Affaire Bygmalion

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L'affaire Bygmalion est une affaire politico-financière française.

Créée en 2008 par deux proches de Jean-François Copé, l'agence de communication Bygmalion connait une forte croissance alors que l'Union pour un mouvement populaire (UMP), un de ses plus grands clients, connait de graves difficultés financières. L'affaire débute le 27 février 2014, lorsque l'hebdomadaire Le Point accuse Jean-François Copé, alors président de l'UMP, d'avoir favorisé l'agence Bygmalion pendant la campagne de Nicolas Sarkozy pour les présidentielles de 2012. L'agence Bygmalion aurait surfacturé des prestations à l'UMP[1]. Le 14 mai, le quotidien Libération révèle que sur les 18 millions d'euros de prestations facturées à l'UMP, certaines n'auraient jamais eu lieu, soulevant l'interrogation sur l'utilisation de ces fonds. Le 26 mai, l'avocat de Bygmalion confirme l'émission de 10 millions d'euros de fausses factures à la demande de l'UMP. Selon le journal Le Monde, il n'y aurait pas dans cette affaire un enrichissement personnel : l'émission de fausses factures aurait en réalité visé à masquer des dépassements de frais lors de la campagne présidentielle de 2012[2].

Les affirmations de l'avocat de Bygmalion sont contestées par Dominique Dord et des proches de Nicolas Sarkozy. Jean-François Copé clame son innocence dans cette affaire et dépose plainte contre X[3]. À la mi juin, d'autres députés de l'UMP déposent plainte à leur tour[4]. Après avoir consulté la « comptabilité secrète » de Bygmalion, Mediapart révèle que le dépassement serait de 17 millions d'euros[5],[6].

Le , à la suite des résultats des élections européennes de 2014 et aux dernières révélations, Jean-François Copé est poussé à la démission par les ténors de l'UMP lors d'une réunion du bureau politique du parti à huis clos jugée « explosive » par Le Monde, démission effective le . Il est remplacé par une direction collégiale transitoire en attendant la tenue d'un congrès extraordinaire en octobre[7],[8].

Une instruction s’est déroulée entre 2014 et 2016 et s’est terminée par le renvoi en correctionnelle de 14 personnes dont Nicolas Sarkozy, alors que Jean-François Copé bénéficie d’un non-lieu.

Faits[modifier | modifier le code]

Règles de financement d'une campagne présidentielle[modifier | modifier le code]

L'affaire Bygmalion se situe lors de l'élection présidentielle française de 2012, visant à élire le président de la République française pour un mandat de cinq ans. La campagne officielle a débuté le , au lendemain de l'annonce de la liste des candidats par le Conseil constitutionnel.

Le plafond de dépenses pour le premier tour était de 16,851 millions d'euros remboursables au maximum à 47,5 %, soit 8,004 millions d'euros. Les candidats qui ont obtenu moins de 5 % des suffrages exprimés reçoivent un remboursement maximal de 4,75 % du plafond, soit 0,8 million d'euros. Au second tour, le plafond était de 22,509 millions d'euros remboursables au maximum à 47,5 %, soit 10,692 millions d'euros[9].

Le , sont publiées dans le Journal officiel les dépenses de chaque candidat, comptabilisées par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCF)[10].

Le , la CNCCFP rejette les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy qui n'a déclaré que 21 339 664 euros alors que la commission est arrivée à une somme corrigée de 22 872 615 euros[11]. Malgré un recours de Sarkozy contre cette décision, le rejet est confirmé le 4 juillet 2013 par le Conseil constitutionnel[12].

À la suite de cette décision, Jean-François Copé lance, en juillet 2013, une « souscription nationale », surnommée « Sarkothon », à l'issue d'un bureau politique extraordinaire[13]. En deux mois, une somme de 11 millions d'euros de dons est ainsi récoltée par l'UMP, compensant l'invalidation des comptes de campagne[14].

