Élection présidentielle française de 1988

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Élection présidentielle française de 1988

(1er tour)

(2d tour)
Type d’élection Élection présidentielle
Scrutin majoritaire à deux tours
Corps électoral et résultats
Population 56 328 052
Inscrits 38 128 507 (1er tour)
38 168 869 (2e tour)
Votants au 1er tour 31 027 972
81,38 %  +0,3
Votes exprimés au 1er tour 30 406 038
Votes blancs et nuls au 1er tour 621 934
Votants au 2d tour 32 085 071
84,06 %  −1,8
Votes exprimés au 2d tour 30 923 249
Votes blancs et nuls au 2d tour 1 161 822
Débat(s) (2d tour)
Bundesarchiv Bild 183-1988-0108-059, Paris, Besuch Erich Honecker, Mitterrand (cropped).jpg François Mitterrand – PS
Voix au 1er tour 10 367 220
34,10 %
 +8,3
Voix au 2e tour 16 704 279
54,02 %
Jacques Chirac mid-eighties.jpg Jacques Chirac – RPR
Voix au 1er tour 6 063 514
19,94 %
 +1,9
Voix au 2e tour 14 218 970
45,98 %
Raymond Barre 1991.jpg Raymond Barre – Sans étiquette[1]
Voix au 1er tour 5 031 849
16,55 %
"Les Français d'abord", grand reportage réalisé par Jean-Claude Morin (1983). Jean-Marie Le Pen en meeting (cropped).jpg Jean-Marie Le Pen – FN
Voix au 1er tour 4 375 894
14,39 %
André Lajoinie.jpg André Lajoinie – PCF
Voix au 1er tour 2 055 995
6,76 %
Résultats du second tour
Carte
  •      François Mitterrand (plus de 60 %)
  •      François Mitterrand (entre 55 et 60 %)
  •      François Mitterrand (entre 50 et 55 %)
  •      Jacques Chirac
Président de la République française
Sortant Élu
François Mitterrand
PS
François Mitterrand
PS

L'élection présidentielle française de 1988 est la sixième élection présidentielle sous la Cinquième République et la cinquième au suffrage universel direct depuis la réforme constitutionnelle de 1962 et se déroule les 24 avril et [2].

Pour la première fois depuis 1965, le Premier ministre en exercice est candidat à l'élection présidentielle[N 1]. François Mitterrand se présente pour la quatrième fois, étant le troisième président sortant à se représenter. Durant son premier septennat, la gauche a réussi à gouverner sur la durée alors qu'elle avait échoué par le passé, notamment du temps du Cartel des gauches et du Front populaire. Ce scrutin permit à la gauche de conserver le pouvoir, montrant définitivement que la Constitution permettait l'alternance politique, mais également à la droite de clarifier sa ligne politique. Ce scrutin marqua durablement la bipolarisation de la vie politique française[3]. De son côté, la gauche s'est convertie au libéralisme économique après la crise de 1981-1983, sans vraiment assumer sa mutation idéologique. La surprise de l'élection fut le score élevé de Jean-Marie Le Pen, frôlant les 15%. Comme en 1974, Arlette Laguiller est la seule femme candidate.

Modalités du scrutin[modifier | modifier le code]

Lors de l’élection présidentielle de 1988, le président de la République est élu au suffrage universel direct pour un mandat de sept ans. Si aucun candidat ne recueille la majorité absolue des suffrages exprimés au premier tour de scrutin, un second tour a lieu quatorze jours plus tard : seuls peuvent alors se présenter les deux candidats arrivés en tête au premier tour après retrait éventuel de candidats mieux placés[4]. L’élection présidentielle se tient les 24 avril (premier tour) et 8 mai (second tour) 1988[2]

Chaque candidat doit satisfaire plusieurs conditions :

La Constitution prévoit que[4] :

  • en cas d'empêchement ou décès dans la dernière semaine de dépôt des candidatures d'une personne qui a annoncé son intention d'être candidate, le Conseil constitutionnel peut reporter l'élection ;
  • en cas d'empêchement ou décès d'un candidat avant le premier tour, l'élection est reportée ;
  • en cas d'empêchement ou décès d'un candidat qualifié pour le second tour, il est procédé de nouveau à l'ensemble des opérations électorales.

Le Conseil constitutionnel est, selon l'article 58 de la Constitution, garant de la régularité de l'élection, de l'examen des réclamations et de la proclamation des résultats.

Déroulement[modifier | modifier le code]

Les dates du scrutin ont été fixées lors d'un Conseil des ministres, le [5]. Le scrutin est organisé selon les règles fixées par le décret de convocation des électeurs, et se déroule aux dates suivantes[2] :

Premier tour[modifier | modifier le code]

Le 24 avril, au cours d'une conférence de presse commune à l'Hôtel de Matignon, Raymond Barre annonce son ralliement à la candidature de Jacques Chirac[6].

De nombreux bulletins de votes ne furent pas comptabilisés par le Conseil constitutionnel dans sa proclamation des résultats officiels, en raison de certaines irrégularités. Les bureaux de vote concernés sont : Bar-sur-Aube (1 bureau de vote), Troyes (2e bureau), Calais (26e et 27e bureaux), plusieurs communes du Val-de-Marne : Fontenay-sous-Bois (23e bureau), Gentilly (11e bureau), Vitry-sur-Seine (10e et 37e bureaux), et Lamentin (Guadeloupe)[7]. Certains bureaux de vote en Nouvelle-Calédonie n'ont pas pu ouvrir[7].

Débat télévisé[modifier | modifier le code]

Le débat d'entre-deux-tours eut lieu le 28 avril. Il fut animé par Elie Vannier et Michèle Cotta et fut extrêment tendu[8],[9]. Malgré sa préparation Jacques Chirac ne parvint pas à l'emporter face à François Mitterrand, un sondage montrant que seuls 33% des téléspectateurs avaient été convaincus par sa prestation, contre 42% à son contradicteur[10]. Cherchant à se mettre sur un pied d'égalité avec François Mitterrand, il suggéra que les deux adversaires n'étaient que « deux candidats se présentant au jugement des Français », mais il se heurta à la réponse du Président, qui de plus l'appellera « Monsieur le Premier ministre » durant tout le débat[11],[12]. François Mitterrand se permettra même de réutiliser la formule « vous n'avez pas le monopole du coeur »[13]. L'échange sur l'affaire Gordji fut très tendu[14].

Un certain nombre de conditions furent posées par les deux candidats pour participer au débat. François Mitterrand demanda notamment à ce que le plateau fut exactement de la taille de la grande table dans le salon Murat pour le Conseil des ministres[15].

