Gouvernement Pierre Bérégovoy

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Gouvernement Pierre Bérégovoy

Ve République

Description de l'image defaut.svg.
Président François Mitterrand
Premier ministre Pierre Bérégovoy
Formation
Fin
Durée 11 mois et 27 jours
Composition initiale
Coalition PS-MRG-MDR
Ministres 20
Secrétaires d'État 23
Femmes 7
Hommes 36
Représentation
IXe législature
275 / 577
Drapeau de la France

Le gouvernement Pierre Bérégovoy est le gouvernement de la République française du au . Quatrième gouvernement du deuxième mandat du président de la République François Mitterrand, il est dirigé par Pierre Bérégovoy.

Le gouvernement Pierre Bérégovoy est le 23e gouvernement de la Ve République française.

Contexte de formation[modifier | modifier le code]

Contexte économique[modifier | modifier le code]

Les indicateurs économiques début 1992 laissent penser que le ralentissement de la croissance de 1991, renforcée par un passage à vide du cycle économique, est surmontée, et que les croissances américaine et allemande permettront de tirer vers le haut les exportations françaises. Le gouvernement est formé après un premier trimestre où la croissance économique française a été de 1 %, ce qui laisse présager d'une croissance à 4 % en 1992. Le chômage reste cependant élevé, avec trois millions de demandeurs d'emploi début 1992.

Choix des ministres[modifier | modifier le code]

Le président Mitterrand perçoit un changement de gouvernement comme une nécessité après l'échec que fut le gouvernement Édith Cresson. L'objectif affiché de ce nouveau gouvernement est de redresser la barre à onze mois des prochaines élections législatives de 1993. Après avoir hésité entre Roland Dumas, Jack Lang et Pierre Bérégovoy, c'est ce dernier qui est choisi. L'objectif du président en nommant Pierre Bérégovoy est de redresser la situation, mais il ne croit pas à la possibilité d'inverser totalement la tendance[1].

L'harmonie entre le président et son Premier ministre marque la formation du nouveau gouvernement. Contrairement à Cresson qui souhaitait faire partir les « éléphants » socialistes, Bérégovoy conserve les pontes du parti, comme Roland Dumas, Pierre Joxe, Jack Lang, Louis Mermaz, Paul Quilès, Michel Charasse, et fait monter en grade ou conserve les « jeunes » qui représentent le renouveau socialiste, comme Martine Aubry, Michel Sapin et Dominique Strauss-Kahn. Enfin, ce nouveau gouvernement fait entrer des nouvelles personnalités qui ont fait leurs classes à l'Elysée durant le premier septennat, comme Ségolène Royal, Michel Vauzelle et Jean Glavany.

Lionel Jospin est le seul cacique évincé du gouvernement, alors qu'il tenait le rôle de numéro deux des précédents gouvernements en tant que Ministre de l'Éducation nationale depuis 1988. Cela vient probablement de la distance qui s'était installée entre les deux hommes suite à des commentaires critiques de Jospin dans un livre (L'Invention du possible, 1991) et dans la presse, ainsi qu'à la lutte intestine entre Jospin et le protégé du président, Laurent Fabius. Pour ne pas donner l'impression de s'acharner contre les jospinistes, Mitterrand demande à Bérégovoy de proposer à un proche de l'ancien ministre de l'Education nationale, Daniel Vaillant, au Ministère des Relations avec le Parlement. Il refuse pour se consacrer à sa campagne en vue des législatives prochaines.

La surprise de ce nouveau gouvernement est l'entrée de Bernard Tapie, un homme d'affaires socialiste qui préside l'Olympique de Marseille. Son cas avait été examiné par Bérégovoy en compagnie de ses fidèles. Michel Charasse avait insisté en sa faveur auprès du nouveau Premier ministre, car il appréciait chez Tapie son énergie et son culot, tout en reconnaissant qu'il était populaire auprès d'une partie de la jeunesse et des banlieues et permettrait de faire reculer le Front national. François Mitterrand approuve le choix de son Premier ministre, qualifiant en privé Tapie de « bulldozer qui a une vision simple et claire des choses [...] Un don pour l'action [...] un débatteur indiscutable ». François Mitterrand pense nommer Tapie candidat pour prendre la mairie de Marseille aux élections municipales de 1995 à Marseille.

Féminisation du gouvernement[modifier | modifier le code]

Le gouvernement compte sept femmes ministres : Ségolène Royal, Martine Aubry, Frédérique Bredin, Élisabeth Guigou, Marie-Noëlle Lienemann, Catherine Tasca et Véronique Neiertz.

