Édith Cresson

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Édith Cresson
Édith Cresson, en 2007.
Édith Cresson, en 2007.
Fonctions
Commissaire européenne à la Recherche, aux Sciences et Technologies
Président Jacques Santer
Gouvernement Commission Santer
Commission Marin
Prédécesseur Antonio Ruberti
Successeur Philippe Busquin
12e Premier ministre français
(160e chef du gouvernement)

(&&&&&&&&&&&&032310 mois et 17 jours)
Président François Mitterrand
Gouvernement Édith Cresson
Législature IXe législature
Coalition Majorité présidentielle
PS - MRG - UDC - GE
Gauche - Centre (ouverture)
Prédécesseur Michel Rocard
Successeur Pierre Bérégovoy
Ministre des Affaires européennes
Président François Mitterrand
Premier ministre Michel Rocard
Gouvernement Rocard I et II
Prédécesseur Bernard Bosson
Successeur Élisabeth Guigou
Ministre du Redéploiement industriel et du Commerce extérieur
Président François Mitterrand
Premier ministre Laurent Fabius
Gouvernement Fabius
Prédécesseur Laurent Fabius
(Industrie)
Successeur Alain Madelin
(Industrie)
Michel Noir
(Commerce extérieur)
Ministre du Commerce extérieur et du Tourisme
Président François Mitterrand
Premier ministre Pierre Mauroy
Gouvernement Mauroy III
Prédécesseur Michel Jobert
(Commerce extérieur)
François Abadie
(Tourisme)
Successeur Michel Crépeau
(Tourisme)
Ministre de l'Agriculture
Président François Mitterrand
Premier ministre Pierre Mauroy
Gouvernement Mauroy I et II
Prédécesseur Pierre Méhaignerie
Successeur Michel Rocard
Biographie
Nom de naissance Édith Campion
Date de naissance (80 ans)
Lieu de naissance Boulogne-Billancourt (France)
Nationalité Française
Parti politique CIR
PS
Conjoint Jacques Cresson
Diplômée de HEC JF
Profession Économiste

Édith Cresson, née Édith Campion le à Boulogne-Billancourt (Seine, aujourd'hui Hauts-de-Seine), est une femme politique française.

Premier ministre de François Mitterrand du au , elle est à ce jour la seule femme à avoir accédé à ce poste en France, et est l'occupante de ce poste dont le mandat est le plus court de la Ve République.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et études[modifier | modifier le code]

Née à Boulogne-Billancourt, près de Paris, son père, Gabriel Campion (1896-1959), est inspecteur des Finances sympathisant de la SFIO. Détachée à l'ambassade de France à Belgrade, elle devient ensuite directeur des finances du Secours national puis présidente de la Société française de banque et de dépôts.

Édith Campion épouse en 1959 Jacques Cresson, fils de médecin et directeur de l'exportation de Peugeot. Ils ont eu deux filles. Diplômée de l’école de Haut enseignement commercial pour les jeunes filles (HEC-JF) et titulaire d’un doctorat en démographie, elle entame une carrière d'ingénieure économique[1].

Débuts en politique[modifier | modifier le code]

Par l'entremise d'une camarade d'HEC JF, Paulette Decraene, elle adhère à la Convention des institutions républicaines[2] et participe à la première campagne présidentielle de François Mitterrand en 1965[3]. Ayant suivi ce dernier au Parti socialiste (PS) en 1971, elle entre au secrétariat national en 1975.

De 1975 à 1981, elle est membre du comité directeur du Parti socialiste[2]. Secrétaire nationale du PS en 1974, elle est chargée de la jeunesse et des étudiants[4].

Lors de l'élection partielle dans la troisième circonscription de la Vienne en 1975, suite au décès de Robert Gourault qui suppléait à l'Assemblée nationale le ministre de la coopération et maire de Châtellerault, Pierre Abelin, elle connaît sa première confrontation au suffrage universel. Elle est battue de quelques voix[3], mais devance le ministre giscardien de quatre-vingts voix dans sa ville[5].

