Colonie de vacances

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Colonie de vacances en 1913 dans un bâtiment municipal de Moscou.

Une colonie de vacances (la colo en langage familier) est un hébergement et un programme de loisirs destiné à des groupes d'enfants mineurs, le plus souvent pendant les vacances séparant deux années scolaires. Le terme est à présent généralement remplacé par celui de "séjour de vacances".

Origine[modifier | modifier le code]

À la fin du XIXe siècle, Hermann Walter Bion, un pasteur suisse ému par la mauvaise santé des enfants défavorisés de Zurich, a organisé les premières colonies de vacances avec 68 enfants [1] à Appenzell, en 1876, pour qu'ils profitent de la nature et surtout du grand air[2],[3]. Ces séjours financés par des souscriptions connaissent un succès rapide en Suisse, et, dès 1899, ce sont 29 villes qui proposent ce type de vacances aux enfants afin de leur procurer de bonnes conditions de vie pendant quelques semaines[4].

Dans le monde[modifier | modifier le code]

Groupe de filles et leur moniteur de la colonie de vacances Wooden Acres de Montréal, au Québec, en 1942.

Les colonies de vacances se généralisent rapidement à toute l'Europe, puis l'idée traverse les océans pour s'implanter en Amérique sous le nom de Summer Camp et au Japon, s'ouvrant par la suite aux familles plus aisées.

En Grande-Bretagne, au début des années 1970, un groupe de jeunes britanniques, ayant travaillé dans des colonies de vacances en France, crée une organisation équivalente : Colony Holidays for School Children. Elle existe encore sous le nom de ATE Superweeks[5].

Les grandes entreprises (Renault, SNCF par exemple), par le biais des comités d'entreprise, créent des camps de vacances pour les enfants de leurs employés.

En France, après la Première Guerre mondiale, les colonies de vacances font partie du système éducatif français. Elles sont également le prolongement nécessaire des patronages laïcs et paroissiaux[6]. Elles connaissent leur âge d'or entre 1930 et 1960[7]à l’instar de l'Office départemental des centres de vacances et de loisirs (ODCVL) créé en 1939. En 1955, plus d'un million d'enfants français partent en colonie. L'administration les regroupe avec les centres aérés au sein des « centres de vacances et de loisirs » (CVL) qui, depuis 2007, font partie des « accueils collectifs de mineurs » (ACM). Ils relèvent du code de l'action sociale et des familles.

Couverture du rapport « #GenerationCampColo »[8]

En 2013-2014, 1,3 million d’enfants sont partis en colonies de vacances. Pour relancer la fréquentation des centres de vacances, le gouvernement lance en avril 2015 une campagne de communication avec notamment le hashtag « instantcolo »[9] et un dispositif nommé #GenerationCampColo[10] dont l'objectif est de développer la mixité et la qualité des séjours.Ce dispositif financé par le Comité Interministériel à l'égalité et à la citoyenneté a été évalué par le Social en Fabrique. Le rapport d'évaluation pointe l'échec de ce dispositif[11].

Malgré le constat d'échec pointé dans rapport d'évaluation, le dispositif « #GenerationCampColo » et les campagnes de communication sont renouvelés chaque année jusque 2017[12]. Deux logiques s'opposent : celle du ministère associé à quelques grands organisateurs qui cherchent à développer les colonies de vacances en utilisant le marché, et celle du Groupe Camp Colo[13] qui dans la suite de l'évaluation du dispositif #GCC cherchent à développer les colonies comme un outil de mixité[14]. L'action de ce groupe se traduit par un travail et une réflexion pédagogique qui se met en œuvre tous les ans depuis 2015 aux Rencontres de Courcelles[15].

En juin 2017, le ministère[Lequel ?] publie les chiffres de fréquentation pour l'année 2016[16]. Malgré les trois campagnes de communication co-construites avec l'UNAT et la JPA, la fréquentation des colonies de vacances continue à baisser (-43 724 départs en moins par rapport à 2015). La stratégie politique du ministre (Patrick Kanner) qui consiste à encourager et accompagner les grands organisateurs dans la logique de marché semble être un échec[17]. L'absence de secrétaire d'état ou de ministre en charge de la jeunesse, de l'éducation populaire et de la vie associative[18] renforce l'idée que les colonies de vacances relèveraient d'une délégation interministérielle[19], elles ne sont donc plus un outil de politique publique, mais une activités gérée et contrôlée administrativement.

