Élection présidentielle française de 1995

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Élection présidentielle française de 1995

(1er tour)

(2d tour)
Corps électoral et résultats
Population 58 224 051
Inscrits 39 992 912 (1er tour)
39 976 944 (2e tour)
Votants au 1er tour 31 345 794
78,38 %  −3
Votes exprimés au 1er tour 29 579 472
Votes blancs et nuls au 1er tour 883 161
Votants au 2d tour 31 845 819
79,66 %  −4,4
Votes exprimés au 2d tour 28 041 523
Votes blancs et nuls au 2d tour 1 902 148
Débat(s) (2d tour)
Jacques Chirac 1997.jpg Jacques Chirac – RPR
Voix au 1er tour 6 348 375
20,84 %
 +0,9
Voix au 2e tour 15 763 027
52,64 %
Lionel Jospin (4553758629).jpg Lionel Jospin – PS
Voix au 1er tour 7 097 786
23,30 %
Voix au 2e tour 14 180 644
47,36 %
Edouard Balladur-1-crop2.png Édouard Balladur – RPR - UDF
Voix au 1er tour 5 658 796
18,58 %
200109 Jean-Marie Le Pen 191 (cropped 2).jpg Jean-Marie Le Pen – FN
Voix au 1er tour 4 570 838
15,00 %
 +0,6
Robert Hue.jpg Robert Hue – PCF
Voix au 1er tour 2 632 460
8,64 %
Arlette Laguiller.jpg Arlette Laguiller – LO
Voix au 1er tour 1 615 552
5,30 %
 +3,3
Résultats du second tour
Carte
  • Jacques Chirac
  • Lionel Jospin
Président de la République française
Sortant Élu
François Mitterrand
PS
Jacques Chirac
RPR

L'élection présidentielle française de 1995 est la septième élection présidentielle à se tenir sous la régime de la Cinquième République, et la sixième au suffrage universel direct depuis la réforme constitutionnelle de 1962. Les premier et second tour sont respectivement organisés les 23 avril et .

Après avoir congédié Michel Rocard, le président François Mitterrand et les gouvernements socialistes d'Édith Cresson et de Pierre Bérégovoy sont impuissants à résoudre la crise des années 1991-1993, ce qui conduit la droite à revenir aux affaires et à la Deuxième cohabitation.

Jacques Chirac est candidat pour la troisième fois. Durant le second septennat de François Mitterrand, son autorité sur le RPR est remise en cause jusqu'aux législatives de 1993, notamment par Charles Pasqua et Philippe Séguin. À droite, longtemps donné grand favori par les sondages, le Premier ministre, Édouard Balladur, se présente également. Du côté du PS, Lionel Jospin s'impose comme candidat grâce à une stratégie de mise en retrait entamée après les cantonales de 1992. Les trois principaux candidats potentiels, Laurent Fabius, Michel Rocard et Jacques Delors, renoncent à se présenter.

Après avoir légèrement devancé Édouard Balladur au premier tour, Jacques Chirac l'emporte avec 52,6 % des suffrages exprimés au second tour face à Lionel Jospin.

Modalités du scrutin[modifier | modifier le code]

Lors de l’élection présidentielle de 1995, le président de la République est élu au suffrage universel direct pour un mandat de sept ans. Si aucun candidat ne recueille la majorité absolue des suffrages exprimés au premier tour de scrutin, un second tour a lieu quatorze jours plus tard : seuls peuvent alors se présenter les deux candidats arrivés en tête au premier tour après retrait éventuel de candidats mieux placés[1]. L’élection présidentielle se tient les 23 avril (premier tour) et 7 mai (second tour) 1995[2].

Chaque candidat doit satisfaire plusieurs conditions :

La Constitution prévoit que[1] :

  • en cas d'empêchement ou décès dans la dernière semaine de dépôt des candidatures d'une personne qui a annoncé son intention d'être candidate, le Conseil constitutionnel peut reporter l'élection ;
  • en cas d'empêchement ou décès d'un candidat avant le premier tour, l'élection est reportée ;
  • en cas d'empêchement ou décès d'un candidat qualifié pour le second tour, il est procédé de nouveau à l'ensemble des opérations électorales.

Le Conseil constitutionnel est, selon l'article 58 de la Constitution, garant de la régularité de l'élection, de l'examen des réclamations et de la proclamation des résultats.

Candidats[modifier | modifier le code]

Dépôt des candidatures[modifier | modifier le code]

Le Conseil constitutionnel a rendu publique la liste des candidats deux semaines avant le premier tour, conformément à l'article 58 de la Constitution. Antoine Waechter et Brice Lalonde ont échoué à recueillir les 500 parrainages nécessaires, tout comme le régionaliste Max Simeoni[3].

Candidatures retirées ou n'ayant pas abouti[modifier | modifier le code]

Déroulement[modifier | modifier le code]

Le scrutin est organisé selon les règles fixées par le décret de convocation des électeurs, et se déroule aux dates suivantes[2] :

Premier tour[modifier | modifier le code]

Le 23 avril, Édouard Balladur et Philippe de Villiers appellent leurs électeurs à voter en faveur de Jacques Chirac. De son côté, Robert Hue et Dominique Voynet appellent à voter pour Lionel Jospin tandis qu'Arlette Laguiller ne donna aucune consigne de vote, conformément à ce qu'elle avait indiqué en janvier 1995[11].

Campagne du second tour[modifier | modifier le code]

Voyant son succès quasi assuré, Jacques Chirac réorienta son discours avec une ligne nettement plus libérale qu'au premier tour. Son discours devint davantage inspiré par Alain Juppé que par Philippe Séguin. Les politologues ne manquèrent pas de le faire remarquer, tout comme Lionel Jospin lors d'un meeting au lendemain du débat télévisé[12].

Lors du défilé du 1er mai du Front national en l'honneur de Jeanne d'Arc, Jean-Marie Le Pen ne donna aucune consigne de vote[13].