Lors des élections municipales de 1977, elle est élue maire de Thuré, dans la banlieue châtelleraudaise[2]. Un an plus tard, elle échoue lors d'une élection cantonale partielle, victime d'un mauvais report de voix communistes. La même année, elle échoue aux législatives face à Jean-Pierre Abelin mais elle le bat en 1981, 1986[2], et 1988. Elle est élue au Parlement européen en 1979, conservant son poste jusqu'en 1981[2].

Ministre de François Mitterrand[modifier | modifier le code]

Ancienne responsable des problèmes agricoles à la Convention des institutions républicaines[5], elle est la première femme à se voir confier le ministère de l'Agriculture dans le gouvernement Mauroy en 1981, ce qui est considéré par les dirigeants de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA) comme une « véritable provocation ». Elle est très mal accueillie par le monde agricole et les agriculteurs qui considèrent que la nomination d'une femme témoigne du « mépris » à leur égard, selon l'expression de François Guillaume alors président de la FNSEA ; des pancartes d'agriculteurs proclament en pleine rue « On t’espère meilleure au lit qu’au ministère »[6]. « Finalement, j'étais bien à l'Agriculture puisque j'avais affaire à des porcs » plaisante-t-elle plus tard[7].

Titulaire du portefeuille du Commerce extérieur et du Tourisme (1983-1984), puis ministre du Redéploiement industriel et du Commerce extérieur (1984-1986), elle accompagne les entreprises françaises dans la conquête de nouveaux marchés d'export aux États-Unis et au Japon[3]. Elle préside également « France exporte plus » entre 1987 et 1991, club visant à favoriser l'implantation des PME françaises à l'étranger[1].

Lors de son passage au gouvernement elle renforce sa position locale, étant élue conseillère générale en 1982 dans la Vienne (réélue en 1988 et en 1994) puis maire de Châtellerault en 1983 (réélue en 1989 et en 1995)[2].

Réélue dans la quatrième circonscription de la Vienne après l'élection de François Mitterrand à l’élection présidentielle de 1988, elle est appelée au poste de ministre des Affaires européennes dans le gouvernement de Michel Rocard. Elle a la charge d'organiser la présidence française de la Communauté économique européenne de 1989 et la mise en chantier du Marché unique, prévu pour 1993. Elle participe également aux négociations des accords de Schengen et intervient dans le secteur de l'automobile européenne et de l'audiovisuel public[1]. Confrontée à la naissante crise de la vache folle, la France est alors la première à fermer ses frontières au bœuf britannique[8].

En désaccord avec la politique européenne de Michel Rocard, elle démissionne du gouvernement en octobre 1990 et prend alors la direction d’une filiale du groupe Schneider, Schneider Industrie Service International (SISI), spécialisée dans le conseil international[3], notamment vers l'Europe de l'Est[1].

Premier ministre (1991-1992)[modifier | modifier le code]

Nommée le à Matignon, elle devient la première femme Premier ministre en France. François Mitterrand souhaite ainsi donner une impulsion à la fin de son mandat, après trois années de gouvernement Rocard.

Composition du gouvernement[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Gouvernement Édith Cresson.

Le Secrétaire général de l'Élysée Hubert Védrine[9] annonce le 16 mai 1991 la composition du nouveau gouvernement qui sera dirigée par Édith Cresson , qui nous devons le rappeler est actuellement la seule femme à avoir occupé ce poste , ce gouvernement inclut plusieurs poids-lourds du PS(Parti Socialiste) :

  • Pierre Bérégovoy, ministre d'État, conserve le portefeuille de l'Économie et des Finances, comme dans les gouvernements Rocard I et II[10].
  • L'ancien ministre de l'Agriculture Henri Nallet récupère le portefeuille de la Justice et devient ministre d'État.
  • Roland Dumas, nommé ministre d'État, et sera envoyé aux Affaires étrangères.
  • Jean-Pierre Soisson, nommé ministre d'État, et nommé au ministère de la Fonction publique et de la Modernisation administrative.
  • Michel Delebarre, nommé ministre d'État, conserve le portefeuille de la Ville et à l'Aménagement du Territoire.
  • Lionel Jospin, ministre d'État, conserve son portefeuille de l'Éducation nationale mais perd celui de la Jeunesse et des Sports au profit de Frédérique Bredin.
  • L'ex-directeur du CNRS et cristallographe Hubert Curien conserve, lui, le ministère de la Recherche et de la Technologie.
  • Jack Lang conserve le ministère de la Culture et de la Communication.
  • Jean-Louis Bianco, secrétaire général de la présidence de la République (depuis 1982), quitte son poste pour devenir ministre des Affaires sociales et de l'Intégration.
  • Pierre Joxe , quant à lui , reste au ministère de la Défense
  • Le ministre délégué à l'Environnement et aux Risques, Brice Lalonde bénéficie de la création d'un ministère de l'Environnement à part entière.
  • Et enfin, Philippe Marchand est nommé à ministre de l'Intérieur.
  • Le ministre chargé des Relations avec le Parlement, Jean Poperen, conserve son portefeuille.

