Extrême droite sur Internet

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L’extrême droite sur Internet concerne l’ensemble des activités et sites en lignes déployés par les différents mouvements d'extrême droite dans le monde. Selon Europol, l’usage de l’Internet par les mouvements extrémistes va en s’intensifiant, car il leur permet d’une part d’échanger des informations de façon sûre et discrète et d’autre part de pallier un faible accès aux médias traditionnels.

Toujours selon Europol, Internet est également utilisé par les mouvements extrémistes comme un moyen de diffuser des messages à des publics ciblés grâce aux réseaux sociaux et aux forums ; la plupart de ces forums disposent d’accès restreints aux seuls membres ayant fait preuve de leur loyauté et de leur compétence ou aux membres recommandés par leurs pairs. Les membres de ces forums sont également souvent incités à chiffrer leurs communications.

Enfin Internet constitue un moyen pour les mouvements extrémistes de recruter de nouveaux militants, de collecter des fonds, de favoriser la coopération entre organisations et d’avoir un fort impact médiatique auprès du grand public en diffusant des vidéos de menaces ou d’attaques terroristes.

L’usage d’Internet par les mouvements les plus radicaux de l’extrême droite — qui diffusent des propos souvent contraires aux législations nationales ou objectifs démocratiques — pose la question pour des politiques et une partie de la société civile des moyens à mettre en œuvre pour contrer la diffusion de ces idées, avec comme limite le droit à la liberté d'expression.

Historique[modifier | modifier le code]

Aux États-Unis, les premiers échanges recensés de transfert de données informatiques par l'extrême droite passent par des échanges de courrier électronique couplés à des bulletin board systems. Ces systèmes sont utilisés pour créer des forums numériques, mais aussi pour diffuser des informations personnelles sur des opposants politiques, et inciter à des actions violentes à leur encontre. En 1984, Tom Metzger, un ancien membre du Ku Klux Klan fondateur du mouvement néo-nazi White Aryan Resistance (WAR), crée le premier de ces BBS, proposant des textes, programmes et messageries racistes. Peu de temps après, Louis Beam responsable des actions paramilitaires au sein du KKK, et représentant des Aryans Nations une organisation prônant la haine et la violence, organise la mise en réseau de BBS racistes. Ce réseau permet à leurs membres de partager l'actualité de leurs actions, et d'accéder à des listes de personnes à assassiner.

En Allemagne, le Thule-Netz (réseau Thulé) découvert en 1993 offre une interconnexion à 1 500 activistes. Il leur propose échange d'« informations, dates, plans de bombes, cibles potentielles, photos et coordonnées de militants antifascistes ». À l'exception du premier BBS négationniste créé en 1991 Dan Gannon, le Banished CPU, dont les tracts sont à vocation externe, les autres réseaux sont principalement utilisés comme des outils de communication interne, et n'ont pas vocation à être connus de l'extérieur[1],[2].

Karmasyn et Panczer[1],[3] font remonter à 1995 la création de Stormfront, premier site néo-nazi fondé par Don Black, un ancien membre du Ku Klux Klan.

Luca Tateo travaille sur les « environnements de communication informatisés » et analyse le réseau des sites web appartenant à l'extrême droite italienne. Il relève que, selon Evans et al.[4] les années 1995-2005 ont connu une croissance de l'activisme politique et de la visibilité médiatique de l'extrême droite, menant au succès de partis tels que le Front national en France, le FPÖ en Autriche, la Liste Pim Fortuyn aux Pays-Bas et le Parti libéral-démocrate de Russie de Vladimir Jirinovski.