Débat télévisé[modifier | modifier le code]

Bien plus décontracté que les précédents, le débat fut assez courtois et aucune tension ne fut observée[14]. Le seul moment marquant de l'émission fut lorsque Lionel Jospin prononça sa phrase sur une éventuelle victoire de Jacques Chirac :

«  Il vaut mieux cinq ans avec Jospin que sept ans avec Jacques Chirac. Ça serait bien long[15]. »

Second tour[modifier | modifier le code]

Lionel Jospin concède sa défaite de manière respectueuse envers Jacques Chirac, jugeant qu'une victoire était quasiment impossible après les 14 années de présidence de François Mitterrand : « Les citoyens se sont exprimés ce dimanche 7 mai pour élire le président de la République. La décision était grave et sans doute difficile à prendre pour beaucoup de Françaises et de Français en un temps où nombre d'entre vous doivent affronter de sérieux problèmes et s'interrogent sur l'avenir de notre pays.

Une majorité a voté pour Jacques Chirac, je le félicite pour son élection à la présidence de la République et je lui souhaite bonne chance.

Je salue François Mitterrand au moment où s’achève son second septennat.

Je remercie chaleureusement les quinze millions de Françaises et de Français qui m'ont apporté leurs suffrages. Dans ce grand moment de confrontation démocratique qu'est une campagne présidentielle, j'ai senti se créer autour de ma candidature et de mes propositions un profond mouvement de renouveau. Il n'a pas permis aujourd'hui la victoire, mais il ne s'arrêtera pas car il est porteur d'espérance.

J'invite toutes celles et tous ceux qui croient aux valeurs de justice et de progrès à se rassembler pour prolonger cette espérance et préparer les succès de demain. »

Contexte[modifier | modifier le code]

Retour de la droite au pouvoir[modifier | modifier le code]

La droite prépare activement la reconquête du pouvoir. En juin 1990, Jacques Chirac et Valéry Giscard d'Estaing fondent l'Union pour la France. L'UPF souhaite gagner les élections législatives de 1993 et présenter un candidat commun à la présidentielle de 1995 à la suite d'une éventuelle primaire[16].

La droite est divisée sur la question européenne à l'occasion du référendum sur le Traité de Maastricht. Jacques Chirac, Alain Juppé, Valéry Giscard d'Estaing ou encore Raymond Barre font campagne en faveur du « oui ». Philippe Séguin, Charles Pasqua et Philippe de Villiers portant la campagne du « non ». Le 20 septembre 1992, le « oui » l'emporte de justesse.

Après une campagne sans grand suspense, l'union UDF-RPR remporte un succès considérable aux élections législatives de mars 1993, avec 495 sièges sur 577. Le RPR obtient 257 sièges, l'UDF 215 et les divers droite 23. Le 29 mars, François Mitterrand nomme Edouard Balladur Premier ministre. C'est la deuxième cohabitation.

L'accord entre Jacques Chirac et Édouard Balladur semble clair : le président du RPR se mettant en retrait pour préparer sa campagne présidentielle de 1995 et le Premier ministre installant simplement la droite au pouvoir en attendant le départ de François Mitterrand[17].

Affaiblissement de la gauche[modifier | modifier le code]

Empêtré dans les affaires et les révélations sur le passé de François Mitterrand, le PS se présente dans un bien mauvais état à la fin de l'année 1994.

Incarnation d'une alternative de gauche à François Mitterrand, Michel Rocard apparaît comme le candidat naturel du PS. Néanmoins, le parti essuie de violents revers aux élections régionales et cantonales de 1992, et subit la plus lourde défaite de son histoire aux élections législatives de 1993 : seuls 57 députés socialistes ou apparentés sont élus. Laurent Fabius, premier secrétaire du PS, démissionne au congrès du Bourget. Il est remplacé par Michel Rocard. Celui-ci dirige la liste socialiste aux élections européennes de 1994 : avec seulement 14,49% des voix, c'est un échec. Il est même talonné par la liste du Mouvement Radical de Gauche, emmenée par Bernard Tapie (12,03% des voix). Après le retournement des jospiniens, il démissionne de la tête du parti[18]. Le , François Mitterrand annonça qu'il renonçait à se représenter[19],[20].

L'émergence de Bernard Tapie est évidemment en mesure d'affaiblir le PS à gauche. Fort de son bon score aux élections européennes, sa candidature est envisagée par le MRG. Mais, rattrapé par les scandales financiers (en particulier l'affaire VA/OM), la carrière politique de Bernard Tapie s'arrête[21].

C'est alors que l'ancien ministre Jacques Delors, président de la Commission européenne depuis 1985, est perçu comme le dernier recours à gauche. En tête dans tous les sondages, quelle que soit la configuration, il renonce pourtant à se présenter le 11 décembre 1994[22]. Pour justifier sa décision, il explique que « les conditions ne [lui] paraissent pas à l’heure actuelle réunies pour la mise en œuvre de la politique [qu'il croit] nécessaire pour la France »[23]. Son renoncement fut assez mal vécu à gauche, mais également par l'équipe d'Édouard Balladur[24].

Au congrès de Liévin de novembre 1994, Henri Emmanuelli devient Premier secrétaire du PS. Il annonce l'organisation d'une primaire interne pour désigner le candidat du Parti socialiste, dans l'hypothèse où Jacques Delors ne se présenterait pas. Celle-ci se tient le 5 février 1995, et désigne Lionel Jospin. Celui-ci fait campagne sur le thème du « droit d'inventaire », qui marque une prise de distance avec François Mitterrand.

De son côté, le Parti communiste français poursuit son effondrement, entamé en 1981. Robert Hue, secrétaire général depuis 1994, semble toutefois bénéficier d'une bonne image dans l'opinion. Il présente sa candidature.

Campagne des principaux candidats[modifier | modifier le code]

Jacques Chirac[modifier | modifier le code]

Le président du RPR avait passé un accord avec Édouard Balladur après les législatives de 1993 pour pouvoir se présenter à l'élection présidentielle[17]. Néanmoins, il fut confronté à la forte popularité d'Édouard Balladur ainsi qu'à la bonne entente entre François Mitterrand et son Premier ministre, alors même qu'il avait refusé de redevenir Premier ministre de François Mitterrand et car cela lui avait beaucoup coûté lors de la présidentielle de 1988.