François Mitterrand a refusé la présence de Patrick Poivre d'Arvor et de Catherine Nay, tandis que Jacques Chirac a refusé celle d'Alain Duhamel et d'Anne Sinclair[16]. Michèle Cotta fut nommée par François Mitterrand à la tête de la Haute autorité de la communication audiovisuelle, qui la dirigea jusqu'à la dissolution de l'institut en 1986.

Campagne du second tour[modifier | modifier le code]

Une entrevue fut organisée par le général Pierre de Bénouville entre Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen, mais ne déboucha pas sur un soutien concret du candidat FN à Jacques Chirac[17]. À la fin de la campagne du second tour, Jacques Chirac parvint à faire libérer les derniers otages au Liban, pensant ainsi marquer des points et rattraper son retard. Néanmoins, quasiment au même moment, la prise d'otages d'Ouvéa se termina de façon tragique lorsque la gendarmerie, sous l'égide du Groupe d'intervention de la gendarmerie nationale, tenta une opération pour libérer les otages au cours de laquelle 20 personnes furent tuées[18],[19].

Lors du défilé du 1er mai du Front national, Jean-Marie Le Pen déclare qu'aucune voix ne devait aller en faveur de François Mitterrand, mais refusa de choisir entre Mitterrand le candidat du « pire » et Chirac le candidat du « mal »[20],[21]. Le 6 mai, une manifestation eut lieu pour « la défense de la Ve République » sur la place de la Concorde, le jour même des meetings de Jacques Chirac et de François Mitterrand[22],[23].

Second tour[modifier | modifier le code]

Le 8 mai, Raymond Barre annonce qu'il ne mènera pas une opposition systématique à la politique de François Mitterrand et qu'il était prêt à travailler avec lui sur certains dossiers [24],[25]. De son côté, Jacques Chirac concède sa défaite et annonce implicitement qu'il compte préparer au plus vite la campagne pour les élections législatives[26]. Quant à Jean-Marie Le Pen, il critiqua la stratégie de Jacques Chirac pendant la campagne, notamment sur la stratégie de second tour[27].

De nombreux bulletins de vote n'ont pas été comptabilisés par le Conseil constitutionnel dans sa proclamation des résultats officiels, en raison de certaines irrégularités. Les bureaux de vote concernés sont : Quimperlé (Finistère) (1 bureau de vote), Tarate (Rhône) (1 bureau de vote), Loudéac (Côtes d'Armor) (du 1er au 5e bureau), Montreuil (Seine-Saint-Denis) (35e bureau), Villejuif (Val-de-Marne) (27e bureau)[28]. Six bureaux de vote n'ont pas pu ouvrir en Nouvelle-Calédonie[28].

Contexte[modifier | modifier le code]

L'élection présidentielle se déroule en pleine Première cohabitation. Les rapports entre Jacques Chirac et François Mitterrand sont tendus, ce qui semble pousser le second à se présenter une quatrième fois. Entre temps, l'ancien Premier ministre et député du Rhône Raymond Barre est de plus en plus populaire dans l'opinion et sa candidature est de plus en plus envisagée[29]. Jacques Chirac veut quant à lui prouver qu'il est capable de gouverner avec un président n'ayant pas la même appartenance politique pour prouver ses qualités d'homme d'État.

Montée de l'extrême-droite[modifier | modifier le code]

Durant le premier septennat, l'extrême droite va connaître une progression importante. En 1982, Jean-Marie Le Pen, qui n'avait pas obtenu les 500 parrainages en 1981, écrit une lettre à François Mitterrand pour obtenir un traitement médiatique plus équitable[30],[31].

Lors des municipales de 1983, le FN réalise une percée, notamment à Dreux où la liste FN fusionne avec la liste RPR pour se maintenir au second tour. La droite remporte la ville et le FN la co-dirige pendant six ans. La montée se poursuit l'année suivante où le FN talonne le Parti communiste lors des européennes de 1984. Dans son livre Les Français d'abord, Jean-Marie Le Pen écrit: « Nous croyons à la supériorité de la civilisation occidentale. »[32]. À partir de 1984, il est de plus en plus invité à L'Heure de vérité[33]. L'émission contribue à sa médiatisation et à accroître sa popularité[34],[35].

Lors des législatives de 1986, le FN obtient 35 députés et parvient à constituer un groupe parlementaire. Cette montée du FN va être très mal vue par Jacques Chirac, qui y vit la main de François Mitterrand.

Le sur RTL dans l'émission Le Grand Jury, Jean-Marie Le Pen déclenche une polémique à propos de la Shoah en déclarant: « Je suis passionné par l'histoire de la Deuxième Guerre mondiale. Je me pose un certain nombre de questions. Je ne dis pas que les chambres à gaz n'ont pas existé. Je n'ai pas pu moi-même en voir. Je n'ai pas étudié spécialement la question. Mais je crois que c'est un point de détail de l'histoire de la Deuxième Guerre mondiale. »[36],[37]. Le 6 mai précédent, il avait déjà provoqué une polémique à propos des immigrés et du Sida dans L'Heure de vérité, souhaitant l'expulsion des immigrés pour réduire le chômage et l'isolement des séropositifs, parlant même de « sidaïques »[38].

Divisions à droite[modifier | modifier le code]

Dès 1982, Valéry Giscard d'Estaing prépare son retour en politique[39],[40]. Lors des élections cantonales, il est triomphalement élu à Chamalières. Il espère pouvoir affronter à nouveau François Mitterrand, mais doit faire face à la montée de Raymond Barre dans les sondages ainsi qu'à la présence sur sa droite de Jacques Chirac. Il reproche à se dernier sa défaite, mais va préférer se rapprocher de lui plutôt que son ancien Premier ministre.

À partir de 1983 et la mise en place du plan de rigueur, Valéry Giscard d'Estaing se réconcilie avec Jacques Chirac qui sort renforcé des municipales après son triomphe à Paris, alors même que Raymond Barre approuvait les mesures prises par le second plan de rigueur. Au même moment, des chefs d'entreprises et les milieux d'affaires interrogent Raymond Barre sur l'hypothèse d'une candidature présidentielle. Lorsque le scrutin proportionnel est instauré pour les législatives de 1986, Raymond Barre se démarque de Valéry Giscard d'Estaing et de Jacques Chirac en refusant l'hypothèse d'une « cohabitation » avec François Mitterrand[41].

Au cours de la Première cohabitation, Jacques Chirac devient rapidement impopulaire et ne parvient pas à appliquer tout son programme car il doit à la fois ménager son électorat et sa majorité tout en préservant ses chances pour la présidentielle. François Mitterrand va même favoriser cette perspective, persuadé qu'il va affronter son Premier ministre.

