Élection présidentielle française de 1995

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Élection présidentielle française de 1995

(1er tour)

(2d tour)
Corps électoral et résultats
Inscrits 39 976 944
Votants au 1er tour 31 345 794
78,38 %  −3
Votes blancs et nuls au 1er tour 883 161
Votants au 2d tour 31 845 819
79,66 %  −4,4
Votes blancs et nuls au 2d tour 1 902 148
Débat(s) (2d tour)
Jacques Chirac-2008-12-17.jpg Jacques Chirac – RPR
Voix au 1er tour 6 348 375
20,84 %
 +0,9
Voix au 2e tour 15 763 027
52,64 %
Lionel Jospin, mai 2014, Rennes, France (cropped 2).jpg Lionel Jospin – PS
Voix au 1er tour 7 097 786
23,30 %
Voix au 2e tour 14 180 644
47,36 %
Edouard Balladur-1-crop2.png Édouard Balladur – RPR - UDF
Voix au 1er tour 5 658 796
18,58 %
200109 Jean-Marie Le Pen 191 (cropped 2).jpg Jean-Marie Le Pen – FN
Voix au 1er tour 4 570 838
15,00 %
 +0,6
Robert Hue 09812.jpg Robert Hue – PCF
Voix au 1er tour 2 632 460
8,64 %
Arlette Laguiller.jpg Arlette Laguiller – LO
Voix au 1er tour 1 615 552
5,30 %
 +3,3
Résultats du second tour
Carte
  •      Jacques Chirac
  •      Lionel Jospin
Président de la République française
Sortant Élu
François Mitterrand (PS) Jacques Chirac (RPR)

L'élection présidentielle française de 1995 est la septième élection présidentielle française à se tenir sous la régime de la Cinquième République. Les premier et second tour sont respectivement organisés les et .

Cette élection, qui voit neuf candidats s'affronter, est marquée par la division à droite, avec d'un côté Édouard Balladur, Premier ministre issu du RPR et soutenu par l'UDF, et de l'autre Jacques Chirac, président du RPR. Longtemps donné favori par les sondages, Édouard Balladur arrive en troisième position au premier tour, avec 18,6 % des voix, derrière Jacques Chirac (20,8 %) et le candidat socialiste, Lionel Jospin (23,3 %).

Au second tour, Jacques Chirac obtient 52,6 % des voix face à Lionel Jospin. Il est investi président de la République le , succédant au socialiste François Mitterrand.

Modalités du scrutin[modifier | modifier le code]

Lors de l’élection présidentielle de 1995, le président de la République est élu au suffrage universel direct pour un mandat de sept ans. Si aucun candidat ne recueille la majorité absolue des suffrages exprimés au premier tour de scrutin, un second tour a lieu quatorze jours plus tard : seuls peuvent alors se présenter les deux candidats arrivés en tête au premier tour après retrait éventuel de candidats mieux placés[1]. L’élection présidentielle se tient les 23 avril (premier tour) et 7 mai (second tour) 1995[2].

Chaque candidat doit satisfaire plusieurs conditions :

La Constitution prévoit que[1] :

  • en cas d'empêchement ou décès dans la dernière semaine de dépôt des candidatures d'une personne qui a annoncé son intention d'être candidate, le Conseil constitutionnel peut reporter l'élection ;
  • en cas d'empêchement ou décès d'un candidat avant le premier tour, l'élection est reportée ;
  • en cas d'empêchement ou décès d'un candidat qualifié pour le second tour, il est procédé de nouveau à l'ensemble des opérations électorales.

Le Conseil constitutionnel est, selon l'article 58 de la Constitution, garant de la régularité de l'élection, de l'examen des réclamations et de la proclamation des résultats.

Contexte[modifier | modifier le code]

Retour de la droite au pouvoir[modifier | modifier le code]

La droite prépare activement la reconquête du pouvoir. En juin 1990, Jacques Chirac et Valéry Giscard d'Estaing fondent l'Union pour la France. L'UPF souhaite gagner les élections législatives de mars 1993 et présenter un candidat commun à la présidentielle de 1995 suite à une potentielle primaire.

La droite est divisée sur la question européenne à l'occasion du référendum sur le Traité de Maastricht. Jacques Chirac, Alain Juppé, Valéry Giscard d'Estaing ou encore Raymond Barre font campagne en faveur du « oui ». Philippe Séguin, Charles Pasqua et Philippe de Villiers portant la campagne du « non ». Le 20 septembre 1992, le « oui » l'emporte de justesse avec 51,05% des voix.

