Jean Maitron

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Jean Maitron
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Œuvres principales

Jean Maitron, né le à Sardy-lès-Epiry (Nièvre) et mort le à Créteil (Val-de-Marne), est un historien français.

Animé d’une double passion, historienne et militante[1], pionnier de l'histoire ouvrière en France, il fait entrer celle-ci à l'université et lui donne ses bases archivistiques. Il est, notamment, à l'origine du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, ouvrage de référence appelé couramment « le Maitron ».

Spécialiste, par ailleurs, du mouvement anarchiste en France, « Jean Maitron, qui n’était pas libertaire, avait pour ce mouvement une grande empathie »[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Né le à Sardy-lès-Épiry (Nièvre), Jean Maitron est élevé dans une famille communiste, libertaire et anticléricale (son grand-père, Simon Maitron, cordonnier-bottier à La Charité-sur-Loire, est laïc et communard, son père Marius Maitron, socialiste libertaire, est un membre du Parti ouvrier français), ses deux parents étant instituteurs[3].

Après des études secondaires au lycée de Nevers, il entre en hypokhâgne en 1929 au lycée Louis-le-Grand où il adhère à l'Union fédérale des étudiants, puis l'année suivante au Parti communiste français qu'il quitte en 1933 après un voyage « consternant » en URSS[3]. Il le réintègre en 1935, après un court passage à la Ligue communiste (parti trotskiste français créé en 1930) puis quitte définitivement le PC en 1939 à la suite du pacte germano-soviétique. Il se rapproche alors durablement de l'équipe qui anime La Révolution prolétarienne : Maurice Chambelland, Pierre Monatte, Alfred Rosmer[4],[5]

La force du contentieux avec le Parti communiste est telle qu'il ne participe pas à la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale. En 1949, il contribue à la fondation de l'Institut français d'histoire sociale[1],[6] et, selon Michelle Perrot, « se fait alors historien », reportant ainsi « sur l'histoire ouvrière ses espérances politiques déçues, mais non reniées[3] ».

Il est instituteur en 1936 puis professeur de cours complémentaire jusqu'en 1955, passant ensuite dans le second degré jusqu'en 1958[7]. Il épouse le Marcelle Gourdon, licenciée en histoire-géographie[8], elle-même issue d'une famille protestante cévenole et descendante du chef camisard Rolland, qui l'accompagne dans ses travaux de recherche[9]. Le couple a trois enfants[8].

Il obtient le doctorat ès lettres en 1950 en soutenant une thèse d'État sur l'histoire du mouvement anarchiste en France avant 1914[1] (sa thèse complémentaire est consacrée à Paul Delesalle, un militant anarcho-syndicaliste)[8]. Pierre Renouvin, son directeur de thèse, lui fait obtenir son détachement au CNRS de 1955 à 1963 puis le fait nommer maître-assistant à la Sorbonne[1], avec pour mission de fonder le Centre d'histoire du syndicalisme (1966)[1]. Il termine sa carrière en 1976 à l'Université Paris 1[10].

Pionnier de l'histoire ouvrière en France, il la fait entrer à l'université et lui donne ses bases archivistiques. Ses publications englobent des ouvrages de référence, notamment le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, poursuivi après sa mort et appelé couramment « le Maitron », et une histoire de l'anarchisme en France. Jean Maitron a fondé et dirigé deux revues : L'Actualité de l'histoire[11] (1953-1960), puis Le Mouvement social (1960-). Historien du mouvement et de l'anarchisme, il n'est pas anarchiste comme beaucoup le croient[12].

Son œuvre est poursuivie par une équipe dirigée par Claude Pennetier, dans le cadre du Centre d’histoire sociale du XXe siècle (CNRS / université de Paris I). En 2006, une nouvelle série du dictionnaire, en douze volumes, a vu le jour. Intitulée Dictionnaire biographique, mouvement ouvrier, mouvement social, achevée en 2016, elle couvre la période 1940-1968. L'entreprise se poursuit par l'actualisation des notices et la création de nouvelles par le biais de la numérisation du « Maitron en ligne ».

Distinctions[modifier | modifier le code]

En 1982, Jean Maitron est nommé chevalier de la Légion d'honneur puis, en 1985, chevalier des Arts et Lettres[8].

Hommages[modifier | modifier le code]

En 1996, la Fédération de l'Éducation nationale (aujourd'hui UNSA Éducation) crée le prix Jean-Maitron qui prolonge son œuvre et qui récompense un mémoire de master (initialement un mémoire de maîtrise). Le jury du prix Maitron, actuellement présidé par Antoine Prost, a l'originalité d'être composé pour moitié d'universitaires et pour moitié de syndicalistes[13].

Une collection de livres d'histoire sociale porte également son nom aux Éditions de l'Atelier[14].

En 2016, le journaliste Edwy Plenel publie Voyage en terres d’espoir, « hommage aux oubliés et aux méconnus qui se sont battus pour l’émancipation ». L'auteur précise : « j’ai souhaité rendre justice au Maitron, du nom de l’historien Jean Maitron, le fondateur de ce grand œuvre : le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier et du mouvement social »[15],[16].

