Nouvelle société

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La Nouvelle société est la politique préconisée par Jacques Chaban-Delmas, premier ministre de Georges Pompidou, lors de son discours d'investiture en 1969. D'inspiration centriste, elle pense répondre à la crise de Mai 68 par un progressisme contractuel qui laisse une large place au dialogue social, à une certaine liberté d'expression et à une certaine ouverture politique (par exemple à des chrétiens syndicalistes comme Jacques Delors).

L'idée d'une France symbolisée par le Concorde, le France, et une ORTF innovante et politiquement plus ouverte séduit une partie centriste de l'opinion mais elle exaspère Pompidou, ses conseillers (Marie-France Garaud et Pierre Juillet), ainsi que ses alliés libéraux Giscard d'Estaing qui y voient un jeu personnel et politiquement irresponsable.

Contenu[modifier | modifier le code]

Dans son discours de politique générale, tenu à l'Assemblée nationale le 16 septembre 1969, Jacques Chaban-Delmas appelle de ses vœux une société « prospère, jeune, généreuse et libérée ».

Le constat de départ de Chaban-Delmas est que la France présente un certain retard par rapport à d'autres pays davantage développés sur le plan de l'industrie. Les deux principales raisons invoquées sont un poids trop important que la société a donné à l'État dans le domaine de l'économie depuis la Libération, et un archaïsme des structures sociales (Chaban parle de « société de castes »), qui empêcheraient la France de suivre le rythme des mutations internationales (développement exponentiel de l'industrie dans les pays riches) mais aussi nationales (boom démographique).

Il se propose d'y remédier en assouplissant et modernisant le rôle de l'État, tout en le rendant plus efficace. Concrètement, il souhaite donner une plus grande autonomie aux services publics : plus d’autonomie pour l'ORTF, constituée de deux chaînes concurrentes, ainsi que pour les universités ; restructuration du corps fiscal (qui selon Chaban est le reflet de la lourdeur et du manque d'efficacité de l'État). Le projet d'assouplissement de l'État a ainsi pour fil directeur la décentralisation.

Les mesures visent également à favoriser l'émancipation et l'épanouissement de l'individu dans la société en réhabilitant largement les métiers techniques et manuels, ce qui doit également contribuer, dans une certaine mesure, au dynamisme économique du pays.

Enfin, il accorde une certaine importance à la justice et au dialogue social par la participation des salariés à la vie de l'entreprise, par des négociations entre patrons et syndicats favorisées par le gouvernement. En effet, selon lui, la France ne peut miser sur son développement économique sans se soucier des « ambitions humaines ». Sur ce point, ses vues convergent avec le modèle allemand d'économie sociale de marché.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Le projet de Nouvelle société, bien que conforme sur de nombreux points aux mesures de modernisation que Georges Pompidou souhaitait entreprendre, a des opposants relativement influents (Juillet, Garaud, etc.) et Pompidou semble irrité de l'emphase du discours de son Premier ministre, remettant en question la légitimité d'un appareil d'État fort[1] et sonnant presque comme un discours de candidat à l’élection présidentielle. En effet, le terme de « Nouvelle société » doit être attribué à Chaban et non à Pompidou, et sous ce nom, la modernisation de la société semble plus être la préoccupation du Premier ministre que celle du Président.

La démission de Jacques Chaban-Delmas et l'échec de la Nouvelle société achèvent le basculement du néo-gaullisme à droite. Les gaullistes de gauche se détachent définitivement de la majorité UDR.

La Nouvelle société inspire dans une certaine mesure la culture de gouvernement de la deuxième gauche.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Alain Peyrefitte, Le Mal français, Paris, Plon, , 524 p. (ISBN 2-259-00204-8)

Lien externe[modifier | modifier le code]