Après une campagne sans grand suspense, l'union UDF-RPR remporte un succès considérable aux élections législatives des 21 et 28 mars 1993 avec 495 sièges sur 577. Le RPR décroche 257 sièges, l'UDF 215 et les divers droites 23.

Le 29 mars, François Mitterrand nomme Edouard Balladur Premier ministre, s'ouvre alors la seconde cohabitation.

L'accord entre Jacques Chirac et Edouard Balladur semble clair. Le président du RPR se mettant en retrait pour préparer sa campagne présidentielle de 1995 et le Premier ministre installant simplement la droite au pouvoir en attendant le départ de François Mitterrand.

Affaiblissement de la gauche[modifier | modifier le code]

Empêtré dans les affaires et les révélations sur le passé de François Mitterrand, le PS se présente dans un bien mauvais état à la fin de l'année 1994.

Suite aux violents revers aux régionales et cantonales de 1992, législatives de 1993 et européennes de 1994, la candidature de Michel Rocard est de plus en plus remise en question.

L'émergence de Bernard Tapie est aussi en mesure d'affaiblir le PS à gauche mais celui-ci sera rattrapé à son tour par des affaires et des scandales financiers.

Après son congrès à Liévin, le PS désigne Henri Emmanuelli comme premier secrétaire et décide de l'organisation d'une primaire interne en janvier.

De son côté, le PCF poursuit son effondrement entamé en 1981. Robert Hue, nouveau secrétaire général semble toutefois bénéficier d'une bonne image dans l'opinion.

Campagne des principaux candidats[modifier | modifier le code]

Lionel Jospin[modifier | modifier le code]

Le Parti socialiste (PS) aborde l’élection présidentielle de 1995 dans une position de faiblesse, en particulier après ses mauvais résultats aux élections législatives de 1993 et aux européennes de 1994. Le parti souffre de son bilan à la tête du pays et de l’usure du pouvoir, après 14 années de présidence Mitterrand.

Donné favori de l’élection, Jacques Delors, qui affiche une ligne sociale-démocrate, renonce finalement à se présenter, ce qui réduit significativement les chances de la gauche de remporter l’élection présidentielle. Le PS organise en janvier 1995 une primaire, qui voit Lionel Jospin l’emporter sur Henri Emmanuelli, premier secrétaire du parti. Dans les sondages, avec 17 à 20 % des voix, Lionel Jospin est au coude-à-coude avec Jacques Chirac, mais largement devancé par le Premier ministre, Édouard Balladur ; en cas de qualification au second tour, aussi bien face à Jacques Chirac qu’Édouard Balladur, il est donné nettement perdant.

Lionel Jospin mène campagne sur les thèmes de la réduction du temps du travail à 35 heures, la réduction du mandat présidentiel de sept ans à cinq ans et sur les emplois-jeunes. Il réclame un « droit d'inventaire » sur le bilan du président François Mitterrand, qui lui apporte un soutien timide. À partir de la mi-mars 1995, après un début de campagne inaudible, il progresse dans les intentions de vote. Il profite de la mauvaise campagne d’Édouard Balladur, qu’il parvient à distancer dans les sondages. Mais il est relégué derrière Jacques Chirac, qui avec sa campagne sur la « fracture sociale », attire une partie de l’électorat de centre-gauche.

À la surprise générale, au soir du premier tour, il totalise 23,30 % des suffrages et arrive en tête, devant Jacques Chirac (20,84 %). Mais le total des voix de gauche n’est que de 40,5 %. Dans l’entre-deux-tours, il adopte un nouveau slogan, « Avec Jospin c'est clair ! Le président du vrai changement ». Comme François Mitterrand en 1988, il essaie de mordre sur l'électorat centriste sans effrayer les électeurs de la gauche communiste et écologiste. Le débat télévisé d’entre-deux-tours est marqué par des échanges courtois ; sur le ton de l'humour, en parlant du thème du quinquennat, Lionel Jospin lance une phrase marquant les esprits : « Il vaut mieux cinq ans avec Jospin que sept ans avec Jacques Chirac ».

S'il réduit son retard, passant dans les sondages de 43 % à 47 %, il n'inverse jamais la tendance. Le 7 mai 1995, il est battu par Jacques Chirac, ressemblant 47,4 % des suffrages. Ce score jugé honorable lui permet dès lors de se placer comme le nouveau chef de l'opposition.

