Gouvernement intérimaire rwandais

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Le gouvernement intérimaire rwandais ou gouvernement Kambanda du nom du Premier ministre qui le dirigea Jean Kambanda, est le gouvernement rwandais constitué le 9 avril 1994, trois jours après l'attentat du 6 avril 1994 qui a coûté la vie aux présidents rwandais Juvénal Habyarimana et burundais Cyprien Ntaryamira, et l'assassinat le lendemain 7 avril par la garde présidentielle de la Première ministre Agathe Uwilingiyimana. Ce gouvernement civil dictatorial, constitué sous la houlette du chef de cabinet du ministre de la Défense, le colonel Théoneste Bagosora et sous l'influence directe du mouvement Hutu Power, conduisit le génocide des Tutsis rwandais. Il prend fin officiellement le 19 juillet 1994 suite à la victoire militaire du Front patriotique rwandais et la mise place d'un gouvernement d'union nationale dirigé par Faustin Twagiramungu.

Histoire[modifier | modifier le code]

Formation du gouvernement intérimaire[modifier | modifier le code]

Le gouvernement provisoire est formé le 8 avril 1994 à l'initiative de Théoneste Bagosora, directeur de cabinet du ministre de la Défense.

Dans la nuit du 6 au 7 avril 1994, qui suit l'attentat contre l'avion présidentiel, il s'oppose à ce que le pouvoir soit exercé par la Première ministre Agathe Uwilingiyimana, Hutu modérée partisane des Accords d'Arusha et opposée au Hutu Power, malgré l'insistance du général Roméo Dallaire, commandant la MINUAR et celle de Jacques Roger Booh-Booh, représentant spécial du secrétaire général de l'ONU à Kigali. Il préside un comité de crise de l'armée rwandaise qui exerce le pouvoir jusqu'à la formation d'un gouvernement intérimaire au sein de l'ambassade de France à Kigali. Il s'oppose également à ce que Mme Uwilingiyimana lise un message d'appel au calme à la radio le matin du 7 avril. Le matin même, Agathe Uwilingiyimana est assassinée avec son mari par la garde présidentielle, ainsi que dix casques bleus belges chargés de la protéger.

Le gouvernement intérimaire entre officiellement en fonction le 9 avril 1994. Il était entièrement composé de Hutus et piloté par le mouvement extrémiste Hutu Power.

Politique génocidaire[modifier | modifier le code]

Ce gouvernement se disait « gouvernement des sauveurs » (« Abatabazi ») et conduisit le génocide tutsi du Rwanda[1]. Parallèlement, pendant toute cette période, bénéficiant de sa représentation comme membre élu au Conseil de sécurité de l'ONU, et du soutien de la France, il a cherché à développer une intense activité diplomatique, comprenant parfaitement que le FPR était en train de gagner la guerre militairement.

Ce gouvernement aurait chargé Paul Barril de plusieurs missions :

  • mettre sur pied l'opération insecticide (1994).
  • récupérer auprès d'un fournisseur d'armes français, Dominique Lemmonier, un trop-perçu sur des ventes d'armes non honorées (1995)[2].

Fuite et jugement des membres du gouvernement[modifier | modifier le code]

Le régime dictatorial s'effondre en même temps que les forces armées rwandaises, vaincues par les rebelles du Front patriotique rwandais qui entrent dans la capitale Kigali le . Le 17 juillet 1994, le FPR contrôle l'essentiel du pays, mettant fin au génocide des Tutsis et le 18 juillet, il déclare un cessez-le-feu unilatéral, mettant ainsi un terme définitif à la guerre civile rwandaise. La plupart des membres du gouvernement intérimaire s'enfuit, tout comme les principaux responsables militaires.

Selon certaines sources[Lesquelles ?], à la fin du génocide, des membres en fuite de ce gouvernement auraient été accueillis dans les camps organisés par l'opération Turquoise et le chef d'état major de son armée a été accueilli au sein même du camp de l'opération Turquoise[3][réf. insuffisante]. Le colonel Jacques Hogard commandant de la zone sud de l'Opération Turquoise, confirme de son côté avoir expulsé[réf. nécessaire] de la Zone Humanitaire Sûre deux membres de ce gouvernement qui se sont alors réfugiés au Zaïre [4]. Selon des sources[réf. nécessaire] présentées à la Commission d'enquête citoyenne[5], non confirmées, "des passeports français leur auraient ensuite été procurés par les autorités françaises", ce que ces autorités contestent.

