Usinor

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Usinor
logo de Usinor Description de cette image, également commentée ci-après

Logos d'Usinor-Sacilor de 1986 à 1997, et d'Usinor de 1997 à 2002

Création 1948
Disparition 2002
Siège social Drapeau de France Denain (France)
Activité Sidérurgie
Produits Acier au carbone, Acier inoxydable
Filiales Sollac, Unimétal, etc.

Usinor est un groupe sidérurgique français fondé en 1948, et disparu en 2001 lors de la fusion qui a donné naissance au groupe européen Arcelor.

À sa création, Usinor (Union sidérurgique du nord de la France) est une entreprise sidérurgique basée dans le nord de la France. Elle grossi par fusion-acquisition avant d'être confrontée, dans les années 1970, à de graves difficultés économiques. Elle se restructure avec l'aide de l'État français. Celui-ci l'amène à fusionner en 1986 avec son concurrent, le lorrain Sacilor, pour devenir le groupe Usinor-Sacilor. En 1997, Usinor-Sacilor redevient Usinor, une entreprise complètement restructurée, d'ambition mondiale et centrée sur la production de produits plats sidérurgiques.

Le , Usinor fusionne avec l'espagnol Aceralia et le luxembourgeois Arbed pour former le groupe européen Arcelor. Ce groupe disparait en 2006, lorsque Mittal Steel Company lance une offre publique d'achat sur Arcelor qui aboutit à une fusion des deux groupes en pour former ArcelorMittal.

Histoire[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Usinor[modifier | modifier le code]

En 1948, Usinor (Union sidérurgique du Nord de la France) est créé, prenant la suite des Forges et Aciéries du Nord et de l'Est et des Hauts Fourneaux, Forges et Aciéries de Denain-Anzin[1]. En 1967, Usinor fusionne avec Lorraine-Escaut (aujourd'hui AFS Sedan)[2]. À la fin des années 1970, l'entreprise est confrontée à de graves difficultés économiques. Le gouvernement de Raymond Barre intervient massivement pour sauver l'entreprise qui est un gros employeur[3]. En 1977, la direction décide de fermer l'usine ultramoderne de Louvroil. En 1981, Usinor est nationalisé[1]. En 1972[réf. nécessaire], Usinor entre dans le capital de Solmer.

Sacilor[modifier | modifier le code]

En 1948, Sollac est créé avec le financement du plan Marshall, regroupant dans une coopérative de laminage les principaux sidérurgistes lorrains[1]. En 1950, Sidélor, est créé, regroupant les principaux sidérurgistes lorrains hors de Wendel. En 1964, Sacilor est créé pour construire la nouvelle aciérie de l'usine sidérurgique de Gandrage-Rombas, dans la vallée de l'Orne en Moselle. En 1968, Wendel-Sidélor est créé. En 1970, Solmer est créée à Fos-sur-Mer[4].

En 1971, c'est le « Plan DHERSE », du nom du président de la Sollac, pour restructurer la sidérurgie lorraine avec l'annonce de 16 000 suppressions d'emplois. La nouvelle usine de Fos-sur-Mer, Solmer, sera, d'après la direction de De Wendel, le « deuxième souffle » de la Lorraine[5].

En 1973, Sacilor est créé par fusion de Sacilor et de Wendel-Sidelor. En 1981, Sacilor est également nationalisé.

Le sauvetage de la sidérurgie française et la fusion Usinor-Sacilor (1978-1986)[modifier | modifier le code]

En 1975, le secteur de la sidérurgie française n'a plus que 25 % de capitaux propres, contre 40 % en 1960, le reste étant fourni par les dettes financières et commerciales[6]. La part de l'endettement par rapport au chiffre d'affaires se retrouve alors cinq fois plus endettée dans la sidérurgie française que dans l'américaine, et six fois plus que dans l'allemande[7]. En 1978, ses pertes totales atteignent 5 milliards de francs. Les Wendel n'effectuent pas les augmentations de capital nécessaires. Les actionnaires d'Usinor non plus.

Les banques acceptent ce déséquilibre financier à condition que les dettes soient à court terme, ce qui devient problématique après le choc pétrolier de 1974. L'endettement du secteur augmente encore de 70 % entre 1974 et 1977 : il passe de 23 à à 38 milliards de francs[8] et les charges financières de 6,9 % à 11,7 % du chiffre d'affaires.