Jacques Chirac[modifier | modifier le code]

À la suite de la large victoire de la droite aux élections législatives de 1993, Jacques Chirac refuse de reprendre une troisième fois la fonction de Premier ministre, estimant qu’il s’agissait-là de la cause principale de sa défaite en 1988. Il laisse à Édouard Balladur la tête du gouvernement, entendant préparer de son côté sa candidature à l’élection présidentielle. Édouard Balladur nie l’existence d’un pacte prévoyant qu'il gère les affaires courantes en s’engageant à soutenir la candidature présidentielle de Jacques Chirac.

Après sa nette défaite à l'élection présidentielle de 1988, Jacques Chirac revoit sa communication, avec l’aide de sa fille, Claude Chirac. Tous deux sont rejoints par Jacques Pilhan, conseiller de François Mitterrand à la présidence de la République. Mais le président du RPR doit faire face à la forte popularité d’Édouard Balladur, dont la candidature à l’élection présidentielle est de plus en plus envisagée. Crédité de 12 % à 14 % dans les sondages, Jacques Chirac se déclare candidat le 4 novembre 1994, ce qui prend de court son parti et la majorité parlementaire.

Menant une campagne de terrain active, il publie un livre dont le titre, La France pour tous, devient son slogan de campagne. Il bénéficie du soutien de l’appareil politique du RPR et reçoit le soutien de deux membres du gouvernement Balladur : Jacques Toubon, ministre de la Culture, et Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères. Jean-Louis Debré et Philippe Séguin, président de l’Assemblée nationale, rallient également sa candidature.

Faisant campagne sur le thème de la « fracture sociale », il ne parvient pas à réellement progresser dans les études d'opinion pendant près de quatre mois. Lors d'un entretien, la journaliste Arlette Chabot lui demande même s’il comptait maintenir sa candidature. Édouard Balladur, qui se déclare candidat le 18 janvier 1995, reçoit le soutien tacite de l'Union pour la démocratie française et de plusieurs ministres RPR, dont Nicolas Sarkozy et Charles Pasqua, qui plaide pour une primaire à droite. À la suite d'un propos d’Édouard Balladur jugé déplaisant sur son état de santé, François Mitterrand œuvre en faveur de la candidature de Jacques Chirac[3].

La campagne de Jacques Chirac commence à décoller fin février, lorsqu’il passe de 17 % à 21 % alors que Balladur tombe de 33 % à 24 %. Début mars, il oscille entre 23 % à 27 %, passant en tête des sondages au premier et au second tour. Il bénéficie de l’image sympathique que lui donnent Les Guignols de l'info et de la mauvaise campagne du Premier ministre. Comme en 1981 et 1988, il rallie des personnalités du cinéma et de la chanson, comme Johnny Hallyday ou Michel Galabru.

Au soir du premier tour, il arrive en deuxième position, avec 20,84 % des suffrages, devançant de deux points Édouard Balladur. Ce dernier appelle aussitôt à voter en sa faveur alors que la droite totalise quelque 59,5 % des votes. Lors du débat télévisé d’entre-deux-tours, il se montre plus à l'aise que lors du débat télévisé de 1988. Le 7 mai 1995, il est élu président de la République avec 52,64 % des suffrages, un score néanmoins plus faible qu’attendu.

Édouard Balladur[modifier | modifier le code]

Après sa nomination à la tête du gouvernement, en 1993, Édouard Balladur connaît une popularité record et sa candidature à l’élection présidentielle de 1995 est de plus en plus envisagée, au détriment de celle de Jacques Chirac. Fin 1994, il voit la prise d'otages du vol 8969 Air France renforcer son statut de présidentiable.

Il annonce sa candidature le 18 janvier 1995, depuis son bureau de l'hôtel Matignon. Il est soutenu par la quasi-totalité du gouvernement, dont plusieurs ministre issus du RPR, et reçoit l’appui de l'Union pour la démocratie française (UDF). Durant sa campagne, il met en avant son bilan, et prône pour la continuité de la politique entreprise depuis 1993, sous le slogan « Croire en la France ».

Cependant, il souffre de la crise économique mondiale, qui favorise le niveau du chômage (plus de trois millions de chômeurs) et les déficits. Son programme est jugé trop libéral, et sa communication est mauvaise : il ne parvient pas à donner une image proche du peuple comme le fait Jacques Chirac. À la fin du mois de février 1995, il est donné à environ 22 % d'intentions de vote, soit dix points de mois qu’un mois auparavant. L’affaire Schuller-Maréchal, qui touche son gouvernement, continue à le faire chuter dans les sondages, qui le créditent à la fin mars de 17 % d'intention de votes, loin derrière Jacques Chirac.

