Élection présidentielle française de 1988

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Élection présidentielle française de 1988

(1er tour)

(2d tour)
Corps électoral et résultats
Inscrits 38 128 507
Votants au 1er tour 31 027 972
81,38 %  +0,3
Votants au 2d tour 32 085 071
84,06 %  −1,8
Débat(s) (2d tour)
Reagan Mitterrand 1984 (cropped).jpg François Mitterrand – PS
Voix au 1er tour 10 367 220
34,10 %
 +8,3
Voix au 2e tour 16 704 279
54,02 %
Jacques Chirac mid-eighties.jpg Jacques Chirac – RPR
Voix au 1er tour 6 063 514
19,94 %
 +1,9
Voix au 2e tour 14 218 970
45,98 %
Raymond Barre 1991.jpg Raymond Barre – UDF
Voix au 1er tour 5 031 849
16,55 %
200109 Jean-Marie Le Pen 191 (cropped 2).jpg Jean-Marie Le Pen – FN
Voix au 1er tour 4 375 894
14,39 %
 +13,6
André Lajoinie.jpg André Lajoinie – PCF
Voix au 1er tour 2 055 995
6,76 %
Résultats du second tour
Carte
  •      François Mitterrand (plus de 60 %)
  •      François Mitterrand (entre 55 et 60 %)
  •      François Mitterrand (entre 50 et 55 %)
  •      Jacques Chirac (plus de 50 %)
Président de la République française
Sortant Élu
François Mitterrand (PS) François Mitterrand (PS)

L'élection présidentielle française de 1988 a pour but d'élire le président de la République française pour un mandat de sept ans. Elle est la sixième élection de ce type sous la Ve République et la cinquième au suffrage universel direct.

Le , sont qualifiés pour le second tour le président sortant, François Mitterrand (PS), et le Premier ministre, Jacques Chirac (RPR). Raymond Barre, soutenu par l'UDF, arrive en troisième position et Jean-Marie Le Pen, président du Front national, juste derrière, en quatrième position.

François Mitterrand est réélu au second tour, le , avec 54,02 % des voix.

Déroulement[modifier | modifier le code]

L'inscription sur les listes électorales est très importante, avec près de deux millions de votants supplémentaires par rapport à 1981.

Contexte[modifier | modifier le code]

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Politique de Mitterrand lors du septennat[modifier | modifier le code]

Dissolution parlementaire du [modifier | modifier le code]

Le , lors du débat du second tour, Valéry Giscard d'Estaing interpelle François Mitterrand sur l'acte de dissolution. Il déclara : « Le gouvernement est responsable devant le Parlement. Si vous agissez ainsi que vous dites, c'est-à-dire si votre gouvernement ne va pas devant le Parlement, il ne pourra rien faire, il n'aura le droit de ne rien faire. Il devra attendre le résultat des élections. Nous n'avons pas en France un système tel, qu'un président de la République, vous ou moi, ou d'ailleurs le général de Gaulle dans le passé, puisse nommer un gouvernement qui ne rend de compte à personne et qui prend des décisions importantes, ceci est impossible. Si donc il ne va pas devant le Parlement, il ne pourra faire qu'une chose qui est ce qu'on appelle, vous connaissez la formule : expédier les affaires courantes ». François Mitterrand lui rétorqua alors la chose suivante : « Mais le président de la République peut dissoudre quand il le veut. Et, je dissoudrai quand je le déciderai ». Le , conformément à son souhait, François Mitterrand dissout l'Assemblée nationale afin d'obtenir une majorité socialiste.

Politique économique[modifier | modifier le code]

Au cours du même débat, Valéry Giscard d'Estaing explique qu'un gouvernement gérant les affaires courantes ne peut pas prendre de mesures importantes. Pourtant, le gouvernement de Pierre Mauroy augmente le SMIC, dévalue à quatre reprises le franc et engage de nouveaux fonctionnaires.

Cohabitation Mitterrand/Chirac[modifier | modifier le code]

Le , après proclamation des résultats, l'Assemblée nationale est majoritairement de droite. Jacques Chirac, le président du Rassemblement pour la République (RPR) est nommé Premier ministre.

Campagne présidentielle des principaux candidats[modifier | modifier le code]

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Campagne de François Mitterrand (PS)[modifier | modifier le code]

À partir de l'été 1987, le PS fait campagne sans candidat. La seule question est de savoir si le Président sortant se présentera ou si la place sera cédée au populaire Michel Rocard.

