Marie-Georges Picquart

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Marie-Georges Picquart
Illustration.
Fonctions
Ministre de la Guerre

(2 ans, 8 mois et 25 jours)
Président Armand Fallières
Gouvernement Clemenceau (1)
Prédécesseur Eugène Étienne
Successeur Jean Brun
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Strasbourg
Date de décès
(à 59 ans)
Lieu de décès Amiens

Officier général francais 3 etoiles.svg Marie-Georges Picquart
Origine Flag of Alsace.svg Alsace
Allégeance Drapeau de la France France
Arme Armée de terre
Grade Général de division
Années de service 1872-1898
1906-1914
Commandement 10e division d'infanterie
2e corps d'armée
Distinctions Légion d'honneur
Médaille Commémorative du Tonkin
Médaille coloniale

Marie-Georges Picquart, né le à Strasbourg et mort le à Amiens, est un général et homme politique français. Il est le personnage central du dénouement de l'affaire Dreyfus.

Tout comme le capitaine Dreyfus, le colonel Picquart est condamné bien qu'innocent, et incarcéré. Les deux hommes sont finalement réhabilités en même temps en 1906.

Biographie[modifier | modifier le code]

Avant l'affaire Dreyfus[modifier | modifier le code]

Marie George (sans « s »)[1] Picquart naît à Strasbourg le , de Marie Charles François « Hubert » Picquart, percepteur des contributions directes, et de Louise Henriette Mélanie Debenesse. De vieille souche lorraine, la famille Picquart professe un catholicisme ardent[2].

Il est le cinquième d'une famille de six enfants, Marie Anne et Joseph Hubert, nés en 1844, Marie Philomène Henriette, née en 1846 et morte en 1850, Pierre Paul, né en 1849, Louis René, né et mort en 1859[réf. nécessaire].

En 1856, la famille s'installe à Geudertheim où son père vient d'être nommé percepteur des contributions directes. Ils demeurent plus de six ans au château du colonel de Weitersheim avant de revenir à Strasbourg. Il est élève boursier au lycée impérial de Strasbourg (actuel lycée Fustel-de-Coulanges) où il obtient en concurrence avec ses amis des prix en fin d'année (histoire-géographie…).

En , il intègre l'École spéciale militaire de Saint-Cyr, promotion du Shah, à la 184e place sur 320. Il en sort en cinquième position sur les 304 élèves de sa promotion, et passe sous-lieutenant au 20e régiment d’infanterie en 1874. Il entre ensuite à l'École d'application de l'état-major dont il sort en seconde position, sur 25 élèves en 1875, et est promu lieutenant un an plus tard. Il intègre alors le 7e régiment de cuirassiers comme stagiaire puis le 4e régiment de zouaves en 1879, régiment avec lequel il sert en Algérie jusqu'en 1880. De retour en France, il sert dans l’infanterie, au 6e bataillon de chasseurs à pied puis la même année, est promu capitaine au 126e régiment d’infanterie, avec lequel il part en stage à l’état-major de la 34e division (1882-1883), puis à l’état-major du corps expéditionnaire du Tonkin (1885-1888), où il est remarqué par ses supérieurs pour ses qualités d'officier.

À son retour en France, promu commandant, affecté en 1888 au 144e régiment d’infanterie, puis au 9e régiment d’infanterie.

En 1890, il devient professeur de topographie à l'École supérieure de guerre et a comme élève Alfred Dreyfus. En 1893, il revient servir à l'état-major de l'armée.

Affaire Dreyfus[modifier | modifier le code]

Le lieutenant-colonel Picquart au moment de l'affaire Dreyfus et des procès Zola.

En 1895, il est promu chef de la section de statistiques (service de renseignement militaire) au grade de lieutenant-colonel. Peu à peu convaincu de l'innocence du capitaine Alfred Dreyfus, il joue un rôle important dans l'Affaire Dreyfus en relevant des indices accusant le commandant Ferdinand Walsin Esterhazy. Il découvre notamment un morceau de papier déchiré, connu sous le nom de « petit bleu », adressé par l'attaché militaire allemand à Esterhazy. Lorsqu'il consulte des lettres d'Esterhazy, il constate que c'est la même écriture que celle du bordereau, principal élément à charge contre Dreyfus[3].