Années 1975 1976 1977 1978
Pertes Usinor (mds de fr) 1,22 1,24 2,05 2,5

Pour éviter la faillite aux de Wendel, le directeur du Trésor, Jean-Yves Haberer crée une société écran, la Capa. Pour éviter la plus grosse vague de licenciements de l'histoire, l'État apporte 80 milliards de francs[9] en dispositifs de traitement social du chômage. Par ailleurs, Raymond Barre fait voter par le parlement la conversion en actions des créances des banques publiques, qui se retrouvent en septembre 1978 actionnaires à 64 % d’Usinor et à 77 % de Sacilor[10], le contribuable supportant le quasi-effacement de 25 milliards de francs de créances douteuses. La société écran reçoit des prêts bonifiés et les De Wendel sont autorisés à conserver une holding familiale, la CGIP[11].. Un peu plus de la moitié seulement des créances ayant été converties en actions, l'endettement reste deux fois plus élevé que chez les concurrents.

La sidérurgie française perd ainsi 62 000 emplois dans la deuxième partie des années 1970, puis 39 000 dans les années 1980 et 8 000 dans la première partie des années 1990.

Années 1976 1982 Baisse en 6 ans (76-82) 1990 Baisse en 8 ans(82-90) 1995 Baisse en 5 ans(90-95)
Effectifs en Lorraine 90 000[12] 53 072 -47 000 20 800 -26 200 NC NC
Effectifs en France 157 000 95 000 -67 000 46 381[13] -38 619 38 500 -7 800

Une convention signée avec Force ouvrière[14] pour la période d’avril 1977 à avril 1979, précède et accompagne les conversions de créances en actions. Les dispositifs utilisés, préretraites à 55 ou 50 ans selon les cas, indemnités de départ, congés formation de deux ans, ont coûté 80 milliards de francs[9] au contribuable français.

En 1983, Usinor ferme ses usines historiques de Denain[15].

En 1986, Usinor et Sacilor fusionnent, un plan prévu depuis leur nationalisation en 1981 afin de restructurer leurs capitaux et se refaire une santé financière. L'opération est engagée par Édouard Balladur, devenu ministre de l'économie lors de la première cohabitation. Alain Madelin, alors ministre de l'industrie, nomme Francis Mer à la direction de la nouvelle structure[16]. Entre 1975 et 1987, 100 milliards de francs de subventions publiques ont été absorbés dans les restructurations des deux sociétés, dont 80 milliards pour l'accompagnement social[3].

La consolidation du groupe Usinor-Sacilor, puis Usinor (1986-2001)[modifier | modifier le code]

L'effort intense consenti commence à bénéficier à l’acier français dans les années 1980. Recentré sur les aciers haut de gamme et les sites les plus compétitifs, la productivité du groupe a triplé, et il bénéficie d'une stabilisation puis d’une réduction de l’endettement : 103 % du chiffre d’affaires en 1977, 52 % en 1987, 32 % en 1988, 23 % en 1989[17].

Années 1970 1971 1972 1973 1975 1977 1987 1989 1988 2007 2011
Dette/Ventes 54 % 64 % 84 % 84 % 99 % 103 % 52 %[17] 32 %[17] 22 %[17] 69 %[18] 66 %[18]

En 1990, Usinor absorbe Sollac. En 1991, Sacilor absorbe Ugine-ALZ, et le Crédit lyonnais prend une participation de 20% dans le groupe[16].

Usinor-Sacilor, frappé par la récession du début des années 1990, profite à plein de la reprise économique de 1994 et affiche sur l'année fiscale 1994 un bénéfice d'1,5 milliards de francs (230 millions d'euros) contre une perte de 5,7 milliards de francs en 1993 (870 millions d'euros). Ces bons résultats permettent à l'entreprise de se désendetter fortement à hauteur de 7 milliards de francs au cours de l'année 1994[19]. En 1994, le groupe regroupe les aciers spéciaux au sein de la holding Aster.

En 1995, après que la nationalisation a mené à la suppression de 20 000 emplois au sein du groupe, Usinor-Sacilor est privatisé alors qu'il est le troisième groupe sidérurgique mondial et évalué à 17 milliards de francs[16]. L'action Usinor-Sacilor est cotée la première fois le et fait son entrée dans l'indice SBF 120 le . Dans un contexte économique délicat, l'action Usinor-Sacilor connaît une mauvaise performance en 1995, notamment au dernier trimestre. L'entreprise finit l'année 1995 avec une capitalisation boursière de 15,7 milliards de francs (environ 2,4 milliards d'euros)[20].

En 1997, Usinor-Sacilor redevient Usinor. Ce retour marque un virage stratégique : devenir une référence mondiale sur la production de produits plats. En 1998, le groupe fait l'acquisition de Cockerill-Sambre, propriétaire d'EKO Stahl[21], et de Thainox, lamineur thaïlandais d'acier inoxydable[22]. En 1999, avec la vente de l'usine sidérurgique de Gandrange, le groupe Usinor abandonne complètement la production de produits longs, se concentrant sur un cœur de métier plus rénumérateur : les produits plats en acier au carbone et en acier inoxydable.

Descendance[modifier | modifier le code]

Création d'Arcelor (2001-2006)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Arcelor.