Fonctions d'internet utilisables par les mouvements d'extrême droite[modifier | modifier le code]

Les organisations d'extrême droite utilisant Internet peuvent le faire pour l'une ou plusieurs des fonctions suivantes[5] :

  • recruter des adhérents ou des sympathisants
  • diffuser leur propagande et accroitre leur audience, y compris en incitant parfois à la violence
  • générer un sentiment d'appartenance à un groupe pour les utilisateurs, une identité collective par le biais d'offre d'informations et de forums de discussions
  • mobiliser les membres en vue d'actions spécifiques
  • faciliter les contacts et les échanges avec d'autres organisations d'extrême droite.[réf. nécessaire]

L'approche académique : l'enjeu des études[modifier | modifier le code]

L'extrême droite sur Internet fait l'objet de nombreuses publications. Les sources académiques reprennent l'utilisation d'internet comme média vecteur de militantisme, et les particularités sociales, psychologiques sémiotiques ou linguistiques qui s'y rattachent. Elles étudient autant les courants de l'extrême droite participant au processus parlementaire, que ses composantes les plus radicales telles que les mouvements néo-nazis. D'autres publications, plus populaires, rendent compte de l'utilisation d'internet par différents mouvements de l'extrême droite. Pour Lucile Mera, Internet représente pour les différentes familles de l'extrême droite en France un outil structurant : « la communauté de l'extrême droite est fortement structurée autour de blogs populaires selon l'idéologie dominante des familles qu'ils incarnent », les principaux étant celui du Bloc identitaire, Le Salon beige ou encore Novopress. L'expression globalisante « fachosphère[6] » ou encore « réacosphère » aussi utilisée pour désigner ces blogs recouvre différentes tendances au sein de l'extrême droite (le plus célèbre étant François Desouche)[7], et même « une véritable nébuleuse de tendances » pour Marc Jacquemain et Fédéric Claisse[8].

Les recherches sur les courants d'extrême droite sur Internet répondent à plusieurs enjeux :

  • valider, invalider ou définir les limites de la notion. C'est répondre à la question : peut-on réellement parler d'une extrême droite globalisée sur Internet ? Internet est-il utilisé à usage interne de chaque sous-mouvement ou participe-t-il à la construction d'un réseau national ou international ? Les réseaux observés sont-ils représentatifs, sur-représentatifs ou sous-représentatifs des mouvements d'extrême droite hors internet ?
  • comprendre, pour des fins politiques ou ethnographiques, les stratégies mises en œuvre, et parmi les objectifs possibles d'utilisation d'Internet, ceux qui sont privilégiés.
  • valider des modèles d'études pour les transposer à l'analyse d'autres réseaux sociaux.

Pour Tateo, l'extrême droite constitue un « laboratoire idéologique » intéressant pour les tenants de la recherche en psychologie sociale. Elle doit toutefois s'additionner à d'autres champs de recherche pour être effective[9].

Segmentation[modifier | modifier le code]

L'expression "extrême droite" n'est pas un concept scientifique. Elle a fait l'objet de nombreuses contestations quant à son emploi, jugé réducteur, fourre-tout, disqualifiant ou polémique[10]. Toutefois, dans la mesure où l'expression est employée couramment, les chercheurs se basent sur les qualifications existantes et diffusées pour circonscrire leur périmètre d'études. Quasiment tous relèvent la nécessité de segmenter la mouvance d'extrême droite, puisqu'analyser le phénomène nécessite de valider ou d'invalider l'existence de relations au sein d'une juxtaposition de familles ou de groupuscules présentant des traits, des modes d'actions, des objectifs et des idéologies différentes. Tateo en Italie, Caiani et Parenti en Espagne[11], se basent sur la segmentation mise en place par Burris, en y effectuant des regroupements (pour Caiani) ou des sur-segmentations (pour Tateo). Tateo distingue ainsi, parmi les sites pré-identifiés comme étant d'extrême droite, ceux relevant :

  • de groupes musicaux, éditeurs, fanzines et portails musicaux
  • de nostalgiques du fascisme
  • de groupes Skinhead
  • de sites révisionnistes et négationnistes
  • de sites catholiques traditionalistes, de groupes New Age ou néo-mystiques
  • de sites néo-nazis
  • de sites d'éditeurs, de critiques, ou sites commerciaux vendant des livres ou des produits dérivés
  • de sites de partis ou mouvements politiques, participant publiquement au débat politique, ainsi que les associations de jeunes rattachées à ces partis
  • de sites Militaria
  • de sites nationalistes-révolutionnaires faisant référence au mouvement néo-fasciste et agissant hors du débat parlementaire
  • d'autres sites inclassables[9].

