Stolpersteine

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Stolperstein à Berlin-Kreuzberg

Stolpersteine (pluriel du mot allemand stolperstein et signifiant obstacles mais que l'on peut traduire littéralement par pierres d'achoppement, pierres sur lesquelles on peut trébucher) est une création de l'artiste berlinois Gunter Demnig (né en 1947). Ce sont des pavés de béton ou de métal de 10 cm de côté enfoncés dans le sol. La face supérieure, affleurante, est recouverte d'une plaque en laiton qui honore la mémoire d'une victime du nazisme. Chaque cube rappelle la mémoire d'une personne déportée dans un camp de concentration ou dans un camp de la mort parce qu'elle était Juive, Rom, Communiste, Sinté, membre de la Résistance, homosexuelle, témoin de Jéhovah, chrétienne en opposition au régime nazi ou handicapée.

Encastrées dans le trottoir devant le dernier domicile des victimes, plusieurs milliers de Stolpersteine ont ainsi été posées depuis 1993, principalement en Allemagne mais aussi dans d'autres pays européens.

Origine de l'expression Stolperstein[modifier | modifier le code]

Avant la Shoah, quand le non-Juif trébuchait sur une pierre ou sur un monticule de gazon, un dicton ancien allemand lui faisait dire : « Il y a un juif enterré ici[1],[2]. »

« Ici habitait… »[modifier | modifier le code]

Gunter Demnig a recherché les données des personnes qui ont été pourchassées et déportées pendant la période du nazisme. Il a fait ses recherches en fouillant dans des archives, sur la base de données sur le sort des victimes du Mémorial de Yad Vashem de Jérusalem, en coopération avec des musées et écoles ainsi qu'avec des survivants et familles. Si des données sont disponibles, Gunter Demnig crée alors des Stolpersteine. Il les encastre dans le sol des rues publiques devant les maisons ou immeubles où résidaient les personnes déportées ou arrêtées. Sur chaque plaque est marqué « ici habitait » (Hier wohnte) avec ensuite le nom, la date de naissance et le destin individuel de chacun.

Ces pierres d'achoppement sont financées par des dons, des collectes et des parrainages obtenus de citoyens, de témoins du passé (Zeitzeugen), de classes d'écoles, de membres d'associations professionnelles et de communes. Il faut 95 euros pour installer une pierre.

Les premiers Stolpersteine[modifier | modifier le code]

Stolperstein à St. Georgen pour Johann Nobis et Matthias Nobis
Stolperstein pour Josef Wertheimer à Kehl

En 1993, lors d’une action artistique en souvenir de la déportation massive des Roms, Demnig a eu l’idée des « Stolpersteine ». La première exposition du projet a été réalisée en 1994 dans l'église des Antoines à Cologne. En 1995, sans autorisation et pour essayer, Gunter Demnig a placé les premières Stolpersteine dans les rues de Cologne et dans la rue Oranienstraße du quartier de Kreuzberg à Berlin. En 1996, il a encastré 55 pierres à l'issue du projet « artistes à la recherche d'Auschwitz » à Berlin. Incité par l'Initiative artistique KNIE et le Service autrichien en mémoire de l'holocauste, il plaça en 1997 les premières Stolpersteine pour les témoins de Jéhovah à St. Georgen près de Salzbourg. Friedrich Amerhauser est le premier maire, ayant autorisé Gunter Demnig, à placer les Stolpersteine[3]. Quatre ans plus tard, après avoir surmonté les obstacles administratifs et les doutes de la ville de Cologne, il fut autorisé à placer 600 pierres.

Plus de 17 000 Stolpersteine en Allemagne[modifier | modifier le code]

On trouve des milliers de pierres commémoratives dans de nombreuses villes allemandes comme Berlin, Hambourg ou Cologne et plusieurs centaines dans d'autres villes comme Stuttgart, Francfort-sur-le-Main, Bonn ou Fribourg-en-Brisgau.

Elles sont illégales à Munich[4] (Charlotte Knobloch, ancienne déportée et présidente de la communauté israélite de Bavière puis présidente du Conseil central des juifs en Allemagne, considérant qu'il est humiliant que ces marques de commémorations soient sur le sol et que des passants puissent marcher dessus. Cela ne fait pourtant pas consensus dans la communauté juive et des Stolpersteine ont été installées depuis mais sur des terrains privés[5]).

Par les articles et reportages dans les médias, les citoyens intéressés sont ainsi incités à aller voir ces pierres commémoratives sur les différents lieux de leur implantation. D'autres personnes les découvrent les pierres par hasard en flânant dans les rues et se demandent comment cela pouvait se passer. À Hambourg, on a demandé aux personnes habitant près d'une pierre de la faire briller avec un produit de nettoyage pour les métaux.