L'UMP, Bygmalion et la campagne présidentielle de son candidat[modifier | modifier le code]

En février 2014, une enquête du magazine Le Point[15], accusant la société Bygmalion d'avoir surfacturé des prestations de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2012, met en cause les liens d'amitiés entre les deux dirigeants de l'entreprise et Jean-François Copé, secrétaire général puis président de l'UMP[16]. Le 24 mai, Libération révèle qu'il s'agirait en fait de près de 70 conventions plus ou moins fictives qui auraient été facturées près de 18 millions d’euros[17]. Le Me Patrick Maisonneuve, avocat de la société, déclare que Bygmalion s'est vu « imposer » des factures litigieuses « à la demande » de la direction de l'UMP, et explique que les fausses factures seraient un montage pour dissimuler les dépassements de frais de Nicolas Sarkozy lors de la campagne présidentielle de 2012[18]. Le même jour le directeur de cabinet de Jean-François Copé et ex-directeur de campagne adjoint de Nicolas Sarkozy, Jérôme Lavrilleux, reconnaît sur BFM TV qu'« il y a eu un dérapage sur le nombre […] d'événements organisés dans le cadre de cette campagne » et qu'une partie des coûts de la campagne a été transférée sur les comptes de l'UMP car « c'est impossible de faire une campagne électorale avec 22 millions d'euros [seulement]», mais que « ni Copé, ni Sarkozy n'ont été mis au courant des dérives » et qu'il « n'y a pas eu d'enrichissement personnel » dans l'affaire[19]. Le même jour, les policiers anti-corruption de Nanterre se présentent au siège de la société Bygmalion, de l’UMP, ainsi que du micro-parti de Jean-François Copé, Génération France[20]. Dominique Dord, ancien trésorier de l'UMP, émet des réserves concernant les allégations de Jérôme Lavrilleux, et rappelle que le « clan Sarkozy » conteste aussi cette version. C'est notamment le cas de Christian Estrosi et de Nathalie Kosciusko-Morizet[21]. Au cours de l’enquête, Franck Attal, patron d'Event et Cie, une filiale de Bygmalion, déclare aux policiers que Bastien Millot et Guy Alves avaient accepté la proposition faite par Jérôme Lavrilleux et Éric Cesari, de « rentrer dans l'irrégularité » par ce système de fausses factures, ce que Guy Alves confirme aux enquêteurs[22].

Le 27 avril 2017, la cour d’appel de Paris confirme la condamnation en diffamation du magazine Le Point, qui avait accusé en février 2014 Jean-François Copé d'avoir volé l’UMP. Son directeur au moment des faits, Franz-Olivier Giesbert, est condamné à 1500 euros d’amende et les journalistes Mélanie Delattre et Christophe Labbé, à 1000 euros chacun[23].

Enquêtes et jugements[modifier | modifier le code]

Enquête préliminaire[modifier | modifier le code]

Le 5 mars, une enquête préliminaire pour faux, abus de confiance et abus de biens sociaux est ouverte par le parquet de Paris[24].

En mai 2014, Libération révèle que l'UMP a payé, pendant la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012, 20 millions d'euros à Bygmalion, et affirme que certains des événements rétribués n'ont jamais eu lieu[25]. La filiale de Bygmalion, Event & Cie, fait l'objet d'une enquête préliminaire pour « faux, abus de biens sociaux et abus de confiance »[26].

Le 1er juin, Le Journal du dimanche révèle l'existence d'une double facturation au sein de la société Bygmalion et de sa filiale Event & Cie. Ces factures montrent que le coût des meetings de Nicolas Sarkozy s'élève à 19 millions d'euros dont 14 millions auraient été facturés à l'UMP pour des prestations fictives. Dans ce montage financier, le dépassement des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy s'élèverait à 11 millions[27]. À la fin de la campagne, « l'UMP » aurait donné des dates et des noms pour des conventions supposées être réelles, afin de rédiger les factures litigieuses[28]. Jérôme Lavrilleux affirme que Guillaume Lambert[note 1] et Éric Cesari[note 2] ont participé à la « ventilation des comptes »[29].

Le , Mediapart indique avoir consulté la « comptabilité secrète » de Bygmalion, récupérée par la police judiciaire au cours d'une perquisition. Mediapart fournit le détail des différences entre les dépenses déclarées par Nicolas Sarkozy à la Commission nationale des comptes de campagne pour les meetings de sa campagne et ceux effectivement facturés. Il révèle que le dépassement serait de 17 millions d'euros et non de 11, ainsi que cela avait été annoncé après les élections européennes[5],[6]. Le 20 juin, Mediapart publie l'intégralité des 58 fausses factures adressées à l'UMP par Event & Cie[30].