Analyse des contenus contre analyse des réseaux sociaux[modifier | modifier le code]

L'étude de l'extrême droite sur Internet peut s'effectuer par deux approches concurrentes ou complémentaires. L'analyse des réseaux sociaux, telle que pratiquée et préconisée par Burris et al.[12], ou l'analyse des contenus, qui étudie aussi bien la sémantique employée, que la sémiologie.

Analyse des réseaux sociaux[modifier | modifier le code]

Pour Burris, elle se base sur une étude statistique de l'intensité des hyperliens, entrants et sortants, au sein de sous-groupes identifiés, entre les sous-groupes, et sont comparés avec des données de l'intensité moyenne sur Internet[13]. Elle peut se compléter d'une étude des centralités (existe-t-il des sous-groupes centralisant et répercutant les idées des différents sous-groupes ?)[14].

Analyse des contenus[modifier | modifier le code]

C'est le type d'analyse retenue par exemple par Norman Fairclough[15], ou sur laquelle s'appuient des linguistes[réf. nécessaire] ou la doctorante en géopolitique, Delphine Iost, lorsqu'elle explore le discours de l'extrême droite en Allemagne[16].

En analysant les contenus de sites web et de forums dans les cas du négationnisme et de l'antisémitisme, Gilles Karmasyn fait ressortir les stratégies utilisées par leurs auteurs dans des buts de propagande[1]. La première consiste dans une forme de flooding, à savoir la diffusion systématique des thèses défendues. Le préalable est un repérage de tous les forums de discussion sur Usenet ou Internet ayant un rapport avec le sujet traité (négation de la Shoah, du génocide arménien), soit par scrutation des thèmes abordés, soit par repérage de mot clés[17]. La littérature correspondante est alors systématiquement postée sur ces site et forums, déclenchant quelquefois des réactions de rejet lorsque ces envois sont trop insistants.

Une seconde technique, apparentée au trollage, particulièrement valable pour les pays où le négationnisme est condamné, ou lorsque l'environnement est hostile à ces thèses, consiste à agir sous forme d'insinuations, ou de questions pseudo-naïves. Par exemple, on s'interrogera sur le nombre de juifs exterminés pendant la Shoah, en arguant que le débat existe, et qu'il est donc légitime à un citoyen moyen d'en discuter pour se forger une opinion. Ce type de procédé rhétorique se rapproche de ce qu'Eberhard Jäckel avait analysé comme une « misérable pratique de l'insinuation » dans le contexte de la « querelle des historiens »[18].

La troisième stratégie consiste à multiplier les sites et contenus, en veillant à la présence de mots-clefs que pourrait rechercher un public non averti, typiquement des lycéens. Cela permet, via les systèmes de référencement d'attirer un large public via les moteurs de recherche. Ainsi, selon Karmasyn, la recherche de mots clés comme « chambres à gaz », « génocide juif », via la version internationale du moteur de recherche Altavista ramène pour les pages francophones une majorité de sites négationnistes[19].

Par pays et langages[modifier | modifier le code]

Espagne[modifier | modifier le code]

Le cas de l'Espagne a été analysé par Manuela Caiani et Linda Parenti en 2011, avec l'étude de 90 sites. Par rapport au reste de l'Europe, l'utilisation d'Internet par l'ensemble de la population y est plus faible. Il en est de même de la population adhérant à des idées d'extrême droite. L'Espagne compte trois principaux partis : les Falangistas, le Front National et les Forces nouvelles et une multitude petits partis, actifs surtout au niveau local, avec des sous-mouvements culturels très divisés entre eux. La perte d'audience des trois principaux partis est attribué par Casals[20] à l'incapacité de ces partis à proposer une structure organisationnelle et une idéologie stable. Globalement, l'utilisation d'Internet par l'extrême droite espagnole se présente, avec un niveau faible, comme une exception en comparaison des pratiques constatées dans les autres pays européens.