En janvier, la Rue de Solférino placarde une série de 7 500 affiches « Génération Mitterrand ». Celui-ci fait longuement durer l'attente. Cette attente est raillée par Jacques Chirac et des journalistes parlent de « suspense qui n'en est plus vraiment un »[2]. Finalement, François Mitterrand se déclare candidat à sa succession le , sur le plateau du 20 h d'Antenne 2, répondant aux questions de Paul Amar et d'Henri Sanier. Il mène une campagne éclair de trente jours. Le 7 avril, dans une Lettre aux Français tirée à deux millions d'exemplaires, François Mitterrand développe ses thèmes de campagne sous le slogan de « La France unie ».

Durant une série de meetings monumentaux, à Rennes le 8 avril, Lyon le 15 avril, Montpellier le 19 avril et au Bourget le 22 avril, François Mitterrand affiche sa volonté de rassembler au-delà de son camp. Sur une large scène, décorée d'un fond de drapeau flottants tricolores et derrière son pupitre jupiter, il s'exprime devant 25 000 et 40 000 personnes se pressant pour l'écouter mais aussi assister à des shows organisés en première partie par plusieurs artistes (Renaud, Charles Trenet, Barbara)[réf. souhaitée].

L'équipe de campagne, dirigée par Pierre Bérégovoy est installée avenue Franco-Russe. Elle s'organise pour créer des événements et organiser le grand mouvement de soutien artistique et civil autour de la candidature de François Mitterrand.

D'une façon générale, François Mitterrand n'apparaît que peu dans la campagne, cultivant son image de « père de la nation ».

Le 24 avril, François Mitterrand obtient le score de 34,10 %, arrivant largement en tête[3]. Ses partisans se félicitent du score et surtout de l'écart de plus de 14 points avec son Premier ministre et adversaire de second tour Jacques Chirac.

Le slogan du président est complété à la suite de son succès du premier tour, devenant « La France unie est en marche ». Il tient trois meetings, à Lille le 29 avril, Strasbourg le 2 mai et Toulouse le 6 mai. Il est généralement jugé vainqueur du débat télévisé du second tour, qui se tient le 28 avril.

Malgré la prise d'otage de la grotte d'Ouvéa et la libération des otages au Liban dans les derniers jours de la campagne, les intentions de vote pour François Mitterrand restent stables. Le 8 mai, il est réélu président de la République avec 54,02 % et plus de seize millions de voix.

Campagne de Jacques Chirac (RPR)[modifier | modifier le code]

Le Premier ministre, Jacques Chirac, déclare qu'il sera candidat à l'élection présidentielle le , dans son bureau de l'hôtel Matignon. Il est donné largement perdant par les sondages : il est alors crédité de 17 %-18 % au premier tour et de 40 %-42 % en cas de qualification au second tour.

Voulant moderniser son image, il met en avant les nouveaux visages du RPR : Nicolas Sarkozy, Jacques Toubon, Michèle Alliot Marie ou encore François Fillon sont présents dans la campagne et organisent de multiples réunions de soutien départementales.

À l'instar de François Mitterrand, il reçoit l'appui de personnalités du spectacle, du cinéma ou de la chanson, comme en témoigne le « On a tous en nous quelque chose de Jacques Chirac » de Johnny Hallyday, qui reprend ainsi son Quelque chose de Tennessee en faveur du candidat du RPR lors d'un concert-meeting de soutien à l'hippodrome de Vincennes le 20 mars devant plus de 30 000 personnes dans un décor grandiose.

Il marginalise progressivement le candidat centriste, Raymond Barre, et progresse à 23-24 % en fin de campagne de premier tour. Sous la direction de Charles Pasqua, la campagne Chirac est pilotée par ses équipes au siège du RPR rue de Lille et au siège national de campagne rue de Babylone.

Le soir du premier tour, la tristesse empare les militants rassemblés rue de Babylone. Jacques Chirac recueille 19,94 %, trois à quatre points de moins que ne le laissaient espérer les derniers sondages.

La campagne de second tour s'ouvre avec le ralliement dès le soir du premier tour de Raymond Barre. Le 28 avril, Jacques Chirac rate son débat avec François Mitterrand, celui-ci le dominant en lui lançant du « Monsieur le Premier ministre » durant l'ensemble de la rencontre. La tension atteint son paroxysme lors de l'échange sur l'affaire Gordji.

En pleine crise en Nouvelle Calédonie, Jacques Chirac assure la libération des otages au Liban début mai.