Il parvient à relancer sa campagne début avril, s’affichant plus à l’aise dans ses meetings. Mais le fait qu'il ne bénéficie pas du soutien de l’appareil d'un parti de masse (comme le PS ou le RPR), notamment d'un réseau de militants mobilisés sur le terrain, continue à lui porter préjudice.

Au soir du premier tour, il rassemble 18,58 % des suffrages, manquant de quelque 700 000 voix de se qualifier au second tour. Il appelle aussitôt à voter pour Jacques Chirac. Alors hué par ses partisans, il réplique sèchement : « Je vous demande de vous arrêter ! ». Il annonce ensuite qu'il ne veut pas revoir les divisions de la droite favoriser la victoire de la gauche, comme en 1981 et 1988.

Jean-Marie Le Pen[modifier | modifier le code]

Dans les années 1980, Jean-Marie Le Pen est parvenu à faire de son parti d’extrême droite, le Front national (FN), la quatrième force électorale du pays. Il souffre cependant de la candidature de Philippe de Villiers, candidat du Mouvement pour la France (MPF). Au début de la campagne, il est crédité d’environ 8 % d'intentions de vote, contre 5 % pour ce dernier.

Sous le slogan « Il faut tout changer », ie président du FN espère profiter des divisions de la droite parlementaire pour se qualifier au second tour. Il met en avant les thèmes de l'immigration, de la souveraineté et le rejet des partis de gouvernement RPR/PS. Sa candidature obtient le soutien d’une part importante des ouvriers, ce qui fait naître l’expression de « gaucho-lepénisme ». Crédité de 8 % des voix fin 1994, il passe à 12 % à la mi-mars 1995. À la différence de l’élection présidentielle de 1988, ses adversaires s'attendent à ce qu’il obtienne un score significatif, ce qui lui attire des attaques de toute part.

Au soir du premier tour, il obtient, comme en 1988, la quatrième place. Avec 15,00 % des suffrages, il augmente son score de 300 000 voix par rapport au scrutin présidentiel précédent. Après avoir affiché sa forte opposition envers Jacques Chirac pendant la campagne, il ne donne pas de consigne de vote pour le second tour.

Robert Hue[modifier | modifier le code]

Le Parti communiste français (PCF), qui a subi une déroute à l’élection présidentielle de 1988 avec la candidature d’André Lajoinie, aborde l'élection présidentielle en position de faiblesse. Le parti n'a plus le monopole de la protestation, ni le rôle pivot comme au début de la Cinquième République.

Robert Hue, qui a succédé à Georges Marchais au poste de secrétaire général, entend entamer une politique de mutation du parti dont il vient de prendre la tête en l’ouvrant vers d’autres mouvements à gauche. Investi candidat à l'unanimité par le comité central du parti, il ne subit pas de dissidence, contrairement à ce qui s’était passé pour André Lajoinie en 1988.

Sous le slogan « cette fois on va entendre votre refus de l'injustice et votre espoir de choix nouveau », Robert Hue axe sa campagne contre l'« argent roi » et entend faire des 500 000 emplois précaires des emplois stables, tout en réduisant le temps de travail à 35 heures sans réduction de salaires. Plus feutré que Georges Marchais, il bénéficie d'une image plutôt sympathique. Malgré la concurrence à gauche de Dominique Voynet et d’Arlette Laguiller, il passe, entre septembre 1994 et le premier tour, de 3,5 %, à 9,5 %.

Il obtient finalement 8,64 % des voix, ce qui le place en cinquième position et constitue une progression de 600 000 voix par rapport à 1988. Il appelle à voter pour Lionel Jospin au second tour.

Sondages[modifier | modifier le code]

Premier tour[modifier | modifier le code]

Sondeur Date Arlette Laguiller Robert Hue Michel Rocard Jacques Delors Lionel Jospin Dominique Voynet Valéry Giscard d’Estaing Édouard Balladur Jacques Chirac Philippe de Villiers Jean-Marie Le Pen Jacques Cheminade
Arlette Laguiller

(LO)

Robert Hue

(PCF)

Michel Rocard

(PS)

Jacques Delors

(PS)

Lionel Jospin

(PS)

Dominique Voynet

(Verts)

Valéry Giscard d'Estaing

(UDF)

Édouard Balladur

(RPR-UDF)

Jacques Chirac

(RPR)

Philippe de Villiers

(MPF)

Jean-Marie Le Pen

(FN)

