Jacques Duclos

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Duclos.

Jacques Duclos
Illustration.
Jacques Duclos en 1959.
Fonctions
Député français

(6 ans)
Groupe politique communiste

(4 ans)
Groupe politique communiste

(13 ans)
Groupe politique communiste
Sénateur français

(16 ans)
Groupe politique communiste
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Louey, Hautes-Pyrénées
Date de décès (à 78 ans)
Lieu de décès Montreuil, Seine-Saint-Denis
Sépulture Cimetière du Père-Lachaise
Nationalité Drapeau de la France France
Parti politique PCF
Fratrie Jean Duclos
Profession Ouvrier patissier

Jacques Duclos, né le à Louey (Hautes-Pyrénées) et mort le à Montreuil, est un pâtissier et homme politique français. Il était l'un des principaux dirigeants du Parti communiste français (PCF) et responsable du PCF clandestin pendant la période de l'occupation de la France par l'Allemagne (1940-1944) durant la Seconde Guerre mondiale.

Resté plus de trente-cinq ans dans l'équipe dirigeante du parti aux côtés de Maurice Thorez et Benoît Frachon, Duclos est très impliqué dans la vie du mouvement communiste international. En 1926, il entre à l'Assemblée nationale en battant Paul Reynaud. De 1950 à 1953, il est le secrétaire général par intérim du PCF en raison de la maladie de Maurice Thorez ; il demeure par la suite dans les faits l'un des principaux dirigeants du parti. En 1969, à l'élection présidentielle, il obtient 21,27 % des suffrages exprimés avec 4 808 285 voix.

Biographie[modifier | modifier le code]

1896 - 1920 : enfance et jeunesse[modifier | modifier le code]

Jacques Duclos est le second fils d'Antoine Duclos, artisan-charpentier qui tenait aussi une auberge[1] et d'une mère couturière. Avant d'aller à l'école il ne parlait pas français, mais le dialecte occitan qu'utilisent entre eux ses parents bien qu'ils connaissent parfaitement la langue nationale. Il entre à l'école à l'âge de cinq ans, où l'instituteur interdit à ses élèves de parler le dialecte pendant les récréations. L'enfant apprend rapidement à lire et à aimer l'histoire telle qu'elle était enseignée par ceux qu'on appelle les « hussards de la République ». Il va aussi au catéchisme où le curé « parvenait avec assez de succès à communiquer sa foi ». Il passe le certificat d'études primaires, mais la situation de sa famille le contraint à devenir apprenti-pâtissier à Tarbes dès l'âge de douze ans. Il reste avide de lecture pendant toute son adolescence. En octobre 1912 il quitte les Pyrénées et « monte » à Paris pour exercer son métier d'ouvrier-pâtissier. Il arrondit ses fins de mois en faisant la « claque » au théâtre. Dès l'année suivante il s'intéresse à la politique et en 1914 il suit la campagne électorale de Marcel Cachin aux élections législatives, dans le XVIIIe arrondissement. Sans travail après la déclaration de guerre, il regagne Tarbes, où il travaille six mois à l'Arsenal.

En avril 1915, à dix-huit ans et demi, il est mobilisé par l'Armée. Il sert dans l'infanterie et participe à la bataille de Verdun. Blessé, vite soigné, il est redirigé vers le Chemin des Dames où il est fait prisonnier (avril 1917). Il part pour un camp en Allemagne, puis travaille dans des fermes, d'où il est libéré avec l'Armistice. Rentré en France, il n'est démobilisé qu'en septembre 1919. Son frère aîné Jean revient défiguré à vie des champs de bataille.

La fratrie compte un frère cadet, Louis.

1920 - 1939 : de l'adhésion au Parti communiste à la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

À son retour à la vie civile, Jacques Duclos participe à campagne électorale du Parti socialiste (SFIO) (novembre 1919), sans adhérer à ce parti. Il s'engage à l'Association républicaine des anciens combattants (ARAC), où milite aussi son frère. Il se syndique à la CGT. Il adhère au Parti communiste dès sa fondation en décembre 1920. Un an plus tard, il devient le secrétaire de la section du 10e arrondissement de Paris tout en prenant des responsabilités à l'ARAC. Il exerce son métier de chef-pâtissier jusqu'en 1924 où il suit la première école des cadres du Parti, à Bobigny. Aux élections législatives de 1924, il est pour la première fois candidat, dans le département de la Seine, sans être élu.

