Walther von Brauchitsch

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir von Brauchitsch.
Walther von Brauchitsch
Image illustrative de l'article Walther von Brauchitsch

Naissance
Berlin, Allemagne
Décès (à 67 ans)
Hambourg, Allemagne
Origine Drapeau de l'Allemagne Allemagne
Grade Generalfeldmarschall
Années de service 1900 –
Conflits Première Guerre mondiale,
Seconde Guerre mondiale
Commandement Armée de terre
Famille Oncle de Manfred von Brauchitsch

Walther Heinrich Alfred Hermann von Brauchitsch, né le à Berlin, mort le à Hambourg, est un militaire allemand. Il est le commandant en chef de la Heer (Armée de terre allemande) au début de la Seconde Guerre mondiale.

Biographie[modifier | modifier le code]

Débuts[modifier | modifier le code]

En 1900, Brauchitsch est officier dans la Garde prussienne.

Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, il est officier de l'état-major.

République de Weimar[modifier | modifier le code]

Allemagne nazie[modifier | modifier le code]

Lorsque Hitler prend le pouvoir (« Machtergreifung ») et accroît celui de l'armée, Brauchitsch est nommé chef du district militaire de la Prusse-Orientale. En 1937, il devient commandant du 4e groupe d'armées[réf. nécessaire]. Même s'il est opposé au nazisme, il devient en grande partie dépendant de Hitler après lui avoir emprunté 80 000 Reichmarks afin de pouvoir divorcer et se remarier[réf. souhaitée]. En 1938, il succède au général Werner von Fritsch en tant que commandant en chef de l'Armée de terre (la Heer), après que celui-ci a dû démissionner à la suite de fausses accusations d'homosexualité, dans le cadre de l’Affaire Blomberg-Fritsch.

Brauchitsch est contrarié par la montée en puissance des SS, il craint que cette organisation ne tente de remplacer l'Armée allemande régulière, la Wehrmacht. Il a des différends avec Erich Koch, le Gauleiter de la Prusse-Orientale et Hitler doit s'interposer.

Tout comme le général Beck, il s'oppose à l'annexion de l'Autriche en et à celle de la Tchécoslovaquie en , mais il ne s'oppose pas aux plans militaires de Hitler et ne fait rien lorsque Beck lui demande de convaincre l'état-major entier de démissionner si Hitler poursuit son plan d'invasion de la Tchécoslovaquie.

En , un groupe d'officiers ourdit un complot contre Hitler et essaie à plusieurs reprises de convaincre Brauchitsch, en tant que commandant en chef de l'Armée de terre, de diriger le coup d'État prévu, mais celui-ci ne leur promet qu'une chose : « Je ne participerai pas, mais je n'empêcherai personne de passer à l'action ». Alors que le projet de coup d'État n'a pas de suite, Brauchitsch ignore les demandes d'aide de Beck et des autres conspirateurs afin d'utiliser l'Armée pour renverser Hitler avant que l'Allemagne ne soit plongée dans la guerre.

Deuxième Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Dans la « clairière de Rethondes » de la forêt de Compiègne, de gauche à droite, Ribbentrop, Keitel (de profil), Göring, Hess (au fond de face), Hitler (de profil), Raeder (caché par Hitler) et Brauchitsch (de profil), devant le wagon de l'Armistice, la veille de la signature de l'armistice du .

Le , incité par son second, le chef d'état-major adjoint de l'Armée de terre Franz Halder, par les conspirateurs, et par la plupart des hauts-gradés de la Heer qui craignent d'attaquer aussi tôt la France, alors considérée comme la plus grande puissance militaire occidentale, Brauchitsch demande une audience à Hitler pour le convaincre que l'Allemagne ne pourra jamais gagner une guerre prolongée en Europe et le supplie d'abandonner ses plans de conquête. Hitler, furieux, adresse des insultes au commandant en chef de l’Armée de terre, Brauchitsch. Halder, présent, est horrifié lorsqu'il aperçoit son supérieur, Brauchitsch, quitter la rencontre « mort de peur ». Hitler rencontre ensuite l'état-major pour déclarer qu'il va écraser l'Ouest en moins d'une année. Il fait également le vœu de « détruire l'esprit de Zossen », une menace qui affole Halder au point d'obliger les conspirateurs à annuler leur deuxième coup d'État planifié.

Le , Brauchitsch adresse une lettre à tous ses généraux dans laquelle il approuve au nom du Lebensraum toutes les mesures draconiennes prises contre la population polonaise et exige que cessent les critiques contre la politique raciale nazie[1].

En 1940, Brauchitsch devient un élément clé dans la guerre-éclair de Hitler contre l'Ouest, en participant aux modifications des plans militaires pour envahir la France.

Brauchitsch fait partie de la promotion des douze Generalfeldmarschall du  (en).

Le , Brauchitsch entérine l'accord conclu le entre Reinhard Heydrich et Eduard Wagner qui autorise la constitution et l'autonomie opérationnelle des Einsatzgruppen sur le théâtre d'opérations de l'Armée de terre[2].