La pédagogie dans les colos[modifier | modifier le code]

À partir des années 1930, les colonies de vacances vont se construire autour d'un seul et même modèle pédagogique. J. Houssaye l'appelle le modèle colonial[20]. Ce modèle s'appuie sur la théorie des besoins, l'éducation nouvelle et se construit autour d'une organisation centrée sur des points récurrent :

  • Centre de colonie de vacances Odcvl (manoir d'Argueil, en France).
    Des groupes par tranches d'âges homogènes (grand groupe pour les activités et petit groupe pour la vie quotidienne)
  • Des activités aux choix ou à la carte
  • Un adulte référent pour un groupe
  • Le réveil échelonné et la sieste facultative
  • L'autorité détenue exclusivement par l'adulte grâce à l'idée de cadre et d'éducation[21]

Ce modèle pédagogique va progressivement se renforcer et devenir complètement hégémonique grâce à la pédagogie par objectifs[22] qui apparait dans le monde des colos au cours des années 1970. Les colonies de vacances vont se structurer autour de projets éducatifs, pédagogiques, d'animation, d'activité voire de projets d'accueil ou d'intégration. Cette pédagogie par objectifs accompagné du modèle colonial permet de maintenir une centration sur l'adulte[23].

Ce modèle colonial associé à la méthodologie de projet est la base théorique présenté lors des stage de formation BAFA, notamment par le découpage en fonctions qui parle de projet pédagogique et éducatif, qui parle d'encadrement et de sécurité[24].

Au-delà de ce modèle pédagogique ultra dominant d'autres formes de colonies de vacances se sont toujours développées. Dès les années 1920, le modèle pédagogique des Républiques d'enfants se retrouvent dans les colonies de vacances : Korczak[25] et Faucons rouges notamment. La colonie de vacances du SKIF à Corvol se réclame encore d'une pédagogie Korczakienne[26].

Dans l'après-guerre, les pédagogies auto-gestionnaires ou libertaires connaitront des tentatives en colonies de vacances : Evolène, Lancieux ou Chaunière. L'expérience d'Evolène donne lieu à un ouvrage[27] et se terminera en fiasco puisque la colonie sera fermée par l'organisateur plusieurs jours avant la fin prévu[28].

Dessin représentant la Maison de Courcelles où se déroulent les Rencontres depuis 2015.

Depuis 1979, la Maison de Courcelles accueille des colonies de vacances en s'appuyant sur un modèle pédagogie singulier : la pédagogie de la liberté[29]. Cette pédagogie trouve ses origines dans le personnalisme communautaire de l'UFCV et dans la pédagogie Montessori[30]. Au-delà des colonies de vacances, la Maison de Courcelles a développé un savoir-faire singulier quant à la responsabilisation des enfants et des jeunes[31].

À partir des travaux de Jean Houssaye[32], les pédagogies de la décision vont naître et se développer dans les colonies de vacances. À l'image des Pédagogies de la Liberté de la Maison de Courcelles, les pédagogies de la décision donnent lieu à des travaux scientifiques et universitaires[33]. Parallèlement à ce travail de construction de pédagogies différentes pour renouveler les colonies de vacances, les praticiens-chercheurs de Courcelles ou des pédagogies de la décision déconstruisent les concepts et outils utilisés depuis de nombreuses années afin de mieux comprendre les enjeux et des solutions possibles à la perte de fréquentation des colonies de vacances :

  • Démarche qualité[34]
  • Méthodologie de projet[35]
  • Théorie des besoins[35]
  • Cadre et éducation[21]

Les « colos » dans la culture[modifier | modifier le code]

Chanson[modifier | modifier le code]

En 1966 ce type d'hébergement est traité de façon humoristique par le chanteur français Pierre Perret dans Les Jolies Colonies de vacances, chanson qui connait un grand succès populaire en France et lance la carrière de l'artiste[36].

Colonie de vacances Notre-Dame du Bon-Espoir au château de Franchevelle (Haute-Saône), en 1923.