La fonction informative, avec une rubrique « qui sommes-nous » présente sur 72 % des sites, ne permet pas de clarifier le paysage politique. Par exemple, les Forces nouvelles se prétendent héritière de l'historique Fuerza Nueva, revendication contestée par plusieurs autres mouvements. Les rubriques présentant les objectifs et la « mémoire collective », propre à renforcer le sentiment d'appartenance au groupe, sont relativement absentes (avec respectivement 32 % et 12 % des cas). Il en est de même des infolettres, forums et chats en ligne répertoriés sur 10 %, 19 % et 14 % des sites analysés. L'offre d'articles, présent sur la moitié des sites, est répartie équitablement entre relais d'informations issues d'autres sites (articles politiques ou généraux issus de sites de TV ou journaux) et dossiers ou articles rédigés en interne.

La fonction de propagande, avec analyse de références bibliographiques et renvois vers la littérature idéologique, n'est présente que dans un tiers des cas. L'analyse des liens entrants et sortants, avec une moyenne de 4, et une distance moyenne entre organisations de 2,98 indique la faible interconnexion de l'extrême droite espagnole, y compris avec l'étranger. Les trois groupes dominants en termes d'inter-relations (« clusters ») sont celui de la « culture jeune » (groupes musicaux et skinheads), un groupe composite rassemblant néo-nazis, ultra-nationalistes et organisations culturelles, et enfin le groupe des partis politiques, qui « n'émerge pas comme étant l'acteur le plus central du réseau ».

La fonction de mobilisation, lorsqu'elle existe, soit dans un quart des cas, se concentre surtout sur les campagnes réelles ou en ligne initiées par les sites eux-mêmes, et rarement (3,4 %) pour promouvoir l'activité d'autres sites. Les campagnes d'action recensées privilégient l'immigration, la défense du territoire national face aux revendications indépendantistes et l'opposition à l'UE[11].

Allemagne[modifier | modifier le code]

Francophonie[modifier | modifier le code]

L'extrême droite sur Internet en France est également appelée par les média[21],[22],[23], experts[24],[25] et universitaires[26],[27][réf. insuffisante] « fachosphère » ou « réacosphère »[28].

Les sites les plus souvent inclus par ces médias sont Égalité et Réconciliation, Novopress, Fdesouche, Polémia, Nouvelles de France[29], Riposte laïque[30], Medias-presse.info, Dreuz.info, 24heuresactu, LesObservateurs.ch[31], Le Salon beige[32], europe-israel.org[33] et Boulevard Voltaire[34]. Certains sites de la « fachosphère » dont Fdesouche et Riposte laïque sont hébergés dans des pays étranger afin d’échapper aux poursuites judiciaires pour diffamation ou incitation à la haine raciale[35],[36].

Selon une cartographie établie par Linkfluence en partenariat avec Le Monde, la gauche domine la blogosphère mais la place de l'extrême droite reste importante. La « réacosphère » est organisée autour de sites principaux et divisée en familles telles que le Front national, les identitaires ou les catholiques traditionalistes mais les blogs sont liés les uns aux autres avec parfois des liens sur les extrémités de la droite classique comme la Droite populaire[37]. Le site "Transeuropeextremes.com" actualisé par les étudiants de l'École supérieure de journalisme de Lille a repéré en 2011 en France 377 sites ou blogs. Le sociologue Yannick Cahuzac analyse que les mouvances sont regroupées par thème « en fonction de l’ennemi »: islam, Juifs, multiculturalisme, libéraux, mondialisme, élites, etc, La lutte contre l'islamisation étant le thème le plus en augmentation[30]. Les sites d’extrême droite sont des initiatives individuelles et ne sont pas créé par un parti politique comme le Front National avec lequel ils peuvent entrer en conflit, tout en partageant avec lui une idéologie antilibérale[24].