Il est élu membre du comité central en 1926. C'est cette année également qu'il fait son entrée au Parlement. En effet, au terme d'une campagne électorale médiatisée en raison de la notoriété de leurs adversaires[2], lui et son colistier Albert Fournier triomphent de Paul Reynaud et d'Henri de Kérillis lors d'une élection partielle le 28 mars à Paris. Aux élections de 1928, vainqueur du leader socialiste Léon Blum dans le 20e arrondissement de Paris, il fait partie des 14 rescapés sur 28 députés communistes sortants.

Duclos et cinq autres candidats communistes aux élections de 1928. Dans le sens horaire : Cachin, Barbé, Thorez, Alloyer et Doriot.

En fait, Jacques Duclos ne siège pas au Parlement ; à l'avant-garde de la lutte antimilitariste, il n'arrête pas d'être condamné pour divers délits liés à son action. En 1928, le total de toutes les condamnations qui l'ont frappé se montent à quarante sept ans d'emprisonnement. Il vit donc dans la clandestinité, mais séjourne souvent à Moscou, assume des responsabilités pour le compte de l'Internationale ou du Profintern, l'Internationale syndicale Rouge. Au gré des circonstances politiques, la République sait aussi se montrer bonne fille. En 1932, le radical Édouard Herriot étant Président du Conseil, Duclos bénéficie d'un non-lieu et peut reprendre des responsabilités officielles dans le Parti. Il en devient, de façon officieuse, le « numéro deux », aux côtés de Maurice Thorez, Eugen Fried et André Marty.

Lors des élections législatives de 1932, bien qu'arrivé en tête au 1er tour dans sa circonscription du XXe arrondissement, il est battu au second tour[3] par Marcel Déat, alors socialiste. Quatre ans plus tard, par « erreur de calcul de la direction du parti » , selon le candidat communiste Adrien Langumier[4] qui triomphera, craignant une nouvelle défaite devant Déat devenu ministre, il se serait présenté dans une circonscription jugée plus sûre.

Il signe souvent des articles dans L'Humanité et il y défend la ligne « classe contre classe » avant 1934, mais à partir de juin 1934, il suit les recommandations de l'Internationale communiste (IC) et appelle au rapprochement avec les socialistes et les Radicaux. Il représente le PCF au Stade Buffalo le , aux Assises de la Paix où il fait chanter la Marseillaise par des militants communistes.

Il est souvent chargé de missions par l'IC : Remise en ordre du parti espagnol (1930-1931)[5] supervision du parti Belge (1934-35), nouvelle intervention auprès du parti espagnol (1935). En cette année 1935 il est élu membre titulaire du Comité exécutif de l'Internationale communiste. Il est un des quatre français, avec Marcel Cachin, Maurice Thorez et André Marty, de cette instance mondiale de la révolution, où siègent entre-autre Staline, Dimitrov, Mao Tse Tung, Togliatti[6].

Jacques Duclos (photographie parue dans le compte rendu sténographique du VIIIe Congrès national du PCF, Lyon-Villeurbanne, janvier 1936).

En janvier 1936, au VIIIe congrès du Parti, confirmé secrétaire du Parti, il devient officiellement responsable de la propagande. Élu député de la circonscription de Montreuil-sous-Bois (Seine), au 2e tour avec 5 000 voix d'avance sur son adversaire, en mai 1936, il devient secrétaire général du groupe communiste à l'assemblée et vice-président de l'Assemblée nationale. Pendant l'été 1936, il participe, avec Maurice Thorez, à des rencontres en tête-à-tête avec Léon Blum.

Dès que la rébellion franquiste éclate en Espagne, il est chargé de superviser l'action du PC espagnol. Il conseilla au PCE de participer au gouvernement.