17 des 21 membres de ce gouvernement ont été présentés au Tribunal pénal international pour le Rwanda.

Son président, Théodore Sindikubwabo, exilé et mort au Congo, ne fut jamais arrêté ni jugé pour ses crimes génocidaires.

Le Premier ministre Jean Kambanda a quant à lui plaidé coupable de génocide devant le TPIR, suite à son arrestation au Togo où il s'était exilé.

Le rapport de la Mission d'information parlementaire française sur le Rwanda n'a pas reconnu le gouvernement intérimaire rwandais comme légitime.

Composition du gouvernement intérimaire[modifier | modifier le code]

Liste des ministres[6],[7] :

Fontion Nom Remarques Parti politique Lieu de naissance
Président de la République par intérim Théodore Sindikubwabo MRND Butare
Premier ministre Jean Kambanda MRND Butare
Ministre des Affaires étrangères Jérôme Bicamumpaka MRND Ruhengeri
Ministre de l'Intérieur Callixte Kalimanzira jusqu'au 25 mai 1994 MRND Kigali
Édouard Karemera à partir du 25 mai 1994 MRND Kibuye
Ministre de la Justice Agnès Ntamabyaliro Rutagwera Parti libéral Kibuye
Ministre de la Défense Augustin Bizimana MRND Byumba
Ministre de l'Élevage, l'Agriculture et des Forêts Straton Nsabumukunzi Parti social-démocrate Butare
Ministre de l'Éducation André Rwamakuba [8] MRND Kigali
Ministre de l'Enseignement supérieur Daniel Mbangura jusqu'au 26 mai 1994 MRND Gikongoro
Jean de Dieu Kamuhanda à partir du 26 mai 1994 MRND Kigali
Ministre des Finances Emmanuel Ndindabahizi [9] Parti social-démocrate Kibuye
Ministre de la Fonction publique Prosper Mugiraneza Parti social-démocrate Kibungo
Ministre des Renseignements Éliézer Niyitegeka MRND Kibuye
Ministre du Commerce, de l'Industrie et de l'Artisanat Justin Mugenzi [10] Parti libéral Kibungo
Ministre de la Planification Augustin Ngirabatware MRND Gisenyi
Ministre de la Santé Casimir Bizimungu MRND Ruhengeri
Ministre des Transports et des Communications André Ntagerura MRND Ruhengeri
Ministre du Travail et des Affaires sociales Jean-de-Dieu Habineza Parti libéral Gisenyi
Ministre des Services publics et de l'Énergie Hyacinthe Nsengiyumva Rafiki [11] Parti social-démocrate Gisenyi
Ministre du Tourisme et de l'Environnement Gaspard Ruhumuliza [12] Parti démocrate-chrétien Gitarama
Ministre de la Famille et les Conditions des femmes Pauline Nyiramasuhuko MRND Ndora
Ministre de la Jeunesse Callixte Nzabonimana MRND Gitarama

Références[modifier | modifier le code]

  1. Voir décisions du Tribunal Pénal International concernant plus de la moitié de ses anciens ministres dont le premier, Jean Kambanda, et les rapports sur le Rwanda d'African Rights, des sénateurs belges, des députés français, de l'ONU, de HRW et de la FIDH, de l'OUA, de la Commission d'enquête citoyenne française Accès à tous ces rapports
  2. Patrick de Saint-Exupéry, L'inavouable, la France au Rwanda, Les Arènes (2004) (ISBN 2-912485-70-3), p.171-172.
  3. Général Dallaire - J'ai serré la main du diable
  4. Jacques Hogard, Les larmes de l'honneur
  5. organisée par plusieurs associations françaises dont Survie
  6. GOUVERNEMENTS, REPRESENTATION POLITIQUE, PRINCIPAUX CORPSD'ETAT, INSTITUTIONS DE LA SOCIETE CIVILE, RWANDA
  7. The Interim Government - Established on 8 April 1994 (PDF; 121 kB)
  8. André Rwamakuba: [1]
  9. Emmanuel Ndindabahizi (* 1950): [2]
  10. Justin Mugenzi: [3]
  11. Hyacinthe Nsengiyumva Rafiki [4]
  12. Gaspard Ruhumuliza: [5], August 31, 2007, Rwanda urges Canada to extradite 'genocide masterminds'