Radio-télévision belge de la Communauté française (RTBF) analyse leurs méthodes « ils ne semblent obsédés que par un sujet : les islamistes et par extension, l’islam, les musulmans, les immigrés. L’amalgame est au cœur de leur stratégie. (...) Ce qui est compliqué avec ces sites, c’est qu’ils relaient de fausses infos comme des vraies. Ils recyclent les dépêches, les rumeurs, les vidéos YouTube et même des articles de sites parodiques. En clair, ils se servent de tout ce qui peut nourrir leurs thèses et leurs objectifs politiques. Ce mélange des genres entretient la confusion et les articles sont partagés par nombre d’internautes, eux-mêmes dupés. » et met en garde contre des photos systématiquement truquées ou manipulée, comme en 2015 sur la crise migratoire en Europe[31]. Pour le philosophe et essayiste Vincent Cespedes, « Les dérives de la fachosphère ? Une marque, là encore. On jouit de la transgression vacharde, du racisme déguisé en blagues, de la prétendue « bien-pensance » taillée en pièces par des thèses obscènes et toxiques. »[27]. Pour le politologue Rudy Reichstadt[38], animateur du site Conspiracy Watch et spécialiste des théories du complot, les sites qui tournent autour de Dieudonné et Alain Soral sont les plus productifs en ce qui concerne la diffusion de rumeurs conspirationnistes depuis l'attentat contre Charlie Hebdo, disant que les attentats ont été organisés par les services secrets français, le Mossad ou la CIA[39].

Ces sites se nomment eux-même de « sites de réinformation », concept d'extrême droite théorisé par l'ancien député FN Jean-Yves Le Gallou. Certains sont proches de l'extrême droite comme Dreuz.info ou Boulevard Voltaire fondé par Robert Ménard. Ces sites ont répandu des idées comme celle du grand remplacement. Le site Égalité et Réconciliation d'Alain Soral est le plus lu et à une audience plus grande que celle d'Atlantico mais est encore loin de celle des média comme Le Figaro, Le Monde ou L'Express auxquels ces sites vouent une « haine féroce » selon Adrien Sénécat de L'Express[40] les qualifiant parfois de « "merdia", bien pensant, politiquement corrects. »[31]. Selon Samuel Laurent et Michaël Szadkowski du Monde, les sites de droite ou d’extrême droite penseraient qu'il existe « un pacte secret » entre les médias et le pouvoir politique qui s'est amplifié avec l'opposition au mariage homosexuel en France[41]. La web-télé TV Libertés fondée en 2014 par d'anciens cadres du Front national dont Martial Bild et Jean-Yves Le Gallou ou de Bloc identitaire est devenue le reflet télévisuel de Radio Courtoisie avec un ligne éditoriale identitaire[42] - même si le directeur de Radio Curtoisie Henry de Lesquen déclara les considérer comme des « nazis néopaïens et anti-chrétiens »[43]. Jean-Yves Le Gallou a également lancé l’Observatoire des journalistes et de l’information médiatique en 2012, considéré comme « un Acrimed d'extrême droite »[44]. La plupart de ces sites participent à la cérémonie des Bobards d'or, organisée par la fondation d'extrême droite Polémia, un think tank identitaire dont le président est Jean-Yves Le Gallou. Selon France Inter, « En fait, sous couvert de « ré-information », on a une presse d’opinion, d’extrême droite, qui sape la légitimité des medias et prospère sur Internet. »[45].