Instruction[modifier | modifier le code]

Le , le parquet requiert « l'ouverture d'une information judiciaire contre "X" pour « faux et usage de faux », « abus de confiance », « tentative d'escroquerie » et « complicité et recel de ces délits »[31]. » « Les faits présumés de faux et usage de faux concernent les factures émises[31] » par Event & Cie, la filiale événementielle de Bygmalion[32]. « L'« abus de confiance » concernerait, le possible détournement de fonds au préjudice de l'UMP. Quant à la tentative d'escroquerie, elle se réfère au fait qu'auraient été volontairement minorées les dépenses engagées à l'occasion de la campagne, afin de présenter des comptes susceptibles d'être validés par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques, puis par le Conseil constitutionnel[31]. » « Ces comptes n'avaient finalement pas été validés, pour d'autres raisons, ce qui explique le chef de tentative d'escroquerie et non d'escroquerie[32]. » Trois juges d'instruction du pôle financier ont été désignés, dont Serge Tournaire et Renaud Van Ruymbeke[32]. Leurs investigations porteront sur l'année 2012, les dernières factures réglées par l'UMP à la filiale de Bygmalion semblant dater de novembre de cette année[32]. Des investigations complémentaires portent en partie sur la connaissance qu'avait Nicolas Sarkozy de ces artifices comptables. Pierre Godet, l'expert-comptable signataire du compte de campagne, ainsi que Jean-François Copé, auraient averti le candidat du dépassement du plafond de dépenses ainsi que du trop grand coût des réunions publiques organisées pendant la campagne[33],[34],[35].

Le , après deux jours de garde à vue, Bastien Millot et Guy Alves sont mis en examen pour abus de confiance, complicité de faux et usage de faux. Franck Attal, ex-patron de la filiale Event & Cie, est lui mis en examen pour faux et usage de faux[36]. Le lendemain, Éric Cesari, ancien directeur général de l'UMP, Fabienne Liadze, ex-directrice financière de l'UMP, et Pierre Chassat, ex-directeur de la communication de l'UMP, sont interpellés et placés en garde à vue[37].

Le , ils sont tous les trois mis en examen pour « faux, usage de faux et abus de confiance »[38].

Le 13 novembre 2014, le patron de Bygmalion, Guy Alves avoue publiquement sur France 2 (Complément d'enquête) avoir mis en place un système de double comptabilité à la demande de l'UMP pour masquer les dépenses de campagnes de Nicolas Sarkozy.

Lors de la présidentielle de 2012, Philippe Briand est le président de l'Association de financement pour la campagne de Nicolas Sarkozy. Les juges se demandent comment, en tant que trésorier, il n'a pas pu voir le dépassement de 18 millions de la campagne par ce dernier. À ce titre, les juges ont demandé la levée de son immunité parlementaire[39]. Le bureau de l'Assemblée nationale annonce que celle-ci a été levée mercredi 21 janvier 2015[40].

Après 48 heures de garde à vue à l'office anti-corruption de la police judiciaire de Nanterre, Philippe Briand est déféré devant le juge d'instruction et mis en examen le 3 avril 2015 pour « usage de faux, escroquerie, recel d'abus de confiance et complicité de financement illégal de campagne électorale »[41].

Le , Franck Louvrier, ex-conseiller de Nicolas Sarkozy, est placé en garde à vue à l'Office anticorruption de la police judiciaire. Il est relâché après 10 heures d'audition, sans charge ni poursuites[42].

Le 26 octobre 2015, le parquet de Paris prend un réquisitoire supplétif pour étendre l'enquête sur la campagne de 2012 à d'autres dépenses suspectes (près de 10 millions d'euros) que celles liées à Bygmalion[43].

Le , Nicolas Sarkozy est mis en examen pour « financement illégal de campagne électorale ». Il est par ailleurs placé sous le statut de témoin assisté pour les chefs d'usage de faux, escroquerie et abus de confiance[44].

Le 29 septembre 2016, France 2 diffuse dans Envoyé spécial un reportage sur l'agence Bygmalion qui montre le mécanisme pour d'une part, sous-facturer les prestations liées aux meetings du candidat Sarkozy afin de ne pas dépasser le plafond autorisé pour obtenir un remboursement de l’État d'une partie des frais et d'autre part, facturer à l'UMP le complément avec des fausses factures correspondant à des prestations fictives[45].

