Thierry Wolton

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Thierry Wolton
Image illustrative de l'article Thierry Wolton
Thierry Wolton en 2008.

Naissance 1951
Nationalité Drapeau de la France Française
Profession Journaliste
Essayiste

Thierry Wolton, est un journaliste et essayiste français né en 1951. Il est l'auteur d'une vingtaine d'ouvrages consacrés aux relations internationales, à l'histoire des pays communistes et à la politique française.

Biographie[modifier | modifier le code]

Journaliste de formation (Libération, Radio France internationale, Le Point), Thierry Wolton a la possibilité encore jeune de voyager derrière le rideau de fer et de rencontrer des dissidents comme Václav Havel, Adam Michnik ou Andreï Sakharov[1]. Il rédige par la suite de nombreux livres consacrés aux relations internationales, à l'histoire des pays communistes et à la politique française.

Il a enseigné de 2007 à 2015 l'histoire du communisme et de la guerre froide à l'École supérieure de commerce de Paris-Europe[réf. nécessaire]. Son Histoire mondiale du communisme, dont la publication a commencé en 2015, offre le premier récit complet des conséquences qu'a eues l'application de cette idéologie au XXe siècle et sur ce qu’il en reste de nos jours dans le monde. L'ouvrage est décrit par Le Point comme « une somme monumentale sur l'histoire globale de cette idéologie »[1]

Il a également été, de 1991 à 2005, responsable de la rubrique gastronomique du magazine ELLE sous le pseudonyme de Léo Fourneau.

Controverse autour de son ouvrage Le Grand Recrutement[modifier | modifier le code]

Dans Le Grand Recrutement, un essai historique publié en 1993, Thierry Wolton fait état de recherches qu'il a menées dans les archives de l’ex-URSS sur différentes personnalités françaises ayant été en relation avec Henri Robinson[2]. On savait déjà qu'Henri Robinson, alias Harry, avait été un agent des services soviétiques et qu'il avait des contacts avec l'entourage du ministre de l’air Pierre Cot[3], pendant le Front populaire. Dans son livre, Wolton met explicitement en cause Jean Moulin[4]. À cette époque, Moulin, directeur de cabinet du ministre fréquentait un milieu politique infiltré d’agents soviétiques en rapport avec Henry Robinson [5]. Dans la résistance, Moulin, devenu le représentant du général de Gaulle en France, utilise Henry Robinson pour essayer d’entrer en contact avec la résistance communiste comme Londres lui a demandé[6]. Jusqu’à la fin de 1942, date d’arrestation de Henry Robinson par les Allemands, Moulin lui a communiqué des informations sur la résistance gaulliste susceptible d’intéresser Moscou, alors allié de la France combattante[7]. En 1977, le résistant Henri Frenay avait suspecté Moulin d'être un « crypto-communiste »[8]. Le terme ne serait pas le bon qualificatif, puisque le livre de Wolton donne à penser que Moulin aurait œuvré non pas avec les communistes français mais avec le service de renseignement soviétique via Robinson. Wolton étaye notamment sa thèse par différents récits de Leopold Trepper dont un interrogatoire datant de 1946 et retrouvé aux archives du contre-espionnage soviétique, qu’il publie intégralement dans son livre[9]. Concluant sur la relecture qu'il y aurait à faire du comportement de Moulin à la tête du Conseil national de la Résistance, Wolton écrit : «Ces questions dépassent le cadre de ce livre. Jean Moulin reste en tous cas un des mythes fondateurs de l'identité française contemporaine[10]. » Wolton a l'occasion de présenter sa thèse sur le réseau Robinson et le rôle de Jean Moulin à la télévision au cours de l'émission La Marche du siècle[11].

Wolton reçoit le soutien d'historiens comme Annie Kriegel et François Furet[12] mais sera dénoncé par d'autres universitaires.

Pierre Vidal-Naquet dans Le trait empoisonné, publié six mois après la sortie de son livre[13] accuse Wolton de « falsification », et situe l'ouvrage dans ce qu'il appelle le « révisionnisme mou », déclarant que «derrière les affirmations de Thierry Wolton, il y a l’intention de réhabiliter Vichy. »[11]. Établissant un parallèle avec la Grèce ancienne dont il est spécialiste, Vidal-Naquet essaye de montrer que le discours mythologique dans lequel s'est inscrite la légende de Jean Moulin, héros et martyr de la Résistance, permet aussi à un Wolton de décupler l'impact de son discours par le biais du sacrilège qui consiste à « désigner le héros panthéonisé de la France libre comme agent d'une puissance étrangère »[14]. En 1997 encore, Vidal-Naquet dira « Wolton est un falsificateur du genre de Faurisson[15]. »

Dans Douze leçons sur l'histoire, Antoine Prost cite Thierry Wolton comme exemple d'un non-historien qui n'emploie pas de méthodes rigoureuses, et parle d'un « ouvrage prétendument historique »[16].