Bien qu'ayant tout au long de la campagne, réduit l'écart avec le président sortant (40 % en janvier, 46 % la veille du second tour), le premier ministre ne parviendra jamais à inverser la tendance.

Le 8 mai, comme attendu, Jacques Chirac est battu, avec 45,98 % des voix.

Campagne de Raymond Barre (UDF)[modifier | modifier le code]

Devant le succès de l'union UDF-RPR en mars 1986, la question du retour de l'ancien président de la République Valéry Giscard d'Estaing se pose. Celui-ci écarte l'idée le 12 février 1987, déclarant : « J'ai déjà servi. C'est à d’autres de servir à leur tour et je souhaite qu'ils réussissent. ».

La popularité de l'ancien Premier ministre Raymond Barre, opposé à la cohabitation croît. En 1986 et 1987, il atteint à plusieurs reprises 25 à 27 % dans les sondages, largement devant son potentiel rival du RPR Jacques Chirac estimé entre 18 et 22 %.

Le Premier ministre se déclare candidat à la mi-janvier, Raymond Barre voit son avance diminuer. Le 8 février 1988, il annonce sa candidature au Palais des Congrès de Lyon entouré de son comité de soutien et de la direction nationale de l'UDF. Sous la direction de Philippe Mestre, sa campagne peine à créer une dynamique, malgré un programme scrupuleusement modéré. De multiples gaffes dans sa communication voit l'opinion douter sur ses qualités. Il prend pour slogan « Du sérieux, du solide, du vrai » mais ses qualités de candidat potentiel se transforment en difficultés de candidat en campagne. Dans la primaire avec Jacques Chirac, son image d'homme pragmatique et sérieux s'oppose à l'image dynamique et volontaire du Premier ministre.

Il bénéficie lui aussi du soutien de quelques personnalités du monde du spectacle comme Alain Delon qui intervient dans un de ses clips de campagne comparant Raymond Barre au général de Gaulle.

Gêné à sa droite par Jacques Chirac, Raymond Barre doit faire face à sa gauche à la candidature éclair et rassembleuse de François Mitterrand. De nombreux électeurs centristes, initialement proches des positions de Raymond Barre se tournent vers le discours modéré et fédérateur du Président candidat.

Le 24 avril, Raymond Barre obtient 16,55 % et se classe troisième au premier tour, à mi-chemin entre Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen[3].

Campagne de Jean-Marie Le Pen (FN)[modifier | modifier le code]

À la suite des succès retentissants de son parti depuis les élections européennes de 1984 et législatives de 1986 ou le Front national (FN) décroche 35 sièges, son leader Jean-Marie Le Pen entame une ascension personnelle.

Le 2 avril 1987, Jean-Marie Le Pen lance sa campagne. Deux jours plus tard, il rassemble à Marseille plus de 35 000 militants. Sa progression dans les sondages laissent les commentateurs imaginer qu'il puisse dépasser Chirac et Barre dans les dernières semaines de la campagne. Mais, en septembre 1987, sur RTL le président du FN prononce son célèbre propos du « détail » au sujet des chambres à gaz. Du mois de janvier jusqu'au premier tour, le président du FN oscille entre 10 % et 12 % d'intentions de votes.

Se présentant comme un outsider, il reprend la main au début de 1988. La campagne alterne entre réunions publiques et meetings géants avec des mises en scènes grandioses.

La campagne est scandée par des rassemblements gigantesques comme la « convention Le Pen président » à Nice du 8 au 10 janvier 1988 ou le meeting du stade Vélodrome de Marseille le 17 avril à une semaine du premier tour. Jean-Marie Le Pen déambule sur des scènes monumentales où se dressent des écrans géants et des vasques crépitant de flammes tricolores.

À l'arrivée, le candidat du FN obtient le score record de 14,39 % des voix (score supérieur aux prévisions des sondages), provoquant de nombreuses réactions hostiles.

Campagne d'André Lajoinie (PCF)[modifier | modifier le code]

Le 14 janvier 1987, Georges Marchais, secrétaire général du Parti communiste français, annonce qu'André Lajoinie sera probablement le candidat du parti à l'élection présidentielle de 1988. Le comité central du parti investit unanimement celui-ci comme candidat à la présidence de la République le 18 mai 1987.

Alors que le PCF a vu son influence électorale s'effondrer entre 1979 et 1986 (de 20 % à 10 % du corps électoral ) et son électorat ouvrier fuir vers le Front national, André Lajoinie reprend les thèmes traditionnels du parti (défense de la classe ouvrière, lutte contre le capitalisme) sous le slogan « Pas question de se laisser faire ».