Le , il déclare sa candidature dans un entretien à La Voix du Nord, prenant de cours l'ensemble de la majorité, y compris du côté de l'UDF[25],[26]. Le 12, il démissionne de la présidence du RPR, pour se consacrer exclusivement à la campagne, contrairement à 1981 et 1988 où il avait gardé sa fonction. Il s'entoure de Jacques Pilhan, un ancien conseiller de François Mitterrand pour travailler sur son image et sur sa communication avec sa fille Claude Chirac[27]. Il choisit Patrick Stefanini pour diriger sa campagne, tandis que le jeune François Baroin fut désigné comme porte-parole[28].

Il réalise un coup d'éclat lors de son intervention médiatisée le sur la question des SDF en France, demandant l'application de l'ordonnance du pour réquisitionner des logements[29],[30]. En janvier 1995, son livre programme La France pour tous sort en librairie et inspire en partie son slogan de campagne. Le 18 janvier, Édouard Balladur déclare sa candidature et reçoit le soutien de la quasi totalité du gouvernement, notamment des membres RPR, exceptés Alain Juppé et Jacques Toubon tout comme Philippe Douste-Blazy et Alain Madelin qui préfèrent aller à l'encontre du soutien de son parti. Jean-Louis Debré et Philippe Séguin se rallient également à sa candidature. Il mène campagne notamment sur la « fracture sociale », théorisée en partie par le sociologue Emmanuel Todd. Sa campagne met du temps à décoller, au point que la journaliste Arlette Chabot l'interroge sur la pertinence de sa candidature[31],[32]. Nicolas Sarkozy va même jusqu'à suggérer que s'il se retirait, Édouard Balladur serait élu dès le premier tour[33].

À partir du mois de février, sa campagne décolle tandis que celle d'Édouard Balladur commence à patiner, les sondages passant de 17% à 21% en sa faveur tandis Balladur connaît une chute de 9 points (de 33% à 24%). Il bénéficie notamment de la bonne image que lui donne Les Guignols de l'Info et de l'effet de sa phrase « Mangez des pommes ». De plus, à la suite de propos mal placés sur son état de santé, François Mitterrand va favoriser sa candidature au détriment de celle d'Édouard Balladur. Après le mois de février, les courbes s'inversent et Édouard Balladur ne rattrapa jamais son retard[34].

Il reçoit divers soutiens, notamment Johnny Hallyday, Michel Galabru, Line Renaud ou Frédéric Mitterrand, neveu du président sortant. Il bénéficie également du soutien de Valéry Giscard d'Estaing avec qui il s'était rapproché en 1982 suite à leur brouille de la présidentielle de 1981[35].

À la surprise générale, il n'arrive qu'en deuxième position lors du premier tour avec 20,84 %[36] et n'améliore que très légèrement son score de 1988. Cependant, il remporte assez nettement le scrutin lors du second tour, avec 52,64 % des suffrages, bénéficiant d'un très bon report des voix des électeurs d'Édouard Balladur. Pour le second tour, il bénéficie du soutien de Brice Lalonde, qui lui apporta son soutien le 2 mai[37]. L'opinion était sans doute lassée des 14 années de présidence de François Mitterrand[réf. nécessaire].

Lionel Jospin[modifier | modifier le code]

L'ancien premier secrétaire du PS avait pris du recul après la défaite de la gauche lors des législatives de 1993. Ses rapports avec François Mitterrand s'étaient tendus depuis le congrès de Rennes, et il se tint à l'écart des instances du parti. Lors du congrès du Bourget, Michel Rocard le charge d'organiser les « Assises de transformation sociale », censées rassembler la gauche autour d'un nouveau projet. Au congrès de Liévin, il présenta une contribution comme un simple militant[38],[39]. Il reçoit la bénédiction de Pierre Mauroy, que François Mitterrand avait tenté de convaincre de concourir[40].

Lorsque Jacques Delors renonce à concourir le à l'émission 7 sur 7, il commence à réfléchir à une éventuelle candidature. Daniel Vaillant, proche de Lionel Jospin depuis les années 1970, lui fait l'analyse suivante : — Il ne faut surtout pas que le Conseil national désigne le candidat, sinon tu est foutu[41]. — Il parvient à ramener vers lui les soutiens de Jacques Delors, notamment François Hollande[42]. Le , il annonce devant le bureau national du PS qu'il est prêt à se présenter à l'élection présidentielle[43]. Le soir même de son annonce de candidature, il reçoit le soutien du bureau politique du Mouvement des citoyens, fondé par les anciens du CERES[44]. En coulisses, la Gauche socialiste tente de se rapprocher du mouvement Radical pour empêcher une candidature Jospin[45]. La fédération socialiste de Haute-Garonne se mêle également à ces intrigues contre l'ancien ministre[46]. Un mois plus tard, Lionel Jospin remporte la primaire face au premier secrétaire, Henri Emmanuelli. Il reçoit également le soutien du mouvement Radical, après le retrait de son président Jean-François Hory le 31 mars[47].

Il constitue rapidement son équipe de campagne. Originalité par rapport aux précédents scrutins, il innove en nommant cinq porte-parole : Martine Aubry, Jean-Marc Ayrault, Dominique Strauss-Kahn, Georges Pau Langevin et Daniel Percheron[48]. Jacques Delors préside le comité de soutien, tandis que Jean Glavany dirige la campagne[48].

Rapidement, il réclame un « droit d'inventaire » sur l'action de François Mitterrand[49]. Il mène campagne principalement sur le passage au 35 heures[N 1], ainsi que pour la création d'« emplois jeunes », de la réduction du mandat présidentiel et l'adoption du quinquennat[N 2]. Il propose également de taxer l'argent de la spéculation qui n'est pas réinvesti dans l'économie[50]. Malgré leurs relations difficiles depuis 1990, François Mitterrand lui apporte son soutien le [51]. Il reçoit le soutien du parti Radical le 31 mars[47].

Sa campagne fut fortement amputée du duel entre Jacques Chirac et Édouard Balladur, et ne décolla véritablement qu'au mois de mars, les sondages ne le créditant que de 17% à 20% d'intentions de vote. Par ailleurs, il ne tient son premier meeting de campagne que le 21 mars[47]. Sa campagne permit au Parti socialiste de redresser son image. En février 1995, un sondage indiquait que 60 % des Français avaient une mauvaise image du PS, contre 26 % d'opinion favorable. Le mois suivant, la courbe s'était inversée avec 47 % d'opinions favorables contre 44 % de désapprobation[52]. À la surprise générale, il arrive en tête lors du premier tour avec 23,30 %, mais il fût nettement défait lors du second tour par Jacques Chirac[36].