Le , Jacques Duclos épouse une infirmière Gilberte Roux, née le 18 décembre 1911 et décédée le 8 août 1990, d'un père mort au front en décembre 1914 et élevée par un beau-père militant communiste et syndicaliste. Le couple emménagea au 258 bis rue de Paris à Montreuil, puis début 1939 dans un pavillon de Montreuil mis à sa disposition par le Parti et qu'il habite jusqu'à sa mort. Passionné d'histoire, qu'il apprend à connaître en autodidacte, il initie, dans sa ville d'adoption, la création du Musée de l'Histoire vivante, dont il confie l'organisation à l'historien Jean Bruhat[7]. Il en inaugure l'ouverture en mars 1939 au moment de la célébration du 150e Anniversaire de la Révolution française[8].

Le , il est réélu vice-président de la Chambre. Il se rend encore souvent en Espagne pour rencontrer les dirigeants du PCE.

1939 - 1944 : la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Lorsqu'après le pacte germano-soviétique et la déclaration de guerre, le Parti est dissous par Édouard Daladier le , Jacques Duclos qui n'est pas mobilisé en raison de son âge, quitte la France, et fait partie du groupe de l'équipe dirigeante qui se rassemble à Bruxelles autour d'Eugen Fried, le délégué de l'IC. Selon les termes du « Maitron », dictionnaire biographique du mouvement ouvrier, « Une nouvelle fois, il se montra totalement fidèle à l'URSS, à Staline, à l'IC et soutint fermement Maurice Thorez ». Jacques Duclos reste à Bruxelles d'octobre 1939 à juin 1940, alors que Maurice Thorez a été aiguillé sur Moscou après sa désertion de l'armée en octobre 39, sur ordre de l'IC et que Benoît Frachon est resté dans la région parisienne, dans la clandestinité.

Député membre du groupe ouvrier et paysan français, il est déchu de son mandat, le , et condamné le par le 3e tribunal militaire de Paris à 5 ans de prison, 5 000 francs d'amende et 5 ans de privation de ses droits civiques, civils et de famille[9] pour être resté fidèle à la ligne du Parti communiste et ne pas avoir dénoncé le pacte germano-soviétique.

En juin 1940, alors que l'équipe de direction constituée autour de Benoît Frachon et d'Arthur Dallidet a quitté la région parisienne et s'est repliée dans le sud de la France, Jacques Duclos et Maurice Tréand sont convoyés depuis Bruxelles par un diplomate chilien et arrivent à Paris aux alentours du 15 juin.

En contact régulier avec l'Internationale Communiste de Moscou, les deux hommes assument ensemble la prise de contact avec les autorités allemandes[10] en vue de faire reparaître légalement l'Humanité. Ces pourparlers avec les autorités allemandes furent un fiasco complet et jusque dans les années 1970 (publication des Mémoires de Duclos), on en fit porter le chapeau au seul Tréand[11]. Ce n'est que le qu'une directive de l'IC à Moscou clarifia la situation : ordre était donné de suspendre tout contact et Duclos était nommé responsable du PCF clandestin. Il assume ce rôle jusqu'au retour de Maurice Thorez en novembre 1944, toujours en contact étroit avec Benoît Frachon, remonté sur Paris en août 1940.

Pendant toute la période de juin 1940 à août 1944 où il fut responsable du PCF clandestin, Jacques Duclos, toujours très prolixe, aussi bien en paroles qu'en écrits, fut le principal rédacteur de la presse communiste clandestine. Il peut être par conséquent identifié aux différentes lignes suivies par le Parti durant cette période :

  • Tentative de sortie partielle de la clandestinité et de semi-légalisation, de juin 1940 à septembre 1940, ligne qui se traduisit par une hécatombe de cadres arrêtés par la police française et internés dans des camps.
  • Entre juin 1940 et juin 1941, discours anti-impérialiste, anti-anglais, anti-Pétain, anti-De Gaulle[12], anti-Blum, et très accessoirement anti-allemand, qui s'exprime dès l'été 40, dans l'« Appel du 10 Juillet », tract largement diffusé, signé Thorez et Duclos, mais dont il semble que Jacques Duclos fut le seul rédacteur[13].
  • Ligne de résistance anti-allemande à partir de juin 1941 date de l'invasion de l'URSS par la Wehrmacht.
Une réunion du comité central du PCF clandestin à Longjumeau en 1943 réunissant, de gauche à droite, Benoit Frachon, Auguste Lecoeur, Jacques Duclos et Charles Tillon