Mais il souffre de sa mauvaise prestation lors d'un débat télévisé face à Jean-Marie Le Pen (candidat du Front national) et de dissensions avec Pierre Juquin, le porte-parole du PCF qui est exclu du parti et qui annonce sa candidature à l'élection présidentielle. Également gêné par le bilan du PCF au gouvernement entre 1981 et 1984, André Lajoinie ne parvient pas à créer une dynamique.

Au soir du premier tour, il ne réalise que 6,76 % des suffrages, ce qui rétrograde son parti hors de la « Bande des quatre ». C'est le plus mauvais score enregistré par le Parti communiste depuis les élections législatives de 1924[réf. souhaitée].

Communication politique[modifier | modifier le code]

Communication quasi-absente de François Mitterrand[modifier | modifier le code]

François Mitterrand, président de la République depuis un septennat, annonce qu'il tentera de briguer un second mandat six semaines avant le premier tour. Malgré l’importance d’une campagne présidentielle, que l’INA considère aujourd’hui comme éclair [4], il s’est finalement contenté d’une communication politique faible et qui lui a réussi. Homme de lettres, homme de culture, Mitterrand est considéré comme un humaniste et s’est montré de façon régulière dans des lieux symboliques du monde culturel français, comme Le Louvre ou encore la Sorbonne, et ce auprès de personnalités publiques reconnues de l’univers artistique. On peut notamment compter Gérard Depardieu ou encore Charles Trenet, qui lui écrira une chanson de soutien. Mitterrand n’a cessé d’appuyer sa figure présidentielle en profitant de sa culture et son âge avancé (72 ans lors de la campagne), qui le faisaient passer comme un homme sage. Par seulement quatre meetings, deux avant le premier tour et deux pour le second, il a cassé l’image médiatique d’un candidat à la présidentielle et a continué à développer une position spéciale face au peuple, celle d’un président presque inaccessible, avec des apparitions rares. Sa communication presque figurative s’est appuyée sur un véritable imaginaire à destination de son électorat, majoritairement de gauche socialiste et communiste. Il est notamment parvenu à jouer sur les désirs des Français tout en se démarquant totalement des autres candidats, plus jeunes et avec une force médiatique bien plus importante[5]. Par ailleurs, Mitterrand se montrera à plusieurs reprises avec des dirigeants européens, comme Helmut Kohl, dans la mission de la construction européenne, qui constituera un essentiel de son second septennat. C’est sur cette communication faible, presque inexistante, que Mitterrand a créé une frustration électorale : une frustration positive pour ses soutiens, qui y ont vu un président engagé dans sa mission avant de l’être dans sa campagne, une frustration négative pour ses opposants qui n’ont pas su atteindre un tel niveau de communication tardive.

Communication intense de Jacques Chirac[modifier | modifier le code]

Jacques Chirac est Premier Ministre de François Mitterrand lors de l’élection de 1988, au sein de la cohabitation, vue comme une période de repli et d’affrontement. Chirac se retrouve très vite dans une position de présence permanente dans les journaux télévisés et dans les médias en général. Membre du RPR, Chirac est un homme de droite, gaulliste et proche des radicaux-socialiste. Il doit faire face à de nombreuses accusations et positionnements des autres candidats, comme Raymond Barre et Jean-Marie Le Pen, et doit renforcer sa vision de la cohabitation, bien qu’il ne puisse ni l’utiliser en sa faveur ni totalement la renier. C’est en appuyant un véritable leadership et une volonté de présidence forte qu’il parviendra à s’inscrire parmi les candidats les plus sérieux[6].Chirac fait appel à une communication presque agressive en s’octroyant le panel médiatique à propos des enjeux politiques, ne laissant pas la place au Président actuel de le faire comme en aurait été son devoir. Par une volonté de rétablir une stature gaullienne à la présidence de la République, Chirac se verra recevoir de nombreux sondages positifs en matière d’image, et de stature politique et militaire, ce qui rendront sa candidature d’autant plus légitime. Néanmoins, son image fait face à une omniprésence, voire une surexposition, qui peuvent avoir joué en sa défaveur par lassitude des électeurs[7].