Depuis 1996, environ 17 000 pierres d'achoppement ont été installées (chiffre à fin 2008) dans 400 villes et villages d'Allemagne.

On a aussi posé des pierres en Autriche, en Belgique, en Hongrie, en Italie, et aux Pays-Bas.

Autriche[modifier | modifier le code]

Le 11 août 2006, Demnig a encastré onze Stolpersteine dans le sol des rues publiques de huit communes du district (bezirk) de Braunau am Inn, la ville natale d'Adolf Hitler.

C'est la première fois que de telles pierres sont réparties sur tout un district. Comme dans les autres villes, elles sont placées devant les maisons des déportés. Les onze Stolpersteine rendent hommage à la témoin de Jéhovah Anna Sax (Braunau am Inn), à quatre communistes et socialistes Franz Amberger, Adolf Wenger (tous les deux de Braunau am Inn), Johann Lenz et Josef Weber (Hackenbuch/Moosdorf), à l'objecteur de conscience Franz Jägerstätter (St. Radegund), au père Ludwig Seraphim Binder (Maria Schmolln), au Sinto Johann Kerndlbacher (Hochburg-Ach), aux victimes de la justice militaire des nazis Franz Braumann (Sankt Veit im Innkreis) et Engelbert Wenger (Altheim) comme à Michael Nimmerfahl (Braunau am Inn) assassiné en détention par la Gestapo. Les Stolpersteine ont été encastrées en présence d'hommes politiques locaux, des médias et de la population locale. Ce mouvement a réveillé l'intérêt pour les victimes du nazisme pratiquement oubliées et ainsi rappelées à la conscience publique.

L'initiative artistique KNIE a déjà invité Demnig en 1997 à Oberndorf près de Salzbourg.

Après la destruction involontaire des Stolpersteine à Sankt Georgen près de Salzbourg, placées en mémoire des témoins de Jéhovah Johann et Matthias Nobis, le politologue d'Innsbruck Andreas Maislinger a invité Gunter Demnig à les remplacer et à encastrer de nouvelles pierres dans le district voisin de Braunau am Inn.

Depuis 2005, on pose à Vienne des Stolpersteine qui ne sont pas de Gunter Demnig mais qui en reprennent l'idée. Le projet a pour nom « Les Pierres commémoratives » (en allemand Steine der Erinnerung) et qui forment le « Sentier commémoratif » (Weg der Erinnerung).

Belgique[modifier | modifier le code]

Les premiers « pavés de mémoire » ont été installés en 2009 à Bruxelles (quartiers d'Anderlecht et Schaerbeek notamment à hauteur du 99 avenue du Diamant). Le 13 mai 2009 les deux premières pierres d'achoppement ont été posées à Bruxelles, dans la commune d'Anderlecht, en présence des autorités de la ville, du public, des membres de la communauté juive, des enfants d'une école voisine et des membres de la famille des défunts.

Depuis août 2010, on trouve aussi des Stolpersteine à Liège, dont une à la rue Matrognard au numéro 7 et deux autres à la rue Edouard Remouchamps au numéro 27a. Le 20 juillet 2011 ont été placées dix-neuf Stolpersteine, certaines à Liège et d'autres dans les différentes agglomérations de Bruxelles.

Le 5 mars 2012, onze nouveaux « pavés de la mémoire » ont été inaugurés à Bruxelles, à l’initiative de l’Association pour la Mémoire de la Shoah (AMS). Chaque pierre commémorative est dédiée à une personne juive arrêtée à Bruxelles en 1942 par l’armée allemande et morte dans le camp de concentration et d’extermination d’Auschwitz. Chaque pavé est ainsi placé devant la dernière habitation occupée par la victime avant son arrestation. Des pierres commémoratives ont été inaugurées dans le centre historique de Bruxelles, dans les rues d’Accolay et des Tanneurs et rue Haute notamment. En Belgique on compte actuellement près de cinquante pavés de mémoire.

Le 3 août 2010 a été scellé à Uccle, chaussée d'Alsemberg 712, un « pavé de mémoire » devant le dernier domicile de Léon Fajnznaider, adolescent de 16 ans déporté et assassiné en 1942 à Auschwitz par les nazis : son seul crime fut d'être né juif.

En 2015, 13 nouveaux pavés sont placés en mémoire des 13 enfants juifs venus de Belgique étant passés par la Maison d'Izieu (France). Trois villes sont concernées, Bruxelles, Anvers et Liège. Le 4 novembre 2015 trois pavés sont placés à Liège, deux à la mémoire des frères Bulka (Albert et Marcel) qui furent déportés et un honorant Alec Bergman, enfant caché qui échappe à la barbarie nazie et qui est présent avec sa famille lors de la pose du pavé.