D'abord installé dans les HBM proches des boulevards extérieurs à Paris, Jacques Duclos déménagea pour des raisons de sécurité à Bourg-la-Reine, puis à Villebon-sur-Yvette, en décembre 1941, à la villa de l'Oasis d'où il ne sortait à vélo qu'une fois par mois pour se rendre aux réunions du secrétariat où il retrouvait Benoît Frachon, Charles Tillon, puis Auguste Lecœur, à partir de la mi 1942. Seul Benoît Frachon lui rendait parfois visite à l'Oasis.

Grâce à un système d'agents de liaison circulant à vélo ou à pied, Jacques Duclos put maintenir des contacts réguliers aussi bien avec l'URSS, grâce à un réseau de radios installées en région parisienne, qu'avec tous les responsables de régions ou avec les multiples organisations qui gravitaient dans l'orbite du PCF, comme le Front national, mouvement de résistance ouvert aux différentes catégories socio-professionnelles, dont la responsabilité avait été confiée à Pierre Villon, les Francs-tireurs et partisans (FTP) mouvement de résistance armée dont le responsable était Charles Tillon. Il dirige les membres du Détachement Valmy, qui sont chargés d’exécuter les opposants[14]. Il était également en contact avec tous les communistes présents à divers titres dans les organes de la Résistance que Jean Moulin avait commencé à mettre en place à partir de 1943 : Conseil national de la Résistance (CNR), CFLN (Gouvernement provisoire d'Alger), COMAC (Comité Militaire).

Le , Jacques Duclos fait son entrée dans Paris avec Benoît Frachon. Il réintègre le siège du Comité central et négocie avec Charles de Gaulle dès le début du mois de septembre la participation de ministres communistes au gouvernement français.

Au retour à Paris de Thorez, le , Duclos redevient le numéro deux du PCF, sans que l'on ait connaissance de rivalités qui auraient pu naître entre les deux hommes.

1945 - 1975 : de la Libération à la mort[modifier | modifier le code]

Jacques Duclos, deuxième à partir de la gauche, en 1955, en compagnie d'autres responsables communistes : de gauche à droite, Hô Chi Minh, Gheorghe Gheorghiu-Dej et Władysław Gomułka. Au fond, Dolores Ibárruri.

De 1945 à 1947, Jacques Duclos joua un rôle politique et parlementaire de première importance. Il proposa à l'assemblée la nationalisation d'une grande partie de l'économie française : banques, assurances, électricité, sidérurgie, chimie et marine marchande (). Le , il est élu vice-président de l'Assemblée constituante. Pour reprendre les termes du « Maitron », « Comme au temps du Front populaire, précédente période « d'ouverture politique », Duclos a donné dans les trois années qui ont suivi la Libération toute la mesure de ses talents de politique, de tacticien, de négociateur et de propagandiste. »

Jacques Duclos conserve également à cette époque d'importantes fonctions dans le mouvement communiste international, car malgré la dissolution officielle de l'IC en 1943, les partis communistes du monde entier sont toujours regroupés sous la tutelle des Soviétiques. Jacques Duclos représente souvent le Parti français dans les diverses rencontres, notamment en septembre 1947 en Pologne, à Szklarska-Poreba où le PCF fut mis en cause par Jdanov pour n'avoir pas su prendre assez tôt le tournant de la guerre froide et cesser toute participation au gouvernement. Là encore, Duclos appliqua strictement la nouvelle ligne et écrivit dans la revue du Kominform de nombreux articles contre Tito après la rupture entre celui-ci et Staline. De 1947 à 1968, Jacques Duclos est aussi directeur de Démocratie nouvelle, « revue mensuelle de politique mondiale »[15]. Il y publie régulièrement des éditoriaux de strictes illustrations de la politique extérieure de l'Union soviétique et des "réalisations" des pays du bloc communiste[16].

