Charles Millon

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Charles Millon
Charles Millon, le 25 mars 1997.
Charles Millon, le 25 mars 1997.
Fonctions
Ministre de la Défense de la France
16e ministre de la Défense de la Ve République
Gouvernement Juppé I
Juppé II
Prédécesseur François Léotard
Successeur Alain Richard
Président du conseil régional de Rhône-Alpes
19881999
Prédécesseur Charles Béraudier
Successeur Anne-Marie Comparini
Député de la 2e circonscription de l'Ain puis de 3e circonscription de l'Ain
Groupe politique UDF (1978-1993)
UDFC (1993-1995)
DLI (1997-2001)
Prédécesseur Michel Carrier
Successeur Gérard Armand (remplaçant)
Prédécesseur Gérard Armand
Successeur Étienne Blanc
Maire de Belley
19772001
Prédécesseur Charles Vulliod
Successeur Jean-Claude Travers
Biographie
Date de naissance (69 ans)
Lieu de naissance Belley (Ain)
Nationalité Française
Profession Conseil juridique et fiscal

Charles Marie Philippe Millon, né le à Belley (Ain), est un homme politique français. Il a longtemps été membre de l'UDF, avant de fonder La Droite en 1999. Député de l'Ain entre 1978 et 1995, il a été ministre de la Défense des gouvernements Alain Juppé, de 1995 à 1997.

Biographie[modifier | modifier le code]

Études et entrée en politique au sein de la droite conservatrice catholique lyonnaise[modifier | modifier le code]

Il naît dans une famille de droite et fait ses études secondaires à l'institution Lamartine (Belley), puis à l'école Sainte-Marie Lyon, avant d'entamer des études de droit et d'économie à Lyon et d'obtenir une Licence de sciences économiques et un diplôme d'études supérieures de sciences économiques[1].

En 1965, il adhère au Cercle Charles Péguy, fondé deux ans plus tôt à Lyon par le biologiste Michel Delsol, professeur à l'Université catholique de Lyon, son futur beau-père[2]. Groupe anti-communiste, ce cercle mêle divers courants de droite, dont des monarchistes, des chrétiens ralliés à la République, des humanistes proches de Jacques Maritain et des personnalistes proches d'Emmanuel Mounier; il s'inscrit dans les milieux de la droite catholique conservatrice[3]. Catholique pratiquant, Millon est alors favorable à la peine de mort et contre l'avortement.

Il y rencontre sa femme, Chantal Delsol, une philosophe, historienne des idées politiques, et romancière française. Disciple de Julien Freund, elle se définit comme « libérale néoconservatrice ». Editorialiste au Figaro et à Valeurs actuelles, Chantal Delsol est depuis 2007 membre de l'Académie des sciences morales et politiques. Le couple a six enfants, dont un adopté d'origine laotienne[4] et Thomas Millon.

Il participe au Madel, (Mouvement autonome des étudiants lyonnais), opposé au « désordre » de Mai 68[1]. Exempté du service national, Il obtient une licence en sciences économiques, et un diplôme d'études supérieures de sciences économiques. Il participe activement ensuite à la revue du Cercle Péguy, L'Astrolabe, fondée en 1971[5], et, devenu conseiller juridique, adhère en 1974 à l'Association des chefs d'entreprise libres, dont il devient "le plus jeune administrateur et membre du comité directeur", comme secrétaire. Son adhésion s'explique selon ses mots par son aversion pour "une administration tentaculaire et irresponsable" et pour "l'action ponctuelle ou démagogique des hommes politiques" et ses craintes devant "la faillite de la gestion bureaucratique" et "l'Université étatisée, souvent communisée ( sic )": "L'entreprise sera la dernière à mourir. C'est donc là qu'il faut d'abord mener le combat"[6]. Devenu député, il y donne une conférence lors de son assemblée générale de juin 1978[7].

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Débuts (1977-1995)[modifier | modifier le code]

Alors âgé de 32 ans, Millon est élu maire de Belley en mars 1977. L'année d'après, il est élu député de l'Ain en tant que candidat de l'UDF, il siège à l'Assemblée sous les couleurs de ce parti jusqu'en 1995. Par ailleurs conseiller juridique et fiscal[8], il fait partie des adhérents directs de l'UDF.

L'un des plus farouches opposants à la loi de nationalisation de 1982, il publie en 1984 L'Extravagante histoire des nationalisations. Vice-président de l'Assemblée de 1986 à 1988[9], lors de la première cohabitation, il devient l'année suivante président du groupe UDF à l'Assemblée, poste qu'il conserve jusqu'en 1995, lorsqu'il devient ministre de la Défense[9].