Publications[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Histoire du mouvement anarchiste en France (1880-1914), SUDEL, Paris, 1951, 744 p., épuisé. Deuxième édition avec une préface de Georges Bourgin, 1955, épuisé. Réédition revue et complétée en deux volumes aux éditions Maspero, Paris sous le titre :
    • Le mouvement anarchiste en France, des origines à 1914, tome 1, Paris, Éditions Maspero, 1975, 486 p., réédition Gallimard, 2011.
    • Le mouvement anarchiste en France, de 1914 à nos jours, tome 2, Paris, Éditions Maspero, 1975, 440 p., réédition Gallimard, 2011.
  • Le Syndicalisme révolutionnaire, Paul Delesalle. Préface d'Édouard Dolléans, Éditions ouvrières, 1952, 176 p. Réédité augmenté d'un avant-propos de Jean Maitron, sous le titre :
    • Paul Delesalle. Un anarchiste de la Belle époque, éditions Fayard, Paris, 1985, 208 p.
  • De la Bastille au Mont Valérien. Dix promenades à travers Paris révolutionnaire, Éditions ouvrières, Paris, 1956, 286 p.
  • Ravachol et les anarchistes, collection Archives-Julliard, Paris, 1964, 216 p.
  • Publication de textes : H. Messager, Lettres de déportation, 1871-1876, Paris, Le Sycomore, 1979, 380 p.
  • Syndicalisme révolutionnaire et communisme. Les Archives de Pierre Monatte (en collaboration avec Colette Chambelland), préface de Ernest Labrousse, Éditions Maspero, Paris, 1968, 462 p.
  • La Sorbonne par elle-même, mai-, (avec Michelle Perrot & Madeleine Rebérioux), Le Mouvement social, N° 64, juillet-, éditions ouvrières, 416 p. Préface rééditée in Jean-Claude Perrot, Michelle Perrot, Madeleine Rebérioux, Jean Maitron, La Sorbonne par elle-même, envoyé par Sophie Cœuré, Paris, Editions de la Sorbonne, coll. « Tirés à part », 2018

Dictionnaires[modifier | modifier le code]

La série de 78 volumes du Maitron français et international, 34 de son vivant, 44 après sa mort, sous la direction de Claude Pennetier, Éditions de l'Atelier.
  • Ces dictionnaires sont désormais en accès libre et gratuit[17].

Audiovisuel[modifier | modifier le code]

Iconographie[modifier | modifier le code]

Vidéographie[modifier | modifier le code]

Radio[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d et e Rossana Vaccaro, Une collecte contestée : les archives de militants au Centre d’histoire sociale du XXe siècle, La Gazette des archives, Association des archivistes français, 2011, 221, pp. 87-101, lire en ligne.
  2. Julie Clarini, Claude Pennetier : « Dans la tradition anarchiste, une attention portée à l’individu », Le Monde, 3 juin 2015,lire en ligne.
  3. a b et c Michelle Perrot, « Les Vies ouvrières », dans Pierre Nora (dir.), Les Lieux de mémoires, vol. III, Gallimard, , p. 191.
  4. Madeleine Rebérioux, Maitron Jean (1910-1987), Encyclopédie Universalis.
  5. René Bianco, Répertoire des périodiques anarchistes de langue française : un siècle de presse anarchiste d’expression française, 1880-1983, thèse de doctorat, université d’Aix-Marseille, 1987, 3503 pages, La Révolution prolétarienne, revue bimensuelle, mensuelle, syndicaliste révolutionnaire.
  6. Claude Pennetier, « L'histoire collective de Jean Maitron », La Vie des idées,‎ (lire en ligne, consulté le 6 décembre 2018)
  7. Maurice Joinet, Les grandes heures du mouvement ouvrier dans la Nièvre, Association culturelle ouvrière nivernaise, , p. 8
  8. a b c et d Claude Pennetier, « Jean Maitron », sur maitron.fr, màj 23 octobre 2019 (consulté le 4 août 2020).
  9. Claude Pennetier, « Geneviève Poujol, prosopographe », dans Un engagement à l'épreuve de la théorie. Itinéraire et travaux de Geneviève Poujol, L'Harmattan, (lire en ligne), p. 63.
  10. Jean-François Sirinelli, Génération intellectuelle, Fayard, , p. 255
  11. L'Actualité de l'histoire, bulletin de l'Institut français d'histoire sociale, directeur : Jean Maitron, en lecture libre sur gallica.bnf.fr.
  12. Claude Pennetier, « Le dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français », Genèses, vol. 14, no 14,‎ , p. 131
  13. Prix Jean-Maitron.
  14. Collection Jean Maitron sur bibliotheques-admin.paris.fr, (OCLC 931980112).
  15. Edwy Plenel, Voyage en terres d'espoir, Editions de l'Atelier, 2016, présentation éditeur, (ISBN 270824499X), (OCLC 962069045).
  16. Voyage en terres d'espoir, une conférence d'Edwy Plenel sur bu.univ-paris8.fr.
  17. Annonce et mise en service faites lors de la « journée du Maitron », le

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]