En 2001, Usinor fusionne avec le luxembourgeois Arbed et l'espagnol Aceralia. Le nom de la nouvelle entité, Arcelor, est une contraction d'Arbed, Aceralia et Usinor. Le nouveau groupe devient le numéro un mondial de l'acier, mais se fait dépasser en 2004 par le groupe Mittal[23].

Acquisition par Mittal (2006)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : ArcelorMittal.

En 2006, le groupe Mittal lance une OPA hostile sur Arcelor qui résulte à son acquisition et à la création du premier groupe sidérurgique mondial[23]. Via cette acquisition, le nouveau groupe Arcelor-Mittal récupère tous les actifs d'Usinor, dont le château de Montataire, que le groupe cherche à revendre en 2010[24].

Identité visuelle (logotype)[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c « Notice historique », sur Archivesnationales.culture.gouv.fr
  2. « Historique », sur Afs-sedan.com
  3. a et b «La nationalisation n'a pas stoppé les pertes d'emplois», lefigaro.fr, 28/11/2012
  4. Jacques Corbion (préf. Yvon Lamy), Le Savoir… fer — Glossaire du haut fourneau : Le langage… (savoureux, parfois) des hommes du fer et de la zone fonte, du mineur au… cokier d'hier et d'aujourd'hui, 5, [détail des éditions] (lire en ligne), § Sacilor
  5. Déclaration de Mr Dherse au Républicain lorrain le 20 octobre 1971
  6. Les centres sidérurgiques des rivages de la mer du Nord et leur influence sur l'organisation de l'espace par Jacques Malézieux, 1981, page 415 [1]
  7. D'après Bernard Sinou, « La Lorraine face à la crise sidérurgique », Économie et statistique, vol. 92, no 92,‎ , p. 29-36 (lire en ligne)
  8. « Le dysfonctionnement du système acier », par Christian Stoffaes, dans la Revue d'économie industrielle (1979) [2]
  9. a et b INTERVIEW au Figaro de Françoise Berger, maître de conférence en Histoire économique à l'Institut d'études politiques de Grenoble, le 28 novembre 2012 [3]
  10. En septembre 1978, Raymond Barre fait voter par le parlement la conversion de créances (Caisse des Dépôts, Crédit Lyonnais, Crédit National) détiennent 63,8 % d’USINOR et 76,9 % de SACILOR [4]
  11. "Comment l'État a sauvé la Maison Wendel de la ruine", par Henri Gibier, dans L'Expansion du 20/11/1997 [5]
  12. "Le secteur de la sidérurgie en Lorraine"
  13. L'acier en France en 1990, FFM rapport annuel
  14. D'après Jacques Malézieux, « Crise et restructuration de la sidérurgie française », Espace géographique,‎ (lire en ligne)
  15. Marie Goudeseune, « Usinor Denain : le traumatisme est toujours là », sur Nordeclair.com,‎ 8 aôût 2010
  16. a, b et c Isabelle Mandreau, « Usinor-Sacilor: jour J-1 de la privatisation. Le troisième groupe sidérurgiste mondial est estimé à 17 ou 18 milliards », sur Libération.fr,‎
  17. a, b, c et d Philippe Mioche, « La sidérurgie française de 1973 à nos jours. Dégénérescence et transformation », Vingtième Siècle, revue d'histoire, vol. 42, no 1,‎ , p. 17-28 (lire en ligne)
  18. a et b http://www.boursorama.com/bourse/profil/profil_finance.phtml?symbole=1rAMT
  19. Les Échos, « Usinor Sacilor a dégagé un bénéfice net de 1,5 milliard de francs en 1994 »,‎
  20. Rapport annuel 1995 d'Usinor-Sacilor
  21. Michel Capron, « La sidérurgie en Wallonie entre Usinor, Duferco et Arcelor », sur Cairn.info,‎
  22. « Usinor profite de la crise pour devenir majoritaire chez le thaïlandais Thaïnox », Les Échos,‎ (lire en ligne)
  23. a et b Elsa Bembaron, « Pourquoi ArcelorMittal s'appelle ArcelorMittal », sur Lefigaro.fr,‎
  24. Eric de Legge, « ArcelorMittal cherche à se débarrasser du château de Montataire », sur Journaldunet.com,‎

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michel Freyssenet, La sidérurgie française 1945-1979. L'histoire d'une faillite, (lire en ligne)
  • Jean-Yves Rognant, Camille Romain et François Rosso, Où va la sidérurgie ?, Éditions Syros,
  • Yves Guena, Les Wendel, Trois siècles d'Histoire, Éditions Perrin,
  • Pierre Belleville, Laminage Continu, crise d'une région, échec d'un régime., Éditions Julliard,

Liens externes[modifier | modifier le code]