Déclin du Parti communiste[modifier | modifier le code]

À partir de 1979, le Parti communiste perd de plus en plus de terrain sur le Parti socialiste à gauche. L'invasion de l'Afghanistan par l'Union soviétique en décembre 1979 est très mal défendue par Georges Marchais lors de sa conférence de presse à Moscou le , alors qu'il voulait sceller la fin de l'inimitié avec Léonid Brejnev pas plus que dix jours plus tard à Cartes sur table[42],[43]. Lorsque François Mitterrand est élu en 1981, aucun communiste n'est intégré au premier gouvernement socialiste. Il attendit les élections législatives pour mesurer le rapport de force. Ayant obtenu la majorité absolue à l'Assemblée nationale, il accepte que quatre ministres, dont le no 2 du parti Charles Fiterman, entrent au gouvernement. Aucun d'eux n'occupent de poste régalien, contrairement à ce qui s'est passé après la Libération.

Le , François Mitterrand confirme au vice-président américain George H. W. Bush qu'il souhaite affaiblir le Parti communiste, chose qu'il révèlera également au no 2 du parti Charles Fiterman par la suite. Le Parti communiste soutient le gouvernement jusqu'en juillet 1984, y compris lorsque le gouvernement a proposé la loi d'amnistie en octobre 1982 pour réintégrer les généraux putschistes de 1961, et lorsque Jacques Delors annonça les deux plans de rigueur le et le . Lors des européennes de 1984, le Parti communiste atteint un niveau historiquement bas, le Front national faisant jeu égal avec lui avec moins de 10% des voix[44]. Le résultat des législatives de 1986 constitue un trompe l'œil pour le Parti communiste, qui mena campagne seul et qui obtient à peu près le même nombre de députés qu'en 1981.

À partir de l'automne 1984, le Parti communiste est tiraillé en interne, du fait de l'émergence des « réformateurs » qui souhaitent moderniser le parti, et qui critiquent sa gestion depuis la fin des années 1960. Georges Marchais s'oppose aux réformateurs, rappelant à plusieurs reprises que le parti à abandonné l'idée de la lutte des classes. En 1985, le meneur des réformateurs Pierre Juquin est écarté du bureau politique du parti, puis exclu du parti le [45].

Crise en Nouvelle-Calédonie[modifier | modifier le code]

Le , des incidents violents éclatent en Nouvelle-Calédonie. Les indépendantistes kanaks s'en prennent à des caldoches qui répliquent, entraînant trois morts dont deux kanaks. L'ancien commissaire européen Edgard Pisani fut dépêché en urgence pour tenter de trouver une issue au conflit. Le 6 décembre, des indépendantistes tombent dans une embuscade alors que les négociations n'ont pas encore commencé.

En janvier 1985, un jeune européen est assassiné. Les caldoches se révoltent, ce qui rend la situation dans l'île très critique, au point que François Mitterrand est interrogé le 16[46]. Malgré sa visite sur l'île, la tension ne diminue pas, et ce au gré des tentatives de dialogue avec Edgar Pisani. L'arrivée de Jacques Chirac à Matignon rend la situation plus difficile, notamment à cause de la proximité des caldoches avec le RPR.

L'annonce d'élections le n'arrange rien, les caldoches proches du RPR considérant cette annonce comme un pied de nez du gouvernement[47].

Campagne des principaux candidats[modifier | modifier le code]

François Mitterrand[modifier | modifier le code]

Lorsque démarre la Première cohabitation démarre en mars 1986, François Mitterrand ignore encore s'il va se représenter devant les électeurs une quatrième fois. Son cancer de la prostate, dont il doit supporter le poids depuis le , s'est miraculeusement stabilisé, au point que le président se croit définitivement guéri[48],[49].

Lors du congrès de Lille en avril 1987, le PS prépare le terrain et les militants pour une nouvelle candidature. Le , interrogé par le politologue Olivier Duhamel sur une éventuelle candidature, François Mitterrand lui répond : « Si je me présente, je serai réélu »[50]. Deux jours plus tôt, il avait appris que son fils Gilbert a été victime d'un accident de voiture à Valence en Espagne[51]. Jean Lacouture analyse cet évènement comme déclencheur de l'accélération de la préparation de la campagne.

En septembre 1987, François Mitterrand demande à Jacques Séguéla de préparer la campagne avec le slogan « Génération Mitterrand », chose qui avait commencé au cour d'une réunion chez à le président à sa résidence de Latche le 11 juillet précédent[52],[51]. Le au Club de la presse d'Europe 1, le premier secrétaire Lionel Jospin affirme qu'« une candidature de François Mitterrand aurait la priorité sur toute autre »[53]. François Mitterrand espère surtout contrer Michel Rocard, qui est bien placé dans les sondages d'opinion face à Jacques Chirac, bien que ce semblant de compétition avec le président soit d'ordre tactique[54],[55]. Dix jours après la déclaration de Lionel Jospin, une association « Avec François Mitterrand » regroupant artistes, journalistes et intellectuels est fondée par Paul Quilès et Maurice Benassayag, coordonnée par Jack Lang[56],[57].

Le , les premières affiches de campagne sont placardées[58]. En tout, 7 500 grandes affiches sont diffusées dans toute la France pour promouvoir la candidature de François Mitterrand, hypothétique encore à cette date. À partir de janvier 1988, sa candidature devient de plus en plus probable suite à une interview de Michel Rocard à la radio[59]. Ce dernier avait appris que François Mitterrand allait se présenter le mois précédent[60]. Finalement, le président annonce sa candidature à l'élection présidentielle le , grâce à une communication et une stratégie de campagne parfaitement rodées[61],[62]. Comme en 1981, Pierre Bérégovoy est son directeur de campagne, tandis qu'Henri Nallet en est le trésorier[63]. Il reçoit le soutien de nombreux artistes, notamment Barbara, Charles Trénet, France Gall, Michel Berger, Gérard Depardieu et Renaud.

Le , sa Lettre à tous les Français est diffusée dans de nombreux journaux, comme Le Figaro ou Libération, tirée à 2 millions d'exemplaires[64],[65]. Cette lettre servit de programme de campagne, qui se fit sur le slogan de la « France unie »[61],[66]. Le programme de campagne, organisé par Pierre Bérégovoy, Pierre Joxe et Louis Mermaz, limite au maximum la présence médiatique de François Mitterrand[67]. Quatre grands meetings sont organisés en avril, le 8 à Rennes où il développa le thème de la « France unie » et où Barbara chanta L'Homme à la rose, le 15 à Lyon, le 19 à Montpellier où il fit applaudir chaleureusement Michel Rocard, et le 22 au Bourget[60],[68]. Ses interventions à la télévision sont rares, Questions à domicile le 31 mars et deux émissions de radio programmées jusqu'au 24 avril[69],[68].

À quelques jours du premier tour, la situation en Nouvelle-Calédonie se dégrade à nouveau, avec 4 gendarmes assassinés sur l'île d'Ouvéa et 27 personnes prises en otage par les indépendantistes kanaks[70].