Débat d’entre-deux tours : la relation assumée entre Mitterrand et Chirac[modifier | modifier le code]

La campagne de 1988, par son caractère expéditif mais également inédit en opposant un Président et un Premier-ministre sous le modèle de la cohabitation, a connu un moment marquant, celui du débat télévisé du second tour de l’élection présidentielle française, diffusé le 28 avril 1988. Marquant puisqu’il représente l’un des moments majeurs de la vie politique, d’abord avec le rejet de l’extrême droite menée par Jean-Marie Le Pen, mais aussi la communication directe de Jacques Chirac qui est la plus longue de l’ensemble de la campagne. Ce débat fut un moment de tension intense entre deux hommes qui travaillaient ensemble, mais qui ne pouvaient pas se supporter dans une telle situation, par leurs idéologies politiques mais aussi par leur tempérament de leader. Avec seulement les conseillers en communication et en image des candidats présents sur le plateau, en plus des journalistes et des huit caméras, ce débat fut une source incroyable d’angoisse pour Jacques Chirac qui avait tout à gagner face à son supérieur hiérarchique, qui jouera d’ailleurs avec lui en l’appelant « Monsieur le Premier ministre ». De plus, il est notable d’ajouter que François Mitterrand était dans un important état de colère lors de ce débat, dû aux propos tenus par Jacques Chirac. Serge Moati, journaliste, y verra une « haine à couper au couteau ». Très vite, ce débat est caractérisé comme un duel. Les personnes présentes dans le studio de la Maison de la Radio y verront un véritable moment historique tant la pression était immense[8].

Communication contre la montée du Front national[modifier | modifier le code]

L’élection de 1988 joue un rôle majeur dans la montée de l’extrémisme avec Jean-Marie Le Pen, leader du Front national. Jacques Chirac se donnera pour mission de mordre sur l’électorat du Front national et de le faire descendre rapidement dans les sondages. Néanmoins, le programme marqué du Premier ministre l’oblige à prendre des mesures fortement idéologiques, ce qui renforcera d’autant plus la rivalité avec l’extrême droite, adepte d’une idéologie conservatrice et nationaliste. Par des mesures sécuritaires et d’immigration, Le Pen parviendra à séduire 14 % des électeurs et enfoncera littéralement la droite traditionnelle et gaulliste incarnée par le RPR de Jacques Chirac. Ce dernier s’engagera dans plusieurs journaux et meetings contre le programme du Front National et insistera sur ses valeurs personnelles, souvent bafouées par ses concurrents. Le vote des Français sera fortement impacté, néanmoins, par cette première montée du populisme, malgré la forte communication qui s’en suivra. Jacques Chirac se retrouvera dans cette même position lors de l’élection présidentielle de 2002[9].

Sondages[modifier | modifier le code]

Premier tour[modifier | modifier le code]

Sondeur Date Échantillon Arlette Laguiller Pierre Lambert (homme politique) André Lajoinie Pierre Juquin François Mitterrand Michel Rocard Antoine Waechter Raymond Barre Valéry Giscard d'Estaing François Léotard Jacques Chirac Jean-Marie Le Pen
Arlette Laguiller
(LO)
Pierre Boussel

(MPPT)

André Lajoinie
(PCF)
Pierre Juquin
(PSU-LCR)
François Mitterrand
(PS)
Michel Rocard
(PS)
Antoine Waechter
(Les Verts)
Raymond Barre
(UDF)
Valéry Giscard d'Estaing
(UDF)
François Léotard
(PR)
Jacques Chirac
(RPR)
Jean-Marie Le Pen
(FN)
Année 1986
Ipsos du 8 au 15 février 1 188 3 % 28 % 17 % 18 % 4 % 4 % 20 % 6 %
Ipsos du 20 au 25 juin 1 000 1 % 3 % 28 % 16 % 16 % 7 % 21 % 6 %
1 % 3 % 42 % 20 % 25 % 8 %
Ipsos du 18 au 22 août 934 4 % 27 % 17 % 15 % 9 % 7 % 14 % 7 %
6 % 33 % 23 % 12 % 18 % 8 %
4 % 39 % 22 % 9 % 18 % 8 %
6 % 36 % 27 % 23 % 8 %
Année 1987
Louis Harris du 21 au 25 octobre 39 % 20 % 21 % 11 %
33 % 9 % 20 % 20 % 9 %
31 % 23 % 24 % 11 %
Sofres du 7 au 12 novembre 2 % 4 % 3 % 38 % 0,5 % 24,5 % 18 % 10 %
Sofres du 4 au 8 décembre 1,5 % 4,5 % 2 % 38 % 1 % 24 % 19 % 10 %
Année 1988
Sofres du 8 au 12 janvier 1 % 5 % 2 % 40 % 0,5 % 23 % 19,5 % 9 %
Ipsos du 11 au 20 janvier 3 000 1 % 4 % 2 % 37 % 3 % 21 % 21 % 11 %
Ipsos du 20 au 26 janvier 1 500 1 % 4 % 2 % 41,5 % 3 % 19 % 21,5 % 10 %
Sofres du 1er au 3 février 0,5 % 4,5 % 2 % 39 % 1 % 21 % 22 % 10 %
Ipsos du 1er au 4 février 1 898 1 % 5,5 % 3 % 36 % 1,5 % 19 % 23 % 11 %
Ipsos du 15 au 19 février 1 900 1 % 6,5 % 2,5 % 35,5 % 1,5 % 19 % 23 % 11 %
Sofres du 1er au 3 mars 1 % 5,5 % 2 % 38 % 2 % 20 % 21,5 % 10 %
Sofres du 1er au 2 avril 1 % 6 % 3 % 37 % 2,5 % 15 % 24 % 11,5 %
Sofres du 8 au 9 avril 1 % 7 % 2 % 36 % 2,5 % 17 % 23,5 % 11 %
Sofres du 20 au 21 avril 1,5 % 7 % 2 % 35 % 2,5 % 16,5 % 23,5 % 12 %