Thème cinématographique[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Laura Lee Downs, Childhood in the Promised Land: Working-Class Movements and the Colonies de vacances in France de 1880 à 1960, Duke University Press, 2002, trad. française : Histoire des colonies de vacances, de 1880 à nos jours, Perrin.
  • Ph. Rey-Herme, Les colonies de vacances en France de 1909 à 1936, éd. Fleurus.
  • Vincent Feroldi, La force des enfants, Les éditions ouvrières, 1987.
  • Bataille, J.-M. et Levitre, A. Architecture et éducation : les colonies de vacances. Vigneux : Matrice 2010.
  • Houssaye Jean. C’est beau comme une colo : la socialisation en centre de vacances. Vigneux : Matrice, 2005.
  • Houssaye Jean. Le livre des colos. Vigneux : Matrices, 2009.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Biographie Hermann Walter Bion »
  2. http://www.connexionfrance.com/colonies-vacancies-holiday-camps-children-france-10954-news-article.html.
  3. Michel Heluwaert, Jeunesse & Sports: 1936-1986 : du militant au fonctionnaire, Editions L'Harmattan, (ISBN 978-2-296-26422-9, lire en ligne), p. 26–.
  4. « Historique des colonies de vacances », sur colonies-vacances.over-blog.com;
    « Autre historique, plus complet », sur colonie-de-vacances.com.
  5. http://www.superweeks.co.uk/history/
  6. V. Feroldi, op. cité p. 13.
  7. 1ères images de “Zone Interdite” dans les centres aérés et colonies de vacances ce soir sur M6, consulté le 15 juin 2014.
  8. #GenerationCampColo
  9. http://www.liberation.fr/vous/2015/04/23/la-colo-c-est-la-vie_1261212.
  10. Dossier de presse du Ministère de la Ville de la Jeunesse et des sports : www.jeunes.gouv.fr/IMG/pdf/LesColos_2015_DP3.pdf
  11. J-Marie Bataille et Alii, Des séparations aux rencontres en camps et colos, Bagneux, Le Social en Fabrique, (lire en ligne)
  12. « Campagne 100% colo », sur jeunes.gouv.fr, (consulté le 3 mai 2017)
  13. « Groupe Camps Colos », sur lesocialenfabrique.fr, (consulté le 3 mai 2017)
  14. Goupe Camps Colos, « Tribune », Le Social en Fabrique,‎ (lire en ligne)
  15. Rencontres de Courcelles
  16. Fréquentations 2016
  17. https://theconversation.com/colos-a-vendre-77585
  18. https://fr.wikipedia.org/wiki/Gouvernement_%C3%89douard_Philippe_(2)
  19. http://jeunes.gouv.fr/IMG/pdf/organigramme_djepva_2017.pdf
  20. Houssaye, Jean,, Le livre des colos, Éd. Matrice, (ISBN 2905642998, OCLC 495304456, lire en ligne)
  21. a et b Jean-Marie Bataille, « Éducation et colonies de vacances, un lien à questionner », Diversité n°156,‎ (lire en ligne)
  22. Jean-Marie Bataille, « Animation socioculturelle : à qui et à quoi sert la notion de projet ? », Spécificité n°5,‎
  23. Bocquet, J.-M. (2012). La thèse de la colo libre. Le processus d’individualisation dans une colonie de vacances en pédagogie de la décision. (Mémoire de Master). Université de Rouen, Rouen.
  24. Arrêté du 22 juin 2007 fixant les modalités d'organisation des brevets d'aptitude aux fonctions d'animateur et de directeur en accueils collectifs de mineurs
  25. Janusz Korczak est deux ouvrages directement sur les colonies de vacances en 1909 & 1910. Il parle aussi des colonies de vacances et de son modèle pédagogique dans "Comment aimer les enfants".
  26. Collectif, Tous la main... ...dans la main, Paris, Centre Medem, , p. 170
  27. Collectif, Enfants libres d'evolene, Lausanne, Edition Rougemont, , 298 p.
  28. Collectif, « ET VOLE, HAINE, CONTRE ÉVOLÈNE  ! », La pillule,‎ (lire en ligne)
  29. Bataille, Jean-Marie, 1966- ... et Impr. Delcambre), Enfants à la colo : Courcelles, une pédagogie de la liberté, Institut national de la jeunesse et de l'éducation populaire, (ISBN 9782110965486, OCLC 470567048, lire en ligne)
  30. Sous la direction de J-Marie Bataille, Enfants à la colo - Courcelles, une pédagogie de la liberté, Paris, INJEP, (lire en ligne)
  31. Impr. Corlet), La prise de responsabilité des jeunes et les associations : Courcelles, une pédagogie de l'engagement, le Social en fabrique, (ISBN 9782374430003, OCLC 930924021, lire en ligne)
  32. Houssaye, Jean,, Et pourquoi que les colos, elles sont pas comme ça ? histoires d'ailleurs et d'Asnelles, Éd. Matrice, (ISBN 9782905642370, OCLC 492780923, lire en ligne)
  33. Regroupés dans les ouvrages dirigés par Jean Houssaye et publié chez Champ Social dans la collection "Colos et Centres de Loisirs".
  34. J. Houssaye, « Label qualité :en toute innocence? », Cahier de l'action n°30,‎ , p. 101-105 (lire en ligne)
  35. a et b Baptiste Besse-Patin et Ronan David, « Pour une critique radicale de l'animation », Vers l'éducation Nouvelle n°551,‎ (lire en ligne)
  36. « Biographie - Pierre Perret », RFI musique, (consulté le 5 octobre 2009).