Comme prévu par son équipe de campagne et son ami Charles Salzmann, François Mitterrand arrive largement en tête le 24 avril avec 34,1% des suffrages exprimés[7],[71].

Pour la campagne du second tour, trois meetings sont organisés, à Lille le 29 avril, à Strasbourg le 2 mai, et à Toulouse le 6. Son slogan du premier tour est amélioré, devenant « La France unie est en marche ». Lors du débat télévisé, il parvient à maîtriser l'agressivité de Jacques Chirac, notamment en l'appelant « monsieur le Premier ministre » durant toute l'émission et en lui tenant tête sur l'affaire Gordji[69]. Considéré comme le perdant du débat, Jacques Chirac fait tout pour rattraper son retard dans les sondages, notamment en accélérant la procédure pour tenter de libérer les otages d'Ouvéa et les derniers otages au Liban[72],[69].

Au soir du second tour, François Mitterrand est réélu avec 54,02% des suffrages exprimés[28].

Jacques Chirac[modifier | modifier le code]

Le depuis l'Hôtel de Matignon, Jacques Chirac sa candidature à l'élection présidentielle[61],[73]. Le Premier ministre, qui avait un temps envisagé d'attendre l'annonce de François Mitterrand pour déclarer sa candidature, doit renoncer à l'automne 1987, notamment du fait de sa propre baisse de popularité et de par les attaques de Raymond Barre contre lui[74]. Il fait de Charles Pasqua son directeur de campagne et d'Alain Juppé son porte-parole, le siège de campagne se trouvant rue de Babylone à Paris. Il met en avant dans sa campagne de nouveaux visages, comme Nicolas Sarkozy, Jacques Toubon, Philippe Séguin ou Michèle Alliot-Marie qui organisaient de nombreuses réunions publiques ainsi que ses meetings en relation avec Charles Pasqua. Sa fille Claude Chirac fut chargée de sa communication de campagne[75].

Son attitude agressive durant la cohabitation va lui coûter des points tout comme certains couacs de communication dès le début de sa campagne (notamment l'intervention hasardeuse d'Albin Chalandon), même s'il remontre rapidement son retard face à Raymond Barre. Il tente d'apparaître plus décontracté et affiche comme à son habitude toute la vitalité du candidat en campagne[75]. Sa campagne est perturbée par la tentative de suicide de sa fille Laurence[76].

Le , l'équipe de campagne dirigée par Charles Pasqua organise un grand rassemblement électoral avec 30 000 personnes à l'hippodrome de Vincennes au cours duquel il raille l'absence d'attente autour de la candidature de François Mitterrand parlant d'un « suspense qui n'en est plus vraiment un »[77]. Il passa toute la campagne à courir derrière François Mitterrand, n'améliorant son score qu'en fin de campagne du premier tour dans les sondages[78]. Il reçoit le soutien de Johnny Hallyday pendant la campagne, qui fut présent et chanta lors du meeting à Vincennes[77].

Le soir du premier tour, il n'arrive qu'en seconde position avec moins de 20% des suffrages exprimés[7]. Son faible score s'explique notamment par sa popularité assez moyenne, mais également par une surexposition médiatique[79]. L'écart avec François Mitterrand est pratiquement impossible à remonter, malgré le ralliement de Raymond Barre, comme l'avait analysé durant la précampagne Édouard Balladur[80].

Malgré sa prestation médiocre et la libération des otages au Liban et en Nouvelle-Calédonie, il ne parvient pas à remonter son retard dans les sondages. Durant la campagne du second tour, une entrevue est organisée par le général Pierre de Bénouville avec Jean-Marie Le Pen, en présence de Charles Pasqua et Édouard Balladur[17]. Néanmoins, cette rencontre ne permet pas d'aboutir au soutien du candidat FN qui ne donnera pas de consigne de vote en sa faveur[21].

Le soir du second tour, il est battu par François Mitterrand, recueillant seulement 45,98% des suffrages exprimés[28].

Raymond Barre[modifier | modifier le code]

À partir de 1985, l'ancien Premier ministre envisage de plus en plus une candidature. Son refus de la cohabitation comme sa volonté d'indépendance vis-à-vis des partis contribue à renforcer sa popularité[81], au point même de parler d'incohérence institutionnelle[82]. Du côte de l'UDF dont il proche depuis 1978, certains appuient l'hypothèse de sa candidature, notamment le CDS[83]. À partir de 1986, certaines enquêtes d'opinion le placent au second tour de la présidentielle et le voient potentiellement comme vainqueur face à François Mitterrand.

Le , Valéry Giscard d'Estaing annonce qu'il renonce à concourir à l'élection présidentielle au journal de 20 heures sur Antenne 2[84]. Au cours de l'été 1987, l'ancien Premier ministre est de plus en plus talonné dans les sondages par Jacques Chirac tandis que François Mitterrand est toujours placé en tête[85]. Certains parmi ses proches l'incitent à présenter rapidement sa candidature.

Il déclare sa candidature le depuis le Centre de congrès de Lyon[61],[86]. Il nomme son ancien chef de cabinet et député de la Vendée Philippe Mestre comme directeur de campagne. Il reçoit le soutien de l'UDF cinq jours après sa déclaration de candidature[61].

L'ancien Premier ministre essaie de développer une certaine proximité avec les électeurs, notamment à travers ses meetings où il essaie de faire preuve de répartie et d'humour notamment avec la phrase « Bonne nuit les petits » inspirée du dessin-animé du même nom[87], pour contraster la vision d'homme de rigueur qui s'est développée à Matignon à partir de septembre 1976. Malheureusement pour lui, son slogan de campagne et quelques couacs de communication font baisser les intentions de vote en faveur du député du Rhône qui ne repassera pas devant Jacques Chirac dans les sondages après janvier 1988[88],[78].

Il axe principalement sa campagne sur la réduction des déficits, un recentrage de la politique étrangère et la mise en place d'une politique de formation efficace pour former notamment les jeunes arrivant sur le marché du travail[89].

Parmi les soutiens de Raymond Barre, on compte notamment Valéry Giscard d'Estaing[90] (même si en secret, il va tout faire pour contrer cette tentative de candidature[83]) et Alain Delon, l'acteur comparant l'ancien Premier ministre au général de Gaulle dans un clip de campagne[91],[89]. Il a également reçu le soutien de la jeune garde centriste du CDS et du Parti républicain, comme Jacques Barrot, Bernard Stasi, Bernard Bosson, Edmond Alphandéry, le président du groupe UDF Jean-Claude Gaudin, Charles Millon, François d'Aubert ou Pascal Clément[92].

Au soir du premier tour, Raymond Barre arrive troisième avec 16,55% des suffrages exprimés (un score à peine plus élevé que Jean Lecanuet en 1965)[7].