Jacques Cheminade

(FNS)

Année 1994
TNS Sofres du 3 au 5 mars 2,5 % 4,5 % - 24 % - 4 % 7 % 33 % 14 % - 11 % -
TNS Sofres 24 et 25 mars 2 % 5 % 25 % - - 4 % 7 % 29 % 17 % - 11 % -
TNS Sofres du 7 au 9 mai 2,5 % 6 % 26 % - - 4,5 % 6 % 28 % 17 % - 10 % -
TNS Sofres du 2 au 5 juillet 3 % 4 % - 26 % - 4 % 8 % 28 % 16 % - 11 % -
TNS Sofres du 6 au 8 septembre 2,5 % 3,5 % - 27 % - 2 % 5 % 30 % 16 % 4 % 10 % -
TNS Sofres du 4 au 6 octobre 4 % 5 % - 29,5 % - 1,5 % 6 % 28 % 14 % 3 % 9 % -
TNS Sofres du 5 au 9 novembre 3,5 % 5 % - 26 % - 3 % 4,5 % 28 % 18 % 4 % 9 % -
TNS Sofres du 22 au 24 novembre 3,5 % 5 % - 31 % - 3 % 5 % 25 % 15 % 5 % 8 % -
TNS Sofres du 5 au 7 décembre 3 % 5 % - 32 % - 3 % 5 % 25 % 12 % 5 % 10 % -
TNS Sofres du 26 au 28 décembre 3,5 % 6 % - 22 % - 3,5 % 10 % 25 % 14 % 4 % 12 % -
Année 1995
TNS Sofres du 10 au 12 janvier 2,5 % 6 % - - 20 % 4 % - 29 % 17 % 9 % 11,5 % -
TNS Sofres du 24 au 26 janvier 3 % 7 % - - 17 % 3 % - 32 % 18 % 7 % 12 % -
TNS Sofres du 7 au 9 février 3 % 7 % - - 22,5 % 4 % - 28 % 17,5 % 6,5 % 10,5 % -
TNS Sofres du 21 au 23 février 3 % 7 % - - 24 % 5 % - 23,5 % 19 % 7,5 % 11 % -
TNS Sofres 8 et 9 mars 4 % 9 % - - 21 % 3,5 % - 20 % 24 % 7,5 % 10,5 % -
TNS Sofres du 11 au 13 mars 3,5 % 8 % - - 20 % 2,5 % - 20 % 27 % 6,5 % 12 % -
TNS Sofres 21 et 22 mars 3 % 8,5 % - - 22 % 2,5 % - 17 % 26 % 7 % 13 % -
TNS Sofres du 25 au 27 mars 3,5 % 8 % - - 21 % 3,5 % - 18 % 26 % 6,5 % 13 % 0 %
TNS Sofres 4 et 5 avril 4,5 % 8 % - - 22 % 3,5 % - 20 % 24 % 5,5 % 12 % 0,5 %
TNS Sofres du 8 au 10 avril 4,5 % 8,5 % - - 21 % 3 % - 19 % 26 % 5 % 13 % 0 %
TNS Sofres 13 et 14 avril 5 % 8,5 % - - 21 % 3,5 % - 16 % 26 % 6,5 % 13 % 0,5 %
TNS Sofres 20 et 21 avril 5 % 9,5 % - - 20,5 % 4 % - 16,5 % 24 % 6 % 14 % 0,5 %

Second tour[modifier | modifier le code]

Sondages réalisés par l'institut TNS Sofres[4]
Sondeur Date Jacques Chirac, président de la République, France, 1997. Lionel Jospin à Rennes en mai 2014.
Jacques Chirac Lionel Jospin
TNS Sofres 10–12 janvier 1995 51 % 49 %
TNS Sofres 24–26 janvier 1995 54 % 46 %
TNS Sofres 7–9 février 1995 52 % 48 %
TNS Sofres 21–23 février 1995 53 % 47 %
TNS Sofres 8–9 mars 1995 57 % 43 %
TNS Sofres 11–13 mars 1995 60 % 40 %
TNS Sofres 21–22 mars 1995 58 % 42 %
TNS Sofres 25–27 mars 1995 57 % 43 %
TNS Sofres 4–5 avril 1995 57 % 43 %
TNS Sofres 13–14 avril 1995 52 % 48 %
TNS Sofres 20–21 avril 1995 57 % 43 %
TNS Sofres 24 avril 1995 55 % 45 %
TNS Sofres 28–29 avril 1995 54 % 46 %
TNS Sofres 4–5 mai 1995 53 % 47 %
Sondeur Date Jacques Chirac, président de la République, France, 1997. Jacques Delors
Jacques Chirac Jacques Delors
TNS Sofres juillet 1993 49 % 51 %
TNS Sofres septembre 1993 47 % 53 %
TNS Sofres novembre 1993 50 % 50 %
TNS Sofres janvier 1994 49 % 51 %
TNS Sofres mars 1994 49 % 51 %
TNS Sofres mai 1994 50 % 50 %
TNS Sofres juin 1994 48 % 52 %
TNS Sofres juillet 1994 46 % 54 %
TNS Sofres septembre 1994 48,5 % 51,5 %
TNS Sofres octobre 1994 46 % 54 %
TNS Sofres 5-9 novembre 1994 45 % 55 %
TNS Sofres 22-24 novembre 1994 40 % 60 %
TNS Sofres 5-7 décembre 1994 39 % 61 %
TNS Sofres 26-28 décembre 1994 51 % 49 %

