Royaume du Congrès

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Royaume de Pologne
Royaume du Congrès
(pl) Królestwo Polskie
(ru) Царство Польское

1815–1915

Drapeau Blason
Description de cette image, également commentée ci-après
Carte de la région présentant le royaume du Congrès en gris clair. Les lignes noires indiquent les frontières de la Pologne avant sa partition.
Informations générales
Statut Monarchie constitutionnelle, partie de l'Empire russe (union personnelle).
Capitale Varsovie
Langue Polonais (jusqu'en 1880).
Russe (après 1880).
Monnaie Rouble
Démographie
Population Env. 2 770 000 hab. (1816)
9 300 000 hab. (1897)
Superficie
Superficie Env. 128 500 km2 (est. variable)
Histoire et événements
Création au Congrès de Vienne.
Insurrection de Novembre.
Insurrection de Janvier.
1868 Incorporation à l'Empire russe.
1915 Effondrement.
Acte du 5 novembre.

Entités précédentes :

Royaume de Pologne, 1815-1830.

Le Royaume de Pologne (en polonais : Królestwo Polskie, en russe : Царство Польское), également appelé Royaume du Congrès (en polonais : Królestwo Kongresowe) est une entité politique polonaise autonome sous tutelle russe, administrant la partie centrale de la Pologne historique. Le tsar était le roi de cet État doté d'une large autonomie, avec son armée et sa diète. Le Royaume du Congrès succède au Duché de Varsovie par la décision du congrès de Vienne de 1815, lors duquel les grandes puissances européennes réorganisent l’Europe après les guerres napoléoniennes. Il prend fin en 1868 avec l'annexion directe par la Russie.

Héraldique[modifier | modifier le code]

Grandes armes du Royaume du Congrès 1815-1915.

Histoire du royaume[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Avant le Royaume : le Duché de Varsovie (1807-1813)[modifier | modifier le code]

En 1795, l'Autriche, la Prusse et la Russie achèvent de se partager le République des Deux Nations qui disparait définitivement des cartes de l'Europe. La France révolutionnaire, qui était en guerre contre ces mêmes trois puissances, semble alors le meilleur recours des Polonais. Des Légions polonaises combattent ainsi les Autrichiens en Italie, puis prennent part à toutes les guerres napoléoniennes. En 1807, Napoléon crée, sur la part prussienne de l'ancienne Pologne, le Duché de Varsovie, augmenté en 1809 de la part autrichienne. Le Grand-duché introduit le Code civil en Pologne, sans abolir le servage (les paysans reçurent une liberté limité de mouvement) mais il prend fin en 1813, à la suite du désastre de la campagne de Russie. Le Duché est alors occupé par l'armée russe.

Les décisions du Congrès de Vienne (1815)[modifier | modifier le code]

Lors du Congrès de Vienne, les vainqueurs confirmèrent les partages. L'ancienne République est divisée en cinq territoires distincts. Un Royaume du Congrès est alors créé, en union personnelle avec la Russie. Le tsar était le roi de cet État doté d'une large autonomie, avec son armée et sa diète. Il recevait même une constitution, privilège auquel ne pouvait que rêver les Russes toujours soumis à un système autocrate.

La naissance du « Royaume du Congrès » est due aux efforts du Polonais Adam Jerzy Czartoryski, ami du tsar, ministre des affaires étrangères de Russie en 1804-1805, qui souhaite ressusciter la Pologne en tant qu'alliée de la Russie, et aux intérêts du tsar Alexandre Ier, qui souhaite s'approprier des territoires antérieurement contrôlés par la Prusse ou l'Autriche[1]. Une alliance se noue entre le tsar et les principaux dirigeants polonais.

Le régime politique[modifier | modifier le code]

La constitution est élaborée à Vienne par accord entre Adam Czartoryski et Alexandre et signée par le tsar à Varsovie le 27 novembre 1815[2]. Il s'agit d'un texte très libéral, qui ressemble beaucoup à la constitution du duché de Varsovie.