En , Brauchitsch est victime d’une grave crise cardiaque puis, en , soit six mois après le début de la guerre contre l'Union soviétique, il ne parvient pas à s'emparer de Moscou : ceci lui vaut l'hostilité de Hitler qui cherche des boucs émissaires[N 1]. Hitler le relève alors de ses fonctions et se met à occuper en personne le poste de commandant en chef de l’Armée de terre, ce à compter du [N 2]. Brauchitsch est transféré à la Führerreserve (la réserve des officiers) où il reste sans affectation jusqu'à la fin de la guerre. Il n'a jamais revu Hitler après son limogeage[3],[4].

Brauchitsch passe les trois dernières années de la guerre dans le pavillon de chasse de Tři Trubky, dans les collines du Brdy (en), au sud-ouest de Prague[5],[3]. L'une de ses rares interventions publiques est une déclaration condamnant l’attentat du contre Hitler, à propos duquel il dénonce plusieurs de ses anciens collègues officiers. Après le conflit, il s'est excusé de cela auprès de Halder, affirmant qu'il avait été contraint d’agir ainsi pour sauver la vie d’un membre de sa famille[6],[3].

Procès et mort[modifier | modifier le code]

Après la guerre, en , Brauchitsch est arrêté dans sa propriété et il est emprisonné au camp 198 en Galles du Sud. Il est notamment accusé de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité[7]. Il meurt en 1948 de pneumonie bronchique dans un hôpital militaire contrôlé par les Britanniques à Hambourg avant d'avoir pu être jugé[7],[6]. Il est enterré au cimetière de Salzgitter, en Basse-Saxe[5].

Vie personnelle et famille[modifier | modifier le code]

En 1910, Brauchitsch se marie pour la première fois avec Elizabeth von Karstedt, une riche héritière qui possède 1 200 000 hectares de terres dans le Brandebourg. Le couple a deux fils et une fille, dont Bernd von Brauchitsch (en), qui est devenu officier de la Luftwaffe pendant la Seconde Guerre mondiale et a servi en tant qu'aide de camp de Göring[8]. Brauchitsch divorce d’Elizabeth en 1938 après 28 ans de mariage, car il a retrouvé une femme avec laquelle il avait eu une liaison dans les années 1920[5].

En 1925, Brauchitsch rencontre Charlotte Rueffer, la fille d’un juge de Silésie. Il demande le divorce mais sa femme refuse. Charlotte Rueffer se marie peu après avec un directeur de banque appelé Schmidt ; mais ce dernier se noie dans sa baignoire lors d’un voyage à Berlin. Quand Brauchitsch revient de Prusse-Orientale en 1937, le couple illégitime reprend son idylle. Brauchitsch obtient le divorce et il se remarie aussitôt[9] avec Charlotte.

La famille Brauchitsch comporte quelques noms connus : Adolf von Brauchitsch (en), le frère de Walther, est un général de la République de Weimar ; son neveu Manfred est un célèbre pilote automobile de Grand Prix des années 1930, au volant d’une Mercedes Silver Arrow ; Hans et Werner von Haeften, deux membres de la résistance au nazisme sont aussi les neveux de Walther[10].

Héritage[modifier | modifier le code]

Brauchitsch a été le seul officier général allemand en mesure de dire à Hitler, en présence d’autres personnes, que les jours pendant lesquels un caporal pouvait se prendre pour Napoléon étaient révolus[11] ; en effet, Hitler se comparait souvent à Napoléon, ce qui irritait nombre de ses généraux[12].

L'historien William E. Hart décrit Brauchitsch comme quelqu'un d’« agile, nerveux, droit, vif et direct en parole et en action. La sévérité de son nez napoléonien et de ses lèvres pincées était compensée par un regard brun très expressif[13] ». L'historien Helmut Krausnick le décrit comme « un professionnel hors pair qui était imprégné des traditions de sa profession, mais qui manquait de force de caractère pour être en mesure de traiter avec Hitler[6] ». Franz Halder estimait son ancien chef et collègue comme étant « un personnage exceptionnellement vif et cultivé. Il combinait une silhouette de soldat avec une apparence soignée[14] ». A contrario, l’historien Ian Kershaw dépeint Brauchitsch comme un « individu sans caractère, effrayé par Hitler. Il n'était pas homme en mesure de diriger une opposition ou une révolte[15] ».

Promotions au cours de sa carrière militaire[modifier | modifier le code]

Leutnant
Oberleutnant
Hauptmann
Major
Oberstleutnant
Oberst
Generalmajor
Generalleutnant
General der Artillerie
Generaloberst
Generalfeldmarschall

Décorations[modifier | modifier le code]