Il en informe sa hiérarchie, ce qui le conduit à être envoyé en Tunisie au 4e régiment de tirailleurs algériens. Craignant pour sa vie, Picquart décide de communiquer sa découverte à son ami et avocat Louis Leblois avec mission, si le danger devenait trop grand pour lui, d'en informer le pouvoir politique. Louis Leblois ne suit pas les recommandations de Picquart et révèle ce qu'il sait à l'homme politique Auguste Scheurer-Kestner qui décide de prendre l'affaire en mains et relance l'Affaire. Picquart est chassé de l'armée, accusé d'avoir fabriqué la preuve contre Ferdinand Walsin Esterhazy et emprisonné pendant près d'un an. Les dreyfusards en font un héros, à l'instar d'Octave Mirbeau qui écrit dans la préface d'Hommage des artistes à Picquart (février 1899) : « Comme on avait condamné Dreyfus, coupable d’être innocent, il savait qu’on condamnerait Picquart, doublement coupable d’une double innocence : celle de Dreyfus et la sienne. »

Après le procès de Rennes, « ressais[i] par [ses] préjugés et [ses] passions », comme l'écrira avec élégance Mathieu Dreyfus[4], il se sépare bruyamment des Dreyfus, auxquels il reproche de se satisfaire de la grâce et de l'amnistie[5].

Réhabilitation[modifier | modifier le code]

Le général Picquart, ministre de la Guerre. Photographie d'Henri Manuel.

Picquart est réhabilité le même jour que Dreyfus et nommé général de brigade en 1906. Il commande alors la 10e division d'infanterie où il est secondé par le commandant Mordacq à l'état-major. Il devient ministre de la Guerre trois mois plus tard, aux côtés de Stephen Pichon, ministre des Affaires étrangères, dans le premier gouvernement de Clemenceau (-).

À partir de février 1910, il commande le 2e corps d'armée à Amiens.

Il meurt le , à la veille de la Première Guerre mondiale des suites d’une chute de cheval en Picardie (œdème à la face provoquant l’étouffement).

Le gouvernement envisage alors d'organiser des funérailles nationales pour rendre hommage à son rôle dans l'affaire Dreyfus et à ses qualités au ministère de la Guerre, mais la famille s'y oppose conformément à ses dernières volontés, souhaitant des obsèques privées et civiles, comme en témoigne son testament : « N'appartenant à aucune confession religieuse, je m'oppose absolument à ce qu'il soit célébré, à l'occasion de mes obsèques, aucune cérémonie d'un culte quelconque »[réf. nécessaire]. Celles-ci ont lieu le 21 janvier à Amiens dans le cadre familial, puis ses cendres sont ramenées à Paris et déposées au cimetière du Père-Lachaise à l'occasion d'un hommage officiel national.

Le , après le retour de la ville à la France, ses cendres sont transférées à Strasbourg et déposées avec les honneurs militaires au cimetière Saint-Urbain[réf. nécessaire].

Grades[modifier | modifier le code]

Décorations[modifier | modifier le code]

Hommages[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

L'affaire Dreyfus a fait l'objet de plusieurs œuvres cinématographiques et télévisuelles mettant en scène le colonel Picquart :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Oriol 2019, p. 226, n. 29.
  2. Oriol 2019, p. 36-37.
  3. Hubert Lévy-Lambert, « Les polytechniciens dans l’affaire Dreyfus », Bulletin de la Sabix,‎ , p. 64-74 (lire en ligne).
  4. Mathieu Dreyfus, L'Affaire telle que je l'ai vécue, Paris, Grasset, 2017, p. 374.
  5. Philippe Oriol, L'Histoire de l'affaire Dreyfus de 1894 à nos jours, Paris, Les belles Lettres, 2014, p. 937-972.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]