Cadmos

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Cadmos et le dragon. Amphore à figures noires d'Eubée, v. 560-550 av. J.-C.. Musée du Louvre (E 707).

Dans la mythologie grecque, Cadmos, Kadmos ou Cadmus (en grec ancien Κάδμος / Kádmos, en latin Cadmus), fils d'Agénor (roi de Tyr en Phénicie) et de Téléphassa, et frère de Phénix, Cilix, Europe, Thasos et Phinée, est le fondateur légendaire de la cité de Thèbes (en Béotie). Les Grecs ont crédité Cadmos de l'introduction en Grèce de l'alphabet phénicien[1]. Hérodote, qui rapporte ce fait[2], estime que Cadmos a vécu environ 1600 ans avant lui, soit vers 2000 av. J.-C.

Mythe[modifier | modifier le code]

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Hendrick Goltzius, Cadmos tuant le dragon, début du XVIIe siècle.

Il fut envoyé par son père, le roi de Tyr (une ville de Phénicie aujourd'hui au Liban), à la recherche d'Europe, sa sœur, qui avait été enlevée par Zeus métamorphosé en taureau blanc, avec la consigne de ne pas revenir sans elle[3]. Il s'établit alors en Thrace avec sa mère,Théléphassa, où il l'enterra à sa mort. Toujours à la recherche de sa sœur, il renonça, après une longue quête infructueuse, et, suivant les conseils de l'oracle de Delphes, il suivit une génisse, afin de fonder une ville à l'endroit où s'allongerait la bête et de nommer la contrée Béotie[4].

Celle-ci s'arrêtant sur le site de la future Thèbes, Cadmos décida donc de la sacrifier à Athéna (ou à Zeus). Pour ce faire, il envoya des hommes chercher de l'eau d'une fontaine, qu'il avait remarqué en arrivant. Comme ceux-ci tardaient à revenir, il alla à leur rencontre, mais ne retrouva que leurs cadavres. À côté, se trouvait un dragon qui, dit-on, était progéniture d'Arès. Le combat fut rude mais Cadmos tua le monstre. De cette créature, il prit les dents et, obéissant à la déesse de la sagesse, il les sema. Alors sortirent de terre des hommes armés : les Spartes (Σπαρτοί / Spartoí, du verbe grec σπείρω / speírô, « semer »). Il leur lança une pierre et, ceux-ci ne sachant d'où elle provenait, s'accusèrent les uns les autres, finissant par s’entretuer. Seuls cinq survécurent. Ils aidèrent ainsi Cadmos à bâtir la cité. Cependant, pour expier le meurtre du dragon, il dût se mettre au service d'Arès durant 8 ans.

Une fois sa labeur achevée, Cadmos reçut, d'Athéna, le royaume et, de Zeus, une épouse : Harmonie, fille d'Arès et d'Aphrodite[5]. Tous les dieux assistèrent au mariage. Héphaïstos donna à Cadmos comme cadeau de mariage un collier, confectionné de ses mains, que le roi remit ensuite à sa femme, en même temps qu'un manteau. Phérécyde, cité par pseudo-Apollodore, prétend que Cadmos avait reçu le collier de sa sœur, Europe, qui le tenait elle-même de Zeus. De leur union naquirent quatre filles, Ino, Sémélé, Autonoé et Agavé, ainsi qu'un fils, Polydore. Ino et Sémélé devinrent des déesses[6]. Par cette dernière, il était le grand-père de Dionysos. Zeus fut épris de celle-ci mais, par une ruse d'Héra, foudroya son amante. A l'endroit même où la princesse fut frappée par le foudre, Cadmos établit un sanctuaire, qu'il rendit inviolable aux pas humains[7].

