
Enfants
Autres informations
A travaillé pour
Parti politique
Membre de
Mouvement
Distinctions
Œuvres principales
  • Ni Marx ni Jésus (1970)
  • La Tentation totalitaire (1976)
  • La Connaissance inutile (1988)
  • Le Voleur dans la maison vide. Mémoires (1997)
  • Le Moine et le Philosophe (1997)

Jean-François Revel, né Ricard le à Marseille et mort le au Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne), est un philosophe, écrivain et journaliste français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille et patronyme[modifier | modifier le code]

Jean-François Ricard naît en 1924 à Marseille, dans une famille d’origine franc-comtoise.

Il se marie une première fois le avec la peintre Yahne Le Toumelin (née en 1923) dont il a un fils et une fille : Matthieu Ricard (né en 1946), moine bouddhiste, écrivain et interprète en français du Dalaï-lama ; Ève Ricard (née en 1948), écrivain.

Fin gourmet[1], il adopte (pour publier dès 1957 des ouvrages de philosophie) le pseudonyme « Revel », du nom du restaurant parisien Chez Revel[2], précisant dans ses mémoires « Revel, nom d’emprunt, était l’enseigne d’un restaurant rue Montpensier dont la daube était réputée[1] » puis, il change légalement de patronyme[2].

Le , il épouse en secondes noces la journaliste Claude Sarraute (née en 1927). De cette union sont nés le haut fonctionnaire Nicolas Revel en 1966 et Véronique Revel en 1968.

Carrière[modifier | modifier le code]

Après des études à l'école de Provence à Marseille[3], il fait ses classes préparatoires au lycée du Parc à Lyon, et intègre l’École normale supérieure, section lettres, en 1943[4].

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Jean-François Revel s'engage dans la Résistance à Paris sous les ordres d'Auguste Anglès. Une fois sorti de Normale Sup et agrégé de philosophie (où il est reçu en 1956[5]), il enseigne en Algérie (encore département français), à l'étranger — au Mexique et en Italie — puis en France — à Lille et à Paris — jusqu'en 1963.

Il signe en 1960 le Manifeste des 121, titré « Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie ».

Il se consacre ensuite à sa carrière de journaliste et d'écrivain. Il collabore ainsi de manière très régulière à la revue d'art L'Œil de 1961 à 1967. Le , Jean-François Revel débat avec François de Closets et Marc Gilbert, dans l'émission télévisuelle Volume, de La Femme sur la Lune réalisé par Fritz Lang[6].

Pamphlétaire et essayiste, il collabore à France-Observateur, puis devient à la fin des années 1970 directeur de L'Express, journal qu'il quittera en en signe de solidarité avec Olivier Todd, licencié par le propriétaire du journal Jimmy Goldsmith[7].

Jean-François Revel a également été éditorialiste pour plusieurs stations de radio : Europe 1 (1989-1992), RTL (1995-1998). À partir de 1982, il est chroniqueur pour le journal Le Point. Socialiste jusqu'en 1970, il rompt avec cette famille politique en publiant son premier essai politique à grand succès, Ni Marx ni Jésus, qui sera traduit dans plus de vingt langues, dans lequel il présente les États-Unis comme le fer de lance d'une nouvelle révolution mondiale[8],[9],[10].

En 1976, il publie La Tentation totalitaire, puis un an plus tard La Nouvelle Censure. Proche de la droite américaine, il s'associe en à un colloque du « Comité pour le monde libre » où sont lancées des attaques virulentes contre les Nations unies[11].

En plus de la politique et la philosophie[12] (sujet de son premier essai pamphlétaire Pourquoi des philosophes et de son Histoire de la philosophie occidentale. De Thalès à Kant), Jean-François Revel a aussi écrit sur la littérature (Sur Proust, 1960 et 1997), l'histoire de l'art (L'Œil et la Connaissance, 1998) et la gastronomie (Un festin en paroles, 1985).

Il est élu le à l'Académie française au 24e fauteuil[13] où il fut reçu[14] le 11 juin 1998 par Marc Fumaroli. La même année, il publie ses mémoires sous le titre Le Voleur dans la maison vide ainsi que Le Moine et le Philosophe, un dialogue avec son fils Matthieu Ricard, moine bouddhiste tibétain.

Jean-François Revel meurt le et est enterré le au cimetière du Montparnasse (10e division).