François Bédarida, historien fondateur de l'Institut d'histoire du temps présent, a également sévèrement critiqué le manque de rigueur et les contre-vérités de l'ouvrage. D'autres historiens de la Seconde Guerre mondiale ont également dénoncé les « fausses preuves avancées par Thierry Wolton »[17].

Revenant sur l'histoire de Jean Moulin, et du groupe qui entourait Pierre Cot en 1936, dans Vies et morts de Jean Moulin publié en 1998, Pierre Péan reconnaît que Wolton a apporté des éléments nouveaux prouvant que Maurice Panier a réellement fait partie des réseaux soviétiques. Par contre, il cite le passage de l'interrogatoire de Trepper en 1946 où le nom de Moulin est évoqué et montre qu'il est impossible de déduire de ce passage que Moulin était un agent soviétique. Moulin est au contraire catalogué comme « agent américain ». Pour Péan, Moulin est un pragmatique qui a rompu ses liens avec Cot dès 1941, qui sait que Panier est au moins un agent du Komintern, sinon des services soviétiques, mais qui n'hésite pas, le cas échéant, à utiliser des agents soviétiques pour la cause qu'il sert, celle de De Gaulle[12].

Jacques Baynac, dans Présumé Jean Moulin (Grasset, 2006), a établi qu'avant la guerre et au moins jusqu'en juillet 1941, Moulin était au cœur d'un réseau de relations qui comptait des membres de la IIIe Internationale dont Louis Dolivet. Il s'est servi de ce réseau pour entrer en contact avec les mouvements de résistances français avant de se rendre à Londres à l'automne de 1941. D'autre part, les documents Venona déclassifiés par les services secrets américains à la fin des années 1990 ont confirmé que Pierre Cot était, depuis les États-Unis où il s'était réfugié, en rapport direct avec les services soviétiques, allant jusqu'à leur offrir de travailler pour eux, comme l'a montré Wolton en publiant une partie de ces documents dans L'Histoire interdite (Lattès, 1998)

Thierry Wolton a noté que certaines de ses idées ont fini par être traitées de banalités par ceux qui les avaient d'abord combattues. Ainsi, Jacques Julliard, qui dans son livre L'année des dupes (1996), avait dit ne pas croire que Pierre Cot ait pu être un agent soviétique, déclare le 19 janvier 1997, dans une émission d'Europe 1 : « Tout le monde savait que Pierre Cot était un agent d'influence soviétique[18]. »

Le KGB au pouvoir, le système Poutine[modifier | modifier le code]

Dans Le KGB au pouvoir, le système Poutine publié en 2008, il montre comment le KGB et l’État russe seraient impliqués dans les attentats qui ont secoué la Russie ces dernières années. Il établit que les attentats attribués à des terroristes tchétchènes seraient en fait commandités par Moscou afin de créer un climat de peur favorable aux intérêts du Kremlin.

Une Histoire Mondiale du Communisme[modifier | modifier le code]

Dans cet essai d’investigation historique, Thierry Wolton retrace un siècle d’idéologie communiste de trois manières complémentaires : vu du côté des partis-Etats qui ont exercé le pouvoir (tome I : Les Bourreaux), à travers le vécu des populations dans les 26 pays communistes qu’a connu le XX è siècle (tome 2 : Les Victimes), et vu enfin depuis l’étranger, au sein des partis communistes du monde entier, du côté des intellectuels occidentaux, parmi les dirigeants des démocraties et chez les hommes d’affaires capitalistes (tome 3 : Les Complices). La révolution communiste est un mythe rappelle l’auteur, tous les régimes qui se sont réclamés de cette idéologie ont été imposés par une poignée d’agitateurs professionnels, ou par la force armée, ou encore à la faveur d’une lutte de libération nationale[19]. Le pouvoir une fois conquis, la minorité communiste s’est livrée, dans chaque pays, à une guerre civile permanente contre le peuple, pour imposer son idéologie et y faire régner son ordre, cause de dégâts humains considérables[20]. La lutte des classes proclamée par Marx moteur de l’histoire, mise en pratique par Lénine et ses partisans, a justifié les politiques de terreur. L’auteur parle à ce sujet de « classicide », un nouveau néologisme qui lui permet d’expliquer la spécificité et la  diversité des victimes du communisme[21]. L’échec idéologique des partis-Etats les a contraint à user de la fibre nationale pour tenter de mobiliser les peuples, en mettant partout en place des régimes nationaux-communistes en contradiction avec les principes internationalistes proclamés[22].