Le tsar est représenté à Varsovie par le Namiestnik Królestwa Polskiego (lieutenant-général, vice-roi). Le premier, nommé le , est le prince Józef Zajączek, précédemment commandant des troupes polonaises de l'armée française en 1807, puis général de l'armée du Duché de Varsovie ; il occupe ce poste jusqu’à sa mort, le . Surveillé par un « commissaire impérial », Nikolaï Novossiltsev, il se montre plus préoccupé par ses intérêts personnels que par ceux de la Pologne.

Le Royaume a un gouvernement composé de cinq ministres, une diète et une armée dont le commandement est confiée au frère du tsar, le grand-duc Constantin.

Le Code civile de Napoléon, institué en 1808 dans le Duché de Varsovie reste en vigueur, puis est réformé en 1825[Note 1].

La période de la tutelle russe (1815-1831)[modifier | modifier le code]

Le règne d'Alexandre (1815-1825)[modifier | modifier le code]

La relative liberté laissée au Royaume du Congrès va permettre à la nation polonaise d’opérer sa révolution industrielle. Le Royaume connaît alors de profondes transformations : développement des villes, de l’industrie (charbonnages de Dąbrowa, métallurgie de Varsovie, textiles à Łódź et Żyrardów), création de bourse des marchandises et des monnaies à Varsovie, de la Banque de Pologne, d'infrastructures de transport. Cette œuvre renaissance économique est facilitée par l'abolition de la frontière douanière entre le Royaume et l'Empire russe en 1820. [4] Cependant, le maintien de facto du servage (malgré les principes du Code civil) et l’organisation féodale des campagnes ont pour effet de ralentir la modernisation de l’agriculture.

C'est aussi une période de développement de l’enseignement: création de l’Université de Varsovie, de l’Académie de musique de Varsovie, de l’École polytechnique de Varsovie, création de l’Institut agronomique de Marymont, particulièrement durant la période où le ministre de l'Education est Stanisław Kostka Potocki (jusqu'en 1820).

La culture polonaise se développe avec notamment la publication des premiers poèmes d’Adam Mickiewicz, grand écrivain romantique polonais, au début des années 1820.

Des changements analogues ont lieu dans l'ancien grand-duché de Lituanie directement administrée par la Russie, avec le développement de l’université de Wilno et du lycée de Krzemieniec.

Les difficultés du règne de Nicolas Ier[modifier | modifier le code]

L'année 1818 marque l'apogée de l'entente entre le tsar et les patriotes polonais. Ceux-ci croient alors encore à la possibilité d'une réunion du Grand-duché de Lituanie et du Royaume de Pologne, mais ils sont rapidement déçus. La décennie ne 1820 voit que l’accentuation de la répression russe. Les sociétés secrètes sont pourchassées et la censure appliquée. Les problèmes s'aggravent en 1825 avec l'avènement du tsar Nicolas Ier , frère d'Alexandre et de Constantin. Monarque absolu en Russie, il tolère mal les restrictions à ses pouvoirs en Pologne. En 1826, il nomme Constantin le vice-roi de Pologne. Celui-ci veut imposer une discipline prussienne au sein de l’armée du royaume. Le 20 mai 1829 Nicolas Ier se faire couronner roi de Pologne à Varsovie.

L'Insurrection de 1830-1831[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Insurrection de novembre 1830.

L'année 1830 est marquée par les événements révolutionnaires de juillet en France , puis en octobre en Belgique. À la nouvelle que l’armée polonaise sera envoyée contre les révolutionnaires de France et de Belgique, l’Ecole des aspirants d’infanterie, conduite par le lieutenant Piotr Wysocki, se révolte (29 novembre 1830) et soulève Varsovie. Le Grand-Duc envoyé par la Russie à Varsovie est chassé de la ville et échappe de peu à une tentative d’assassinat organisé dans la nuit du 29 novembre 1830. Les politiciens polonais dont Adam Czartoryski tentent de calmer les insurgés mais la Diète vote avec l’appui des bourgeois et des nobles l’insurrection totale en décembre 1830 et finalement la destitution de Nicolas 1er du trône de Pologne en janvier 1831 ce qui équivaut à une déclaration de guerre. Dans les jours qui suivent, un gouvernement national est formé. Il est présidé par Adam Czartoryski. Joachim Lelewel y représente le républicanisme radical. L’insurrection est maintenant un conflit organisé entre deux pays. La Russie impériale va user de son réservoir d’hommes et son armée forte de 180 000 hommes contre le 70 000 soldats polonais dont un tiers des novices. Il faudra huit mois aux Russes pour venir au bout du soulèvement. Varsovie est reprise le . 35 000 soldats polonais réussissent à gagner l'Autriche ou la Prusse où ils sont désarmés et internés. Pourchassés, déchus de leurs droits civiques et privés de leurs biens, les insurgés sont contraints à l’exil. Des milliers de civils quittent le pays. C'est le début de la Grande Emigration.