Second tour[modifier | modifier le code]

Mitterrand - Chirac[modifier | modifier le code]

Sondeur Date François Mitterrand Visite du Premier Ministre Jacques CHIRAC au stand des Écrivains paysans au Parc Expositions de Paris (Salon de l'Agriculture)
François Mitterrand Jacques Chirac
Ipsos 8–15 février 1986 56 % 44 %
Ipsos 20–25 juin 1986 53 % 47 %
Ipsos 18–22 août 1986 55 % 45 %
Sofres 7–12 novembre 1987 56 % 44 %
Sofres 4–8 décembre 1987 55 % 45 %
Sofres 8–12 janvier 1988 57 % 43 %
Ipsos 11–20 janvier 1988 57 % 43 %
Sofres 1–3 février 1988 55 % 45 %
Sofres 1–3 mars 1988 55 % 45 %
Sofres 1–2 avril 1988 55 % 45 %
Sofres 8–9 avril 1988 54 % 46 %
Sofres 20–21 avril 1988 53 % 47 %
Sofres 26–27 avril 1988 56 % 44 %
Sofres 29 avril 1988 55 % 45 %
Sofres 4-5 mai 1988 55 % 45 %
Sofres 6 mai 1988 54 % 46 %

Mitterrand - Barre[modifier | modifier le code]

Enquêtes menées suivant l'hypothèse abandonnée d'un second tour entre François Mitterrand et Raymond Barre.

Sondeur Date François Mitterrand Raymond Barre
François Mitterrand Raymond Barre
Ipsos 8–15 février 1986 53 % 47 %
Ipsos 20–25 juin 1986 53 % 47 %
Ipsos 18–22 août 1986 54 % 46 %
Ipsos 11–20 janvier 1988 54 % 46 %

Résultats[modifier | modifier le code]

Premier tour
()
Second tour
()
Nombre % Nombre %
Inscrits 38 128 507 100,00 38 168 869 100,00
Votants 31 027 972 81,38 32 085 071 84,06
   suffrages exprimés 30 406 038 98,00 30 923 249 96,38
   bulletins blancs ou nuls 621 934 2,00 1 161 822 3,62
Abstentions 7 100 535 18,62 6 083 798 15,94
Candidat
Parti politique
Voix % des
exprimés
Voix % des
exprimés
  François Mitterrand
Parti socialiste, soutenu par le Mouvement des radicaux de gauche
10 367 220 34,10 16 704 279 54,02
  Jacques Chirac
Rassemblement pour la République, soutenu par le Centre national des indépendants et paysans
6 063 514 19,94 14 218 970 45,98
  Raymond Barre
Sans étiquette, soutenu par l'Union pour la démocratie française
5 031 849 16,55
  Jean-Marie Le Pen
Front national
4 375 894 14,39
  André Lajoinie
Parti communiste français
2 055 995 6,76
  Antoine Waechter
Les Verts
1 149 642 3,78
  Pierre Juquin
Communiste rénovateur, soutenu par le Parti socialiste unifié et la Ligue communiste révolutionnaire
639 084 2,10
  Arlette Laguiller
Lutte ouvrière
606 017 1,99
  Pierre Boussel
Mouvement pour un parti des travailleurs
116 823 0,38
Source : Conseil constitutionnel (premier tour, second tour)
François Mitterrand :
(54,02 %)
Jacques Chirac :
(45,98 %)

Analyse[modifier | modifier le code]

Le président de la République socialiste sortant, François Mitterrand, dont la cote de popularité était à un niveau très bas deux ans avant le scrutin et le début de la cohabitation, arrive en tête du premier tour avec 34,10 % des voix[3].