Il reçut le soutien de nombreuses personnalités, dont Pierre Arditi, Yves Robert, Barbara, Pierre Perret, Érik Orsenna ou Alain Decaux[53].

Édouard Balladur[modifier | modifier le code]

Durant ses deux années à l'hôtel de Matignon, le Premier ministre bénéficie d'une forte popularité[54],[55]. L'épisode de la prise d'otages du vol 8969 Air France contribuera d'après les politologues à renforcer sa stature de candidat présidentiable dans l'opinion[56]. Au début de l'année 1994, une enquête de l'Ifop sur le meilleur candidat pour la droite plaçait largement le Premier ministre en tête, devant Raymond Barre et Jacques Chirac. Il était plébiscité par 53 % des sondés contre 18 % à Jacques Chirac, et même 59 % pour les sympathisants de droite[57].

Il annonce sa candidature le depuis son bureau de Matignon[58]. Sa déclaration de candidature fut assez bien reçue dans l'opinion[55]. Il bénéficie du soutien de la quasi totalité du gouvernement ainsi que de l'Union pour la démocratie française qui lui apporte son soutien[59],[60]. Il fait de Nicolas Bazire son directeur de campagne[61].

Sa campagne est amputée par des couacs dans sa communication, notamment l'épisode du métro qui est ressorti pendant la campagne[62]. Il ne parvient pas à donner une image proche du peuple comme Jacques Chirac le faisait, et son passage au salon de l'Agriculture ne fut pas des plus réussis[63]. Son programme est jugé bien trop libéral pour une bonne partie de l'opinion et des experts[64]. L'affaire Schuller-Maréchal contribue à faire chuter les intentions de vote en sa faveur durant la campagne[65]. Par ailleurs, comme Jacques Chaban-Delmas en 1974, il fut victime de révélations du Canard enchaîné sur sa feuille d'impôts[66],[67].

Le Premier ministre reçoit le soutien du maire de Marseille Robert Vigouroux[68],[69].

Le soir du premier tour, il n'obtient que 18,58 % des suffrages exprimés. Invitant ses électeurs à voter pour Jacques Chirac lors du second tour, ses partisans conspuent le candidat. Il réplique alors sèchement à ses partisans « Je vous demande de vous arrêter ! », une phrase qui deviendra l'une des phrases cultes des élections présidentielles[70].

Jean-Marie Le Pen[modifier | modifier le code]

Dans les années 1980, Jean-Marie Le Pen est parvenu à faire de son parti d’extrême droite, le Front national (FN), la quatrième force électorale du pays. Il souffre cependant de la candidature de Philippe de Villiers, candidat du Mouvement pour la France (MPF). Au début de la campagne, il est crédité d’environ 8 % d'intentions de vote, contre 5 % pour ce dernier. Il déclare sa candidature le , et fut officiellement investi par son parti le [71].

Sous le slogan « Il faut tout changer », le président du FN espère profiter des divisions de la droite parlementaire pour se qualifier au second tour. Il met en avant les thèmes de l'immigration, de la souveraineté et le rejet des partis de gouvernement. Il fit également campagne sur l'idée d'une Sixième République[72]. Sa candidature obtient le soutien d’une part importante des ouvriers, ce qui fait naître l’expression de « gaucho-lepénisme »[71]. Crédité de 8 % des voix fin 1994, il passe à 12 % à la mi-mars 1995. À la différence de l’élection présidentielle de 1988, ses adversaires s'attendent à ce qu’il obtienne un score significatif, ce qui lui attire des attaques de toute part. Il est le seul candidat à avoir refusé de répondre à une enquête du journal Le Monde sur ses revenus[66].

Au soir du premier tour, il obtient, comme en 1988, la quatrième place. Avec 15,00 % des suffrages, il augmente son score de 300 000 voix par rapport au scrutin présidentiel précédent. Après avoir affiché sa forte opposition envers Jacques Chirac pendant la campagne, il ne donne pas de consigne de vote pour le second tour[13].

Robert Hue[modifier | modifier le code]

Le Parti communiste français (PCF), qui a subi une déroute à l’élection présidentielle de 1988 avec la candidature d’André Lajoinie, aborde l'élection présidentielle en position de faiblesse. Le parti n'a plus le monopole de la protestation, ni le rôle pivot comme au début de la Cinquième République.

Robert Hue, qui a succédé à Georges Marchais au poste de secrétaire général, entend entamer une politique de mutation du parti dont il vient de prendre la tête en l’ouvrant vers d’autres mouvements à gauche. Investi candidat à l'unanimité par le comité central du parti le , il ne subit pas de dissidence, contrairement à ce qui s’était passé pour André Lajoinie en 1988[73],[74].

Sous le slogan « cette fois on va entendre votre refus de l'injustice et votre espoir de choix nouveau », Robert Hue axe sa campagne contre l'« argent roi » et entend faire des 500 000 emplois précaires des emplois stables, tout en réduisant le temps de travail à 35 heures sans réduction de salaires. Plus feutré que Georges Marchais, il bénéficie d'une image plutôt sympathique. Malgré la concurrence à gauche de Dominique Voynet et d’Arlette Laguiller, il passe, entre septembre 1994 et le premier tour, de 3,5 %, à 9,5 %.

Il obtient finalement 8,64 % des voix, ce qui le place en cinquième position et constitue une progression de 600 000 voix par rapport à 1988. Il appelle à voter pour Lionel Jospin au second tour.

Sondages[modifier | modifier le code]

Les sondages ont longtemps indiqué que le duel pour le second tour serait entre Édouard Balladur ou Jacques Chirac contre le candidat du Parti socialiste. Comme en 1988, ils n'ont pas anticipé suffisamment un score élevé pour Jean-Marie Le Pen car certains électeurs se refusent à avouer cette option aux instituts. De fait, cette élection constitue une surprise[36],[75].