Devenu vieux, le roi confia le trône de Thèbes à son petit-fils, Penthée, fils d'Agavé. Alors que le nouveau souverain thébain était en voyage, Dionysos vint dans cette ville afin de propager son culte. Il choisit d'abord cette cité, première parmi celles de Grèce, là où il était né. Accompagné du devin Tirésias, Cadmos se livra à la danse, parmi le chœur bacchique, après avoir vu ses propres filles frappées de folie parce qu'elles ne croyaient pas en ce nouveau dieu.
Entre-temps, Penthée fit son retour à Thèbes et, à la vue de son grand-père prêt à rejoindre ce culte récent, le réprimanda et l'invita à cesser de se ridiculiser : en effet, il ne voyait en ces rites que des prétextes à la débauche. Cadmos tenta de lui faire entendre raison et d'accepter d'honorer le fils de Zeus, mais en vain.
Par la suite, Penthée, trompé par Dionysos, tenta d'espionner les Bacchantes en se vêtant comme elles. Mais, transportées du délire bacchique, elles prirent le nouvel arrivant pour un lion. Dès lors commença une chasse qui se soldera par la mort de leur proie, qu'elle mirent en pièces, Agavé, sa propre mère, en tête. Celle-ci, toujours prise de frénésie, ramena sa tête jusqu'au palais, où se tenait son père. Il lui révéla alors la vérité sur le trophée qu'elle apportait en ces lieux. Prenant alors conscience qu'elle tenait la tête de son fils, elle reprit la raison. C'est alors que Dionysos, vainqueur de ses ennemis, se présenta à Cadmos et lui prédit que lui et sa femme se métamorphoseraient en serpent et qu'ils régneraient en terres barbares.

En effet, ces paroles se vérifièrent à la fin de sa vie. Cadmos s'établit avec Harmonie chez les Enchéléens. Ceux-ci étaient en guerre contre les Illyriens et avaient appris de l'Oracle qu'ils ne pourraient gagner que s'ils prenaient pour chefs les anciens souverains thébain. Cadmos et Harmonie menèrent donc leur nouveau peuple à la victoire. Peu après naquit un fils, Illyrios. Mais Hygin rapporte une autre tradition : Cadmos aurait reçu le trône d'Illyrie après la mort de Lycothersès. Celui-ci avait été assassiné par Agavé qu'il avait récemment épousée.

Comme l'avait prédit Dionysos, ils furent changés en serpent et reçus par les dieux dans les Îles des Bienheureux[8].

Le mariage de Cadmos et d'Harmonie est célébré lors des mystères de Samothrace.

Évocations artistiques[modifier | modifier le code]

Cadmus et Hermione est le titre de la première tragédie lyrique de Jean-Baptiste Lully.

Les Noces de Cadmos et Harmonie est une œuvre littéraire de Roberto Calasso. Parution initiale Le nozze di Cadmo e Armonia, Milan : Adelphi, 1988.

Le Soleil ni la mort ne peuvent se regarder en face, pièce de théâtre de Wajdi Mouawad. Éd. Leméac/Actes Sud (2008).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Selon Jon Christian Billigmeier, op. cit., le mythe de Cadmos pourrait garder le souvenir d'une immigration sémitique en Grèce.
  2. Hérodote, Histoires [détail des éditions] [lire en ligne], II, 59.
  3. Robert Graves, Les mythes grecs, Fayard, collection Pluriel, 1967, p. 211-213.
  4. Ovide, Métamorphoses [détail des éditions] [lire en ligne], III.
  5. Pindare, IIIe Pythique, vers 85 à 93.
  6. Pindare, IIe Olympique, vers 24 à 31.
  7. Euripide, Les Bacchantes, vers 6 à 12
  8. Ovide, Métamorphoses [détail des éditions] [lire en ligne], IV, vers 562 à 602.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Source[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Francis Vian, Les Origines de Thèbes : Cadmos et les Spartes, C. Klincksieck, coll. « Études et commentaires », Paris, 1963.
  • Jon Christian Billigmeier, Kadmos and the possibility of a Semitic Presence in Helladic Greece, Publ. of the H. Frakfort Foundation, 6. (ISBN 90-6032-110-3)
  • Karine Mackowiak (dir. Françoise Dunand), Du Mythe et de l'histoire. La fondation thébaine de Kadmos, Université Marc Bloch, Faculté des sciences historiques (thèse de doctorat en Histoire des religions), Strasbourg, juin 2001.
  • Laetitia Kaiser (dir. Denis Knoepfler), Cadmos et le dragon dans la céramique grecque et italiote : étude iconographique d’un mythe thébain, Université de Neuchâtel, Faculté des Lettres et Sciences Humaines (mémoire de licence en archéologie classique), Neuchâtel, octobre 2006.