La cour d’appel de Paris a rejeté, jeudi 15 décembre 2016, les derniers recours des mis en examen dans l’enquête sur les fausses factures durant la campagne présidentielle de 2012 de Nicolas Sarkozy. Le 3 février 2017, le juge Serge Tournaire ordonne le renvoi devant le tribunal correctionnel de 14 personnes, dont Nicolas Sarkozy, à la différence de Jean-François Copé qui bénéficie d’un non-lieu et est définitivement blanchi dans cette affaire[46]. Mais les parties peuvent encore former des pourvois devant la Cour de cassation[47].

Conséquences politiques[modifier | modifier le code]

Le , après les résultats des élections et les dernières révélations dans l'affaire Bygmalion, Jean-François Copé accepte de démissionner devant l'insistance de plusieurs figures de l'UMP (François Fillon, Xavier Bertrand, Nathalie Kosciusko-Morizet, François Baroin) lors d'une réunion à huis clos du bureau politique du parti jugée « explosive » par les médias. Sa démission sera effective le suivant. En attendant la tenue d'un congrès extraordinaire en octobre 2014, il sera remplacé par une direction collégiale transitoire, composée des anciens Premiers ministres François Fillon, Alain Juppé et Jean-Pierre Raffarin[7],[8]. Deux jours avant sa prise de fonction, Luc Chatel est adjoint à cette direction collégiale en tant que secrétaire général.

Le , au lendemain de la garde à vue de Jérôme Lavrilleux, Bernard Debré estime qu'il « faut aller jusqu'au bout des révélations et au bout des enquêtes » et considère que s'il est vrai que Nicolas Sarkozy était au courant, il « ne peut pas se présenter aux primaires[4]. » Xavier Bertrand pour sa part exhorte Nicolas Sarkozy à donner « sa version » des faits[4]. Il « pense qu'il est nécessaire que l'ancien président s'exprime maintenant sur cette affaire ». « Tous les protagonistes, à quelque niveau que ce soit, doivent répondre de ce qui s'est passé, sans exception »[4]. Dans un article daté du même jour, Le Figaro reproduit un SMS de Jérôme Lavrilleux, remontant à 2012, indiquant que Jean-François Copé et Nicolas Sarkozy auraient bien été informés des dépenses excessives liées à la campagne présidentielle de 2012[48],[49].

Le 24 juin 2014, une procédure d'exclusion de l'UMP est enclenchée à l'encontre de Jérôme Lavrilleux à cause de son rôle dans l'affaire Bygmalion[50]. En attendant la décision, Jérôme Lavrilleux est suspendu de l'UMP[51].

Le 13 novembre 2014, sur France 2, Nicolas Sarkozy se dit « déterminé à connaître la vérité » mais il reconnaît qu'il y a bien eu une « combine ». Il tente alors de dissuader Thierry Tidona, militant UMP partie civile dans l'affaire Bygmalion, de poser une question publique sur l'affaire, en lui offrant un poste.

D'après l'émission Complément d'enquête, deux notes ont été adressées plusieurs semaines avant le premier tour à Nicolas Sarkozy, pour l'avertir que les comptes prévisionnels de sa campagne électorale étaient « dans le rouge ». Son directeur de campagne, Guillaume Lambert, a déclaré aux policiers qu'il avait informé Nicolas Sarkozy d'une note de l'expert-comptable pointant un risque de dépassement du plafond des dépenses de campagne et interdisant toute dépense supplémentaire. Entendu par les enquêteurs en septembre 2015, Nicolas Sarkozy avait assuré ne pas se souvenir de cette note et avait relativisé le coût que pouvaient engendrer les événements ajoutés, déclarant que « l'argument d'une campagne qui dérape est une farce ».