En 1947, lors d'un entretien à Moscou entre Thorez et Staline, ce dernier demanda au chef du Parti français si Duclos était un bon second. Thorez répondit que « Duclos est un bon travailleur et qu'il travaille beaucoup mais il s'autorise parfois à prendre la parole au Parlement sans avoir, au préalable, préparé suffisamment son intervention... Néanmoins, Duclos est un très bon communiste, intelligent. »

Jacques Duclos reste parlementaire presque sans interruption jusqu'à sa mort en 1975 : député de 1945 (élu à l'Assemblée constituante) à 1958, sénateur et président du Groupe Communiste de 1959 à 1975. Mais c'est surtout à l'intérieur du PCF que son rôle demeure primordial. Le , Maurice Thorez fut victime d'une hémiplégie et jusqu'à sa mort en 1964, il effectua de fréquents séjours en URSS pour y être soigné. Jacques Duclos fait alors fonction de secrétaire général par intérim. Il doit alors gérer l'exclusion d'autres dirigeants éminents : André Marty, Charles Tillon[17] et Georges Guingouin en 1952, Auguste Lecœur en 1954.

C'est également sous son autorité et avec l'appui de l'Union soviétique que furent lancés des appels contre la guerre d'Indochine menée par son pays, pour la fraternisation avec le Viet-Minh qui luttait avec certains succès contre l'armée française, et contre ce qu'il appelait déjà l'impérialisme américain. Il s'illustre dans l'organisation d'une manifestation interdite contre la venue à Paris du général américain Ridgway que la propagande communiste accusait de mener une guerre bactériologique en Corée (« Ridgway la peste »). À cette occasion[18], il est à nouveau incarcéré quelques jours à la prison de la Santé : des policiers avaient découvert dans sa voiture des pigeons tués au cours d'une partie de chasse, qui furent qualifiés de « pigeons voyageurs » pour porter des messages secrets à Moscou ! C'est le « complot des pigeons ».

De 1953 à 1958, en accord avec Thorez, Jacques Duclos ne s'aligna pas sur les mises en cause de la personne de Staline exprimées par les nouveaux dirigeants soviétiques, ne divulgua pas auprès des communistes français le contenu du « rapport secret » de Khrouchtchev au XXe congrès du PC de l'Union soviétique en 1956[19]. Mais cette même année 1956, les deux hommes restèrent fidèles à l'URSS lors de la répression de l'insurrection hongroise.

En novembre 1958, Duclos perd son siège de député dans son fief de Montreuil[20], face à un adversaire gaulliste. Il connut par ailleurs quelques problèmes de santé et son influence au sein du PCF commence à décliner. Cependant, dans les années qui suivent la mort de Thorez en 1964, aucun successeur ne s'impose réellement au sein du Parti et la place de Duclos reste importante.

En 1959, il est élu sénateur de la Seine et devient le président du Groupe communiste au Sénat. Il le reste jusqu'à sa mort.

Jacques Duclos déposant le une gerbe devant la statue de Jean Jaurès à Toulouse, durant l'élection présidentielle de 1969.

En 1968, année du Printemps de Prague, il désapprouve l'invasion de la Tchécoslovaquie par les armées du Pacte de Varsovie, comme l'ensemble de la direction du parti (à l'exception de Jeannette Thorez-Vermeersch), mais demeure fidèle, par la suite, à la ligne conservatrice du parti communiste d'Union soviétique.

Soutenu par son ami Louis Talamoni (sénateur-maire de Champigny), ce fut lui qui fut choisi en 1969 comme candidat du Parti communiste français à l'élection présidentielle au cours de laquelle, grâce à son allant et ses talents d'orateur[21], il recueille 4 808 285 voix (21,27 % des suffrages exprimés). Beaucoup de Français qui ne l'avaient pas connu auparavant se souviennent du jugement qu'il avait prononcé à propos des deux candidats (Georges Pompidou et Alain Poher) restés en lice au second tour : « c'est blanc bonnet et bonnet blanc », évitant ainsi que des voix communistes ne se reportent sur Alain Poher.

Cimetière du Père-Lachaise - Division 97 - tombe de Gilberte et Jacques Duclos

De 1962 à 1975, Jacques Duclos est président de l'Association des amis de la Commune de Paris (1871), c'est grâce à lui que cette association créée en 1882 reprend vie et se développe considérablement. Il présente, en 1973, le cinquième tome de ses Mémoires pour parler de la guerre d'Indochine et de Lautréamont[22].