Coalition[modifier | modifier le code]

Le gouvernement Pierre Bérégovoy est soutenu par une coalition gouvernementale de centre gauche, formée entre le Parti socialiste (PS) et le Mouvement des radicaux de gauche (MRG), qui dispose de 275 députés sur 577, soit 47,7 % des sièges de l'Assemblée nationale. Le Parti communiste ayant refusé une participation gouvernementale, le gouvernement est minoritaire à l'assemblée et contraint à des concessions sur sa droite et sur gauche pour appliquer le projet présidentiel.

Composition initiale[modifier | modifier le code]

Le Premier ministre est nommé le [2], les ministres et ministres délégués membres du Gouvernement le [3] et les secrétaires d'État le [4].

Premier ministre[modifier | modifier le code]

Image Fonction Nom Parti
Pierre Beregovoy.jpg Premier ministre Pierre Bérégovoy PS

Ministres d'État[modifier | modifier le code]

Image Fonction Nom Parti
Jack Lang IEP Toulouse 0109 2007-03-28 cropped infobox.jpg Ministre d'État, ministre de l'Éducation nationale et de la Culture Jack Lang PS
Roland Dumas 1987.jpg Ministre d'État, ministre des Affaires étrangères Roland Dumas PS
Delebarre 4JDD 2010.jpg Ministre d'État, ministre de la Fonction publique et des Réformes administratives Michel Delebarre PS

Ministres[modifier | modifier le code]

Image Fonction Nom Parti
DeputeXIVeLegVeRep-Michel Vauzelle2.jpg Garde des Sceaux, ministre de la Justice Michel Vauzelle PS
Paul Quilès.jpg Ministre de l'Intérieur et de la Sécurité publique Paul Quilès PS
Pierre Joxe - Février 2013.jpg Ministre de la Défense Pierre Joxe PS
Michel Sapin.jpg Ministre de l'Économie et des Finances Michel Sapin PS
Defaut.svg Ministre du Budget Michel Charasse PS
Ministre de l'Environnement Ségolène Royal PS
Strauss-Kahn, Dominique (official portrait 2008).jpg Ministre de l'Industrie et du Commerce extérieur Dominique Strauss-Kahn PS
Jean-Louis Bianco à la foire du livre 2010 de Brive la Gaillarde.JPG Ministre de l'Équipement, du Logement et des Transports Jean-Louis Bianco PS
Martine Aubry Zoom.png Ministre du Travail, de l'Emploi et de la Formation professionnelle Martine Aubry PS
Louis MERMAZ.jpg Ministre de l'Agriculture et des Forêts Louis Mermaz PS
René Teulade.jpg Ministre des Affaires sociales et de l'Intégration René Teulade PS
BernardKouchner2006.jpg Ministre de la Santé et de l'Action humanitaire Bernard Kouchner DVG
Bernard Tapie 2012.JPG Ministre de la Ville Bernard Tapie MRG
Louis-Le-Pensec (1).jpg Ministre des Départements et Territoires d'outre-mer Louis Le Pensec PS
Defaut.svg Ministre de la Recherche et de la Technologie Hubert Curien Sans étiquette
ZuccarelliLang.jpg Ministre des Postes et Télécommunications Émile Zuccarelli MRG
Frédérique Bredin Cannes 2015.jpg Ministre de la Jeunesse et des Sports Frédérique Bredin PS

Ministres délégués[modifier | modifier le code]

Image Fonction Ministre de rattachement Nom Parti
Élisabeth Guigou.jpg Ministre chargée des Affaires européennes Ministre d'État, ministre des Affaires étrangères Élisabeth Guigou PS
Georges Kiejman.png Ministre délégué chargé des Affaires étrangères Georges Kiejman PS
Defaut.svg Ministre délégué chargé de la Coopération et du Développement Marcel Debarge PS
Defaut.svg Ministre délégué chargé du Commerce et de l'Artisanat Ministre de l'Économie et des Finances Jean-Marie Rausch DVD
Mnlrose8dy (cropped).jpg Ministre chargée du Logement et du Cadre de vie Ministre de l'Équipement, du Logement et des Transports Marie-Noëlle Lienemann PS
Jean-Michel Baylet - Strauss-Kahn meeting in Toulouse for the 2007 French presidential election 0154 2007-04-13 cropped mini.jpg Ministre chargé du Tourisme Ministre de l'Industrie et du Commerce extérieur Jean-Michel Baylet MRG