Le professeur en sciences de l'information à l'Université Panthéon-Assas Arnaud Mercier analyse une affaire où la fachosphère essaye début 2017 d'impliquer Arnaud Montebourg dans une histoire de pédophilie en Angleterre, auquel est lié un de ses anciens collaborateur, membre fondateur de Terra Nova, directeur général des actions européennes de la société d'investissement Monument Capital Group Holdings LLC[26]. La fachosphère essaye de faire croire, selon Sylvain Chazot du Lab d'Europe 1, que celui-ci est un membre de l'équipe de campagne, le site Fdesouche affirme également au début qu'il est toujours conseiller de Montebourg[26], le tout avec la soi-disant complicité des média français qui ont relayé l'info plus d'un mois après les média anglais: « On est dans le cas typique de la manière dont la fachosphère s'organise et dans la rhétorique de réinformation qu'elle porte: l'idée qu'on nous cache des choses et qu'il y a une forme de complot. Ça n'a rien d'exceptionnel (...) Les réseaux sociaux sont utilisés comme un contre-espace public. Puisque l'espace public et médiatique est estimé non-légitime et cache la question, il faut faire feu de tout bois pour en parler. On voit dans un certain nombre de tweets que ça s'accompagne de tout un discours d'incitation de la part de la fachosphère qui comprend des sites comme Fdesouche ou des soutiens de Marine Le Pen. Ils se relaient beaucoup. Ils savent que ça peut attirer un niveau de visibilité tel que les médias ne pourront être qu'obligé d'en parler ». Pour lui « on voit bien l'intérêt de la fachosphère de déstabiliser un candidat de gauche. Pour eux, la valeur de l'information est très claire alors que, du point de vue médiatique, c'est un non-sujet. Ça arrive à des tas de personnes dont on ne parle pas non plus. Il n'y a pas de raisons pour ça. Par contre, si le bras droit d'Emmanuel Macron fait ça, vous pouvez être sûr que tout le monde en parlera» »[26].

Italie[modifier | modifier le code]

États-Unis[modifier | modifier le code]

Le portail Stormfront est le plus connu des racistes et suprémacistes blancs, d'abord américain mais aussi européen. Ceux-ci échangent par liste de diffusion sur des sujets liés au suprémacisme blanc, au négationnisme et à l'antisémitisme. On y trouve des membres du Ku Klux Klan et de Aryan Nations[1],[3].

La vision de la presse grand public[modifier | modifier le code]

Cas particulier des sites diffusant des contenus illégaux : législations et autres mesures[modifier | modifier le code]

Sur le plan légal[modifier | modifier le code]

Le deuxième alinéa de l'article 10 la Convention européenne des Droits de l'Homme donne la possibilité aux Etats signataires de la Convention de restreindre la liberté d'expression dans les cas de discours d'incitation à la haine. Divers cas de jurisprudence de la Cour européenne des Droits de l'Homme ont été traités par application de ce paragraphe. Il est également considéré que "Les portails d’actualité sur Internet qui fournissent à des fins commerciales et professionnelles une plateforme destinée à la publication de commentaires du public assument les « devoirs et responsabilités » que comporte la liberté d’expression, au sens de l’article 10 § 2 de la Convention, lorsque les internautes diffusent un discours de haine ou des propos incitant directement à la violence."[46] La doctrine juridique européenne est donc fondamentalement différente de celle des Etats-Unis, inscrite dans le 1er Amendement de la Constitution. Il est donc possible en France de condamner des sites pour cause d'incitation à la haine raciale ou de révisionnisme, ou en Allemagne d'en faire fermer pour néo-nazisme, en respectant le principe de proportionnalité défini par la Convention.

Cependant, pour Alain Moreau, « jusqu’à aujourd’hui, les tentatives d’expurger Internet de ses dimensions les plus malsaines sont restées plus que théoriques »[47]. La circulation internationale rend la mise en oeuvre des lois nationales difficiles : un site fermé dans un pays a toute possibilité de construire des sites-miroirs dans d'autres pays à la législation moins stricte. Il en est de même lorsqu'en vertu d'accords passés entre un hébergeur et un gouvernement, certains contenus sont censurés. Patrick Moreau rapporte le cas des FAI AOL et CompuServe, qui ont rompu en Allemagne des contrats avec des clients, clients dont les sites sont réapparus sur des serveurs américains, danois ou anglo-saxons. Ces difficultés sont amplifiées par des débats sur la liberté d'expression au sein même des pays démocratiques. Une campagne pour permettre celle-ci sans limite, sous le nom de « Blue Ribbon Campaign », et relayée au sein même des pays préconisant des limitations à cette liberté d'expression, a favorisé la multiplication de ce type de sites[48].