Au mois d'avril 1975, après une hospitalisation en janvier, Jacques Duclos se rend à Louey où la télévision doit commencer le tournage d'un film sur sa vie. Mais se sentant mal, il est hospitalisé à nouveau à Paris pour une congestion pulmonaire et meurt à son domicile le .

Il devait participer à la 16e émission d'Apostrophes intitulilée Trotsky hier et aujourd'hui mais il n'a pas pu. Sa mort survient durant le tournage de l'émission et Jean Elleinstein alors présent le présentera brièvement ainsi que son dernier livre.

Ses obsèques à Paris, le rassemblent près de deux cent mille personnes[23], entre la place du Colonel-Fabien et le cimetière du Père-Lachaise, où il est inhumé. Elles sont l'occasion d'un dernier hommage du mouvement communiste international. Avant le discours final prononcé par Georges Marchais, deux personnalités prennent en effet la parole : Dolores Ibárruri, figure iconique de l'antifascisme, et Boris Ponomarev, représentant le Parti communiste de l'Union soviétique[24].

Personnalité[modifier | modifier le code]

Jacques Duclos était de très petite taille puisqu'il mesurait 1,49 mètre. Les caricaturistes surtout Sennep en profitaient pour le représenter comme un enfant, par exemple dans La vie exemplaire du petit Jacques Duclos

Jacques Duclos a notamment laissé le souvenir d'un excellent orateur, doté de beaucoup de faconde et d'un grand sens de la repartie, ce qui a probablement joué en sa faveur quand la génération du baby-boom l'a découvert à la télévision à l'occasion de l'élection présidentielle de 1969.

« Entendre Duclos pour la première fois, quelle fête pour l'oreille amie de l'éloquence! Période balancée, formule répétée en refrain, symbiose de la tradition oratoire du Midi et des rites du langage communiste qui gagne de la saveur à rouler sur le gravier d'un accent. Rond le petit corps, ronde la grosse tête, rondes les lunettes ; tout rassure, tout fait penser au matou ronronnant quand soudain cette voix vous emporte et quand soudain le regard, perçant et froid, vous atteint. » (Dominique Desanti, Les Staliniens)

Ouvertement homophobe, il s'adressa en 1971 aux membres du FHAR (Front homosexuel d'action révolutionnaire) venus l’interpeller (ils lui demandaient si son parti avait « révisé sa position sur les prétendues perversions sexuelles ») à la maison de la Mutualité de la manière suivante : « Comment vous, pédérastes, avez-vous le culot de venir nous poser des questions ? Allez-vous faire soigner. Les femmes françaises sont saines ; le PCF est sain ; les hommes sont faits pour aimer les femmes »[25],[26].

La personnalité de Jacques Duclos, son action et sa place dans l'histoire du communisme en France, sont difficiles à cerner par les historiens. Ainsi, fait rare, le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français (Le Maitron) lui consacre deux notices biographiques, représentant chacune un aspect de l'historiographie du communisme : l'une est rédigée par Jean Maitron lui-même, en collaboration avec Stéphane Courtois[27]  ; l'autre est rédigée par Serge Wolikow.

« Duclos avait la passion de l'histoire (...). Quel extraordinaire personnage ! Je ne peux pas, faute de documents, évoquer le rôle qu'on tend à lui prêter dans les relations entre le Parti communiste français et l'URSS. Ce rôle semble cependant établi (...). Il faut bien reconnaître qu'en dehors des premières pages (le jeune Duclos), ses Mémoires ne nous apprennent pas grand chose qui ne soit très largement connu. Je me suis permis de lui en faire l'observation. (...) Je lui ai demandé en faisant référence au procédé de comptabilité en partie double, s'il n'avait pas prévu une rédaction « en double » de ses Mémoires. Il s'est contenté de sourire. Mais que d'arrière-pensées et de tristesse dans ce sourire. Peut-être regrettait-il de se croire tenu au secret, alors que ce secret fait obstacle à l'histoire ? « L'esprit de Parti » l'emportait sur les impératifs de la connaissance historique. » (Jean Bruhat, Il n'est jamais trop tard)

Détail des mandats et fonctions[modifier | modifier le code]

IIIe République[modifier | modifier le code]

Gouvernement provisoire[modifier | modifier le code]

IVe République[modifier | modifier le code]

Ve République[modifier | modifier le code]

Hommages et mémoire[modifier | modifier le code]

De nombreuses villes ont donné le nom « Jacques-Duclos » à des avenues, boulevards, parcs, places ou rues.