Grande Emigration[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Grande Émigration.

L'élite émigrée (environ 10 000 membres de l'intelligentsia s'exilent principalement en France au cours de la « grande émigration ») entretient la résistance, dont Paris est le centre politique et intellectuel. Les modérés (parti du 3 mai) autour de Czartoryski, qui réside à l'hôtel Lambert sur l'île Saint-Louis, espèrent en un conflit entre l'Occident et la Russie. Les radicaux autour de Lelewel, établi à Bruxelles, et de la Société démocratique polonaise, dont le siège est à Versailles, propagent le principe d'une insurrection appuyée sur une réforme agraire (tentative de soulèvement en 1833).

La période de la domination russe (1831-1868)[modifier | modifier le code]

Le gouvernorat de Paskevitch (1831-1855)[modifier | modifier le code]

Après une répression impitoyable orchestrée par le général Nikolaï Mouraviov-Amourski, qui décime la noblesse polonaise, Nicolas Ier accorde au royaume un statut organique (1832). L'armée et la diète sont supprimées, l'administration ouverte aux Russes et soumise au Sénat de l'Empire. La fermeture d'écoles et d'universités (Wilno, Varsovie) inaugure la russification brutale, marquée aussi par la suppression de l'Église uniate. La langue russe devient obligatoire.[5] Des tarifs douaniers sont remis entre la Russie et le Royaume du Congrès pour freiner le développement de son économie.

Par son encyclique Cum Primum (), le pape Grégoire XVI donne raison à Nicolas Ier contre ses sujets polonais révoltés et authorise celui-ci à supprimer tout ce qu’Alexandre Ier avait accordé.

Le général Ivan Paskevitch est nommé gouverneur du Royaume en 1832 et il mène une politique de russification systématique. Son mandat se termine peu après la mort du tsar Nicolas Ier.

Les débuts du règne d'Alexandre II[modifier | modifier le code]

Affaiblie par la défaite de Crimée, la Russie connaît en 1861 une période d'effervescence politique, avec en particulier la question de l'abolition du servage. Le royaume de Pologne est aussi touché, avec en particulier le mouvement des messes patriotiques.

Les successeurs d'Ivan Paskevitch sont Wincenty Krasiński (1855-56), Mikhaïl Gortchakov, de 1856 au , Nikolaï Soukhozanet (1861), Karl Lambert (1861), Alexandre von Lüders (1861-62), Constantin Nikolaïevitch de Russie (1862-63).

L'insurrection de 1863 et ses conséquences (1863-1868)[modifier | modifier le code]

En 1863, une nouvelle insurrection éclate : l'Insurrection de Janvier. Après la défaite des insurgés, la politique de russification est menée à son terme. L’unification administrative avec la Russie est établie en intégrant les ministères de Varsovie dans ceux de Saint-Pétersbourg.

Le Pays de la Vistule (1868-1915)[modifier | modifier le code]

En 1868, les territoires du Royaume du Congrès sont purement et simplement incorporés comme province de l’empire russe, sous le nom de « Pays de la Vistule » (en russe : Privislinski Kraï). Cependant, le nom de « royaume du Congrès » continue d'être utilisé pour désigner ce territoire, malgré sa disparition en tant qu'entité politique.

Les règnes d'Alexandre II (mort en 1881) et d'Alexandre III (en 1894) sont marqués par une poursuite de la politique de russification ; un relâchement sensible a lieu au début du règne de Nicolas II qui est aussi l'époque de l'apparition de grands partis politiques (national-démocrate, paysan, socialiste polonais, social-démocrate).