Autres affaires concernant Bygmalion[modifier | modifier le code]

Favoritisme dans des contrats passés avec France Télévisions[modifier | modifier le code]

À la suite d'une plainte du syndicat SNPCA-CGC pour « favoritisme et prise illégale d'intérêt », une information judiciaire est menée par le juge Renaud Van Ruymbeke sur de gros contrats accordés par France Télévisions à la société de communication Bygmalion[52]. Elle conduit à la mise en examen de Bastien Millot, un proche de Jean François Copé, co-fondateur en 2008 de la société Bygmalion avec Guy Alves[52]. Camille Pascal, ancien secrétaire général de France Télévision avant de devenir l’une des plumes de Nicolas Sarkozy à l’Élysée, est aussi mis en examen[53]. En avril 2014, Patrick de Carolis, patron du groupe France Télévision au moment des faits, est à son tour mis en examen pour « favoritisme »[52]. Les conditions d'obtention de gros contrats accordés par le groupe d'audiovisuel à la société de communication Bygmalion intriguent les enquêteurs[52]. En effet, « juste avant de lancer Bygmalion, Bastien Millot occupait le poste de numéro trois du groupe audiovisuel public, où il avait été recruté en 2005 par Patrick de Carolis[52]. » De plus, en 2008, il a bénéficié d'un congé sabbatique suivi d'un congé pour création d'entreprise, afin de fonder cette société, qui a bénéficié de ces contrats[52]. Dès sa création, Bygmalion « se met aussitôt en affaire avec France Télévisions », pour des prestations au contenu flou, « qui seront ensuite contractualisées mais sans appel d’offres. Au total, Bygmalion touchera 1,2 million d’euros du groupe public jusqu’en 2013. »[54]

Le , le tribunal correctionnel de Paris condamne Patrick de Carolis et Bastien Millot à cinq mois d’emprisonnement avec sursis chacun pour avoir passé des contrats entachés de favoritisme, et à des amendes (25 000 € pour Patrick de Carolis, 75 000 € euros pour Bastien Millot), ainsi qu’à indemniser les syndicats qui s’étaient constitués parties civiles. Camille Pascal et Bygmalion sont également condamnés[55].

Collectivités territoriales[modifier | modifier le code]

À la suite d'une plainte déposée en 2012 par l'association Anticor, la police judiciaire de Nice mène une enquête au sujet des conditions de l'attribution de marchés à Bygmalion par différentes communes des Alpes-Maritimes[56]. La plainte porte « notamment sur des sondages et analyses de sondages facturés aux sociétés Bygmalion et à la société d'un vice-président de l'UMP Guillaume Peltier (Com1+), notamment par la ville de Menton (Alpes-Maritimes), sans qu'il y ait eu appel d'offres[56]. » Le 3 juin 2014, une perquisition a lieu au domicile de Guillaume Peltier, à Neung-sur-Beuvron (Loir-et-Cher)[56].

Par ailleurs, pour la mairie de Saint-Maur-des-Fossés en région Île-de-France, il s'agit de prestations non réalisées mais payées. Entre décembre 2009 et décembre 2012, la société aurait signé plusieurs contrats avec la mairie de Saint-Maur-des-Fossés pour un montant de 330 000 euros. D'après L'Express, 250 000 euros de prestations n'auraient pas été exécutées par la société. Le parquet de Créteil a ouvert une enquête préliminaire en 2013[57].

Groupe parlementaire UMP à l'Assemblée nationale[modifier | modifier le code]

De nouveaux soupçons de surfacturation font surface le 25 juin 2014, avec un article du Canard enchaîné qui révèle que, dès 2010, certaines prestations furent facturées par Bygmalion à l'UMP et à son groupe parlementaire « 700 fois le prix habituellement demandé par d'autres entreprises »[58]. L'hébergement mensuel du site a coûté 3 588 euros par mois en 2011 et jusqu'à plus de 22 000 euros pour le mois de novembre, une prestation qui d'ordinaire ne coûte que 5 à 21 euros, soit « 250 à 1 000 fois moins cher »[59]. En 2010, Bygmalion a facturé 638 038,10 euros pour le site internet des députés UMP, une prestation qui d'ordinaire coûte aux alentours de 3 000 euros par an[60]. La lettre d'information du groupe UMP (trois paragraphes de texte, une photo et quelques extraits de discours), envoyée aux députés du parti, fut facturée 172 415,36 euros[61]. Autre exemple, en 2010 le parti a déboursé 232 598,08 euros[62] pour la création de plusieurs « minisites » internet, en réalité « de simples pages d'accueil squelettiques ». Enfin, plusieurs personnalités de l'UMP furent rémunérées par Bygmalion, dont Guillaume Peltier et Geoffroy Didier[63].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Guillaume Lambert était le directeur de campagne de Nicolas Sarkozy lors de l'élection présidentielle 2012.
  2. Éric Cesari est un proche de Nicolas Sarkozy après avoir été un collaborateur de Charles Pasqua de 1993 à 2005. Il était depuis 2008 directeur général de l'UMP, mais en est suspendu au lendemain de la prise de fonction de la direction collégiale des trois anciens premiers-ministres, afin qu'il puisse mieux organiser sa défense et que l'UMP puisse mieux défendre ses intérêts dans l'affaire judiciaire en cours.