Six femmes sont aussi nommées :

Enfin, Bernard Kouchner conserve son poste de secrétaire d'État à l'Action humanitaire et le franco-togolais Kofi Yamgnane, proche de Laurent Fabius, est nommé secrétaire d'État à l'Intégration et aux Affaires sociales auprès du ministre des Affaires sociales, Jean-Louis Bianco. Un autre proche de Laurent Fabius, Gérard Moine, est nommé directeur du cabinet d'Édith Cresson à l'hôtel de Matignon(résidence officiel du Premier ministre français).

Beaucoup de ces politiques étaient déjà en poste dans le gouvernement de Michel Rocard, marquant ainsi le contrôle du président Mitterrand sur le gouvernement, l'arrivée de Martine Aubry étant toutefois une nouveauté. D'autres avaient déjà été dans les anciens gouvernements de Pierre Mauroy et de Laurent Fabius tel que Michel Delebarre ou même Lionel Jospin.

Le discours de politique générale[modifier | modifier le code]

Dans la visée de l'instauration du Marché unique européen au 1er janvier 1993, son discours de politique générale à l’Assemblée nationale du 22 mai 1991 fixe « l’objectif prioritaire » : « faire réussir la France dans l'Europe de 1993 et dans le monde de l'an 2000 ». Elle pose comme priorité la réduction du chômage, en s'adossant au secteur industriel et à la hausse des qualifications des travailleurs, afin de minimiser les emplois aliénants et répétitifs. Se prononçant résolument en faveur de la construction européenne et d'une « politique industrielle européenne » pour ne pas cantonner la CEE à un simple « marché commun », elle propose la création d'une « communauté de l'électronique », à l'instar de la CECA[11].

Elle évoque ensuite, en deuxième point, l'environnement et le développement durable, souhaitant encourager les « industries de l'environnement » et soulignant la création d'un ministère à part entière. Elle défend aussi l'agriculture française, en particulier dans le cadre des négociations au sein du GATT.

Sur le plan social, elle réaffirme l'idéal d'une égalité des chances, la volonté de réduire les accidents du travail, et annonce une loi sur la Ville afin de réduire la « ségrégation dans l'habitat ».

Au niveau sécuritaire, face à une « délinquance internationale », elle évoque un projet de loi sur la sécurité intérieure ainsi que la police de proximité. Pour la justice, elle prépare la réforme du Code pénal, qui sera effective par la loi de juillet 1992 promulguée trois mois après son départ, ainsi qu'une « réforme de l'aide légale ».

Elle annonce aussi la poursuite de la décentralisation et de la déconcentration des services de l'État.

Sur le plan international, elle se prononce pour la paix au Moyen-Orient, affirmant que « la France ne transigera ni sur la sécurité d'Israël, ni sur le droit des Palestiniens à disposer d'un État » et pour l'indépendance du Liban, saluant au passage les accords de Taef. Elle affirme aussi vouloir limiter les ventes d'armes et la prolifération nucléaire. Elle annonce aussi une politique du développement respectueuse des nations africaines, ainsi que le soutien au processus de transition en cours en Afrique du Sud.