Premier tour[modifier | modifier le code]

Sondeur Date Arlette Laguiller Robert Hue Michel Rocard Jacques Delors Lionel Jospin Dominique Voynet Valéry Giscard d’Estaing Édouard Balladur Jacques Chirac Philippe de Villiers Jean-Marie Le Pen Jacques Cheminade
Arlette Laguiller

(LO)

Robert Hue

(PCF)

Michel Rocard

(PS)

Jacques Delors

(PS)

Lionel Jospin

(PS)

Dominique Voynet

(Verts)

Valéry Giscard d'Estaing

(UDF)

Édouard Balladur

(RPR-UDF)

Jacques Chirac

(RPR)

Philippe de Villiers

(MPF)

Jean-Marie Le Pen

(FN)

Jacques Cheminade

(FNS)

Année 1994
TNS Sofres du 3 au 5 mars 2,5 % 4,5 % - 24 % - 4 % 7 % 33 % 14 % - 11 % -
TNS Sofres 24 et 25 mars 2 % 5 % 25 % - - 4 % 7 % 29 % 17 % - 11 % -
TNS Sofres du 7 au 9 mai 2,5 % 6 % 26 % - - 4,5 % 6 % 28 % 17 % - 10 % -
TNS Sofres du 2 au 5 juillet 3 % 4 % - 26 % - 4 % 8 % 28 % 16 % - 11 % -
TNS Sofres du 6 au 8 septembre 2,5 % 3,5 % - 27 % - 2 % 5 % 30 % 16 % 4 % 10 % -
TNS Sofres du 4 au 6 octobre 4 % 5 % - 29,5 % - 1,5 % 6 % 28 % 14 % 3 % 9 % -
TNS Sofres du 5 au 9 novembre 3,5 % 5 % - 26 % - 3 % 4,5 % 28 % 18 % 4 % 9 % -
TNS Sofres du 22 au 24 novembre 3,5 % 5 % - 31 % - 3 % 5 % 25 % 15 % 5 % 8 % -
TNS Sofres du 5 au 7 décembre 3 % 5 % - 32 % - 3 % 5 % 25 % 12 % 5 % 10 % -
TNS Sofres du 26 au 28 décembre 3,5 % 6 % - 22 % - 3,5 % 10 % 25 % 14 % 4 % 12 % -
Année 1995
TNS Sofres du 10 au 12 janvier 2,5 % 6 % - - 20 % 4 % - 29 % 17 % 9 % 11,5 % -
TNS Sofres du 24 au 26 janvier 3 % 7 % - - 17 % 3 % - 32 % 18 % 7 % 12 % -
TNS Sofres du 7 au 9 février 3 % 7 % - - 22,5 % 4 % - 28 % 17,5 % 6,5 % 10,5 % -
TNS Sofres du 21 au 23 février 3 % 7 % - - 24 % 5 % - 23,5 % 19 % 7,5 % 11 % -
TNS Sofres 8 et 9 mars 4 % 9 % - - 21 % 3,5 % - 20 % 24 % 7,5 % 10,5 % -
TNS Sofres du 11 au 13 mars 3,5 % 8 % - - 20 % 2,5 % - 20 % 27 % 6,5 % 12 % -
TNS Sofres 21 et 22 mars 3 % 8,5 % - - 22 % 2,5 % - 17 % 26 % 7 % 13 % -
TNS Sofres du 25 au 27 mars 3,5 % 8 % - - 21 % 3,5 % - 18 % 26 % 6,5 % 13 % 0 %
TNS Sofres 4 et 5 avril 4,5 % 8 % - - 22 % 3,5 % - 20 % 24 % 5,5 % 12 % 0,5 %
TNS Sofres du 8 au 10 avril 4,5 % 8,5 % - - 21 % 3 % - 19 % 26 % 5 % 13 % 0 %
TNS Sofres 13 et 14 avril 5 % 8,5 % - - 21 % 3,5 % - 16 % 26 % 6,5 % 13 % 0,5 %
TNS Sofres 20 et 21 avril 5 % 9,5 % - - 20,5 % 4 % - 16,5 % 24 % 6 % 14 % 0,5 %

Second tour[modifier | modifier le code]

Balladur - Chirac[modifier | modifier le code]

Sondeur Date Edouard Balladur-1-crop2.png Jacques Chirac 1997.jpg
Édouard Balladur Jacques Chirac
Ipsos 1er–2 juillet 1994 65 % 35 %
Ipsos 15–19 décembre 1994 58 % 42 %
Ipsos 11 janvier 1995 66 % 34 %
Ifop 19–20 janvier 1995 64 % 36 %
Louis Harris 4–5 février 1995 55 % 45 %
CSA 6 février 1995 61 % 39 %
Louis Harris 17–18 février 1995 53 % 47 %
BVA 17–20 février 1995 50 % 50 %
CSA 28 février–1er mars 1995 41 % 59 %
Louis Harris 1er mars 1995 49 % 51 %
Ifop 2–3 mars 1995 44 % 56 %
BVA 2–5 mars 1995 41 % 59 %
Ipsos 6 mars 1995 40 % 60 %
Louis Harris 10–11 mars 1995 36 % 64 %
Sofres 11–13 mars 1995 40 % 60 %
Louis Harris 15 mars 1995 35 % 65 %
Louis Harris 22 mars 1995 38 % 62 %
Ifop 23–24 mars 1995 38 % 62 %
Sofres 25–27 mars 1995 39 % 61 %
Ipsos 11–13 avril 1995 41 % 59 %

Balladur - Jospin[modifier | modifier le code]

Sondeur Date Edouard Balladur-1-crop2.png Lionel Jospin à Rennes en octobre 2000.
Édouard Balladur Lionel Jospin
Louis Harris 6–7 janvier 1995 61 % 39 %
Ipsos 11 janvier 1995 66 % 34 %
Ifop 19–20 janvier 1995 64 % 36 %
Louis Harris 4–5 février 1995 61 % 39 %
CSA 6 février 1995 61 % 39 %
Louis Harris 17–20 février 1995 54 % 46 %
BVA 17–20 février 1995 53 % 47 %
CSA 28 février–1er mars 1995 55 % 45 %
Louis Harris 1er mars 1995 55 % 45 %
Ifop 2–3 mars 1995 53 % 47 %
BVA 2–5 mars 1995 54 % 46 %
Ipsos 6 mars 1995 52 % 48 %
Ifop 9–10 mars 1995 52 % 48 %
Louis Harris 10–11 mars 1995 53 % 47 %
Ifop 23–24 mars 1995 51 % 49 %
Sofres 25–27 mars 1995 51,5 % 48,5 %
Ipsos 11–13 avril 1995 57 % 43 %