Résultats[modifier | modifier le code]

Au niveau national[modifier | modifier le code]

Premier tour
()
Second tour
()
Nombre % Nombre %
Inscrits 39 992 912 100,00 39 976 944 100,00
Votants 31 345 794 78,38 31 845 819 79,66
   suffrages exprimés 30 462 633 97,18 29 943 671 94,03
   bulletins blancs et nuls 883 161 2,82 1 902 148 5,97
Abstentions 8 647 118 21,62 8 131 125 20,34
Candidat
Parti politique
Voix % des
exprimés
Voix % des
exprimés
  Lionel Jospin
Parti socialiste, soutenu par Radical
7 097 786 23,30 14 180 644 47,36
  Jacques Chirac
Rassemblement pour la République
6 348 375 20,84 15 763 027 52,64
  Édouard Balladur
Rassemblement pour la République, soutenu par l'Union pour la démocratie française
5 658 796 18,58
  Jean-Marie Le Pen
Front national
4 570 838 15,00
  Robert Hue
Parti communiste français
2 632 460 8,64
  Arlette Laguiller
Lutte ouvrière
1 615 552 5,30
  Philippe de Villiers
Mouvement pour la France
1 443 186 4,74
  Dominique Voynet
Les Verts
1 010 681 3,32
  Jacques Cheminade
Fédération pour une nouvelle solidarité
84 959 0,28
Source : Conseil constitutionnel (premier tour, second tour)
Jacques Chirac :
(52,64 %)
Lionel Jospin :
(47,36 %)
Candidat arrivé en tête
Candidat arrivé en tête au premier tour par département :
Candidat arrivé en seconde position
Candidat arrivé en second au premier tour par département :
  •      Jacques Chirac
  •      Lionel Jospin
  •      Édouard Balladur
  •      Jean-Marie Le Pen
  •      Philippe de Villiers

Par département[modifier | modifier le code]

Analyse[modifier | modifier le code]

À l’issue du premier tour :

  • Pour la première fois dans l'histoire de la Cinquième République et depuis l'introduction du suffrage universel à l'élection présidentielle, les deux candidats qualifiés pour le second tour ne recueillent pas la majorité des suffrages exprimés (44,14 %), obligeant de facto plus de la moitié des électeurs à faire un autre choix que celui du premier tour. Cependant, cette situation était prévue depuis longtemps par les sondages, du fait de la force électorale de quatre candidats.
  • Lionel Jospin, candidat du PS, arrive en tête du premier tour et en tête dans la majorité des départements malgré la faiblesse de la gauche après quatorze années de présidence mitterrandienne ;
  • Édouard Balladur termine en troisième place alors qu'il était favori jusqu'en février où il obtenait pourtant 30 % des intentions de vote mais en avril il s'effondrait à 19,5 %, face à Jacques Chirac en deuxième position, dont les observateurs de la campagne s’accordent à dire qu'il a bénéficié de sa posture « sociale » face à Édouard Balladur, le « libéral » ;
  • Jean-Marie Le Pen, président et candidat du Front national, se classe quatrième et confirme ainsi son ascension électorale : de 0,75 % en 1974, il passe à 14,38 % en 1988 pour atteindre 15,00 % en cette élection de 1995, et arriva de plus en tête dans le Bas-Rhin, le Haut-Rhin, la Moselle, le Var, le Vaucluse, les Bouches-du-Rhône, la Loire, et arrive en seconde place dans les autres départements de l'Est, les Alpes-Maritimes et le Nord ; cette progression se confirmera en 2002 avec son accession au second tour grâce à un score de 16,86 % ;
  • le score de Robert Hue, cinquième, traduit l’inexorable chute électorale du PCF depuis son « phagocytage » amorcé par François Mitterrand dans le passé, il améliore toutefois le score d’André Lajoinie en 1988 (6,76 % des voix) ;
  • Arlette Laguiller, candidate de LO, se place en sixième position et dépasse pour la première fois les 5 % en obtenant un score de 5,30 %, ce qu’elle rééditera en 2002 avec 5,72 % des suffrages ;
  • Philippe de Villiers, candidat du MPF et septième, ne récolte que 4,74 % des suffrages, ce qui le prive d’un remboursement intégral de ses frais de campagne et le contraint à solliciter l'aide de ses électeurs. La souscription publique couvre la plus grande part des frais de campagne. Il est arrivé en tête dans son département de la Vendée (22 %) et a obtenu, dans les départements limitrophes, 9,1 % dans les Deux-Sèvres, 9 % en Maine-et-Loire et 7,8 % dans la Charente-Maritime.