Sur le plan international[modifier | modifier le code]

Au niveau international, Édith Cresson est à Matignon lors de la tentative de coup d’État d'août 1991 en URSS et surtout le , lors de l’implosion de l’URSS et la démission de Mikhaïl Gorbatchev. Peu après, les mouvements d'indépendance en Yougoslavie commencent. Les Républiques fédérées déclarent leur indépendance en 1991 et 1992. L’exécutif français doit alors se positionner : reconnaître ou non les nouveaux pays. La décision de l'Allemagne, qui reconnaît la Croatie et la Slovénie le , force cependant la main à la France, alors que Mitterrand craint les risques d'explosion induits par la reconnaissance de ces nouveaux États, et concrétisés par les guerres qui déchireront la Yougoslavie pendant dix ans.

C'est aussi sous son gouvernement que prend fin l’opération « Tempête du désert » dans le Golfe. Dix-neuf mille soldats français y sont engagés [réf. nécessaire], l'Irak de Saddam Hussein perd la partie.

En outre, c’est elle qui aux côtés de François Mitterrand signe le 7 février 1992 le traité de Maastricht prévoyant l’euro, la politique monétaire commune, la citoyenneté européenne, la politique de sécurité et la coopération judiciaire et policière. Le même jour, face au dépôt d'une motion de censure au sujet de l'affaire Habache, qui était soigné en France, elle écarte la tenue d'élections anticipées[12]. L'affaire conduit toutefois à la démission de François Scheer, secrétaire général du Quai d'Orsay, ainsi que de Georgina Dufoix, directrice de la Croix-Rouge française qui avait organisé le transfert du militant palestinien[13].

L'immigration et l'asile : de l'international au national[modifier | modifier le code]

La chute du mur de Berlin a aussi des conséquences directes sur le droit d'asile tandis que la montée en puissance du Front national fait de la répression de l'immigration un enjeu électoral, omniprésent pendant l'été 1991[14]. Alors que Giscard propose l'abandon du droit du sol en évoquant le risque d'une « invasion »[15], le , Cresson compare « le langage de Jacques Chirac » à celui de Le Pen, en particulier après sa sortie sur « le bruit et l'odeur »[16].

Mais début juillet 1991, elle annonce un nouveau train de mesures pour la « maîtrise de l'immigration »[15], perçu par la presse comme un durcissement du PS sur les questions d'immigration[17]. Celles-ci concernent aussi bien le visa (création du visa de transit), le certificat d'hébergement, le travail au noir, le droit d'asile et la régularisation[18]. Tout en souhaitant se démarquer de Pasqua, elle évoque ainsi, le , la mise en place de charters collectifs pour les expulsions de sans-papiers[19]. Le député socialiste du Nord, Umberto Battiste, critique ces mesures, affirmant l'inefficacité de désigner des « bouc-émissaires » ainsi que de « courir derrière Chirac qui court lui-même derrière Le Pen »[18]. Les déboutés du droit d'asile manifestent leur colère, une grève de la faim étant organisée à l'église Saint-Joseph à Paris ; la circulaire annoncée par Jean-Louis Bianco, titulaire du nouveau portefeuille de l'Intégration qui se rajoute aux Affaires Sociales, ne prévoyait la régularisation que d'un débouté du droit d'asile sur quatre, sur un total de 100 000 déboutés[17]. Au total, seulement 15 000 déboutés du droit d'asile ont été régularisés[20]. Le président de la République, François Mitterrand, promulgue le la loi no91-1383, « renforçant la lutte contre le travail clandestin et la lutte contre l'organisation de l'entrée et du séjour irréguliers d'étrangers en France ». L'année suivante, le ministre de l'Intérieur Philippe Marchand, qui a été reconduit dans ses fonctions, créé les zones de transit (rebaptisées zones d'attente par la loi Quiliès de 1992) permettant de retenir pendant 20 jours les étrangers refoulés aux frontières.

C'est aussi sous son gouvernement que les circulaires du 26 septembre 1991 et du 19 décembre 1991, préparées par le gouvernement Rocard, sont promulguées. Celles-ci interdisent d'une part aux demandeurs d'asile de travailler, les plongeant dans une situation d'assistance ; d'autre part, la seconde crée pour les demandeurs d'asile les centres d'accueil de demandeurs d'asile (CADA). Cette politique de restriction de l'asile visait principalement à limiter l'afflux de réfugiés venus d'Europe de l'Est.