Millon est élu président du conseil régional de Rhône-Alpes en 1988, et le reste jusqu'en janvier 1999. À cette fonction, il met en place plusieurs projets : le Permis de Réussir pour stimuler l'autonomie des lycées et la créativité des équipes pédagogiques, les Contrats globaux de développement, permettant d'apporter une aide à des opérations multiformes de développement et aménagement initiées par les différents territoires rhônalpins, la liaison Lyon-Turin, les jumelages avec la Catalogne, le Bade-Wurtemberg et la Lombardie, la participation de la France aux Olympiades des métiers, la création du Mondial des métiers et Lyon 96.

Il fait partie avec François Léotard et Michel Noir des dirigeants de l'UDF qui s'opposent aux discours du Front national et à une alliance avec le parti de Jean-Marie Le Pen, allant jusqu'à affirmer dans un entretien publié dans le magazine Le Point du 25 janvier 1992: "Le silence sur le FN est une complicité" et "lalliance avec lui est collaboration"[10].

Ministre de la Défense (1995-1997)[modifier | modifier le code]

Après l'élection présidentielle de 1995, il est nommé par Jacques Chirac, Ministre de la Défense du gouvernement Juppé (RPR).

Réforme du service national[modifier | modifier le code]

Au sein du gouvernement Juppé, il est chargé du dossier sur la transformation de l'armée française, basée sur la conscription, en armée de métier. Cette loi est abandonnée à la suite de la dissolution de l'Assemblée nationale en 1997. Un nouveau projet de loi sera présenté à la nouvelle assemblée et la loi sera promulguée le 28 octobre 1997[11].

Contrats d'armement[modifier | modifier le code]

Il se rend alors en Israël, approfondissant les liens déjà tissés en 1994 par le ministre François Léotard, qui avait signé l'accord-cadre de recherche franco-israélien[12] ; de nouveaux contrats d'armement sont passés entre les deux États[12].

Il déclarera en 2009 avoir examiné, sur ordre du président Chirac, les contrats d'armement pouvant donner lieu à d'éventuelles rétrocommissions, et avoir bloqué pour ceux-ci le versement des commissions[13]. L'interruption de celles-ci, décidées en 1994 (sous le gouvernement Balladur) dans le cadre d'une vente de sous-marins Agosta au Pakistan, serait le motif expliquant l'attentat du 8 mai 2002 à Karachi, qui a tué onze ingénieurs de la Direction des constructions navales (DCN) et qui était attribué à l'origine à Al-Qaïda[13]. Le , Charles Millon affirme, devant le juge Renaud Van Ruymbeke, avoir eu « l'intime conviction » de l'existence de rétrocommissions versées jusqu'en 1995 en marge du contrat Agosta de vente au Pakistan de sous-marins français[14].

Élections régionales de 1998[modifier | modifier le code]

L'UDF se divise lors des élections régionales de 1998 sur la question des alliances avec le Front national (FN, parti d'extrême-droite), François Bayrou condamnant celles-ci tandis qu'Alain Madelin les soutient. Ne disposant pas de la majorité absolue pour diriger l'exécutif, Millon accepte les voix du FN[15], soulevant les critiques des élus de gauche mais aussi d'élus de droite, et remporte ainsi la présidence du conseil régional de Rhône-Alpes, de même que l'ensemble des vice-présidences de commission. Charles Millon, Jacques Blanc et Charles Baur, tous élus avec les voix du FN[16], sont alors exclus de l'UDF. Alors qu'il a toujours réfuté l'idée de toute tractation avec le FN, Millon fait élire 13 vice-présidents de commissions frontistes (dont Pierre Vial à la commission "Culture")[17].

Tandis que Madelin et la plupart des personnalités UDF élues avec les voix de l'extrême-droite rejoignent le nouveau parti, « Démocratie libérale », Millon fonde un mouvement politique éphémère (1998) nommé « La Droite » puis la Droite libérale-chrétienne en 1999« La Droite », après l'échec d'un projet de fusion entre « La Droite », le RPF de Pasqua et le CNI. C'est un retour à ses combats originels. Plusieurs personnalités appartenant à la droite très conservatrice sont présentes au congrès fondateur de « La Droite », dont notamment l'ex-ministre d'État de Giscard, Michel Poniatowski. Mais ce nouveau parti est un échec : à part Millon, seuls deux autres députés de « La Droite » s'y inscrivent. Christine Boutin, Alain Griotteray, Fabrice Saulais, ex-conseiller en communication de Bruno Mégret, ou Patrick Louis, président rhônalpin du MPF, font partie de son réseau parisien[1]. En septembre 1998, il est aussi élu vice-président du Mouvement national des élus locaux, une association qui regroupe essentiellement des élus conservateurs[18].