Décorations[modifier | modifier le code]

Pensée[modifier | modifier le code]

En philosophie, l'essentiel de sa contribution tient dans un essai qui connut un très grand succès en 1957, Pourquoi des philosophes[15]. Il y explique comment la philosophie a épuisé son rôle historique qui était de donner naissance à la science. Depuis Kant, la biologie, la physique et plus tard la psychologie se sont détachées de la philosophie qui est devenue un genre littéraire. La discipline qui consistait à tenter de donner une explication globale de la réalité a donc abouti à l'émergence de la science. C'est ce qui conduira Revel à se moquer de l'existentialisme, du bergsonisme, du lacanisme, du structuralisme, de Hegel, de Heidegger et de tous ceux qui prétendaient proposer des systèmes globaux d'interprétation du réel à la place des scientifiques. Revel est souvent défini comme un philosophe rationaliste. Pour lui, c'est toute la philosophie en tant qu'interprétation du monde qu'il convient de rejeter, la philosophie ennemie de la science et de la vérité.

Si Revel est, dans un certain sens, parfois considéré comme rationaliste, il est peut-être plus encore empiriste (ou proche du rationalisme critique), en ce sens qu'il ne juge les idées qu'à l'aune des faits et de l'expérience passée, indépendamment des raisonnements abstraits. Revel se méfie des spéculations théoriques qui ne s'appuient pas sur l'expérience. C'est à ce titre qu'il critique les philosophes d'une part, et les socialistes (au sens large) d'autre part. Il reprochera par exemple à ces derniers de « comparer la perfection de ce qui n’existe pas — l’utopie communiste — avec les imperfections de ce qui existe — le capitalisme démocratique[16] » ; ou encore, de trahir la conception marxiste de la praxis, selon laquelle on juge les théories à l'aune de leur réalité concrète et non de leurs intentions[17]. Ainsi, il ne cessera de déplorer l'indulgence envers les dictatures dites « de gauche » par rapport aux dictatures dites « de droite »[18].

On lui doit la théorisation en 1979 du droit d'ingérence.

Après la signature du Programme commun du Parti socialiste avec les communistes français en 1972, il rompt avec François Mitterrand, à qui il reproche de priver la gauche de toute chance d'accéder au pouvoir en se laissant « phagocyter » par les communistes. Il dénonce un grand nombre de propositions du programme commun émanant directement du PCF, particulièrement en matière d'édition et d'information. Hostile au gaullisme, il ne cessera de reprocher au Parti socialiste ses collusions avec les totalitarismes communistes. À ceux qui lui reprocheront de se rapprocher des libéraux, il répondra que pour lui, la gauche a toujours été libérale, mais que c'est la gauche française qui a cessé de l'être.

Pour Revel, le socialisme n'est viable que dans une économie performante, car l'État-providence ne peut vivre que soutenu par une économie productive :

« Or, les économies capitalistes libérales ayant prouvé qu'elles étaient les plus efficaces à faire s'améliorer le niveau de vie des sociétés humaines, le libéralisme ne devrait pas être rejeté par la gauche française[19]. »

Il fut un contributeur régulier de la revue Commentaire fondée par Raymond Aron et Jean-Claude Casanova en 1978. Dans les milieux intellectuels, Jean-François Revel a été l'un des principaux critiques français du marxisme, dont le poids l'a amené à s'éloigner de la gauche politique.

Dans son ouvrage sur Revel, Philippe Boulanger parle de Revel — qui a régulièrement affirmé s'être inspiré du moraliste — en l'appelant « l'élève de Montaigne »[20] ; dans son Histoire de la philosophie occidentale, Revel dit même de Montaigne qu'il lui ressemble « comme deux gouttes d’eau ».

Œuvre[modifier | modifier le code]