Sur le plan national[modifier | modifier le code]

Sa politique économique est celle de Pierre Bérégovoy, indéboulonnable ministre de l'économie et des finances depuis 1988, après l'avoir été de 1984 à 1986. Déçu de ne pas avoir été nommé Premier ministre alors qu'il était persuadé de succéder à Michel Rocard, il est plus un obstacle qu'un soutien. Cette politique très influencée par le directeur du trésor, Jean-Claude Trichet, ancien directeur de cabinet d'Édouard Balladur se fonde sur une défense du franc, annoncée dans son discours de politique générale, et une rigueur économique concernant les finances publiques et la sécurité sociale, qui empêche toute réforme sociale d'envergure[21]. L’inflation est alors record à 3,3 % en juillet 1991 [réf. nécessaire] et le nombre de chômeurs atteint le pic jusque-là inégalé de 2,7 millions de demandeurs d’emploi en 1991 [réf. nécessaire]; en 1992, il frôle les 3 millions, soit plus de 10 % de la population active[22]. « C'est probablement la situation la plus difficile qu'un Premier ministre ait rencontré depuis très longtemps », déclare Édith Cresson en juin 1991[23]. Davantage que ses propos ou que les attaques dont elle fait l'objet, ces raisons de fond expliqueraient plutôt son impopularité[21].

En tant que Première ministre, elle est à l'origine du transfert d’institutions publiques vers les régions, au total une vingtaine[21], dont le plus emblématique est celui de l'École nationale d'administration (ENA) à Strasbourg, pour rapprocher les élites française des institutions de l’Europe. Le fait d'engager ce processus de déconcentration sans concertation préalable suscite l'opposition de la fonction publique, les méthodes unilatérales de Cresson tranchant avec la recherche du consensus de son prédécesseur Rocard[21]. Elle a aussi lancé un projet de modification du mode de scrutin sénatorial, en prenant de front les membres de la Haute Assemblée. En outre, son gouvernement lance la « Charte des services publics » qui vise à améliorer les relations entre ces derniers et les citoyens[24].

Elle annonce vouloir mettre en avant la formation par alternance sur le modèle allemand mais se heurte à l’hostilité de son ministre de l’Éducation, Lionel Jospin, nommé en juin 1988 Ministre d'État, de l'Éducation nationale, de la Recherche et des Sports[25]. Celui-ci refuse en effet de remettre en cause la scolarité obligatoire jusqu'à 16 ans et se montre réticent au sujet de l'apprentissage[21]. Sur le plan universitaire, l'agitation du mouvement étudiant ne s'arrêtera qu'avec la nomination de Jack Lang par le successeur d'Édith Cresson, Pierre Bérégovoy, et le retrait du projet de réformes universitaires de Lionel Jospin.

En outre, la scène politique française est touchée par les scandales politico-financiers depuis l'irruption des juges dans ce domaine, lors de la première cohabitation[26]; l'affaire Urba affecte le PS à partir du début de l'année 1991, de même que l'affaire du sang contaminé qui touche de hauts responsables du parti (Laurent Fabius, Georgina Dufoix, Edmond Hervé)[22]. La question du financement occulte des partis politiques touche progressivement l'ensemble des partis de gouvernement (PS, RPR, etc.).

Les propos de Cresson et les attaques sexistes[modifier | modifier le code]

Enfin, les propos vifs et parfois insultants d'Édith Cresson lui valent des mésaventures. En juillet 1991, elle défend ainsi sur ABC News des propos vieux de quatre ans, affirmant au journaliste Chris Wallace que l'homosexualité serait « différente et marginale » et plus proche des coutumes « anglo-saxonnes » que des usages « latins »[27].