Secrétaires d'État[modifier | modifier le code]

Portefeuille Ministre de rattachement Titulaire Parti
Secrétaire d'État chargé des Anciens combattants et Victimes de guerre Louis Mexandeau PS
Secrétaire d'État chargé des Relations avec le Parlement, porte-parole du gouvernement Premier ministre Martin Malvy PS
Secrétaire d'État chargé de l'Aménagement du territoire André Laignel PS
Secrétaire d'État chargé des Grands travaux Émile Biasini SE
Secrétaire d'État chargé de l'Enseignement technique Ministre d'État,

ministre de l'Éducation nationale et de la Culture

Jean Glavany PS
Secrétaire d'État chargé de la Communication Jean-Noël Jeanneney DVG
Secrétaire d'État chargée de la Francophonie et des Relations culturelles extérieures Ministre d'État, ministre des Affaires étrangères Catherine Tasca PS
Secrétaire d'État chargé des Collectivités locales Ministre de l'Intérieur et de la Sécurité publique Jean-Pierre Sueur PS
Secrétaire d'État Ministre de la Défense Jacques Mellick PS
Secrétaire d'État chargée des Droits de la femme et de la Consommation Ministre de l'Économie et des Finances Véronique Neiertz PS
Secrétaire d'État chargé des Transports routiers et fluviaux Ministre de l'équipement, du Logement et des Transports Georges Sarre PS
Secrétaire d'État chargé de la Mer Charles Josselin PS
Secrétaire d'État chargé de la Famille, des Personnes âgées et des Rapatrités Ministre des Affaires sociales et de l'Intégration Laurent Cathala PS
Secrétaire d'État chargé de l'Intégration Kofi Yamgnane PS
Secrétaire d'État chargé des Handicapés Michel Gillibert SE

Ajustements et remaniements[modifier | modifier le code]

Remaniements du 23 mai et du 3 juin 1992[modifier | modifier le code]

Inculpé pour abus de biens sociaux dans l'affaire Toshiba qui l'oppose à son ancien associé Georges Tranchant[5],[6], Bernard Tapie démissionne le [7].

Bernard Tapie, ministre de la Ville est remplacé le par François Loncle, nommé secrétaire d'État à la Ville auprès du Premier ministre[8].

Ce remaniement est également l'occasion de nommer Bruno Durieux comme ministre délégué au Commerce extérieur[8].

Remaniement du 2 octobre 1992[modifier | modifier le code]

Élus sénateurs, Michel Charasse, ministre du budget et Jean-Marie Rausch, Ministre délégué au Commerce et de l'Artisanat démissionnent le [9].

Michel Charasse est remplacé par Martin Malvy, jusqu'alors secrétaire d'État aux Relations avec le Parlement, porte-parole du gouvernement[9].

Jean-Marie Rausch est quant à lui remplacé par Gilbert Baumet qui intègre le gouvernement[9].

Martin Malvy est remplacé par Louis Mermaz, jusqu'alors ministre de l'Agriculture et de la Forêt. Louis Mermaz devient ministre des relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement[9].

Jean-Pierre Soisson entre au gouvernement comme ministre de l'Agriculture et du Développement rural[9].

Enfin, ce remaniement est l'occasion de créer la fonction de ministre délégué à l'Énergie confiée à André Billardon[9].

Remaniement du 26 décembre 1992[modifier | modifier le code]

Un accord amiable ayant été trouvé avec Georges Tranchant qui retire sa plainte et une ordonnance de non-lieu ayant été rendue, Bernard Tapie est nommé le à nouveau ministre de la Ville[10].

François Loncle est nommé alors secrétaire d'État au Plan, délégué auprès du Premier ministre[10].

Remaniement du 9 mars 1993[modifier | modifier le code]

Pierre Joxe, nommé à la Cour des comptes, démissionne le [11].

Pierre Bérégovoy est alors nommé ministre de la Défense[11].

Actions[modifier | modifier le code]

Politiques publiques[modifier | modifier le code]

Le fondement de la politique gouvernementale de Pierre Bérégovoy est de ne rien changer à la ligne adoptée quatre ans auparavant, lors de sa nomination en tant que ministre des Finances. La stratégie de désinflation compétitive fondée sur le maintien de la parité franc-mark a permis de sortir la France du déficit chronique de son commerce extérieur ; Bérégovoy envisage donc de continuer cette politique.