Dans la fiction[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Environ quarante officiers de haut rang sont relevés de leur fonction à la suite de leur échec devant Moscou.
  2. Hitler occupe le poste de commandant en chef de l’Armée de terre (la Heer), en plus de celui de commandant en chef de l’Armée (la Wehrmacht) jusqu'à quelques jours de la fin du conflit, en l'occurrence jusqu'à son suicide.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Christopher Browning Les origines de la solution finale Points/Histoire éd. Seuil p. 167 (ISBN 978-2-757-80970-9)
  2. Édouard Husson Heydrich et la solution finale Perrin 2012 p. 290 (ISBN 978-2-262-02719-3)
  3. a, b et c Nicholls 2000, p. 35–36.
  4. Hart 1944, p. 128–129.
  5. a, b et c Island Farm 2007.
  6. a, b et c Krausnick 1955.
  7. a et b Jewish Virtual Library 2014.
  8. Kirchubel 2013, p. 98.
  9. Hart 1944, p. 115–116.
  10. German Historical Museum 2014.
  11. Hart 1944, p. 111.
  12. Hanley 2007, p. 137–139.
  13. Hart 1944, p. 100.
  14. Deutsch 1968, p. 34.
  15. Eurozine 2014.
  16. Veit Scherzer: Die Ritterkreuzträger 1939-1945, Scherzers Militaer-Verlag, Ranis/Jena 2007, ISBN 978-3-938845-17-2, S.240

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Christopher R. Browning, The Origins of the Final Solution, University of Nebraska Press, (ISBN 978-0-8032-5979-9)
  • (en) Joseph A. Biesinger, Germany: A Reference Guide from the Renaissance to the Present, Facts on File Publishing, (ISBN 978-0816045211)
  • (en) Harold C. Deutsch, The Conspiracy Against Hitler in the Twilight War, Minnesota University, (ISBN 978-0816657438)
  • (de) Walther-Peer Fellgiebel, Die Träger des Ritterkreuzes des Eisernen Kreuzes 1939–1945 – Die Inhaber der höchsten Auszeichnung des Zweiten Weltkrieges aller Wehrmachtteile [« The Bearers of the Knight's Cross of the Iron Cross 1939–1945 – The Owners of the Highest Award of the Second World War of all Wehrmacht Branches »], Podzun-Pallas, (ISBN 978-3-7909-0284-6)
  • (en) Karl-Heinz Frieser, The Blitzkrieg Legend: The 1940 Campaign In the West, Naval Institute Press, [détail de l’édition] (ISBN 1-59114-294-6)
  • (en) William E. Hart, Hitler's Generals, Cresset Press, (OCLC 644906)
  • (en) Brian Hanley, Planning for Conflict in the Twenty-First Century, Praeger Publishing, (ISBN 978-0313345555)
  • (en) Ian Kershaw, Hitler: A Biography, W. W. Norton & Company, (ISBN 978-0-393-06757-6)
  • (en) Robert Kirchubel, Operation Barbarossa: The German Invasion of Soviet Russia, Osprey Publishing, (ISBN 978-1472804716)
  • (de) Helmut Krausnick, Brauchitsch, Heinrich Alfred Walther von, t. 2, Berlin, Duncker & Humblot, coll. « Neue Deutsche Biographie », (ISBN 3-428-00183-4, présentation en ligne), p. 540.
  • (de) Jürgen Löffler, Walther von Brauchitsch (1881-1948). Eine politische Biographie [« Walther von Brauchitsch. A Political Biography »], Peter Lang, (ISBN 3-631-37746-0)
  • (en) Shimon Naveh, In Pursuit of Military Excellence; The Evolution of Operational Theory, Francass, [détail de l’édition] (ISBN 0-7146-4727-6)
  • (en) David Nicholls, Adolf Hitler: A Biographical Companion, ABC-CLIO, (ISBN 978-0874369656)
  • (en) Richard Overy, War and Economy In the Third Reich, Oxford University Press, [détail de l’édition] (ISBN 978-0-19-820599-9)
  • (en) William L. Shirer, The Rise and Fall of the Third Reich, Simon & Schuster, (ISBN 978-0-671-72868-7)
  • (de) Veit Scherzer, Die Ritterkreuzträger 1939–1945 Die Inhaber des Ritterkreuzes des Eisernen Kreuzes 1939 von Heer, Luftwaffe, Kriegsmarine, Waffen-SS, Volkssturm sowie mit Deutschland verbündeter Streitkräfte nach den Unterlagen des Bundesarchives [« The Knight's Cross Bearers 1939–1945 The Holders of the Knight's Cross of the Iron Cross 1939 by Army, Air Force, Navy, Waffen-SS, Volkssturm and Allied Forces with Germany According to the Documents of the Federal Archives »], Scherzers Miltaer-Verlag, (ISBN 978-3-938845-17-2)
  • (de) Franz Thomas et Günter Wegmann, Die Ritterkreuzträger der Deutschen Wehrmacht 1939–1945 Teil III: Infanterie Band 3: Br–Bu [« The Knight's Cross Bearers of the German Wehrmacht 1939–1945 Part III: Infantry Volume 3: Br–Bu »], Biblio-Verlag, (ISBN 978-3-7648-1734-3)
  • (en) John Wheeler-Bennett, The Nemesis of Power, Macmillan, (OCLC 711310)
  • (en) Daniel L. Zajac, The German Invasion of Yugoslavia: Insights For Crisis Action Planning And Operational Art in A Combined Environment, United States Army Command and General Staff College, (OCLC 32251097)

Liens externes[modifier | modifier le code]