En outre, face à un journaliste et alors qu’elle est au téléphone elle déclare « la bourse, j’en ai rien à cirer »[28]. De plus, elle assimile à deux reprises, en 1989 au Times et en 1991 dans ABC News, les Japonais à des « fourmis jaunes » menant des existences démesurément laborieuses et inacceptables pour les standards européens concernant les loisirs et la sécurité sociale[27]. Ceci lui vaut de voir son effigie brûlée au Japon[27]. Le , alors que Cresson, après deux mois d'état de grâce, bat un record d'impopularité[27] sous la Cinquième République (les sondages lui donnent encore moins qu'à Raymond Barre[21]), Mitterrand, quasiment seul au sein du PS[21], défend la chef du gouvernement, affirmant qu'il soutient le fait d'agiter les choses[27]. Attaqué par l'opposition, Mitterrand répond à une question sur l'usure du pouvoir, lors d'une conférence de presse en septembre 1991, qu'« on ne s'use que si l'on sert (bien que j'observe de plus en plus que ceux qui ne servent à rien s'usent beaucoup) », et réitère son soutien à Cresson[29].

Ces propos lui valent toutefois des attaques aussi bien de son propre camp (le sénateur Michel Vauzelle demandant un peu plus de retenue de la part d'un Premier ministre[27]) que de l'opposition (le député gaulliste Éric Raoult affirmant que les Japonais sont « plus habitués au langage de velours de geishas qu'à l'argot vulgaire des femmes de poissonnier »[27]). Mais Cresson est aussi victime de la dureté de la presse et du machisme de la classe politique et médiatique : le député UDF François d'Aubert parle de « régime pompadourien », ce qui lui vaut une réponse ironique de Cresson[30]. Sa marionnette au Bébête show, la panthère « Amabotte », est présentée comme une lèche-botte du Président Mitterrand, parfois avec violence. Cresson s'aventure alors à critiquer le spectacle humoristique, accusé de sexisme, ce que nul ne s'était avancé à faire lors des présidentielles de 1988[31], tandis que les féministes critiquent aussi cette caricature jugée dégradante[32],[27]. Les critiques de Cresson envers Le Bébête show provoquent un débat sur la liberté d'expression ; les caricaturistes refusent de cesser leurs attaques, tout en rebaptisant sa marionnette « Didi-Lateigne »[27]. Au sein même de son gouvernement, qui inclut aussi Élisabeth Guigou, victime des mêmes attaques[6], au poste de Ministre déléguée aux Affaires européennes, elle doit essuyer les critiques de Pierre Bérégovoy (son ministre de l’Économie) qui fait prévaloir l'impératif de rigueur sur ses demandes de fonds afin de financer une politique sociale[21].

Échec de la gauche aux élections locales et départ de Matignon[modifier | modifier le code]

Début avril 1992, les rumeurs sur son départ sont de plus en plus pressantes après l'important échec de la gauche aux élections régionales de mars 1992, vingt régions sur vingt-deux étant remportées par la droite. Le Front national (13,6 %) et les écologistes (14,7 %) sont, plus encore que le RPR et l'UDF (33 % à eux deux), les grands gagnants du scrutin[21]. Les élections cantonales, qui se tiennent aussi en mars 1992, marquent en revanche la victoire de la droite parlementaire, la gauche ne conservant qu'une vingtaine de départements[21]. Édith Cresson, réélue difficilement dans son canton de Châtellerault, présente au président Mitterrand un plan pour un second gouvernement, plus restreint et composé de personnalités à qui elle pouvait faire confiance. Elle atteint alors un record d'opinions défavorables, 76 % des sondés ne lui faisant pas confiance pour résoudre les problèmes qui se posent en France[33]. Mais le président la remplace le par Pierre Bérégovoy, qui forme un nouveau gouvernement marqué par le renouveau de l'emprise présidentielle sur Matignon[21], ce qui est symbolisé par la mise à l'écart de Lionel Jospin, hostile à Fabius et remplacé à l'Éducation par Jack Lang[21].

Quelques années plus tard, Édith Cresson affirmera que lorsqu'elle rencontrait François Mitterrand pour lui « proposer des mesures », celui-ci « disait toujours oui », puis « reconnaissait qu'il ne pouvait rien faire contre le fort mécontentement du groupe parlementaire socialiste »[34].

Commissaire européenne[modifier | modifier le code]

Lors des législatives en 1993 , l'ex Première ministre Edith Cresson décide de ne pas se représenter pour redevenir députée de la Vienne.