Thierry Wolton démontre que sans le soutien des PC du monde entier, sans l’aveuglement d’une grande partie des intellectuels, sans le désintérêt de la plupart des démocraties, sans la cupidité capitaliste, les régimes communistes, en crise économique permanente, n’auraient jamais duré si longtemps[23]. La force d’attraction de l’idéologie, porteuse de promesses égalitaires, la bienveillance avec laquelle les régimes s’en réclamant ont été accueillis et soutenus dans le monde, à l’exception des populations victimes, expliquent selon l’auteur les difficultés à établir un vrai bilan du communisme et à mesurer l’impact qu’il a laissé, par sa force et sa fulgurance, sur le monde d’aujourd’hui[24].

Accueillie comme une « contribution capitale[25]», « une entreprise extraordinaire[26]», ou encore « une grande œuvre qui fera date[27]», cette Histoire Mondiale du Communisme offre le premier récit complet de la plus grande aventure humaine du XX è siècle, et de sa plus grande tragédie insiste Wolton.

Publications[modifier | modifier le code]

Publications sous le pseudonyme Léo Fourneau[modifier | modifier le code]

  • Les Meilleures tables de Paris à moins de 200 F, JC Lattès 1998, 1999, puis Éditions Filipacchi 2000, 2001.
  • Les Meilleures tables de Paris à moins de 30 €, Filipacchi 2002, 2003
  • Bon appétit, Messieurs, Grasset 2006. (ISBN 978-2246698517)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b "Histoire mondiale du communisme" : un réquisitoire de 2 200 pages, lepoint.fr, 13 octobre 2015
  2. Thierry Wolton, Le grand recrutement, Grasset, 1993, (ISBN 2-246-44821-2)
  3. Philippe Robrieux, Histoire intérieure du parti communiste, Tome 4, Fayard, 1984 p.474-475
  4. Le grand recrutement p.265-285
  5. Le grand recrutement p.199-207
  6. Le grand recrutement p.279-280
  7. Le grand recrutement p.281-282
  8. Henri Frenay, L'Énigme Jean Moulin, Robert Laffont, 1977
  9. Le grand recrutement p.373-377
  10. Le grand recrutement p.284
  11. a et b Entretien avec Pierre Vidal-Naquet, L'Humanité, 7 octobre 1993.
  12. a et b [Pierre Péan, Vies et morts de Jean Moulin, Fayard, 1998, p.655-657]
  13. Pierre Vidal-Naquet, Le Trait empoisonné, La Découverte, 1993, réédité en 2002.
  14. André Bruguière, « Enquête sur une calomnie », Le Nouvel observateur, n° 1513, 4 novembre 1993. Lire en ligne
  15. Pierre Vidal-Naquet dans L'événement du Jeudi, 30 septembre 1997. Cité par Thierry Wolton, L'histoire interdite, éd. Jean-Claude Lattès, 1998, p. 152.
  16. Antoine Prost, Douze leçons sur l'histoire, Paris, Le Seuil, p. 62.
  17. Renée David, Traces indélébiles, mémoires incertaines, 2008, p275, 276. Cf également Les Cahiers de l’IHTP, n° 27, 1994.
  18. Cité par Thierry Wolton, L'Histoire interdite, éd. Jean-Claude Lattès, 1998, p. 153.
  19. Une Histoire Mondiale du Communisme, tome I, Grasset, 2015, pp. 1109-1110.
  20. Une Histoire Mondiale du Communisme, tome 2, Grasset, 2015, pp. 21-83.
  21. Une Histoire Mondiale du Communisme, tome 3, Grasset, 2017, pp. 11-14.
  22. Une Histoire Mondiale du Communisme, tome 1, pp. 1119-1121.
  23. Une Histoire Mondiale du Communisme, tome 3, pp 439-852.
  24. Une Histoire Mondiale du Communisme, tome 3,  pp. 1159- 1165.
  25. Edgar Morin, Ouest France, 6 décembre 2015.
  26. Alain Besançon, Le Figaro Histoire, décembre-janvier 2016.
  27. Stéphane Courtois, Le Figaro Littéraire, 22 octobre 2015.