Jean-Marie Le Pen[modifier | modifier le code]

Au cours de l'année 1987, Jean-Marie Le Pen tente d'adoucir son image auprès de l'opinion, parvient à rencontrer Ronald Reagan ainsi qu'à participer au Congrès juif mondial[93].

Il déclare officiellement sa candidature le [61],[94]. Pendant plus d'un mois durant l'été, il réalise une « tournée des plages » qui le mène d'Ajaccio à Dunkerque. Néanmoins, son image modérée s'effrite après ses déclarations controversées au sujet de la Shoah et des chambre à gaz lors de la Seconde Guerre mondiale sur RTL le [93],[95],[96].

Son programme est assez différent des autres principaux candidats. Il met l'accent sur la sécurité, qu'il considère comme le droit premier du citoyen[97]. Ses attaques portent principalement sur François Mitterrand, même si celles portées contre Jacques Chirac sont relativement importantes. Son équipe de campagne organise de nombreux meetings et rassemblements, et parvient notamment à réunir plus de 18 000 personnes lors d'un meeting au Stade Vélodrome à Marseille le [98].

Avec 14,39% des suffrages exprimés au soir du premier tour, bien qu'il ne fut crédité que de 10 à 12% d'intentions de vote dans les sondages, son score symbolise la percée de l'extrême-droite en France dans les années 1980[7],[99].

André Lajoinie[modifier | modifier le code]

Georges Marchais annonce à la télévision le lors du Journal de 20 heures que le député de l'Allier sera probablement candidat lors de l'élection présidentielle[100]. Le comité central du parti approuve la candidature du candidat le , alors que les sondages sont peu favorables[61].

Au cours de la campagne, André Lajoinie défend les thèmes traditionnels du parti, comme la défense de la classe ouvrière et la lutte contre le capitalisme mais sa campagne ne décollera jamais. De plus, il fut victime de sa mauvaise prestation lors d'un débat contre Jean-Marie Le Pen le et les sondages les plus optimistes ne le créditaient que de 7% en toute fin de campagne. En interne, les tensions deviennent de plus en plus fortes entre l'appareil du parti et les « rénovateurs ». Le , Pierre Juquin est exclu du parti[45]. Son slogan de campagne fut « Pas question de se laisser faire ». La campagne du candidat communiste fut en partie financée par l'Union soviétique, le parti ayant reçu un million de dollars[101].

Au soir du premier tour, André Lajoinie n'obtient que 6,76% des suffrages et réalise le plus mauvais score réalisé par le Parti communiste depuis les législatives de 1924 (à l'époque, le parti avait obtenu 5,15% des suffrages), perdant 9 points par rapport à Georges Marchais en 1981[7].

Faits de campagne[modifier | modifier le code]

Le , cinq jours après la déclaration de candidature de Jacques Chirac, le ministre de la Justice Albin Chalandon se livre à une comparaison hasardeuse, voire désastreuse, de François Mitterrand, en considérant les relations qu'entretenait le président avec les Français étaient semblables avec celles entretenues par le maréchal Pétain avec les Français durant le régime de Vichy[56].

Sondages[modifier | modifier le code]

Entre janvier et mai 1988, 153 sondages ont été réalisés, soit 42 de plus qu'en 1981[102].

Premier tour[modifier | modifier le code]

Sondeur Date Échantillon Arlette Laguiller Pierre Lambert (homme politique) André Lajoinie Pierre Juquin François Mitterrand Michel Rocard Antoine Waechter Raymond Barre Valéry Giscard d'Estaing François Léotard Jacques Chirac Jean-Marie Le Pen
Arlette Laguiller
(LO)
Pierre Boussel

(MPPT)

André Lajoinie
(PCF)
Pierre Juquin
(PSU-LCR)
François Mitterrand
(PS)
Michel Rocard
(PS)
Antoine Waechter
(Les Verts)
Raymond Barre
(UDF)
Valéry Giscard d'Estaing
(UDF)
François Léotard
(PR)
Jacques Chirac
(RPR)
Jean-Marie Le Pen
(FN)
Année 1986
Ipsos du 8 au 15 février 1 188 3 % 28 % 17 % 18 % 4 % 4 % 20 % 6 %
Ipsos du 20 au 25 juin 1 000 1 % 3 % 28 % 16 % 16 % 7 % 21 % 6 %
1 % 3 % 42 % 20 % 25 % 8 %
Ipsos du 18 au 22 août 934 4 % 27 % 17 % 15 % 9 % 7 % 14 % 7 %
6 % 33 % 23 % 12 % 18 % 8 %
4 % 39 % 22 % 9 % 18 % 8 %
6 % 36 % 27 % 23 % 8 %
Année 1987
Louis Harris du 21 au 25 octobre 39 % 20 % 21 % 11 %
33 % 9 % 20 % 20 % 9 %
31 % 23 % 24 % 11 %
Sofres du 7 au 12 novembre 2 % 4 % 3 % 38 % 0,5 % 24,5 % 18 % 10 %
Sofres du 4 au 8 décembre 1,5 % 4,5 % 2 % 38 % 1 % 24 % 19 % 10 %
Année 1988
Sofres du 8 au 12 janvier 1 % 5 % 2 % 40 % 0,5 % 23 % 19,5 % 9 %
Ipsos du 11 au 20 janvier 3 000 1 % 4 % 2 % 37 % 3 % 21 % 21 % 11 %
Ipsos du 20 au 26 janvier 1 500 1 % 4 % 2 % 41,5 % 3 % 19 % 21,5 % 10 %
Sofres du 1er au 3 février 0,5 % 4,5 % 2 % 39 % 1 % 21 % 22 % 10 %
Ipsos du 1er au 4 février 1 898 1 % 5,5 % 3 % 36 % 1,5 % 19 % 23 % 11 %
Ipsos du 15 au 19 février 1 900 1 % 6,5 % 2,5 % 35,5 % 1,5 % 19 % 23 % 11 %
Sofres du 1er au 3 mars 1 % 5,5 % 2 % 38 % 2 % 20 % 21,5 % 10 %
Sofres du 1er au 2 avril 1 % 6 % 3 % 37 % 2,5 % 15 % 24 % 11,5 %
Sofres du 8 au 9 avril 1 % 7 % 2 % 36 % 2,5 % 17 % 23,5 % 11 %
Sofres du 20 au 21 avril 1,5 % 7 % 2 % 35 % 2,5 % 16,5 % 23,5 % 12 %

Second tour[modifier | modifier le code]

Mitterrand - Chirac[modifier | modifier le code]