Malgré les réticences du Premier ministre de l'époque d'Édouard Balladur, François Mitterrand la nomme à la Commission européenne en janvier 1995, où elle est chargée de la Science, de la Recherche et du Développement. Elle s'occupe principalement des questions d'éducation, de formation et de recherche.

En décembre 1997, Lionel Jospin alors devenu Premier ministre de cohabitation sous la présidence de Jacques Chirac lui demande [réf. nécessaire] de quitter son mandat de maire pour cause de cumul des mandats avec celui de commissaire européen ; son premier adjoint Jöel Tondusson la remplace et elle devient adjointe au maire, réélue en 2001. C'est aussi en 1997 qu'elle apprend qu'elle est touchée par un cancer, dont elle se rétablit après quelques années[35]. Elle démissionne du conseil général en 1998, toujours pour cause de cumul des mandats.

Pour avoir fourni un emploi supposé fictif au sein de son cabinet à un ami, dentiste à Châtellerault, elle est suspectée de népotisme avec plusieurs membres de la commission Santer, qui est contrainte — fait sans précédent[36]—, à la démission collective en . Inculpée pour corruption par la justice belge, elle bénéficie d'un non-lieu[37]. En revanche, elle est condamnée le par la Cour de justice européenne qui la dispense de toute sanction pécuniaire, alors que la Commission demandait la suppression totale de ses droits à la retraite tandis que l'avocat général de la Cour prônait la réduction de moitié de ses émoluments et avantages[38].

Écoles de la deuxième chance[modifier | modifier le code]

En 2001, elle prend la présidence de la Fondation pour les écoles de la 2e chance[1].

Elle est depuis engagée dans la création d'« écoles de la deuxième chance », quatre-vingt ayant vu le jour sous son impulsion[39], parmi lesquelles, l'école de la deuxième chance Châtellerault, dont elle est la présidente depuis 2005[40].

En 2006, Édith Cresson s'engage dans le comité de soutien de Ségolène Royal et fait savoir son soutien à sa candidature pour l'investiture du PS à la présidentielle de 2007. Elle publie également un livre en , Histoires françaises, qui revient sur son expérience politique.

En mars 2008 lors des élections municipales, elle ne se représente pas à Châtellerault.

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Chronologie de la carrière politique d'Edith Cresson[modifier | modifier le code]

Députée européenne[modifier | modifier le code]

Mandat de députée[modifier | modifier le code]

  • Députée PS de la Vienne élue en 1981, réélue en 1986, réélue en 1988

Mandats locaux[modifier | modifier le code]

Fonctions gouvernementales[modifier | modifier le code]

Fonctions au Parti socialiste[modifier | modifier le code]

Décorations[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

Ouvrages écrits par Édith Cresson
  • Avec le soleil, Éditions Jean-Claude Lattès, 1976
  • L'Europe à votre porte : manuel pratique sur les actions de la CEE intéressant les opérateurs économiques, Centre français du commerce extérieur (avec Henri Malosse), 1989
  • Innover ou subir, ouvrage politique aux éditions Flammarion, 1998
  • Histoires françaises, autobiographie aux Éditions du Rocher, 2006
Ouvrage sur Édith Cresson