Charles Millon considérait que le suffrage de 1998 avait donné une large majorité à la droite[réf. nécessaire]. Pour expliquer son action politique et pour convaincre, il fonda , . Selon lui, ce sont les insuffisances de la droite qui favorisent le succès de l'extrême droite[réf. nécessaire]. Il préconisait donc que chacun, droite et gauche, s'occupât de ses ailes extrémistes pour que la démocratie puisse fonctionner convenablement[réf. nécessaire].

Par ailleurs, Millon fait l'objet d'une requête en annulation déposée par Étienne Tête - le jour de son élection comme président, le doyen des conseillers, qui assumait la présidence par intérim, avait laissé Charles Millon et Bruno Gollnisch (FN) débattre alors que les règlements électoraux l'interdisaient - qui aboutira à l'invalidation de son élection par le Conseil d’État[19]en décembre 1998. Anne-Marie Comparini (UDF) lui succède alors comme présidente du conseil régional en janvier 1999, en étant élue avec les voix de la gauche[20].

En 2000, il dépose sans succès, avec Michel Meylan, une « proposition de loi constitutionnelle portant reconnaissance du principe de sécurité juridique dans la Constitution »[21]. Le même jour, il fait enregistrer une autre proposition, de loi organique, elle aussi renvoyée à examen futur, « limitant le recours aux dispositions fiscales de portée rétroactive »[22].

Millon persiste toutefois, se présentant en tant que candidat dissident de la droite aux élections municipales de Lyon en 2001. Il bénéficie de plusieurs soutiens, dont celui de Gérard Pélisson, cofondateur du groupe Accor ; Monique Raimond, femme de l'ancien ministre des Affaires étrangères Jean-Bernard Raimond et directrice de la communication du groupe Cardin ; Denys Aguettant, directeur de la fondation Canal+ ; Roger Michaux, ancien syndic de la Bourse de Lyon ; Bruno Lacroix, ancien président du GIL (Groupement interprofessionnel lyonnais, branche locale du Medef) ; ou encore Chantal Mérieux, épouse d'Alain Mérieux, célèbre industriel[1]. Il obtient un score de plus de 25 %. Jean-Michel Dubernard (RPR) est le candidat de la droite parlementaire, Michel Mercier (UDF) s'étant retiré. Toutefois, au second tour, les divisions de la droite entre millonistes et RPR (il n'y eut fusion des listes à droite que dans un seul arrondissement) font le jeu de la gauche ; Gérard Collomb (PS) est alors élu. Aux législatives de juin 2002, les deux autres députés de la Droite libérale-chrétienne ne sont pas réélus, entérinant l'échec du mouvement, lui-même étant battu dans la 7e circonscription du Rhône avec 45,09 % face à Jean-Jack Queyranne[réf. nécessaire].

En retrait de la vie politique (depuis 2008)[modifier | modifier le code]

En 2003, la cour administrative d'appel de Lyon déclare illégales les délibérations qui avaient permis à Charles Millon de bénéficier d'un appartement et de personnel de maison, pendant près de dix ans, lorsqu'il présidait la Région Rhône-Alpes. En , Millon est nommé représentant permanent à Rome auprès de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) par le gouvernement Raffarin. Au conseil régional de Rhône-Alpes, le groupe milloniste fusionne alors avec l'Union pour un mouvement populaire (UMP), et son parti est mis en sommeil. À Lyon, où Dominique Perben (UMP) crée en 2005 un comité de soutien pour sa candidature à la municipale de 2008 (« Lyon Nouvel Horizon »), Millon continue à présider le groupe « Unir pour Lyon », qui rassemble 19 élus municipaux[23]. Son mandat à Rome prend fin le .

Il rejoint en novembre 2007 l'Institut Thomas More, un think tank européen[24].

Discret sur la scène politique française depuis 2003, il annonce en juin 2008 son intention de se présenter aux élections sénatoriales du 21 septembre 2008[25], sans toutefois recevoir l'investiture de l'UMP[26]. Cependant, il reçoit, le , le soutien de certains élus UMP, NC et DVD non-inscrits lors d'un vote dont le règlement, contesté, est modifié la veille du scrutin[27].

Il n'est cependant pas élu, puisque deux sièges sont remportés par le PS (Rachel Mazuir et Jacques Berthou), et l'autre par l'UMP (Sylvie Goy-Chavent). Seulement en troisième position à l'issue du 1er tour, il est victime d'un « front anti-Millon » avec le maintien de Jean Chabry, conseiller général sans étiquette, allié de la droite au conseil général[28]. En maintenant quatre candidats, la droite permet un succès de la gauche qui ne maintenait que deux candidats.