Autres mesures[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Karmasyn G., Panczer, G., Fingerhut, M., « Le négationnisme sur Internet: Genèse, stratégies, antidotes ». Revue d'histoire de la Shoah, 170, sept-déc. 2000 en ligne
  2. Karmasyn, 2000, chapitre 2
  3. a et b Karmasyn, 2000, chapitre 3
  4. Evans, J., Arzheimer, K., Baldini, G., Bjoklund, T., Carter, E., Fisher, SD, & Evaldi, G. « Comparative mapping of extreme right electoral dynamics: an overview of ereps (‘extreme right electorates and party success’) », European Political Science (2002) 1(1), 42–53. DOI:10.1057/eps.2001.11
  5. Naturellement, des organisations issues d'autres bords politiques peuvent elles aussi recourir à plusieurs de ces fonctions.
  6. Terme apparu en 2008 et dont la paternité est revendiquée par le journaliste Daniel Schneidermann. Cf. Dominique Albertini, David Doucet, La Fachosphère. Comment l'extrême droite remporte la bataille d'Internet, Flammarion, , p. 11.
  7. Lucile Mera, « Medias sociaux et stratégies d'influence : Regard sur l'extrême droite », dans Birgitta Orfali (dir.), La banalisation de l'extrémisme à la veille de la présidentielle: Radicalisation ou dé-radicalisation ?, L'Harmattan, 2012, 170 p, (ISBN 978-2296965140) [EPUB] emplacement 2145 sur 3209.
  8. Marc Jacquemain et Fédéric Claisse, « Que sont les fachos devenus ? », Politique, Revue de Débats, Volume/Tome : 75, (ISSN 1372-908X), p. 21, [1]
  9. a et b Tateo, 2005
  10. Voir entre autres les critiques de Pierre-André Taguieff ou la réfutation de l'expression par le Front national
  11. a et b Manuela Caiani et Linda Parenti, The Spanish extreme right and the Internet, Análise Social, vol. XLVI (201), 2011, p. 719-740 en ligne[PDF]
  12. Burris et al. 2000
  13. Voir aussi HW Park, Hyperlink network analysis: A new method for the study of social structure on the web, Connections, 25 ( 1 ), p. 49–61
  14. LC Freeman, Centrality in social networks: Conceptual clarification, Social Networks, 1979, 1 ( 3 ), p. 215–239
  15. (en) N.Fairclough (2001). The discourse of New Labour: Critical discourse analysis. In M.Wetherell, S.Taylor, & S.Yates (Eds.), Discourse as Data. A Guide for Analysis (p. 229–266). London : Sage
  16. L’extrême droite allemande : une stratégie de communication moderne, citée par B. Gillin dans Extrême droite en Europe : une analyse géopolitique, Hérodote, 2012/1 (no 144), 224 pages, Éditeur La Découverte, I.S.B.N. 9782707173218, DOI : 10.3917/her.144.0003
  17. Karmasyn note le cas d'un signataire utilisant le pseudo Turkey, en référence à la dinde de Noël « Christmas Turkey », qui attirait systématiquement en réponse des tracts négationnistes sur le génocide arménien, où était prenante la Turquie, « Turkey » en anglais.
  18. Karmasyn, 2000,chapitre 5
  19. Karmasyn, 2000,chapitre 8
  20. CASALS, X. (1999), “La ultraderecha española: una presencia ausente (1975-1999)”. Paper presented to the Ortega y Gasset Foundation Seminar., cité par Caiani et Parenti
  21. Après «Ali Juppé», la «fachosphère» s'en prend à «Farid Fillon», Le Figaro, 19/12/2016
  22. Plongée dans la fachosphère, Le Nouvel Observateur, 26/7/2012
  23. La fachosphère prend d'assaut les minarets, L'Express, 3/12/2009