Sondeur Date François Mitterrand Visite du Premier Ministre Jacques CHIRAC au stand des Écrivains paysans au Parc Expositions de Paris (Salon de l'Agriculture)
François Mitterrand Jacques Chirac
Ipsos 8–15 février 1986 56 % 44 %
Ipsos 20–25 juin 1986 53 % 47 %
Ipsos 18–22 août 1986 55 % 45 %
Ipsos 11–16 mai 1987 56 % 44 %
Sofres 7–12 novembre 1987 56 % 44 %
Sofres 4–8 décembre 1987 55 % 45 %
Sofres 8–12 janvier 1988 57 % 43 %
Ipsos 11–20 janvier 1988 57 % 43 %
Sofres 1–3 février 1988 55 % 45 %
Ipsos 16–19 février 1988 54 % 46 %
Sofres 1–3 mars 1988 55 % 45 %
Ipsos 15–17 mars 1988 54 % 46 %
Ipsos 17–21 mars 1988 53 % 47 %
Ipsos 23–24 mars 1988 55 % 45 %
Ipsos 25–26 mars 1988 55 % 45 %
Sofres 1–2 avril 1988 55 % 45 %
Ipsos 5–6 avril 1988 52 % 48 %
Sofres 8–9 avril 1988 54 % 46 %
Ipsos 8–9 avril 1988 54 % 46 %
Sofres 20–21 avril 1988 53 % 47 %
Ipsos 24 avril 1988 53 % 47 %
Sofres 26–27 avril 1988 56 % 44 %
Sofres 29 avril 1988 55 % 45 %
Sofres 4–5 mai 1988 55 % 45 %
Sofres 6 mai 1988 54 % 46 %

Mitterrand - Barre[modifier | modifier le code]

Sondeur Date François Mitterrand Raymond Barre
François Mitterrand Raymond Barre
Ipsos 8–15 février 1986 53 % 47 %
Ipsos 20–25 juin 1986 53 % 47 %
Ipsos 18–22 août 1986 54 % 46 %
Ipsos 11–16 mai 1987 53 % 47 %
Ipsos 11–20 janvier 1988 54 % 46 %
Ipsos 16–19 février 1988 53 % 47 %
Ipsos 15–17 mars 1988 54 % 46 %
Ipsos 17–21 mars 1988 52 % 48 %
Ipsos 23–24 mars 1988 55 % 45 %
Ipsos 25–26 mars 1988 55 % 45 %
Ipsos 5–6 avril 1988 54 % 46 %
Ipsos 8–9 avril 1988 54 % 46 %

Résultats[modifier | modifier le code]

Premier tour
()
Second tour
()
Nombre % Nombre %
Inscrits 38 128 507 100,00 38 168 869 100,00
Votants 31 027 972 81,38 32 085 071 84,06
   suffrages exprimés 30 406 038 98,00 30 923 249 96,38
   bulletins blancs ou nuls 621 934 2,00 1 161 822 3,62
Abstentions 7 100 535 18,62 6 083 798 15,94
Candidat
Parti politique
Voix % des
exprimés
Voix % des
exprimés
  François Mitterrand
Parti socialiste, soutenu par le Mouvement des radicaux de gauche
10 367 220 34,10 16 704 279 54,02
  Jacques Chirac
Rassemblement pour la République, soutenu par le Centre national des indépendants et paysans
6 063 514 19,94 14 218 970 45,98
  Raymond Barre
Sans étiquette, soutenu par l'Union pour la démocratie française
5 031 849 16,55
  Jean-Marie Le Pen
Front national
4 375 894 14,39
  André Lajoinie
Parti communiste français
2 055 995 6,76
  Antoine Waechter
Les Verts
1 149 642 3,78
  Pierre Juquin
Communiste rénovateur, soutenu par le Parti socialiste unifié et la Ligue communiste révolutionnaire
639 084 2,10
  Arlette Laguiller
Lutte ouvrière
606 017 1,99
  Pierre Boussel
Mouvement pour un parti des travailleurs
116 823 0,38
Source : Conseil constitutionnel (premier tour, second tour)
François Mitterrand :
(54,02 %)
Jacques Chirac :
(45,98 %)

Analyse[modifier | modifier le code]

Pour le journaliste Alain Duhamel, la campagne électorale a été la âpre et la plus violente de l'histoire de la Cinquième République, notamment en raison du duel à distance entre Jacques Chirac et François Mitterrand[103].

Le résultat de cette élection était attendu, du fait de la configuration de la Cohabitation et grâce à la stratégie de campagne de François Mitterrand[66]. 70% des personnes interrogées par la Sofres ont jugé que le résultat de l'élection était attendu après le second tour[104]. Les politologues ont considéré que le vote du second tour correspondait à un vote « légitimiste » ou « régalien » (Jérôme Jaffré) en faveur de François Mitterrand alors que la France restait un pays conservateur[105].

Dans François Mitterrand, un dessein, un destin, Hubert Védrine dresse le constat suivant : « Très bien réélu, avec 54% des suffrages, ayant perdu 10% de ses voix de gauche de 1981 mais en ayant gagné 15% à droite, François Mitterrand retrouve après deux années de cohabitation la plénitude de ses fonctions. Il dit désirer « l’ouverture » au début de son second mandat. Mais il ne veut pas pour autant se soumettre aux exigences excessives des centristes, indispensables pour retrouver une majorité dans l’Assemblée élue en 1986. Il doit donc dissoudre. »[106].

Analyse géographique[modifier | modifier le code]

Premier tour[modifier | modifier le code]

Lors du premier tour, Jacques Chirac n'est arrivé en tête que dans cinq départements, dans son fief de Corrèze, à Paris, en Lozère ainsi qu'en Corse-du-Sud et dans le Cantal, terres électorales de la droite[107]. Il réalise son meilleur score avec près de 39% des voix en Corrèze. De son côté, Raymond Barre n'arrive en tête dans aucun département, et ne termine second que dans une petite poignée notamment en Normandie et en Rhône-Alpes. Il réalise ses meilleurs résultats en région Rhône-Alpes et son meilleur score dans son département du Rhône avec près de 25% des voix.

Jean-Marie Le Pen fait quant à lui une percée avec plus de 14% des voix, arrivant en seconde position dans onze départements dont la plupart en Provence-Alpes-Côte d'Azur, ainsi qu'en Seine-Saint-Denis, dans le Val-d'Oise et en Alsace-Moselle. Le président du FN arrive en deuxième position dans trois régions, en Provence-Alpes-Côte d'Azur, Languedoc-Roussillon mais également en Alsace[99]. Entre 1986 et 1988, près de 1 675 000 électeurs supplémentaires ont porté leurs suffrages sur le candidat du FN[99].

François Mitterrand parvient à remporter la quasi-totalité des départements, arrivant second seulement là où Jacques Chirac le devançait. Il n'obtint aucun score en dessous de 24%. Quant à André Lajoinie, il ne parvint à réaliser un score de plus de 10% que dans un nombre réduit de départements, n'arrivant troisième que dans cinq départements, ceux du Limousin, l'Ariège et son fief de l'Allier où il réalise son meilleur score avec 18,12% des voix. Signe du déclin du Parti communiste, il arrive seulement quatrième derrière Jean-Marie Le Pen et Jacques Chirac en Seine-Saint-Denis[N 2].