Chirac - Jospin[modifier | modifier le code]

Sondeur Date Jacques Chirac, président de la République, France, 1997. Lionel Jospin à Rennes en octobre 2000.
Jacques Chirac Lionel Jospin
Sofres 10–12 janvier 1995 51 % 49 %
Sofres 24–26 janvier 1995 54 % 46 %
Louis Harris 4–5 février 1995 57 % 43 %
Sofres 7–9 février 1995 52 % 48 %
Louis Harris 17–20 février 1995 53 % 47 %
BVA 17–20 février 1995 54 % 46 %
Sofres 21–23 février 1995 53 % 47 %
CSA 28 février–1er mars 1995 56 % 44 %
Louis Harris 1er mars 1995 56 % 44 %
Ifop 2–3 mars 1995 57 % 43 %
BVA 2–5 mars 1995 57 % 43 %
Ipsos 6 mars 1995 56 % 44 %
Sofres 8–9 mars 1995 57 % 43 %
Ifop 9–10 mars 1995 59 % 41 %
Louis Harris 10–11 mars 1995 59 % 41 %
Sofres 11–13 mars 1995 60 % 40 %
Louis Harris 15 mars 1995 56 % 44 %
Sofres 21–22 mars 1995 58 % 42 %
Louis Harris 22 mars 1995 55 % 45 %
Ifop 23–24 mars 1995 58 % 42 %
Sofres 25–27 mars 1995 57 % 43 %
Sofres 4–5 avril 1995 57 % 43 %
Ipsos 11–13 avril 1995 59 % 41 %
Sofres 13–14 avril 1995 52 % 48 %
Sofres 20–21 avril 1995 57 % 43 %
Sofres 24 avril 1995 55 % 45 %
Sofres 28–29 avril 1995 54 % 46 %
Sofres 4–5 mai 1995 53 % 47 %

Chirac - Delors[modifier | modifier le code]

Sondeur Date Jacques Chirac, président de la République, France, 1997. Jacques Delors
Jacques Chirac Jacques Delors
Sofres juillet 1993 49 % 51 %
Sofres septembre 1993 47 % 53 %
Sofres novembre 1993 50 % 50 %
Sofres janvier 1994 49 % 51 %
Ipsos 15–18 février 1994 52 % 48 %
Sofres mars 1994 49 % 51 %
Sofres mai 1994 50 % 50 %
Sofres juin 1994 48 % 52 %
Ipsos 16–21 juin 1994 54 % 46 %
Sofres juillet 1994 46 % 54 %
Ipsos 1er–2 juillet 1994 48 % 52 %
Ipsos 2–5 juillet 1994 46 % 54 %
Sofres septembre 1994 48,5 % 51,5 %
Ipsos 9–12 septembre 1994 48 % 52 %
Sofres octobre 1994 46 % 54 %
Sofres 5–9 novembre 1994 45 % 55 %
Sofres 22–24 novembre 1994 40 % 60 %
Sofres 5–7 décembre 1994 39 % 61 %
Sofres 26–28 décembre 1994 51 % 49 %

Résultats[modifier | modifier le code]

Premier tour
()
Second tour
()
Nombre % Nombre %
Inscrits 39 992 912 100,00 39 976 944 100,00
Votants 31 345 794 78,38 31 845 819 79,66
   suffrages exprimés 30 462 633 97,18 29 943 671 94,03
   bulletins blancs et nuls 883 161 2,82 1 902 148 5,97
Abstentions 8 647 118 21,62 8 131 125 20,34
Candidat
Parti politique
Voix % des
exprimés
Voix % des
exprimés
  Lionel Jospin
Parti socialiste, soutenu par Radical et le Mouvement des citoyens
7 097 786 23,30 14 180 644 47,36
  Jacques Chirac
Rassemblement pour la République
6 348 375 20,84 15 763 027 52,64
  Édouard Balladur
Rassemblement pour la République, soutenu par l'Union pour la démocratie française
5 658 796 18,58
  Jean-Marie Le Pen
Front national
4 570 838 15,00
  Robert Hue
Parti communiste français
2 632 460 8,64
  Arlette Laguiller
Lutte ouvrière
1 615 552 5,30
  Philippe de Villiers
Mouvement pour la France
1 443 186 4,74
  Dominique Voynet
Les Verts
1 010 681 3,32
  Jacques Cheminade
Fédération pour une nouvelle solidarité
84 959 0,28
Source : Conseil constitutionnel (premier tour, second tour)
Jacques Chirac :
(52,64 %)
Lionel Jospin :
(47,36 %)

Analyse[modifier | modifier le code]

Analyse géographique[modifier | modifier le code]

Candidat arrivé en tête
Candidat arrivé en tête au premier tour par département :
Candidat arrivé en seconde position
Candidat arrivé en second au premier tour par département :
  • Jacques Chirac
  • Lionel Jospin
  • Édouard Balladur
  • Jean-Marie Le Pen
  • Philippe de Villiers

Premier tour[modifier | modifier le code]

Lionel Jospin est arrivé en tête dans soixante-huit départements de France métropolitaine et en Martinique. Il obtient son meilleur score dans l'Ariège avec 33,81 %. Il arrive en seconde position dans seize départements. Il réalise ses meilleurs scores dans les départements les plus à gauche et parvient en deuxième position à Paris. Il réalise quelques bonnes surprises, comme en Vendée où il termine troisième devant Jacques Chirac et en Corse-du-Sud où il termine troisième devant Jean-Marie Le Pen.

Jacques Chirac est arrivé en tête dix-sept départements de France métropolitaine et en France d'outre-mer, excepté en Martinique. Il obtient son meilleur score en Corrèze avec 49,30 %. Il arrive en seconde position dans cinquante départements. Sa campagne de premier tour lui a permis de réaliser de bons scores dans des terres traditionnellement à gauche, notamment dans le Sud-Ouest. En revanche, il n'arrive qu'en troisième position en Vendée, en Alsace et en Haute-Marne où le général de Gaulle réalisait des scores très élevés dans les années 1960.