Le second tour voit la victoire assez nette de Jacques Chirac, candidat du RPR, avec 52,64 % des voix, face à Lionel Jospin, en situation de faiblesse du fait de l’épuisement de la gauche dans l’exercice du pouvoir. Ce dernier dira d’ailleurs : « On ne pouvait pas gagner, car nous étions à la fin d’un cycle politique[5]. »

Comptes de campagne[modifier | modifier le code]

C'est la première élection présidentielle française où les comptes de campagnes sont vérifiés.

Les comptes de tous les candidats sont validés sauf ceux de Jacques Cheminade.

Comptes de campagne retenus par le Conseil Constitutionnel
Candidat Résultat au 1er tour Dépenses Remboursement
Jacques Chirac[6] 20,84 % 119 959 188 F 43 200 000 F
Lionel Jospin[7] 23,30 % 88 930 362 F 42 390 052 F
Édouard Balladur[8] 18,58 % 89 776 119 F 30 170 431 F
Jean-Marie Le Pen[9] 15,00 % 41 710 805 F 32 400 000 F
Robert Hue[10] 8,64 % 50 187 965 F 32 400 000 F
Arlette Laguiller[11] 5,30 % 11 349 012 F 3 768 898 F
Philippe de Villiers[12] 4,74 % 24 088 777 F 7 200 000 F
Dominique Voynet[13] 3,32 % 7 266 891 F 6 217 985 F
Jacques Cheminade[14] 0,28 % comptes rejetés F

Les comptes de campagne d'Édouard Balladur ont été mis en doute en 2010 pour avoir intégré d'importantes sommes en liquide qui pourraient émaner de possibles rétro-commissions d'un contrat militaire avec le Pakistan. Selon le président d'alors du Conseil constitutionnel Roland Dumas, les comptes n'auraient été validés qu'après de houleux débats en passant outre des anomalies dans les comptes de campagne d'Édouard Balladur mais aussi de Jacques Chirac[15]. Selon Jacques Robert, qui siégeait à l'époque au Conseil constitutionnel et a été le premier à évoquer ces irrégularités dès 2002, les comptes de campagne des deux candidats ont été ajustés à la demande de Roland Dumas[16] : « je peux le dire aujourd'hui, les comptes de campagne d'Édouard Balladur et ceux de Jacques Chirac étaient manifestement irréguliers »[17].

En avril 2017, le quotidien Libération fait le lien entre le déblocage de commissions destinées au Pakistan et un versement de 10 millions de francs effectué à la même époque et en espèces sur le compte de l'Association pour le financement de la campagne d'Édouard Balladur (Aficeb)[18],[19]. Le , Édouard Balladur est mis en examen par la Cour de justice de la République dans le volet ministériel de cette affaire pour complicité de détournement de fonds publics dans l'affaire Karachi. Parallèlement, Nicolas Bazire, ex-directeur de campagne d'Édouard Balladur devenu dirigeant du groupe de luxe LVMH ; Renaud Donnedieu de Vabres, ex-conseiller du ministre de la Défense François Léotard ; Thierry Gaubert, alors membre du cabinet du ministre du Budget Nicolas Sarkozy ; Dominique Castellan, ancien patron de la branche internationale de la DCN et l'homme d'affaires franco-libanais Ziad Takieddine ont eux renvoyés en correctionnelle[18].