Antoine Waechter réalise ses meilleurs résultats en Alsace et dans les régions de montagne mais globalement, sa performance est moins bonne que celle de Brice Lalonde en 1981[108].

Au soir du premier tour, François Mitterrand disposait d'une marge confortable, avec 15 points de plus que Jacques Chirac, une marge qui était quasiment impossible à remonter, comme pour Alain Poher en 1969 face à Georges Pompidou.

Second tour[modifier | modifier le code]

Au second tour, François Mitterrand bénéficia du report des voix de gauche grâce à l'appui d'André Lajoinie, mais également d'un bon report des voix de Raymond Barre[104]. Il parvint à dépasser les 60% dans 11 départements comme Georges Pompidou en 1969, avec des succès notables comme dans le Haut-Rhin où le vote fut quasiment identique à celui des Bouches-du-Rhône (50,2% contre 50,5%) qui était un département plus à gauche[N 3],[109].

Jacques Chirac ne l'emportait majoritairement que dans les départements ayant la pratique religieuse la plus importante et les plus ancrés à droite, ainsi que dans les grandes villes[110]. Il réalise son meilleur score dans les Alpes-Maritimes, mais échoue à l'emporter en Corrèze.

Analyse sociologique[modifier | modifier le code]

Abstention[modifier | modifier le code]

L'abstention est de 18,62% au premier tour et de 15,94% au second[111]. Malgré cette abstention semblable par rapport à 1981, cette élection marquait la confirmation que l'élection présidentielle était celle pour laquelle les électeurs se mobilisaient le plus[107],[112]. L'abstention fut plus importante dans les villes, notamment dans le Sud-Est[110].

Ce sont surtout les plus jeunes qui ne se sont pas déplacés pour voter (12% au premier tour, 10% au second tour) d'après la Sofres, tout comme les employés, ouvriers, inactifs et retraités qui se sont moins déplacés au bureau de vote (de 10 à 13% au premier tour, de 6 à 9% au second tour)[104].

Du côté des électorats, ce sont surtout les écologistes qui ne se sont pas déplacés (13% au premier tour, 12% au second tour), tout comme les personnes non affiliées à un parti politique (17% au premier tour, 15% au second)[104].

Premier tour[modifier | modifier le code]

Au soir du premier tour, la droite rassemblait 50,9% des suffrages exprimés contre 49,1% à la gauche, en comptant les écologistes[113]. Malgré cela, François Mitterrand était assuré d'être réélu. La droite modérée ne rassemblait que 36,48%, marquant un recul assez net depuis les élections européennes de 1984[107]. Quant à Jacques Chirac, il n'atteignait même pas le score des trois candidats gaullistes en 1981 qui avaient fait au total 20,97% des suffrages exprimés[107]. L'électorat de Jean-Marie Le Pen est extrêmement divers. Venant en grande partie de la droite traditionnelle, une bonne partie de son électorat venait des déçus de la gauche. Près de 27% de son électorat avait voté en faveur de François Mitterrand en 1981, soit un peu plus de 600 000 électeurs[99]. Malgré tout, il restait encore largement un choix de vote contestataire. Pour André Lajoinie, l'électorat était très réduit, notamment chez les 18-24 ans avec une baisse de 22 points entre les législatives de 1978 (28%) et la présidentielle (6%) ainsi que pour les ouvriers avec seulement 15% de l'électorat ouvrier[113],[104]. Il a par ailleurs été particulièrement malmené dans les départements de la Ceinture rouge autour de Paris[113].

Le vote catholique reste relativement important à droite, notamment dans les départements où la pratique religieuse reste conséquente. Près de 82% des pratiquants réguliers ont voté à droite, dont 40% en faveur de Jacques Chirac, 30% pour Raymond Barre et 12% pour Jean-Marie Le Pen, et 54% des étudiants[114].

Sociologie de l'électorat au premier tour (enquête Sofres)[115],[104]
Catégorie Lajoinie Broussel Laguiller Juquin Mitterrand Waechter Barre Chirac Le Pen
Ensemble 6,76% 0,38% 1,99% 2,1% 34,1% 3,78% 16,55% 19,94% 14,39%
Sexe
Homme 7% 0% 2% 3% 32% 3% 15% 20% 18%
Femme 6% 1% 2% 2% 36% 4% 18% 20% 11%
Âge
18−24 ans 9% 2% 1% 2% 35% 4% 17% 14% 16%
25−34 ans 7% 0% 1% 4% 38% 7% 15% 11% 17%
35−49 ans 8% 1% 2% 3% 29% 4% 16% 20% 17%
50−64 ans 5% 0% 1% 3% 35% 2% 19% 24% 11%
Plus de 64 ans 7% 0% 1% 1% 33% 2% 15% 29% 12%
Professions et catégories socioprofessionnelles
Agriculteurs 1% 1% 0% 1% 23% 6% 19% 35% 14%
Commerçant, artisan, industriel 3% 2% 0% 1% 18% 3% 15% 35% 23%
Cadre, profession intellectuelle 2% 0% 0% 4% 24% 7% 23% 23% 17%
Profession intermédiaire 9% 1% 2% 4% 34% 7% 20% 13% 10%
Employé 7% 0% 2% 5% 38% 5% 17% 13% 13%
Ouvrier 11% 1% 3% 2% 42% 2% 11% 10% 18%
Inactif, retraité 6% 0% 1% 1% 37% 2% 17% 24% 12%
Niveau d'instruction
Primaire 9% 0% 1% 2% 37% 2% 12% 22% 15%
Secondaire 7% 1% 2% 2% 33% 3% 20% 19% 13%
Technique et commercial 6% 1% 1% 2% 34% 4% 15% 19% 18%
Supérieur 4% 0% 1% 5% 29% 8% 24% 17% 12%
Revenu
Moins de 3000F 4% 0% 1% 1% 32% 4% 16% 32% 10%
De 3001 à 5000F 10% 0% 2% 2% 38% 3% 17% 19% 9%
De 5001 à 7500F 9% 0% 2% 2% 35% 3% 15% 20% 14%
De 7501 à 10 000F 9% 0% 3% 3% 34% 3% 14% 13% 21%
De 10 001 à 15 000F 4% 1% 1% 5% 34% 6% 19% 16% 14%
De 15 001 à 20 000F 6% 0% 0% 2% 31% 4% 18% 24% 15%
Plus de 20 000F 1% 0% 1% 2% 21% 2% 30% 30% 13%

Second tour[modifier | modifier le code]

François Mitterrand obtient 87% du vote communiste par rapport au premier tour, ainsi que 80% du vote d'extrême gauche non communiste, mais également les deux tiers du vote écologiste et près de 15% du vote centriste[116]. 50% des jeunes ouvriers et chômeurs ayant voté pour le Front national au premier tour ont voté pour lui au second tour, ainsi que 40% des employés. De son côté,Jacques Chirac voit 65% des électeurs du Front national se reporter sur lui[116].