En Allemagne de l'Est (RDA), plusieures rues et places portaient son nom, par exemple la Jacques-Duclos-Straße dans le quartier de Marzahn à Berlin. Dans la plupart des cas, les noms originels ont été rétablis depuis la chute du mur de Berlin en 1989, mais il subsiste à Cottbus, en Brandebourg, une Jacques-Duclos-Platz[réf. nécessaire].

L'épouse de Jacques Duclos a légué la bibliothèque personnelle de son mari à Louey, sa commune natale : le fonds Jacques Duclos

L'année de sa mort l'administration postale de l'Union soviétique émet un timbre-poste à son effigie. De même, une rue de Saint-Petersbourg porte son nom (Улица Жака Дюкло (ru))[28].

Œuvres de Jacques Duclos[modifier | modifier le code]

La plupart des écrits de Jacques Duclos ont été publiés aux Éditions sociales :

  • Batailles pour la République, 1947
  • La Lutte pour l'unité, 1949
  • Écrits de prison, 1952
  • « À l'assaut du ciel ». La Commune de Paris annonciatrice d'un monde nouveau, 1961 - réédité et augmenté, 1974
  • L'avenir de la démocratie, 1962
  • Gaullisme, technographie, corporatisme, 1963
  • De Napoléon III à de Gaulle, 1964
  • La Première internationale, 1964
  • Octobre 1917 vu de France, 1967
  • Anarchistes d'hier et d'aujourd'hui, 1968
  • Qui sont donc les communistes ?, Éditions Epi, 1971
  • Mémoires, 6 tomes (7 volumes), éditions Fayard, 1968-1973 :
    • vol. 1 (1968), 1896-1934 Le chemin que j'ai suivi. De Verdun au Parti communiste
    • vol. 2 (1969), 1935-1939 Aux jours ensoleillés du front populaire
    • vol. 3 (1970), t. 1 Dans la bataille clandestine 1940-1942. De la drôle de guerre à la ruée vers Stalingrad
    • vol. 3 (1970), t. 2 Dans la bataille clandestine 1943-1945. De la victoire de Stalingrad à la capitulation de Berlin
    • vol. 4 (1971), 1945-1952 Sur la brèche. Des débuts de la IVe République au « complot » des pigeons
    • vol. 5 (1972), 1952-1958 Dans la mêlée. De la relance d'un complot anticommuniste à l'effondrement de la IVe République
    • vol. 6 (1973), 1959-1969 Et la lutte continue. Du début de la Ve République à la campagne présidentielle de 1969
  • Bakounine et Marx. Ombre et lumière, Plon, 1974
  • Ce que je crois, éditions Grasset, 1974

Références[modifier | modifier le code]