En mars 2015, il co-fonde le collectif « Phénix », un think tank libéral-conservateur, avec l'entrepreneur Charles Beigbeder, la responsable de la Marche pour la Vie Julie Graziani et l'ex-responsable de La Manif pour tous Anne Lorne. Ils entendent pouvoir proposer au candidat de la droite à l'élection présidentielle de 2017 un programme « clefs en main »[29].

Détail des mandats et fonctions[modifier | modifier le code]

Fonctions ministérielles[modifier | modifier le code]

Mandats parlementaires[modifier | modifier le code]

Mandats locaux[modifier | modifier le code]

Autres fonctions[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages de Charles Millon[modifier | modifier le code]

Ouvrages sur Charles Millon[modifier | modifier le code]

  • Charles Millon, le porte-glaive : Radioscopie d'un scandale, sous la dir. de Christian Terras et Michel Dufourt, avec la collab. de Claude Burgelin, Philippe Dallecoste, René Dufourt, Thierry Meyssan, Daniel Navrot, Villeurbanne, Golias, coll. « Les dossiers de Golias », 1998, 95 p. (ISBN 2-911453-39-5)
  • Mathias Bernard, La guerre des droites, Odile Jacob, 2007, , p. 244-245 ( analyse historique de sa trajectoire politique )

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Demir Serge, « Les fidèles de Charles Millon », L'Express, 8 novembre 2001.
  2. Aux origine du cercle Charles Péguy, sur le site de ce cercle
  3. Mathias Bernard, La guerre des droites, op. cit., p. 244
  4. Paul-François Paoli, La gauchiste de la famille, Le Figaro, 6 mars 2008
  5. Mathias Bernard, La guerre des droites, op. cit., p. 244
  6. L'Informateur des chefs d'entreprise libres, n° 605, mai 1974 ( Ch. Millon, "Pourquoi j'ai adhéré à l'ACEL" ), n° 615, avril 1975
  7. Ibid., n° 650, juin-juillet 1978
  8. Notice sur le site de l'Assemblée nationale.
  9. a et b Samuel Laurent, « Charles Millon soupçonné de malversations », Le Figaro, 9 janvier 2009.
  10. Mathias Bernard, p. cit., p. 223
  11. http://www.armees.com/armees/armee-de-terre-386/recrutement/Le-service-militaire-en-France,34389.html, armees.com
  12. a et b Claudine Meyer, « Armement: Charles Millon veut doper les échanges avec Israël », Les Échos, no 17337, 17 février 1997, p. 11.
  13. a et b François Labrouillère, « Charles Millon : « Chirac m’a demandé de bloquer des commissions illicites » », Paris Match, 23 juin 2009.
  14. Serge Raffy, « Affaire Karachi : la bombe Millon », Nouvelobs interactif, mis en ligne le 17 novembre 2010.
  15. Millon accepte les voix du FN, Libération, 21 mars 1998
  16. Libération, 2 avril 1998
  17. Mathias Bernard, p. cit., p. 244
  18. Mathias Bernard, op. cit. p. 245
  19. Décision du conseil d'état , Tête, n° 195352, 9 décembre 1998
  20. Comparini à l'étroit dans son siège, Libération, 11 janvier 1999
  21. Proposition de loi constitutionnelle portant reconnaissance du principe de sécurité juridique dans la Constitution, Assemblée nationale. Enregistré le 15 mars 2000. Renvoyée à la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l'administration générale de la République, à défaut de constitution d'une commission spéciale dans les délais prévus par les articles 30 et 31 du Règlement.
  22. Proposition de loi organique limitant le recours aux dispositions fiscales de portée rétroactive, Assemblée nationale.
  23. Catherine Lagrange, « Charles Millon indésirable », Le Point, 29 mars 2007.
  24. Ol.B., « Charles Millon enrôlé dans un think tank européen », Libé Lyon,‎ .
  25. F. C., « Millon veut prendre le train des sénateurs », 20minutes.fr,‎ .
  26. Laurent Guigon et Sophie Landrin, « Charles Millon veut revenir en politique via le Sénat », Le Monde, 30 août 2008.
  27. « Charles Millon élu candidat aux sénatoriales dans l'Ain », La Boussole 74,‎ .
  28. « Sénatoriales : l'ancien ministre Charles Millon en mauvaise posture », La Dépêche du Midi, 21 septembre 2008.
  29. Eugénie Bastié, « Charles Millon et Charles Beigbeder lancent un "Terra Nova de droite" », lefigaro.fr, 12 mars 2015.

Liens externes[modifier | modifier le code]