  24. a et b La Fachosphère, plongée dans l’extrême droite du Net, L'opinion, 27/9/2016
  25. « Øyvind Strømmen, né en 1980, est un journaliste norvégien, expert de la fachosphère qui sévit en Europe », Øyvind Strømmen, La Toile brune, Actes Sud, 2012-04-04, Préface
  26. a, b, c et d Christophe Bejach: comment la fachosphère tente de politiser un fait divers, Christophe-Cécil Garnier, Slate, 6 janvier 2017
  27. a et b Oser la jeunesse, Vincent Cespedes, Flammarion, 2015
  28. Manifestation contre le mariage pour tous : la réacosphère sonne le tocsin dimanche, L'humanité, 11/1/2013
  29. L’extrême droite développe sa critique des médias, Les Inrocks, 19/3/2013
  30. a et b Plongée dans la fachosphère, Le Nouvel Observateur, 27/7/2011
  31. a, b et c Réfugiés: la guerre de l'info de la "fachosphère", RTBF, 10/9/2015
  32. La fachosphère vole au secours de Jean-Marie Le Pen, Les Inrocks, 9/4/2015
  33. Macron « financé par l’Arabie saoudite » : une intox massivement relayée par l’extrême droite, Le Monde, 2/3/2017
  34. Racisme, antisémitisme, homophobie : le vrai visage des candidats FN, L'Obs, 11/3/2015
  35. La « fachosphère » s’expatrie pour échapper à la justice, Le Monde, 20/5/2016
  36. Midi Libre bataille contre Fdesouche, Arrêt sur Image, 24/10/2012
  37. La gauche domine le Web politique, Le Monde, 14/2/2012
  38. Rudy Reichstadt sur France Culture
  39. Théories du complot : il faut "défantasmer notre rapport au pouvoir", Europe 1, 13/2/2016
  40. Adrien Sénécat, « Wikistrike, Quenelle+, Libertés TV : dans la nébuleuse des sites de « vraie information », sur lexpress.fr, L'Express,‎ .
  41. Sur le Web, le "Hollande bashing" se radicalise, Le Monde, 30 mars 2013
  42. Louis Hausalter, « TV Libertés, la webtélé des ultra-réacs qui se rêve en « Fox News à la française », sur marianne.net,‎ .
  43. « Raciste déclaré, le président de Radio Courtoisie, Henry de Lesquen, est prié de démissionner », sur lemonde.fr, Le Monde,‎ .
  44. Jean-Yves Le Gallou lance un Acrimed d’extrême droite, Abel Mestre et Caroline Monnot, 9 octobre 2012
  45. Comment les sites internet d'extrême-droite discréditent le travail des médias, France Inter, 7/2/2017
  46. « Fiche thématique "Discours de haine" », sur Cour européenne des Droits de l'Homme - Unité de la Presse,‎ (consulté le 12 mars 2017)
  47. « La « fachosphère » prend du grade », sur Le Courrier du Parlement,‎ (consulté le 3 janvier 2017).
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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur Internet et l'extrême droite en général[modifier | modifier le code]

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Sur des thèmes particuliers repris (pas exclusivement) par des extrêmistes radicaux[modifier | modifier le code]

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  • Øyvind Strømmen, Det mørke nettet, Cappelen Damm, 2011-11-09, (ISBN 9788202370275), version française La Toile brune, Actes Sud, 2012-04-04, (ISBN 978-2-330-00634-1).
  • (en) The Far right on internet chapitre 13 de The Governance of Cyberspace: Politics, Technology and Global Restructuring, sous la direction de Brian Loader, chapitre 13.

Vidéographie[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]