Édouard Balladur est arrivé en tête dans six départements. Il obtient son meilleur score en Mayenne avec 26,76 %. Il arrive en seconde position dans vingt-deux départements. Globalement, il obtient ses meilleurs résultats dans des terres plutôt ancrées à droite. La cartographie de son électorat est semblable à celles de Valéry Giscard d'Estaing et de Raymond Barre avant lui.

Jean-Marie Le Pen est arrivé en tête dans sept départements. Il arrive en seconde position dans douze départements. Il réalise une forte progression dans le Midi, dans le Nord industriel et réalise une percée dans l'Est. Ses moins bons scores sont principalement à l'Ouest, mais également à Paris. Il a bénéficié de la montée du régionalisme en Alsace, ce qui peut expliquer en partie pourquoi il est arrivée en tête dans la région[76].

Philippe de Villiers est arrivé en tête dans son département de la Vendée avec 22,02 %. Comme Jean Royer en 1974, il réalise ses meilleurs scores dans les départements limitrophes avec 9,1 % dans les Deux-Sèvres, 9 % dans le Maine-et-Loire et 7,8 % en Charente-Maritime.

Robert Hue arrive en troisième position dans quatre départements, en Dordogne et dans les départements du Limousin. Il obtient son meilleur score dans l'Allier avec 15,66 %, comme André Lajoinie sept ans plus tôt.

Arlette Laguiller réalise son meilleur score dans le Puy-de-Dôme avec 6,92 %.

Dominique Voynet obtient son meilleur score dans son département du Jura avec 5,87 %.

Jacques Cheminade ne parvient pas à dépasser les 1 % dans le moindre département.

Second tour[modifier | modifier le code]

Lionel Jospin n'arrive en tête que dans vingt-six départements de France métropolitaine et dans la France d'outre mer, hormis en Guyane. Jacques Chirac arrive en tête dans soixante-dix départements, et dépasse les 60 % dans 10 départements. Il obtient son meilleur score dans les Alpes-Maritimes avec 65,48 % tandis que Lionel Jospin réalise son meilleur score dans l'Ariège avec 59,83 %.

Analyse sociologique[modifier | modifier le code]

Abstention[modifier | modifier le code]

L'abstention a été très forte lors des deux tours de scrutin, sans doute favorisée par les vacances scolaires[77]. Lors du second tour, l'abstention a dépassé les 20 %, mais en prenant compte des 5 % de bulletins blancs ou nuls, près d'un quart des électeurs inscrits ne se sont pas prononcés[78]. 30 % de l'électorat de Jean-Marie Le Pen s'est abstenu, et 13 % d'entre eux ont voté blanc ou nul[79].

Premier tour[modifier | modifier le code]

Les trois principaux candidats n'ont recueilli que 62,7 % des suffrages exprimés, soit à peine 48,05 % des inscrits[80]. La droite représente 58 % des électeurs tandis que la gauche ne pèse que 42 % si l'on inclut l'électorat écologiste[81]. Le succès inattendu de Lionel Jospin s'explique en partie par la double candidature au sein de la droite. Jacques Chirac a surtout bénéficié de son électorat traditionnel[82]. Le vote utile a défavorisé en partie Robert Hue, tandis que l'écologie politique montrait ses faiblesses. Dominique Voynet a perdu 100 000 électeurs par rapport à Antoine Waechter en 1988, tandis que Robert Hue enregistrait une progression de 600 000 électeurs, même si son score était semblable aux deux candidats communistes en 1988. Arlette Laguiller fut la seule à tirer profit des sondages, et obtint pour la première fois plus de 5 % des suffrages[83]. Seulement 698 579 voix séparaient Jacques Chirac et Édouard Balladur[75].

Certains historiens et politologues considèrent également que Jacques Chirac a été victime du vote utile en raison de l'orientation de son discours de campagne[83].

Second tour[modifier | modifier le code]

51 % des électeurs de Jean-Marie Le Pen ont voté en faveur de Jacques Chirac, contre 28 % pour Lionel Jospin[12]. Lors du second tour, Jacques Chirac n'a été élu qu'avec 39,5 % des électeurs inscrits[79].

Comptes de campagne[modifier | modifier le code]

C'est la première élection présidentielle française où les comptes de campagnes sont vérifiés.

Les comptes de tous les candidats sont validés sauf ceux de Jacques Cheminade.

Comptes de campagne retenus par le Conseil Constitutionnel
Candidat Résultat au 1er tour Dépenses Remboursement
Jacques Chirac[84] 20,84 % 119 959 188 F 43 200 000 F
Lionel Jospin[85] 23,30 % 88 930 362 F 42 390 052 F
Édouard Balladur[86] 18,58 % 89 776 119 F 30 170 431 F
Jean-Marie Le Pen[87] 15,00 % 41 710 805 F 32 400 000 F
Robert Hue[88] 8,64 % 50 187 965 F 32 400 000 F
Arlette Laguiller[89] 5,30 % 11 349 012 F 3 768 898 F
Philippe de Villiers[90] 4,74 % 24 088 777 F 7 200 000 F
Dominique Voynet[91] 3,32 % 7 266 891 F 6 217 985 F
Jacques Cheminade[92] 0,28 % comptes rejetés F

Les comptes de campagne d'Édouard Balladur sont mis en doute à partir de 2010 pour avoir intégré d'importantes sommes en liquide qui pourraient émaner de possibles rétro-commissions d'un contrat militaire avec le Pakistan. Selon le président d'alors du Conseil constitutionnel, Roland Dumas, les comptes n'ont été validés qu'après de houleux débats en passant outre des anomalies dans les comptes de campagne d'Édouard Balladur mais aussi de Jacques Chirac[93]. Selon Jacques Robert, qui siégeait à l'époque au Conseil constitutionnel et a été le premier à évoquer ces irrégularités en 2002, les comptes de campagne des deux candidats, « manifestement irréguliers », ont été ajustés à la demande de Roland Dumas[94],[95].