Après l'élection[modifier | modifier le code]

Au lendemain du second tour, la France célèbre le cinquantième anniversaire du et est représentée par deux présidents, puisque Jacques Chirac est élu mais pas encore investi et François Mitterrand n'a pas encore quitté ses fonctions.

Après quatorze ans de présidence socialiste, Jacques Chirac est investi dans ses fonctions le . Il nomme Alain Juppé, son adjoint à la mairie de Paris et ministre des Affaires étrangères du Gouvernement Édouard Balladur, au poste de Premier ministre.

Quelques semaines après son élection, Jacques Chirac explique aux Français qu'il doit renoncer à son programme de réduction de la « fracture sociale » ayant « sous-estimé l'ampleur des déficits ». Il annonce vouloir réduire les déficits « pour qualifier la France pour la monnaie unique européenne ». Ce changement de cap radical par rapport à ses promesses électorales suivi de près par le « plan Juppé » provoque de vastes mouvements de grève dans les transports en décembre 1995.

Devenu rapidement impopulaire, Jacques Chirac dissout l'Assemblée nationale le , pensant prendre de vitesse la gauche avant les législatives prévues pour 1998 et conserver ainsi la majorité. Après le second tour du scrutin, l'union RPR-UDF, qui comptait alors 472 députés sur 577, n'en garde plus que 253, tandis que la gauche plurielle de Lionel Jospin (socialistes, radicaux, communistes, Verts) en remporte 319. Jacques Chirac nomme Lionel Jospin Premier ministre le , pour former la troisième cohabitation, qui durera cinq ans.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Article 7 de la Constitution de la Cinquième République française.
  2. Décret no 95-285 du 10 mars 1995 portant convocation des électeurs pour l'élection du Président de la République, publié au JORF du .
  3. « Mitterrand, le crépuscule d'un monarque » (consulté le 4 novembre 2018).
  4. Intentions de vote : de 1974 à 2007, sur le site TNS SOFRES.
  5. « Législatives 97: La droite s'étripe sur la défaite, la gauche est épatée par ses succès. Dès hier soir, séguinistes, pasquaïens et balladuriens ont lancé la bataille pour reprendre le RPR. Lionel Jospin évoquait “une chance historique pour la gauche” », Libération, 2 juin 1997
  6. « Décision du Conseil constitutionnel relative au compte de campagne de Monsieur Jacques Chirac, candidat à l'élection présidentielle des 23 avril et 7 mai 1995 »
  7. « Décision du Conseil constitutionnel relative au compte de campagne de Monsieur Lionel Jospin, candidat à l'élection présidentielle des 23 avril et 7 mai 1995 »
  8. « Décision du Conseil constitutionnel relative au compte de campagne de Monsieur Edouard Balladur, candidat à l'élection présidentielle des 23 avril et 7 mai 1995 »
  9. « Décision du Conseil constitutionnel relative au compte de campagne de Monsieur Jean-Marie Le Pen, candidat à l'élection présidentielle des 23 avril et 7 mai 1995 »
  10. « Décision du Conseil constitutionnel relative au compte de campagne de Monsieur Robert Hue, candidat à l'élection présidentielle des 23 avril et 7 mai 1995 »
  11. « Décision du Conseil constitutionnel relative au compte de campagne de Madame Arlette Laguiller, candidate à l'élection présidentielle des 23 avril et 7 mai 1995 »
  12. « Décision du Conseil constitutionnel relative au compte de campagne de Monsieur Philippe de Villiers, candidat à l'élection présidentielle des 23 avril et 7 mai 1995 »
  13. « Décision du Conseil constitutionnel relative au compte de campagne de Madame Dominique Voynet, candidate à l'élection présidentielle des 23 avril et 7 mai 1995 »
  14. « Décision du Conseil constitutionnel relative au compte de campagne de Monsieur Jacques Cheminade, candidat à l'élection présidentielle des 23 avril et 7 mai 1995 »
  15. « Et les comptes de campagne d'Edouard Balladur furent validés... », Le Monde.fr, (consulté le 25 novembre 2010).
  16. « Un Sage avoue que le Conseil constitutionnel ne l'était pas », Le Canard enchaîné, 7 décembre 2011, p. 4.
  17. Le Figaro du 28 janvier 2015.
  18. a et b Paule Gonzales, « Édouard Balladur mis en examen dans l'affaire Karachi », challenges.fr, (consulté le 30 mai 2017).
  19. Fabrice Arfi et Mathilde Mathieu, « Affaire Karachi: Balladur est mis en examen 23 ans après les faits », mediapart.fr (consulté le 30 mai 2017).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]