Les Polonais prennent part aux événements de la révolution de 1905 ; aux élections pour la Douma de 1906, le Pays de la Vistule a 36 députés à élire, dont 34 sont des Nationaux-démocrates (dont le leader est Roman Dmowski). Mais la Douma est rapidement dissoute et aux élections de 1907, le contingent n'est plus que de 12 députés. Durant la période plutôt répressive qui suit, le Parti socialiste polonais (Piłsudski) joue un rôle important dans l'action clandestine, avec l'Organisation polonaise de combat (pl) (POW).

La Première Guerre mondiale et l'occupation allemande (1915-1918)[modifier | modifier le code]

Pour un article plus général, voir Front de l'Est (Première Guerre mondiale).

En 1915, les armées allemandes et austro-hongroises occupent l'Ouest de la Russie, notamment le territoire du Pays de la Vistule : l'ensemble est réorganisé (gouvernorat de Varsovie aux Allemands, celui de Lublin aux Autrichiens). Piłsudski opte pour une politique de soutien aux Puissances centrales, moyennant des garanties de rétablissement de la Pologne. Après des atermoiements, il obtient la formation d'une armée polonaise (octobre 1916), puis la mise en place d'un Conseil d'État à Varsovie (janvier 1917). Pour hâter le mouvement, Piłsudski démissionne du Conseil d'État (avril 1917), mais il est arrêté.

Malgré la chute du régime tsariste () la République russe poursuit la guerre, mais en elle est abattue par le coup d'état bolchevik et la Russie soviétique entame aussitôt des négociations de paix avec les Puissances centrales. Les Polonais comme Roman Dmowski cherchent donc désormais le soutien des Alliés occidentaux. En , face à l'affaiblissement du soutien polonais, les empereurs d'Allemagne et d'Autriche établissent un « Conseil de régence du royaume de Pologne » (sans désigner de roi et sans délimiter son territoire)[6], assisté d'un nouveau Conseil d'État. Ces nouvelles autorités polonaises participent aux négociations de Brest-Litovsk avec l'Ukraine (traité en février 1918) et la Russie soviétique (traité en mars). En janvier 1918, le président des États-Unis Woodrow Wilson fera de la recréation de la Pologne le treizième de ses « Quatorze points ».

Le 10 novembre 1918, Piłsudski rentre à Varsovie ; le Conseil de régence lui confie la direction de l'armée, puis l'ensemble de ses pouvoirs ; le 18 novembre, Piłsudski nomme Moraczewski, un proche de Dmowski, Premier ministre (puis, le , Paderewski).

L'occupation allemande prend totalement fin le avec l'insurrection de Poznań. L'existence de la nouvelle Pologne est reconnue par les traités de paix, mais ses frontières ne seront fixées qu'en 1923.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Daniel Beauvois, Histoire de la Pologne, Paris, Hatier, coll. « Nations d'Europe », , chap. V (« Un État disparu, une nation tenace »), p. 201-248. .
  • Louis Lubliner, Concordance entre le code civil du royaume de Pologne, promulgué en l'année 1825, et le code civil français relativement à l'état des personnes ; suivie d'Observations sur le droit international privé, Bruxelles et Paris, Decq et Durand, (lire en ligne). .

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « en 1820, le gouvernement présenta à la diète un projet de loi apportant des modifications et des changements dans le livre Ier du Code civil français ; ce projet de loi fut discuté, adopté à la diète suivante en 1825, et promulgué le 15 juin de la même année comme loi obligatoire à dater du 1er janvier 1826. »[3].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Beauvois 1995, p. 201.
  2. Charte 1815.
  3. Lubliner 1846, p. XIX.
  4. Kurnatowski G., « Les Origines du capitalisme en Pologne. », Revue d'histoire moderne, tome 8 N°8,,‎ , pp. 237-267
  5. Statuts 1832.
  6. Beauvois 1995, p. 284 ; pour la période de la guerre : Beauvois 1995, p. 280-286.