Du côté de la majorité parlementaire sortante, c'est le candidat du Rassemblement pour la République (RPR), Jacques Chirac, qui est qualifié pour le second tour. Avec 19,94 % des voix, il a 14 points de retard sur François Mitterrand[3].

Cette élection est marquée par le score élevé du président du Front national, Jean-Marie Le Pen, qui arrive en quatrième position avec 14,4 % des suffrages, et qui, de plus, arrive en seconde position dans le Bas-Rhin et le Vaucluse, alors qu'il avait obtenu seulement 0,75 % des voix en 1974. Le FN a émergé sur le devant de la vie politique française en 1983, en obtenant 8,9 % des voix aux élections municipales, en franchissant la barre des 10 % aux élections européennes de 1984, puis en obtenant 9,8 % et 35 députés au scrutin proportionnel aux élections législatives de 1986.

De son côté, le Parti communiste français continue de décliner, ce qui permet au PS de conforter sa place de premier parti de gauche. Avec 6,76 % des voix, son candidat, André Lajoinie, se retrouve largement distancé par les quatre candidats arrivés en tête et réalise le score le plus bas pour le PCF depuis la Libération.

Les majorités présidentielle et parlementaire sont au coude à coude, 34,1 % pour Mitterrand face à 36,5 % pour Chirac/Barre. L'avantage est du côté du président sortant qui a fait le plein des voix de gauche (98 % des voix socialistes, 7 % des voix communistes, 5 % écologistes) dès le premier tour, et peut s'assurer du report des voix des autres candidats de gauche ; dès le soir du premier tour, le président sortant oriente la campagne du second tour vers les centristes pour attirer les voix de Raymond Barre.

Le Premier ministre-candidat, quant à lui avec 19,9 % des voix, fait à peine mieux que 1981 (18,0 %) même s'il réussit là où il a échoué sept ans plus tôt, passe au second tour, face au candidat UDF qui fut favori des sondages avant de chuter et qui totalise 16,5 % des voix (30 % à Barre, 18 % à Chirac à l'été 1987 en , 24,5 % à 19,5 % en , 22 % Chirac et 21 % Barre) ; l'ancien chef du gouvernement lance un appel en sa faveur. Pour l'emporter, Chirac doit rallier 85 % de l'électorat centriste et tenter de « séduire » les abstentionnistes du premier tour ainsi que les électeurs de Jean-Marie Le Pen.

Cette élection présidentielle est marquée par l'absence de candidat centriste au second tour pour la première fois depuis l'élection présidentielle française de 1965.

Raymond Barre candidat de l'Union pour la démocratie française, avec 16,55 % des votes, échoue non seulement à se qualifier pour le second tour, et revenant presque au niveau de Jean Lecanuet à l'élection présidentielle française de 1965.

Le , à l'issue du second tour, la droite est battue, le Premier ministre Jacques Chirac réunissant 45,98 % des voix. François Mitterrand, qui a bénéficié d'une partie des voix centristes, est donc réélu pour un second septennat.

Analyse sociologique[modifier | modifier le code]

Abstention[modifier | modifier le code]

L'abstention est de 18,62% au premier tour et de 15,94% au second[10].

Ce sont surtout les plus jeunes qui ne se sont pas déplacés pour voter (12% au premier tour, 10% au second tour) d'après la Sofres, tout comme les employés, ouvriers, inactifs et retraités qui se sont moins déplacés au bureau de vote (de 10 à 13% au premier tour, de 6 à 9% au second tour)[11].

Du côté des électorats, ce sont surtout les écologistes qui ne se sont pas déplacés (13% au premier tour, 12% au second tour), tout comme les personnes non affiliées à un parti politique (17% au premier tour, 15% au second)[11].