  1. Jacques Duclos, Mémoire, vol. 1, « Entrée dans la vie », chapitre utilisé pour les détails suivants
  2. Jacques Duclos, Mémoires, vol 1, pp. 243-251
  3. Duclos obtient 7 346 voix au 1er tour, Déat 6 771. Au 2e tour, englué dans une tactique dite « classe contre classe », il recueille 7 561 voix, alors que Déat monte à 7 909 voix.
  4. Selon le témoignage d'Adrien Langumier, recueilli par Bernard Pudal. Cf Bernard Pudal, Prendre parti. Pour une sociologie historique du PCF, Paris, Presses de la fondation nationale des sciences politiques, 1989, pp. 85-86.
  5. Jules Humbert-Droz, De Lénine à Staline, dix ans au service de l'Internationale communiste, La Baconnière, Neufchâtel, 1971, p. 406. Humbert-Droz, qui prend la suite de Duclos, note : « Duclos fut très chic type. Il forma une délégation collective où chacun (ils sont cinq délégués de l'IC) avait des droits égaux (...) »
  6. Jacques Duclos publie la liste des 46 titulaires et 34 suppléants, en annexe du volume 2 de ses Mémoires, signe de l'importance qu'il y attache.
  7. Jean Bruhat, Il n'est jamais trop tard. Souvenirs, Albin Michel, Paris, 1983, p. 99-100. Voir aussi Jacques Duclos, Mémoires, vol 2 (1935-1939), p. 392 et suiv.
  8. Selon Jean Bruhat, la présentation des salles de l'exposition consacrée à la Révolution est assumée par son collègue Albert Soboul
  9. Procès des 44 députés communistes de mars-avril 1940
  10. Roger Bourderon, La négociation, été 1940 : crise au PCF, éditions Syllepse, Paris, 2001 (ISBN 978-2-907993-22-7)
  11. Sylvain Boulouque, L'affaire de L'Humanité, Larousse, 2010 (ISBN 978-2-03-584197-1)
  12. Le Parti communiste condamne l'appel du 18 Juin 1940
  13. Histoire du Parti communiste français, vol. 2 « de 1940 à la Libération », Éditions Unir, Paris, 1962, p. 31-33
  14. Quand le PCF faisait la police dans ses rangs
  15. Démocratie nouvelle, catalogue de la BNF.
  16. Démocratie nouvelle, a pour rédacteurs en chefs nominaux les députés Joanny Berlioz, puis Pierre Villon. À partir des années 1960 cependant, elle s'ouvre aux problèmes des pays du « Tiers monde » et en 1968, sous l'impulsion de son rédacteur en chef adjoint, Paul Noirot, elle suit favorablement le « Printemps de Prague » et publie un numéro spécial sur le Les communistes et le mouvement (N° de mai-juin 1968) avec un éditorial de Jacques Duclos lui-même. L'arrêt de la publication de la revue, en octobre 1968, est considéré comme une condamnation de son ouverture politique.
  17. Charles Tillon dans son livre de mémoires On chantait rouge (Robert Laffont, Paris, 1977), n'est évidemment pas tendre quand il livre son appréciation sur Duclos, p. 324 : « Je crois que Duclos ne rivalisa toute sa vie avec Thorez que pour mériter le titre de meilleur stalinien français. »
  18. Michel Pigenet, Au cœur de l'activisme communiste des années de guerre froide. « La manifestation Ridgway », L'Harmattan, « chemins de la mémoire », Paris, 1992
  19. Roger Martelli, 1956 communiste. Le glas d'une espérance, éditions La Dispute, Paris, 2006. (ISBN 978-2-84303-140-3). Jacques Duclos assiste à ce congrès avec Maurice Thorez, Georges Cogniot et Pierre Doize.
  20. Les électeurs de la 45e circonscription de la Seine (Montreuil-Rosny-sous-Bois) le place en tête au 1er tour avec 21 000 voix, score qu'il maintient au second tour (21 200 voix), alors que le candidat gaulliste Jean-Pierre Profichet passe de 18 200 voix à 29 600 voix, bénéficiant du report de la plupart des 10 400 voix socialistes. Cf résultat in Le Monde, déc 1958. Louis Odru (PCF) reprend le siège en 1962
  21. Robert Lechêne, Tambour battant. La campagne présidentielle de Jacques Duclos, éditions Fayard, Paris, 1969
  22. Italiques, deuxième chaîne de l'ORTF, 1er janvier 1973
  23. La Une de L'Humanité, le 30 avril 1975, titre la photographie pleine page du cortège : « Hier, de la place Fabien au Mur des Fédérés, tout un peuple avec Jacques Duclos ».
  24. Boris Ponomarev (1905-1995) est chef du Département international du PCUS de 1955 à 1986
  25. Benoît Bréville, « Homosexuels et subversifs », Manière de voir n°118, août-septembre 2011, pages 14-17.
  26. Pierre Albertini, « Communisme », Dictionnaire de l'homophobie, PUF, 2003.
  27. Voir aussi dans Stéphane Courtois, Le bolchévisme à la française, Fayard, 2010 : « La vie secrète de Jacques Duclos », pp. 306-318, et l'autobiographie de Jacques Duclos dans le archives du Komintern, pp.326-332.
  28. http://www.citywalls.ru/search-street1908.html

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]