  • Histoire de Flore, Julliard, 1957
  • Pourquoi des philosophes[15], Julliard, 1957
  • Pour l'Italie, Julliard, 1958
  • Le Style du général, Julliard, 1959
  • Sur Proust, Julliard, 1960
  • La Cabale des dévots, Julliard, 1962
  • En France, la fin de l'opposition, Julliard, 1965
  • Contrecensures, Jean-Jacques Pauvert, 1966
  • Lettre ouverte à la droite, Albin Michel, 1968
  • Ni Marx ni Jésus: de la seconde révolution américaine à la seconde révolution mondiale, 1970
  • Idées de notre temps, Robert Laffont, 1972
  • Descartes inutile et incertain, 1976
  • La Tentation totalitaire, Paris, Laffont, 1976
  • La Nouvelle Censure, 1977
  • Un festin en paroles, Jean-Jacques Pauvert, 1979 (rééd. 1995, 2007)
  • La Grâce de l'État, 1981
  • Comment les démocraties finissent, Grasset, 1983 (ISBN 2-246-28631-X)
  • Le Rejet de l'État, 1984
  • Une anthologie de la poésie française, Robert Laffont, 1984
  • Le Terrorisme contre la démocratie, Hachette, 1987
  • La Connaissance inutile, 1988
  • L'Absolutisme inefficace, ou Contre le présidentialisme à la française, 1992
  • Le Regain démocratique, 1992
  • Histoire de la philosophie occidentale, de Thalès à Kant, éditions Nil, 1994 (rééd. Pocket, 2003)
  • Le Moine et le Philosophe[21], dialogue avec son fils Matthieu Ricard, 1997
  • Le Voleur dans la maison vide. Mémoires, Plon, 1997 (ISBN 2-259-18022-1)
  • L’Œil et la Connaissance, écrits sur l'art, Plon, 1998
  • Fin du siècle des ombres, 1999
  • La Grande Parade. Essai sur la survie de l'utopie socialiste, 2000
  • Les Plats de saison. Journal de l'année 2000, Plon / Editions du Seuil, 2001
  • L'Obsession anti-américaine, 2002
  • Fin du siècle des ombres, Pocket, 2002
  • Un festin en paroles : histoire littéraire de la sensibilité gastronomique de l'Antiquité à nos jours, Tallandier, 2007
  • Mémoires, édition intégrale, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2018 (posthume), 896 p.

Prix[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Nicolas de Rabaudy, « Jean-François Revel, académicien, gourmet et arpenteur de restaurants », Boire et manger, sur slate.fr, (consulté le ).
  2. a et b « Interview de Jean-François Revel, par Olivier Todd », sur lexpress.fr, (consulté le ) : « Professeur de philosophie en 1957, j'ai pensé qu'il n'était pas très adroit, pour enthousiasmer mes élèves, de signer un ouvrage où je leur expliquais que la philo était de la fumisterie — pour simplifier. Bien sûr, c'est plus compliqué. Avec des amis j'avais mes habitudes dans un restaurant, Chez Revel, rue de Montpensier. Longtemps, j'ai été “Ricard dit Revel” … Puis j'ai changé légalement de patronyme. »
  3. « Biographie Jean-François Revel Homme de lettres, Membre de l'Académie française », sur whoswho.fr (consulté le ).
  4. « Annuaire officiel des élèves et anciens élèves ».
  5. Voir sur rhe.ish-lyon.cnrs.fr.
  6. Volume, deuxième chaîne de l'ORTF, 26 mars 1970.
  7. Page 644 de l’édition intégrale des Mémoires de Jean-François Revel chez Robert Laffont, coll. « Bouquins ».
  8. « LA RÉVOLUTION ET L'AMÉRIQUE " Ni Marx ni Jésus ", de J.-F. Revel », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  9. https://www.persee.fr/doc/autog_0338-7259_1971_num_16_1_1023_t1_0202_0000_1
  10. https://www.persee.fr/doc/raipr_0033-9075_1971_num_20_1_1511
  11. « Les naufrageurs de l'UNESCO », Le Monde diplomatique,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  12. Même si Jean-François Revel pense que le rôle de cette discipline est terminé depuis Kant.
  13. Discours de réception de Jean-François Revel à l'Académie française.
  14. « Réponse au discours de réception de Jean-François Revel », sur academie-francaise.fr (consulté le ).
  15. a et b Critique du livre de Jean-François Revel, Pourquoi des philosophes, revue Exergue, , sur l'opposition de la pensée allemande, via Jean-Claude Milner, et de la pensée française de Revel.
  16. Un débat truqué : socialisme contre libéralisme.
  17. Dans La Tentation totalitaire ou La Grande Parade par exemple. Voir aussi cet extrait vidéo.
  18. Dans La Connaissance inutile notamment.
  19. Dans La Tentation totalitaire en 1976.
  20. Revel, disciple de Montaigne
  21. Tirage à 350 000 exemplaires en France ; traduction en 21 langues.
  22. « Année 2007 – Liberté économique et progrès social », sur aleps.aleps.paris.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pierre Boncenne, Pour Jean-François Revel : un esprit libre, Plon, 2006
  • Philippe Boulanger, Jean-Francois Revel : la démocratie libérale à l'épreuve du XXe siècle, Les Belles Lettres, 2014

Liens externes[modifier | modifier le code]