Premier tour[modifier | modifier le code]

Sociologie de l'électorat au premier tour (enquête Sofres, en %)[11]
Catégorie Lajoinie Broussel Laguiller Juquin Mitterrand Waechter Barre Chirac Le Pen
Ensemble 6,8 0,4 2,0 2,1 34,1 3,8 16,5 19,9 14,4
Sexe
Homme 7 0 2 3 32 3 15 20 18
Femme 6 1 2 2 36 4 18 20 11
Âge
18−24 ans 9 2 1 2 35 4 17 14 16
25−34 ans 7 0 1 4 38 7 15 11 17
35−49 ans 8 1 2 3 29 4 16 20 17
50−64 ans 5 0 1 3 35 2 19 24 11
Plus de 64 ans 7 0 1 1 33 2 15 29 12
Professions et catégories socioprofessionnelles
Agriculteurs 1 1 0 1 23 6 19 35 14
Commerçant, artisan, industriel 3 2 0 1 18 3 15 35 23
Cadre, profession intellectuelle 2 0 0 4 24 7 23 23 17
Profession intermédiaire 9 1 2 4 34 7 20 13 10
Employé 7 0 2 5 38 5 17 13 13
Ouvrier 11 1 3 2 42 2 11 10 18
Inactif, retraité 6 0 1 1 37 2 17 24 12
Niveau d'instruction
Primaire 9 0 1 2 37 2 12 22 15
Secondaire 7 1 2 2 33 3 20 19 13
Technique et commercial 6 1 1 2 34 4 15 19 18
Supérieur 4 0 1 5 29 8 24 17 12
Revenu
Moins de 3000F 4 0 1 1 32 4 16 32 10
De 3001 à 5000F 10 0 2 2 38 3 17 19 9
De 5001 à 7500F 9 0 2 2 35 3 15 20 14
De 7501 à 10 000F 9 0 3 3 34 3 14 13 21
De 10 001 à 15 000F 4 1 1 5 34 6 19 16 14
De 15 001 à 20 000F 6 0 0 2 31 4 18 24 15
Plus de 20 000F 1 0 1 2 21 2 30 30 13

Second tour[modifier | modifier le code]

Sociologie de l'électorat au second tour
(enquête Sofres, en %)[11]
Catégorie Mitterrand Chirac
Ensemble 54 46
Sexe
Homme 53 47
Femme 55 45
Âge
18−24 ans 60 40
25−34 ans 63 37
35−49 ans 51 49
50−64 ans 51 49
Plus de 64 ans 47 53
Professions et catégories socioprofessionnelles
Agriculteurs 35 65
Commerçant, artisan, industriel 37 63
Cadre, profession intellectuelle 36 64
Profession intermédiaire 59 41
Employé 64 36
Ouvrier 68 32
Inactif, retraité 52 48
Niveau d'instruction
Primaire 58 42
Secondaire 51 49
Technique et commercial 56 44
Supérieur 49 51
Proximité partisane
PCF 95 5
PS 97 3
Écologistes 61 39
UDF 6 94
RPR 2 98
FN 15 85
Sans affiliation 51 49
Revenu
Moins de 3000F 50 50
De 3001 à 5000F 62 38
De 5001 à 7500F 57 43
De 7501 à 10 000F 58 42
De 10 001 à 15 000F 57 43
De 15 001 à 20 000F 42 58
Plus de 20 000F 30 70

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. [PDF] Décret no 88-250 du 16 mars 1988 portant convocation des électeurs pour l'élection du Président de la République, publié au JORF du , p. 3 543-3 544.
  2. « Chirac à Vincennes », sur YouTube / INA, .
  3. a b c et d « Décision n° 88-56 PDR du 27 avril 1988 », sur Conseil constitutionnel (consulté le 14 décembre 2018)
  4. « 1988 : François Mitterrand, une campagne éclair », sur INA (consulté le 19 décembre 2018).
  5. Marlène Coulomb-Gully, Radioscopie d’une campagne, Editions Kimé, , 144 p. (ISBN 9782841740024), p. 130
  6. Olivier Rouquan, « La stratégie de communication de François Mitterrand en 1988 », Parlement(s) : revue d'histoire politique, vol. 7,‎ (lire en ligne).
  7. Pierre Favier et Michel Martin-Rolland, Décennie Mitterand : Les Épreuves (1984-1988), vol. 2, POINTS, , 962 p. (ISBN 9782757857991), p. 94
  8. Jean-Baptiste Legavre, « Le débat télévisé Mitterrand/Chirac de 1988 raconté par plusieurs de ses acteurs », Politix, vol. 9,‎ (lire en ligne).
  9. Éric Belanger et Bruno Cautrès, Le vote des Français de Mitterrand à Sarkozy, Presses de Sciences Po, , 304 p. (ISBN 9782724687941)
  10. « Les taux d'abstention aux présidentielles en France », sur Ouest-France,
  11. a b c et d « Élection présidentielle 1988 », sur TNS Sofres, .

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]