Sociologie de l'électorat au second tour (enquête Sofres)[115],[104]
Catégorie Mitterrand Chirac
Ensemble 54,02% 45,98%
Sexe
Homme 53% 47%
Femme 55% 45%
Âge
18−24 ans 60% 40%
25−34 ans 63% 37%
35−49 ans 51% 49%
50−64 ans 51% 49%
Plus de 64 ans 47% 53%
Professions et catégories socioprofessionnelles
Agriculteurs 35% 65%
Commerçant, artisan, industriel 37% 63%
Cadre, profession intellectuelle 36% 64%
Profession intermédiaire 59% 41%
Employé 64% 36%
Ouvrier 68% 32%
Inactif, retraité 52% 48%
Niveau d'instruction
Primaire 58% 42%
Secondaire 51% 49%
Technique et commercial 56% 44%
Supérieur 49% 51%
Proximité partisane
PCF 95% 5%
PS 97% 3%
Écologistes 61% 39%
UDF 6% 94%
RPR 2% 98%
FN 15% 85%
Sans affiliation 51% 49%
Revenu
Moins de 3000F 50% 50%
De 3001 à 5000F 62% 38%
De 5001 à 7500F 57% 43%
De 7501 à 10 000F 58% 42%
De 10 001 à 15 000F 57% 43%
De 15 001 à 20 000F 42% 58%
Plus de 20 000F 30% 70%

Dans la culture[modifier | modifier le code]

L'affaire Gordji, qui fut un moment très tendu du débat présidentiel, fut l'objet d'un téléfilm intitulé L'Affaire Gordji : Histoire d'une cohabitation sorti en 2012, racontant les coulisses de la Première cohabitation[117],[118]. Sans doute le débat le plus connu des débats présidentiels du second tour, il fut adapté au théâtre, avec François Morel et Jacques Weber dans les rôles de Jacques Chirac et de François Mitterrand, et joué durant toute la semaine qui précède le second tour de l'élection présidentielle française de 2017[119],[120],[8].

Chronologie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. En 1958, le général de Gaulle était candidat et président du Conseil, mais il a été élu au suffrage universel direct par un collège électoral d'environ 80 000 membres.
  2. Jacques Duclos était arrivé en tête en 1969, comme Georges Marchais en 1981.
  3. Georges Marchais était arrivé en tête en 1981.

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Raymond Barre, l'inclassable », sur INA, .
  2. a b et c [PDF] Décret no 88-250 du 16 mars 1988 portant convocation des électeurs pour l'élection du Président de la République, publié au JORF du , p. 3 543-3 544.
  3. Duhamel 2003, p. 130.
  4. a et b Article 7 de la Constitution de la Cinquième République française.
  5. Lacouture 1998, p. 267.
  6. « DECLARATION Raymond BARRE ET Jacques CHIRAC », sur INA, .
  7. a b c d e f et g « Décision n° 88-56 PDR du 27 avril 1988 », sur Conseil constitutionnel, .
  8. a et b Pierrick Geais, « Pourquoi le débat Chirac-Mitterrand de 1988 restera inégalé », sur Vanity Fair, .
  9. Jean-Baptiste Legavre, « Le débat télévisé Mitterrand/Chirac de 1988 raconté par plusieurs de ses acteurs », Politix, vol. 9,‎ (lire en ligne).
  10. Becker 2002, p. 453.
  11. « "Vous avez tout à fait raison M. le Premier Ministre" », sur INA, .
  12. Chloé Demoulin, « Débat : En 1988, Mitterrand et "M. le Premier ministre" », sur France Soir, .
  13. « Débat Mitterrand et Chirac : la TVA, les chiens et les chats », sur INA, .
  14. « Jacques Chirac "en me regardant dans les yeux" », sur INA, .
  15. Vincent Lenoir, « Présidentielle : six anecdotes sur ces débats d'entre-deux-tours qui ont marqué l'histoire », sur Franceinfo, .
  16. Lacouture 1998, p. 279.
  17. a et b « 1988 : Le Pen a bien rencontré Chirac », sur Le Nouvel Observateur, .
  18. Paul Carcenac, « Il y a 30 ans, que s'est-il passé lors de la prise d'otages d'Ouvéa ? », sur Le Figaro,
  19. Brendan Kennet, « RECIT. 1988, l’assaut de la grotte d’Ouvéa en Nouvelle-Calédonie », sur Le Parisien,
  20. « Manifestation Le Pen », sur INA, .
  21. a et b Becker 2002, p. 452.
  22. « Manif concorde », sur INA, .
  23. Florence Haegel, « Mémoire, héritage, filiation. Dire le gaullisme et se dire gaulliste au RPR », Revue française de science politique, vol. 40-6,‎ (lire en ligne).
  24. « Déclaration Raymond Barre », sur INA, .
  25. Barre 2007, p. 257.
  26. « Déclaration Jacques Chirac », sur INA, .
  27. « Déclaration Jean Marie Le Pen », sur INA, .
  28. a b c et d « Décision n° 88-60 PDR du 11 mai 1988 », sur Conseil constitutionnel, .
  29. « C'était comment la présidentielle de 1988? », sur L'Express, .
  30. Arnaud Spire, « Les liaisons dangereuses de Mitterrand », sur L'Humanité, .
  31. Saïd Mahrane, « Le Pen raconte Mitterrand », sur Le Point, .
  32. Le Pen 1984, p. 73.
  33. Alain Duhamel, « 1984 - Jean-Marie Le Pen, le tribun intempestif », sur L'Express, .
  34. Erik Neveu, « « L'heure de vérité » ou le triangle de la représentation », Mots : Les langages du politique, vol. 20,‎ (lire en ligne).
  35. « “L'Heure de vérité”, l’émission qui a changé la politique », sur Le Monde, .
  36. « Le Pen sur chambres à gaz », sur INA, .
  37. Vincent Vantighem, « Chambres à gaz: Retour à l’origine du «détail» de l’histoire de Jean-Marie Le Pen », sur 20 Minutes, .
  38. « Jean Marie Le Pen sur le Sida : le sidaïque est une espèce de lépreux », sur INA, .
  39. Adrien Gaboulaud, « La vie après l'Elysée : VGE, l'ambition du retour », sur Paris Match, .
  40. Françoise Fressoz, « 1981, Valéry Giscard d’Estaing, l’espérance du retour », sur Le Monde, .
  41. « Cohabitation: fonctionnement et durée », sur Ipsos, .
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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]