France[modifier | modifier le code]

En 2011, un petit groupe d'habitants de la ville de La Baule-Escoublac a proposé à la mairie de poser des Stolpersteine pour commémorer les 32 victimes (dont 8 enfants) qui ont été deportées de la Baule avec l'assistance de la police française pendant la Rafle de 1942. Après quelques mois le maire de La Baule a refusé de répondre favorablement en écrivant au groupe que : « Nous avons voulu, avant d’étudier une éventuelle réponse, consulter au niveau national le Conseil d'État (ou tout autre organisme officiel autorisé à nous répondre) afin d’obtenir un avis motivé pour vérifier que cette démarche ne porterait pas atteinte aux règles constitutionnelles sur la laïcité et la liberté d’opinion ». En fait, les Stolpersteines ne contiennent jamais une référence à la religion de la victime commémorée et la «liberté d'opinion / expression» n'a jamais été invoquée dans la jurisprudence française ou européenne pour justifier le refus de commémorer les victimes de crimes de guerre. Le maire de La Baule a systématiquement refusé d'élaborer son raisonnement et aucun élément n'atteste que le conseil municipal de La Baule ait demandé une déclaration du Conseil d'Etat à l'égard de ces objections. À la suite de cette lettre, le groupe n'a plus reçu aucune information sur le sujet et jusqu'à ce jour aucune Stolpersteine n'a été posée à La Baule. Selon la mairie, cette démarche ne faisait pas consensus. Néanmoins, plus d'un an plus tard en mai 2012 et après une longue campagne, une petite plaque commémorative a été posée à place de la Victoire, bien que le maire de La Baule ait refusé de préciser sur cette plaque le nombre de victimes ou leurs noms ou le rôle de la police française et du sous-prefet dans leur déportation[6].

Les premières Stolpersteine en France furent posées entre le 30 septembre et le 2 octobre 2013 en Vendée à L'Aiguillon-sur-Mer, Beaulieu-sous-la-Roche, Bourneau, Fontaines, Fontenay-le-Comte, Longèves, Mervent et Nieul-sur-l'Autise[7].

Ensuite, une Stolperstein est posée dans le village de Charente-Maritime de Coux le 24 août 2015, devant le monument aux morts, l'artiste Gunter Demnig rendant hommage à Fernad Rapiteau, mort à Bamberg, le 19 juillet 1941.

Bordeaux et Bègles sont les premières grandes villes françaises à s'engager dans le projet, avec la pose de dix Stolpersteine à la mémoire de victimes juives, de résistants autrichiens - comme Fritz Weiss - ou communistes, poses qui ont eu lieu les 6 et 7 avril 2017, à partir d'un projet lancé par l'Université Bordeaux-Montaigne[8].

Hongrie[modifier | modifier le code]

Depuis avril 2007, des pierres commémoratives sont posées en Hongrie où environ 600 000 Juifs ont été déportés et assassinés. Au centre de Budapest, les premières pierres d'achoppement ont été posées dans la rue Raday.

Italie[modifier | modifier le code]

En Italie, nombreuses Stolpersteine ont été placées dans différentes villes. Les pierres d'achoppement sont présentes à Turin, Rome, Viterbo, Sienne, Reggio Emilia, Meina, Padoue, Venise, Livourne, Prato, Ravenne, Brescia, Gênes, L’Aquila et Bolzano.

En janvier 2015, à Turin a été posée la 50 000e pierre d’achoppement en Europe, qui rappelle la mémoire de Eleonora Levi, déportée à Auschwitz, bien que gravement malade, en 1944 en tant que juive.

Luxembourg[modifier | modifier le code]

À Mondorf en mémoire de la résistante Marie Faber-Siebenaler, assassinée le 8 novembre 1944 à Ravensbrück.

À Luxembourg la première pierre fut posée le 25 janvier 2013 à Ettelbruck. Érigée en forme d'une Stolperschwelle elle est dédiée à la mémoire des 127 citoyens juifs de la ville, dont 105 furent assassinés.

Le 22 octobre 2013 suivirent 14 pierres à Esch-sur-Alzette, 38 le 28 octobre 2014 ainsi que le 5 novembre 2015 à Differdange, 1 le 6 novembre 2015 à Belvaux. Le même jour 11 Stolpersteine s'ajoutaient à Mondorf-les-Bains, dont deux pour des résistants antifascistes. Le 24 juin 2016 suivirent 17 Stolpersteine à Remich.

Pays-Bas[modifier | modifier le code]

On trouve des Stolpersteine dans plus de 120 villes[9].

Pologne[modifier | modifier le code]

On trouve des Stolpersteine à Słubice et à Wrocław.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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