Références[modifier | modifier le code]

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  6. a et b Gaétan Supertino, « Bygmalion : l'UMP aurait dissimulé 17 millions d'euros, selon Mediapart », sur europe1.fr, Europe 1, (consulté le 17 juin 2014)
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  11. Violette Lazard, Bigmagouilles, Stock, , p. 1
  12. Décision no 2013-156 PDR du 4 juillet 2013 du Conseil constitutionnel sur un recours de M. Nicolas Sarkozy dirigé contre la décision du 19 décembre 2012 de la Commission nationale des comptes de campagnes et des financements politiques, site www.conseil-constitutionnel.fr
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  19. « L'ancien directeur adjoint de la campagne de Sarkozy reconnaît des « dérapages » financiers », sur Le Monde, (consulté le 26 mai 2014)
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  22. Gérard Davet, « Le comptable et les patrons de Bygmalion accusent l'UMP », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne)
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  25. Factures de l'UMP : Pierre Lellouche affirme ne pas être le bon «pigeon».
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  27. Bygmalion : la police a mis la main sur les factures litigieuses lors d'une perquisition Le Monde, 1er juin 2014
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  29. Affaire Bygmalion : Jérôme Lavrilleux pointe du doigt ses anciens collègues et Sarkozy, Metronews, 5 juin 2014
  30. « Bygmalion : Mediapart publie l’intégralité des fausses factures à l'UMP », Mediapart, 20 juin 2014.
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  48. Affaire Bygmalion : le texto qui implique Sarkozy et Copé, 20 minutes, 18 juin 2014
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  51. UMP : procédure d'exclusion engagée contre Jérôme Lavrilleux Le Point, 25 juin 2014
  52. a, b, c, d, e et f Télé-loisirs.fr, Patrick de Carolis (ancien patron de France Télévisions) mis en examen, 23 avril 2014.
  53. nouvelobs.com, Patrick de Carolis a-t-il touché 120 000 euros de Bygmalion ?, 27 mai 2014.
  54. Raphaël Garrigos et Isabelle Roberts, « Affaire Bygmalion : Rémy Pflimlin éjecte Patrick de Carolis de France Télévisions », Libération,‎ (lire en ligne)
  55. « Affaire Bygmalion : cinq mois de prison avec sursis pour Patrick de Carolis et Bastien Millot », sur www.lemonde.fr,
  56. a, b et c Le monde.fr, Bygmalion : perquisition chez l'UMP Guillaume Peltier, 3 juin 2014.
  57. Pascale Tournier, « L'autre affaire Bygmalion », sur L'Express, (consulté le 7 juin 2014)
  58. Les bonnes affaires de Bygmalion avec le groupe UMP, selon Le Canard enchaîné, Les Échos, 25 juin 2014.
  59. Bygmalion : le trop cher hébergement du site du groupe UMP, Le Monde, 25 juin 2014.
  60. Les folles dépenses de l'UMP avec Bygmalion, Contribuables associés, 25 juin 2014.
  61. Bygmalion : le groupe UMP à l'Assemblée a payé 638 000 euros pour son site Internet en 2010, Huffington Post, 25 juin 2014.
  62. Les 15 chiffres fous de l’affaire Bygmalion, lemonde.fr, 25 juin 2014
  63. Les factures mirobolantes de Bygmalion au groupe UMP de l'Assemblée nationale, Le Figaro, 25 juin 2014.

Annexes[modifier | modifier le code]

Émission consacrée à l'affaire[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Entretien de Violette Lazard sur BFM TV, 20 octobre 2014.
  • Conférence de Violette Lazard et Patrick Maisonneuve à l'École supérieure de commerce de Paris, 9 décembre 2014.

Articles connexes[modifier | modifier le code]