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Notice biographique d'Édith Cresson, Centre virtuel de la connaissance sur l'Europe (CVCE).
  2. a, b, c, d, e et f Biographie d'Edith Cresson sur le site du Premier ministre
  3. a, b, c et d Émile Favard, Ces têtes qui dépassent: Portraits d'acteurs de la vie politique, économique et sociale, L'Harmattan, 2005, p. 111-113
  4. Roland Cayrol, « La direction du Parti socialiste : organisation et fonctionnement », Revue française de science politique, 1978, vol. 28, n° 2, pp. 201-219. doi : 10.3406/rfsp.1978.393773
  5. a et b Christophe Deloire et Christophe Dubois, Sexus politicus, Albin Michel, 2006
  6. a et b Annick Cojean, « La rage des "chiennes de garde" », Le Monde, 12 février 2000, republié sur le site des Chiennes de garde
  7. [1]
  8. Sabine Delanglade, « Edith Cresson: « Être très ferme avec les Britanniques » », L'Express, 20 juin 1996
  9. Proclamation du gouvernement par le secrétaire général de la présidence de la République, Hbert Védrine, 16 mai 1994, ina.fr
  10. Le gouvernement Rocard II, formé en juin 1988, précède le gouvernement Cresson
  11. http://www.archives.premier-ministre.gouv.fr/villepin/IMG/doc/Discours_de_politique_generale_d_Edith_Cresson.doc
  12. « Assemblée nationale discours politique d'Edith Cresson », 19/20, 7 février 1992 - 1min47s (INA)
  13. Pierre Haski, « La mort en exil de Georges Habache, éternel rival d'Arafat », Rue89, 26 janvier 2008
  14. « Radicalisation du RPR », Soir 3, 20 juin 1991 (1 min 27s). Sur le site de l'INA
  15. a et b Danièle Lochak, « L'immigration, une question trop sensible », CURAPP, Questions sensibles, PUF, 1988
  16. « Réaction de Cresson à la phrase de Chirac », Soir 3, 20 juin 1991 (17 s). Sur le site de l'INA
  17. a et b « Droit d'asile St Joseph », Midi 2, 9 juillet 1991, 2 min 32s. Sur le site de l'INA
  18. a et b « Réactions aux mesures sur l'immigration », 19/20, 10 juillet 1991 (1 min 19s). Sur le site de l'INA
  19. « Edith Cresson évoque les charters comme moyens d'expulsion », Soir 3, 8 juillet 1991 (55s). Sur le site de l'INA
  20. Antonio Garcia, « Combien d’immigrés clandestins en France ? », RFI, 13 avril 2006
  21. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k et l Serge Berstein et Pierre Milza, Histoire de la France au XXe siècle, vol. 5, éd. Complexes, 2006, p. 158-160
  22. a et b Serge Berstein et Pierre Milza, Histoire du XXe siècle, tome III, Hatier, 1996, p.183
  23. INA, PHRASE CRESSON, Midi 2 - 27/06/1991 - 01min53s
  24. Historique et diagnostics sur la qualité dans l’administration, site gouvernemental français
  25. Nomination de Jospin en juin 1988 comme ministre d'État, de l'Education nationale, de la Recherche et des Sports. Site du Ministère de l'Education.
  26. Violaine Roussel, « Les magistrats dans les scandales politiques », Revue française de science politique, 1998, vol. 48, n° 2, pp. 245-273. doi : 10.3406/rfsp.1998.395268
  27. a, b, c, d, e, f, g, h et i Rone Tempest, « Culture - Edith Cresson's Answer to TV Spoof: Hush Puppet! - * France's brutally frank premier says her caricature on one of the nation's most popular shows is sexist, unfair. », Los Angeles Times, 23 juillet 1991
  28. Édith Cresson, sans fard ni remords sur le site du figaro
  29. « Conférence de presse François Mitterrand », 11 septembre 1991 (39min 16s). Sur le site de l'INA
  30. « Édith Cresson parle de son statut de femme », Midi 2, 16 mai 1991 (2min 26s)
  31. Annie Collovald, « Le Bébête Show, idéologie journalistique et illusion critique », Politix, 1992, vol. 5, no19, p. 67-86. doi : 10.3406/polix.1992.1529
  32. Philippe Goulliaud, « Bébête show - Guignols : le duel des marionnettes cathodiques », Le Figaro, 10 août 2009
  33. Popularité d'Édith Cresson (1991-1992) sur le site de TNS Sofres.
  34. Raphaëlle Bacqué, L'Enfer de Matignon : Ce sont eux qui en parlent le mieux, Points, 2010, p.  82.
  35. « Edith Cresson est atteinte d'un cancer », NouvelObs.com, 16 janvier 2001
  36. Cedi infos n°16, http://cedifrance.com/infos/articles/16/p2.htm
  37. Jean Quatremer, « La justice belge abandonne les poursuites contre Cresson », Libération, 1er juillet 2004
  38. « Justice - Edith Cresson, coupable mais épargnée », tf1.fr, 11 juillet 2006
  39. Édith Cresson, l'éternelle jeunesse, La Charente libre, 27 avril 2011
  40. |Présentation de l'E2C de Châtellerault
  41. Décret du 12 juillet 2013

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

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