En avril 2017, le quotidien Libération fait le lien entre le déblocage de commissions destinées au Pakistan et un versement de 10 millions de francs effectué à la même époque et en espèces sur le compte de l'Association pour le financement de la campagne d'Édouard Balladur (Aficeb)[96],[97]. Le , Édouard Balladur est mis en examen par la Cour de justice de la République dans le volet ministériel de cette affaire pour complicité de détournement de fonds publics dans l'affaire Karachi. Parallèlement, Nicolas Bazire, ex-directeur de campagne d'Édouard Balladur devenu dirigeant du groupe de luxe LVMH ; Renaud Donnedieu de Vabres, ex-conseiller du ministre de la Défense François Léotard ; Thierry Gaubert, alors membre du cabinet du ministre du Budget Nicolas Sarkozy ; Dominique Castellan, ancien patron de la branche internationale de la DCN et l'homme d'affaires franco-libanais Ziad Takieddine ont eux renvoyés en correctionnelle[96].

Après l'élection[modifier | modifier le code]

Au lendemain du second tour, la France célèbre le cinquantième anniversaire du et est représentée par deux présidents, puisque Jacques Chirac est élu mais pas encore investi et François Mitterrand n'a pas encore quitté ses fonctions.

Après quatorze ans de présidence socialiste, Jacques Chirac est investi dans ses fonctions le . Il nomme Alain Juppé, son adjoint à la mairie de Paris et ministre des Affaires étrangères du Gouvernement Édouard Balladur, au poste de Premier ministre.

Quelques semaines après son élection, Jacques Chirac explique aux Français qu'il doit renoncer à son programme de réduction de la « fracture sociale » ayant « sous-estimé l'ampleur des déficits ». Il annonce vouloir réduire les déficits « pour qualifier la France pour la monnaie unique européenne ». Ce changement de cap radical par rapport à ses promesses électorales suivi de près par le « plan Juppé » provoque de vastes mouvements de grève dans les transports en décembre 1995.

Devenu rapidement impopulaire, Jacques Chirac dissout l'Assemblée nationale le , pensant prendre de vitesse la gauche avant les législatives prévues pour 1998 et conserver ainsi la majorité. Après le second tour du scrutin, l'union RPR-UDF, qui comptait alors 472 députés sur 577, n'en garde plus que 253, tandis que la gauche plurielle de Lionel Jospin (socialistes, radicaux, communistes, Verts) en remporte 319. Jacques Chirac nomme Lionel Jospin Premier ministre le , pour former la troisième cohabitation, qui durera cinq ans.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Proposition no 23 des 110 propositions pour la France en 1981.
  2. L'idée fut initiée par Georges Pompidou en 1973 puis abandonnée. Par la suite, Valéry Giscard d'Estaing et François Mitterrand ont repris l'idée mais ont fini par y renoncer. C'était la proposition no 45 des 110 propositions pour la France en 1981.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Article 7 de la Constitution de la Cinquième République française.
  2. a et b Décret no 95-285 du 10 mars 1995 portant convocation des électeurs pour l'élection du Président de la République, publié au JORF du .
  3. Renaud Dély, « Neuf candidats briguent l'Elysée. La liste des postulants ayant réuni les 500 parrainages est arrêtée. », sur Libération, (consulté le 14 avril 2019).
  4. Judith Perrignon, « Présidentielle: Barre renonce, Giscard ménage son annonce », sur Libération, (consulté le 29 janvier 2019).
  5. Philippe Cesard, « Jacques Delors, un candidat perdu », sur Libération, (consulté le 29 janvier 2019).
  6. « Fabius sur l'Aventin », sur Les Échos, (consulté le 24 mai 2019).
  7. Judith Perrignon, « Giscard: «Je ne me présente pas» », sur Libération, (consulté le 29 janvier 2019).
  8. Pierrick Geais, « Les candidats les plus loufoques qui ont brigué l’Élysée », sur Vanity Fair, (consulté le 14 avril 2019).
  9. Jean-Michel Lamy, « Michel Rocard reporte les espoirs du PS à la présidentielle de... 1995 », sur Les Échos, (consulté le 29 janvier 2019).
  10. « Rien n'arrêtera Rocard », sur Les Échos, (consulté le 24 mai 2019).
  11. Becker 2002, p. 699.
  12. a et b Becker 2002, p. 723.
  13. a et b Renaud Dély, « Le Pen ne choisit pas entre Chirac et Jospin », sur Libération, (consulté le 14 avril 2019).
  14. Renaud Dély, Nicole Gauthier et Judith Perrignon, « Chirac-Jospin, tête à tête courtois pour 40 millions d'électeurs », sur Libération, (consulté le 14 avril 2019).
  15. https://www.planet.fr/presidentielles-monsieur-le-premier-ministre-moi-president-les-temps-forts-des-debats-de-lentre-deux-tours.1347901.645182.html?page=0%2C3
  16. Becker 2002, p. 708.
  17. a et b Lin Guillou, « Chirac-Balladur : amis de trente ans, ennemis de printemps », sur Le Point, (consulté le 14 avril 2019).
  18. Becker 2002, p. 692.
  19. Becker 2002, p. 685.
  20. « 14 juillet 1994 : le dernier défilé du Président François Mitterrand », sur INA, (consulté le 24 mai 2019).
  21. Becker 2002, p. 693.
  22. Becker 2002, p. 763.
  23. « "Je ne serai pas candidat", de Delors à Hulot en passant par Borloo... », sur Franceinfo, (consulté le 7 décembre 2018).
  24. Teyssier 2011, p. 615.
  25. « Chirac annonce sa candidature à la présidence de la République », sur INA, (consulté le 10 février 2019).
  26. Lin Guillou, « Chirac se déclare officiel « Les Français vont bientôt élire un nouveau Président de la République » », sur L'Humanité, (consulté le 10 février 2019).
  27. Becker 2002, p. 704.
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  29. Anne Bauer, « Sans-abri: Jacques Chirac veut réquisitionner les logements vides », sur Les Échos, (consulté le 14 avril 2019).
  30. Teyssier 2011, p. 617.
  31. « Jacques Chirac "Vous parlez sérieusement ou vous faites de l'humour ?" », sur INA, (consulté le 17 février 2019).
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Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]