Le gouvernement sent poindre dès le printemps 1992 une récession économique, alertés par des indicateurs de chute brutale de la consommation. Bercy est persuadé que la réunification allemande et l'augmentation récente des exportations permettra de compenser le tassement de la demande intérieure, mais Bérégovoy apprend de Michel-Édouard Leclerc et Antoine Riboud l'ampleur de la chute de la demande. Pour soutenir la consommation, il décide de supprimer le taux supérieur de TVA sur les automobiles et les produits de luxe (22 %) qui devait intervenir au , ce qui permet d'injecter cinq milliards de francs de pouvoir d'achat en France[1].

Le Premier ministre s'engage à venir en aide aux 900 000 chômeurs de longue durée (environ 30 % des chômeurs inscrits à l'Agence nationale pour l'emploi) en leur promettant un emploi, une formation adéquate ou une activité d'intérêt général d'ici la fin de l'année. L'engagement n'est pas tenu. Les raisons sont multiples : les licenciements économiques (500 000 par an) restent élevés, et la population active augmente de 100 000 personnes en un an. Il s'agit pour la plupart de l'entrée sur le marché du travail de femmes de 30 à 55 ans qui essaient de compenser le chômage de leur mari ou de bénéficier de l'augmentation des offres d'emplois familiaux et des contrats emploi-solidarité. Le nombre de chômeurs de longue durée se stabilise, mais le nombre de chômeurs dépasse tout de même les trois millions.

La politique de sécurité du gouvernement est annoncée en Conseil des ministres le 13 mai. Bernard Tapie se charge du dossier : 4 000 appelés à la sécurité, à l'animation sociale et à la formation dans quatre cents quartiers difficiles ; un début de redéploiement des forces de police vers les zones sensibles (quartiers nord de Marseille, quartiers est de Lyon, la banlieue de Lille et la Seine-Saint-Denis). Le projet subit le départ de Bernard Tapie, inculpé dans une affaire financière.

Jack Lang, à l'Éducation nationale, met en oeuvre les politiques de son prédecesseur à ce poste, Lionel Jospin, en utilisant la « technique du salami » : il découpe en tranches sa réforme plutôt que de la faire passer en un seul bloc. Il acte ainsi la réforme pédagogique du second cycle dans les lycées en créant les nouvelles filières. Bérégovoy lui permet de créer 8 000 postes[1].

Le gouvernement opère entre la fin 1992 et 1993 dans la phase creuse du cycle économique, mais se rend compte trop tard de l'arrivée de la récession pour mettre en place une politique contracyclique. Les socialistes abordent donc les élections législatives de 1993 en phase creuse.

Lois principales[modifier | modifier le code]

Analyse de la popularité[modifier | modifier le code]

La semaine suivant sa nomination, Pierre Bérégovoy bénéficie, selon le sondage Louis Harris, de 61 % d'opinions favorables, et 21 % d'opinions défavorables, soit l'inverse de la popularité d'Edith Cresson.

La réforme de la politique agricole commune (PAC) menée par le gouvernement pousse la droite à déposer une motion de censure, qui recueille 286 voix, soit trois de moins que la majorité nécessaire pour le renverser. Raymond Barre vote contre la motion, considérant la réforme de la PAC comme nécessaire économiquement, et Pierre de Bénouville se refuse également à voter pour la motion du fait de sa longue amitié avec le président de la République. Alain Peyrefitte s'est abstenu, selon François Mitterrand, parce que ce dernier lui avait fait miroiter une place de Premier ministre en 1986, et qu'il espérait encore en obtenir un à l'avenir[1].

Démission du gouvernement[modifier | modifier le code]

Le gouvernement Pierre Bérégovoy démissionne le , à la suite d'élections législatives qui voient la droite l'emporter.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Comité pour l'histoire économique et financière de la France, Pierre Bérégovoy. Une volonté de réforme au service de l'économie, 1984-1993, Paris, Ministère de l'économie, des finances et de l'industrie, Comité pour l'histoire économique et financière de la France, coll. « Histoire économique et financière de la France. Recueils de documents », , XI-425 p. (ISBN 2-11-089828-3, présentation en ligne).
  • Noëlline Castagnez (dir.) et Gilles Morin (dir.), Pierre Bérégovoy en politique : actes du colloque, à Paris les 28 et 29 mai 2010 / organisé par le Centre d'histoire de Sciences Po et le Comité d'histoire parlementaire et politique, Paris, L'Harmattan / Éditions Pepper, coll. « Cliopolis », , 237 p. (ISBN 978-2-343-00716-8, présentation en ligne), [présentation en ligne].

Lien externe[modifier | modifier le code]